Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Glaçon le 10 Avril 2023 à 20:50:06

Titre: L'intelligence atificielle aura raison des artistes
Posté par: Glaçon le 10 Avril 2023 à 20:50:06
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.



"L'intelligence artificielle va faire disparaître les artistes"

Kévin Dettinger, brillant adolescent de la génération miracle accoutumée dès l'âge de cinq ans à la pornographie et aux réseaux sociaux, ouvre son ordinateur un mardi matin qu'il séchait les cours pour se palucher glorieusement sur des images d'animés en 2D. Néanmoins rien ne va, rien n'émeut son prépuce qui s'est forgé dans la solitude glorieuse d'un moine républicain des goûts raffinés, nous dirons d'esthète. Depuis longtemps son nez fin reniflait assez mal ces gros seins ou ces poitrines d'enfant dessinés à la souris et postés par quelque artiste luxurieux à fort mauvais goût. Artiste, c'était le mot ! Michel-Ange avait troqué huile et pinceaux, Turner s'était fait pornographe, Bill Gates était un génie. Au bout du rouleau et le gland sec, assez infertile, le jeune Kévin, voyant sa matinée de plaisir ruinée, la voulut rendre productive en se plaignant, avec quelle superbe indignation ! de l'absence d'imagination, de génie, de talent des artistes contemporains ! On lui répliqua ceci, sur un forum de passionnés tout aussi brillants juges des valeurs véritables dans les domaines formidables de l'art, qu'il lui était loisible, si vraiment l'envie lui en prenait, de créer lui-même ses propres fantasmes. Diantre ! allait-il prendre le pinceau, le crayon, à minima la souris d'ordinateur ?! On le dirigea vers une application où une intelligence artificielle hautement bien rodée générait, par décapitation et raccommodages de cadavres d'images déjà existantes, une image plus ou moins pornographique à partir d'instructions écrites que vous lui aurez donnés. Encore faudrait-il rajouter, à la discrétion des fétichistes des mains et des pieds, que l'intelligence artificielle générait des extrémités de membres pour le moins désastreux, à vous faire préférer de vrais palmes de canards à ces pattes d'araignées entortillées.
Emballé par cette recommandation qui lui promettait de plus dilettantes, de plus créatives branlettes, le futur ingénieur ou boutiquier bidon sorti d'école de commerce, se précipita sur l'application et transmit aussitôt ses instructions à cet algorithme dont l'intelligence pouvait bien dépasser la somme des tous les artistes élevés à la conception d'images pornographiques. La confirmation, il la reçut après trois minutes d'une interminable attente. Le résultat, digne chef d'oeuvre faisant honneur à son imagination – une femme blonde, petite, au visage enfantin, aux seins démentiels, à la croupe élastique, sur un balcon d'été dans des atours de bureau –, lui arracha une larme de foutre en guise de libation lustrale. On devine alors les jouissances et les utilisations qui s'ensuivirent... Il retourna sur son forum, puis le lendemain à l'école, puis le soir au repas en famille, en soirée avec des amis. Il affirma bellement, car après tout il savait, que l'intelligence artificielle entraînerait la mort des artistes. C'est indubitable.

