Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: LOF le 25 Mars 2023 à 10:02:40
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Lumière sur les invisibles
Les objets demandent à être accrochés par les premiers rayons du soleil levant.
D’abord les chaises sur le balcon.
Puis le rebord des volets ouverts.
Puis les objets sur les étagères.
Des livres.
L’œuvre au Noir de Marguerite Yourcenar, Les Cloches de Bâle de Louis Aragon, mais d’autres aussi moins connus. Ils demandent au rai de les saisir un instant dans sa lumière dorée. Des auteurs inconnus qui se trouvent soudain entre Yourcenar et Aragon, dans le même rayon d’illumination.
Il y a aussi les statuettes, en bronze, en pierre, en terre. Fugitivement, un détail de leur anatomie, jusque-là dans l’ombre, par le rai est révélé. L’intérieur d’une cuisse, le creux d’une orbite, une courbe du dos. Par cet éclat violent, un trapèze, un losange, un ocre chaud vient extraire de la pénombre de l’oubli, des objets pendant un court instant, pour la curiosité du regard, stimuler notre mémoire, rendre présents et actuels formes et volumes que la ternitude des habitudes maintenait dans l’invisibilité.
Le rayon de l’astre passe sur les choses.
Il faut être là pour le saisir et comprendre ce qu’il dévoile.
L’éphémère de son passage en crée toute sa grandeur.
Il nous fait ouvrir soudain un livre oublié, regarder différemment un objet.
Découvrir aussi la poussière, l’éraflure, le périssable insoupçonné.
Le rayon de l’astre nivelle les hiérarchies. Il éclaire les sans-grades, les modestes, ceux que la splendeur de la notoriété écrase. Il resuscite les disparus. Il redessine les effacés.
Mais juste le temps d’un moment.
Personne ne peut stopper la rotation de la Terre. La ralentir. Lui signifier que le malheur des oubliés mérite qu’on s’y attarde. Il faudrait bronzer plus longuement leur pâleur.
Le photographe, celui qui écrit, celui qui peint, celui qui parle, à leur manière,
ils chantent ensemble cet instant.
Si tu reviens demain à la même heure, l’éclairage reviendra.
Si tu reviens en été il faudra te lever plus tôt qu’en hiver.
Si tu regardes en hiver le rayon n’aura pas l’éclat de celui de l’été.
Si le ciel est chargé de nuages, les objets seront rendus à leur inanité.
Si un immeuble se