Il y a cet autre enfant qu'on appellera Jordan, Jason ou Johan, Jonas pour les plus élégants, Enzo pour les plus âgés, Korentyn – avec un K et avec un Y – pour les plus excentriques. On l'informe jeudi matin, à son cours de Français, qu'il doit réaliser un exposé sur une obséquieuse ordure dont on ne comprends rien –  était-ce le vieil Hugo, l'idiot Baudelaire ? ma mémoire est nulle à se rappeler les égouts –, et qui n'a fondamentalement rien dit.
Korentyn, Jason ou Jordan, donc, qu'un professeur médiocre observe d'un air dédaigneux en pensant que cet obscur n'est capable de rien, pas même d'un exposé, arrive un beau jour de la semaine suivante, débonnaire, avec un texte tout fait. Il le lit à la classe avec l'articulation suante d'un bovin et l'affolement stupide d'un chien piqué au cul, néanmoins fièrement, heureux de triompher des médiocres en dénonçant jusqu'à leurs illustres modèles, le débile Hugo, l'imposteur Baudelaire.
La veille au soir, ragaillardi d'une virée nuptiale dans la chambre de Vanessa, sa voisine plus jeune de deux ans et encore au collège, cet aventurier de la pensée, cette juste épée contre la somme des escroqueries littéraire, se décida d'entrer en guerre réellement : il se connecta à ChatGPT et il l'instruisit de son plan de manœuvre ; ChatGPT, fidèle aide de camp et somme des génies humains, comme chacun sait, lui offrit un texte répondant à ses critères de marques – parfaitement convenu et sans la trace d'une âme, incompréhensible pour Korentyn, Jason ou Jordan, ultime espièglerie devant lui obtenir et l'approbation des médiocres dans les faits, et celle des génies dans l'Absolu, quelque Jordan Petterson ou Marc Zuckerberg saluant cette dénonciation subtile de la frauduleuse intelligence littéraire et humaine ! Il conclut son exposé sous l'ovation aveugle et envieuse de ses camarades abrutis, pour mieux recevoir la critique – une vulgaire claque qui n'atteignait pas la Lumière – de son professeur, paroissien de l'obscurité. A ce tabernacle qui lui objectait l'absence d'intelligence, d'argumentation et de personnalité, qui le soupçonnait de n'avoir rien compris des hommes et des œuvres qu'il avait présenté, Korentyn, Jason ou Jordan, ne répondit pas autrement qu'avec un sourire merveilleux exprimant la mansuétude qu'une formidable sagesse seule permet d'acquérir. Il retourna à sa place le cœur battant d'avoir illuminé momentanément une assemblée de caverneux, d'avoir dévoilé l'intransigeance putride de cet apôtre professoral de l'inique doctrine littéraire prétendant à la pensée, à l'expression de l'indicible qui nous dépasserait et nous grandirait.
Voici, il n'en pouvait plus douter, ChatGPT incarnait une vérité véritable contre tous ces désordonnés pleins d'orgueil dont le Verbe était obscur. L'humanité devrait bien pisser sur Hugo.

Le dernier tableau à ce triptyque de l'intelligence surhumaine, est ce brillant jeune homme fraîchement sorti d'une prépa sciences informatique et destiné à une position de marque dans l'ingénierie française. A la page sur tous les sujets, et connaissant de la littérature ce qu'en pouvait savoir un agrégé de province affilié à la loge maçonnique locale -- qui avait pleine conscience qu'il formait, judicieusement, avec la savante méthode du résumé d'ouvrage à la citation près en quatre-cent-cinquante caractères, l'élite industrieuse de la civilisation valley de demain --, notre Napoléon des mathématiques, prince des lettres et de l'intelligence humaine par voie de faits, clame à une soirée chemisée, verre de punch à la main, mollusque féminoïde à l'épaule, que l'intelligence artificielle, résolument, aura raison des artistes – de Gustave Moreau aux illustrateurs de jaquettes en passant par ceux de hentaï – ainsi que des médiocres plumistes – il entend par là Balzac, Flaubert, Proust, toutes ces pissotières à bonne femme où se concentrent l'inutilité, l'inactivité de corps, de cerveaux qui auraient pu être réellement productif, serviles, en tout cas bien mieux derrière un bureau, un écran, un algorithme de sécurité de la dernière start-up en trottinette et gadgeteries diverses. Pour ce digne représentant de la classe montante qui pourrait appartenir à la Commune de demain, côté Versaillais néanmoins, il n'a point vu de différence majeure entre Balzac et ChatGPT, entre une illustration 3D et un Monet, si ce n'est que côté ChatGPT, OpenAI et consorts, on arrive à un souci de clarté qui désoblige le lecteur à se lancer dans de confuses inspections pour se saisir de la confection et en lire le sens. Gain de temps formidable, concentration du savoir en un point et création désormais accessible à tous ! On ne peut qu'agréer quand ce bel enfant, de la plus brillante formation, clame que multitude est génie, et concentration raison ! Le microcosme Parisien, rassemblant depuis plusieurs siècles, dans une même fange, le grain et l'ivraie en des proportions éminemment favorables au dernier, ne s'est pas essoufflé dans tous les domaines de l'art au savoir, comme chacun sait, depuis le tombeau de Balzac à celui qui sera, bientôt, le tombeau d'un quelconque Lévy.
Titre: Re : L'intelligence atificielle aura raison des artistes
Posté par: Joachès le 11 Avril 2023 à 08:49:27
Ton texte bien écrit est glaçant de vérité sur les risques que nous prenons avec l'intelligence artificielle. Il me rappelle aussi une oeuvre de Jules Verne, "Paris au XXe siècle". Dans cette histoire se déroulant en 1960, l'art et la culture n'ont plus aucune place, seul compte les activités industrielle et financière, et les derniers représentants de la culture sont irrémédiablement broyés par ce monde de machines et d'argent. Si cela pouvait paraître abérant en 1860, si cela pouvait encore l'être lorsque j'ai lu le livre il y a une quinzaine d'années, bien que non dénué de fondement, je ne peux que constater aujourd'hui, que Jules Verne n'avait pas 100 ans d'avance, mais près de 200. Et cela me rappelle combien depuis l'enfance je suis technophobe. A l'égal de la pollution, avec la robotisation le monde moderne scie la branche sur laquelle il est assis.
Titre: Re : L'intelligence atificielle aura raison des artistes
Posté par: L.F. le 12 Avril 2023 à 01:26:35
Salut Glaçon,

Belle saillie - sans mauvais jeu de mots - et conclusion avec laquelle je ne peux qu'être d'accord (j'avais d'ailleurs écrit un texte sur ChatGPT, avec un message parallèle mais dans un tout autre style ; si ça t'intéresse : https://lavieencube.com/2023/01/31/4734/ )

Je vois que ton projet continue  ;)

Lucas

Titre: Re : L'intelligence atificielle aura raison des artistes
Posté par: Glaçon le 12 Avril 2023 à 14:22:22
Joachès :

Je ne savais pas que Jules Verne s'en était déjà ouvert. L'histoire lui a donné formidablement raison, si on voit ce que la France est devenu en matière de mythe et de pensée (valeur travail, matérialisme intégral).
Cependant ce n'est pas la technologie qui m'effraie, ce sont mes contemporains. Mes contemporains qui voient du génie dans dans cette "intelligence" qui n'aurait même pas obtenu le certificat d'étude il y a plus d'un demi-siècle, au vu du style avec lequel il défèque sa niaiserie.  Je crois que c'est un symptôme (comme l'engouement pour le rap, comme la production littéraire actuelle se résumant à de tous petits romans, autant par le nombre de mots que par le caractère du sujet ou sa profondeur de traitement) de l'abrutissement permanent dans lequel on est jeté.

L.F :

Salut  :D

Bel article, effectivement on tombe pile sur le même constat, le caractère révélateur de la médiocrité ambiante que constitue ChatGPT.
J'enseigne au lycée, par conséquent je constate ce double phénomène de dégradation de la maîtrise du langage et d'engouement pour ChatGPT ; jusqu'à mes élèves de terminale, les gamins ont l'impression de lire de vrais textes via ChatGPT, solidement établis tant sur la forme que sur le fond, et ont dû mal à saisir ce que je leur reproche (ça les forcerait à envisager le déclin qu'on traverse).
Titre: Re : L'intelligence atificielle aura raison des artistes
Posté par: Safrande le 23 Avril 2023 à 15:35:20
Salut Glaçon, avant la critique pure je fais une petite aparté sur le discours de fond, que tu exposes au début de ton texte, à savoir que tu as l'air "sûr" que l'IA ne prendra pas la place des écrivains. J'ai du mal à me positionner sur cette question, et je ne suis pas assez renseigné sur le sujet, mais j'ai l'impression que ça avance à une vitesse folle.
En fait je me dit que si un écrivain (un artiste plus globalement) est quelqu'un qui arrive à créer des liens nouveaux, est une somme d'influence digérée et mêlée à son propre vécu, à sa propre histoire, est un imitateur des choses passées remis au goût du jour et à son propre goût, à sa propre sensibilité, c'est à dire celle que tout un environnement, une éducation, des histoire ont forgé, je me dis que c'est pas impossible que l'IA le remplace - je sais que ce n'est pas ta conception de la chose, que tu y mêle quelque chose de divin, et pour l'instant tu n'as pas tort : il faut voir les coquilles vides que sont ce que produisent nos IA.
Par exemple avec la musique, il n'y a pas de Beethoven sans Haydn, il n'y a pas de Mahler sans Beethoven, pas de Pink Floyd sans Beatles, pas de Radiohead sans Pink Floyd, etc : tout est une question d'influence, de continuité dans le processus créatif, en allant soit plus loin que l'ancien soit dans une autre direction, à contre courant - Beckett contre Proust, Proust contre Saint Beuve, etc. Et j'imagine que nos IA seront un jour suffisamment performantes pour que d'une part on puisse leur demander d'engranger, de faire des liens, de mêler une somme énorme d'influences, et d'autre part on puisse leur inventer une vie, des choses qu'elles ont vécus, des bonheurs, des regrets, des traumatismes, un boulot de merde qui les ronge, une personne qu'elles aiment plus que tout, une autre qu'elles détestent, leur dire quel effet cela a sur elles, et leur dire d'intégrer tout ce vécu à leur création avec suffisamment de force, de goût, d'intelligence, de finesse, d'humour, etc.
Enfin j'imagine qu'on pourra faire tout ça, peut-être pas - peut-être que je suis dans la science fiction. Mais enfin c'est un sujet qui me travaille pas mal, qui m'oblige à revoir ma définition de l'art, de l'artiste, à comprendre de quoi ce mot est fait, qu'est ce qu'il veut dire, à comprendre de quoi est fait l'humain tout court - est-ce qu'il est possible de le reproduire artificiellement : est-ce que si on met les mêmes molécules aux mêmes endroit de la même façon ça fera un humain ? J'en sais rien.
Puis j'imagine un monde où pleins de chef d'œuvre sont produit par des IA : où il y a plus de chef d'œuvre qu'il n'y en a jamais eu dans l'histoire de l'humanité grâce aux IA : est-ce que ça poserait problème ? Est-ce que ça poserait problème que ce soit des IA qui nous fassent kiffer, qui nous montrent des vérités, qui nous émeuvent, qui expriment l'intimité de leur être qu'elle se sont, au bout d'un moment, indépendamment forgé d'une façon cohérente, organique, vivante ? Est ce que si c'était possible il faudrait le faire, ou aurions nous trop d'orgueil pour le faire, trop de chose à perdre (perdre le Sens en quelque sorte, comme des joueur de foot privé de cages), même si l'IA ferait beaucoup plus d'œuvres et de bien meilleures ? Est-ce que ce n'est pas nos défauts, nos faiblesses, nos failles, qui font que nos œuvres sont bonnes (Pessoa disait que si la perfection existait, c'était une feuille blanche) ? J'en sais rien, encore une fois c'est un sujet passionnant je trouve, un peu angoissant aussi.
Quoi qu'il en soit aujourd'hui l'IA est plus proche de remplacer Stephen King que Faulkner...

Venons en au texte !

Le ton est moqueur, est celui de l'ironie, exagéré, extravagant dans son vocabulaire et sa syntaxe très 19ème, mais à des fins humoristiques, un 19ème en gros trait, caricatural, un peu lourd - quelque gros mots bien sentis. On dirait une tribune dans le Figaro, snobinarde, du genre qui dénonce, qui s'indigne en raillant, avec une plus grande liberté de ton, plus de truculence.
Je suppose que tout ça est destiné à faire rire, mais pour moi il y a là un manque de légèreté, d'insouciance, et une manière de s'accrocher à tes idées (comme de peur qu'on ne les comprenne pas, qu'elles ne soient pas assez explicites) qui se voit trop, qui n'est pas assez subtile je trouve, et qui coupe la légèreté de l'humour. Les dialogues qui auraient pu illustrer subtilement le positionnement du perso sans trop en faire, sont à chaque fois rattrapés par les considérations ironiques du narrateur, comme si tu coupais la parole au déroulement naturel de ton texte, par manque de confiance en sa capacité d'évocation, comme quand tu rabâches que Michel Ange, Balzac ou Flaubert sont des imposteurs ou que tu mets systématiquement en scène la confiance et l'orgueil de ceux qui ont "compris" que ChatGPT était supérieur.
Si le parti pris était l'humour à 100%, pourquoi ne pas avoir été plus loin, plus con, plus absurde, plus barré ? (car si ce n'est pas 100% humour et que c'est quelque chose qui dénonce les dérives, les arguments qui illustrent les "pros" ChatGPT sont un peu menus, pas très sérieux, ne sont rien d'autres que leur débilité et leur manque d'éducation, or je j'imagine qu'il y a des gens intelligents et éduqués qui ont de bonnes raisons de croire au potentiel de ChatGPT).
J'imagine que c'est un coup de gueule, écrit avec le sang chaud, mais cette position de supériorité du narrateur ne me parle pas trop, ou alors il aurait fallu être plus cinglant encore - genre retourner la table à la Céline. J'aurais bien aimé qu'il soit débile lui aussi, qu'il sorte peut-être de l'ironie pour exprimer clairement sa pensée mais que ce soit délirant, tout aussi débile, ç'aurait été drôle : comme un joli bal de débile, où chacun est crasseux, et accuse la crasse de l'autre. Parce que finalement le narrateur est dans la même position que les personnages dont il se moque : celle de celui qui « sait » - et ça n'a pas l'air d'être fait consciemment, comme pour se moquer de celui qui se moque des gens qui croient savoir. En plus le narrateur ne donne aucun arguments concrets (si ce n'est des jugements de valeurs plutôt arbitraires) contre ChatGPT ou pour les Hugo et autres Baudelaire.

Un peu de détail :

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À plus  ;D



Titre: Re : L'intelligence atificielle aura raison des artistes
Posté par: Glaçon le 25 Avril 2023 à 17:14:17
Bonjour Safrande

Quel retour ! Je peux te remercier mille fois, tant pour le détail que pour les appréciations générales de fond et de forme.


Pour en venir à nos conception sur l'artiste, oui nous ne partageons pas la même, bien que je ne nie pas les apports de la tienne. Je te trouve trop mécanique, tout simplement, je crois en une sorte d'Absolu qui inspire l'artiste en tant voulu, en un génie qui le pousserait à réaliser le dessein qu'il est le seul à pouvoir faire. Je crois bien que Beethoven et Bach étaient travaillés par cette foi au cours de leurs plus beaux travaux. Je pense qu'on a tous ressenti quelque chose de cet ordre au cours d'heures d'écriture inspirées.
Parmi ce qui me gêne autrement plus dans l'IA, si tant est qu'un jour elle parvienne à singer le style de nos plus grands auteurs, c'est en premier lieu la production de sens, la construction d'un scénario et d'une narration à même de rendre des grands romans cathédrales, comme on n'en voit plus guère. Je crains que l'IA, même sophistiqué au point de pouvoir "imiter" le style d'un grand, ne serait capable que de faire de petits romans, soit sur une thématique très restreinte, soit qu'il n'y aurait que des épisodes distincts sans philosophie pour les relier.
Mais le pire du pire est ceci : l'IA, je le postule absolument, ne sera jamais capable de créer du symbole. Si l'IA devient l'Art à l'avenir, si l'homme n'y trouve plus sa place que dans les opérations marchandes périphériques, on ne verra plus jamais ce qu'était Héraclès pour la civilisation grecque antique, on ne connaîtra pas un équivalent à Edmond Dantès pour la France du XIXe s. Il n'y aura pas de socle devenu mythologique pour fonder tout un imaginaire littéraire communément partagé dans une civilisation. Il n'y aura plus de civilisation.
Triomphe absolu ou non de l'IA à venir, je postule qu'en la défendant on prend la direction d'un art atrophié, pour une humanité amputée de ce qu'elle peut avoir de plus beau : la passion de ce qui la grandit.

Pour le texte, je ne voulais pas tant être dans l'humour que dans une forme de "houspillage". Il s'agissait de remettre à leur place les sagouins qui s'en faisaient les défenseurs ordinaires. Je n'ai cherché ni à convaincre, ni tout à fait à faire rire. Simplement, comme tu l'as déploré, prendre une posture supérieure que je ne crois pas indigne, et agresser ces couillons dont je parle. Loin d'une joute argumentative simulée, je ne cherche pas à combattre la pensée des plus éclairés parmi les partisans de l'IA, si tant est qu'il y en est ; dans l'idée, un peu à la Bloy, je voulais attaquer ce que j'entendais et voyais moi, au quotidien : soit des jeunes crétins, soit de parfaits bas du front.
Je t'accorde parfaitement que pour le lecteur ce n'est sans doute pas ce qu'il y a de plus digeste comme fin.
L'idée de ridiculiser également l'autre position (celle du narrateur) est intéressante. Je pense pouvoir la réaliser au mieux en changeant de cible, en passant des portraits des bourrins non-littéraires à ceux des étudiants littéraires bobos regardant l'IA avec horreur.

Je vais réfléchir et retravailler sur ce qui est le plus souvent revenu dans tes critiques formelles : l'accumulation à dessein comique dont l'effet n'est pas toujours réussi ; la lourdeur traduite à la fois par une profusion lexicale et de longues phrases pas toujours judicieuses ou suffisamment signifiantes, impactantes ; et le catalogue varié des menues choses que tu as signalé. 
Je reviens sur quelques remarques.  :)

" Répétition voulue ? "
Ah non, pas spécialement.  :D

" L'impression que me donne ces mots désuets est que le narrateur parle avec une voix distingué et caricaturale d'aristocrate, c'est l'effet recherché ? "
Je ne sais pas si ça correspond à une voix particulière. Je trouvais simplement l'exclamation drôle, placée comme ça, anciennement véritable stupeur aujourd'hui parfaitement désuète, pouvant être comprise avec ironie.

" Vraiment indigeste ce passage, on dirait que tu as voulu mettre le plus de littérature possible, dans un intérêt humoristique je suppose, mais ça sonne comme une démonstration. "
Ah oui, j'ai souvenir l'avoir écrit avec fulgurance, sans réfléchir, ce qui se traduit souvent par un agrégat de mots pas murement choisis, et je n'ai pas eu le coeur de le revoir, je peinais à le refaire.

"Là aussi je trouve ça lourd, comme une chose martelée, comme une parole qui va jusqu'au bout de son souffle de peur de perdre le fil de ce qu'elle veut dire ; pareil pour la subordonnée qui suit..."
La difficulté est que j'ai voulu retranscrire quelques données biographiques précises qui ne sont pas d'un grand intérêt pour le propos, mais qui me tenaient à coeur (cette caricature de maçon faisant la prêche à ses ouailles) ; ça alourdit.

" Je pense que ça existe les gens qui ont un manque de sensibilité, un manque de sens artistique, mais à ce niveau ça me parait exagéré, vraiment cliché. Mention spéciale à "pissotières à bonnes femme "
Ah j'en ai croisé pourtant.  ;D
Du lycée aux études à la vie active, je l'ai entendu ce fameux : " Balzac c'est pour les bonnes femmes, Flaubert de la littérature de pédés "...
De même, la réprobation générale quand je dis ne m'intéresser qu'à l'art : on me parle d'une absence de sérieux, que le sérieux c'est le travail ou le superficiel cirque social ; en somme le salariat, les embouteillages, les vacances en bord de mer....


" Pour être franc je n'ai pas été convaincu par ton texte, trop excessif, trop caricatural - ou plutôt pas assez excessif ou caricatural pour devenir quelque chose de jouissif, où tout le monde prend cher dans l'ironie et la bonne humeur, dans un excès d'énergie et de haine réjouissant. J'aurais aimé encore plus de cruauté contre les personnages - et les faire moins génériques -, les montrer dans toute leur dégueulasserie, avec une vérité sanglante à la Céline (encore lui). "
Je vois, et ça aurait ajouté un intérêt proprement romanesque au texte. C'est à creuser.


Titre: Re : L'intelligence atificielle aura raison des artistes
Posté par: flag le 25 Avril 2023 à 17:54:32
Bonjour, Glaçon,  :)
Je n’ai pas encore lu ton texte court., mais je vais le faire. Je vais juste me permettre une réflexion sur le titre de ton texte court L’intelligence artificielle aura raison des artistes .
 J’ai été voir ces sois disant trublions Chatbot qui pullulent sur la toile et j’ai fait comme tout le monde j’ai posé des questions. Après mon tête-à-tête avec ces neurones-bits en tant qu’artiste, je dois dire que je ne suis pas inquiet de cette concurrence artificielle. Elle a encore tout à apprendre, notamment celle de ressentir et éprouver afin de pouvoir analyser et formuler. Ce n’est pas pour demain qu’une IA sera capable d’y arriver, car l’homme se demande encore comment on fait.  :-\
Ma grande crainte vient de l’homme, de l’absolutisme culturel et de la médiocrité qui en découle.  :(

Je vais lire ton texte et apporter ma modeste contribution. En tout cas c'est un excellent sujet.  ;)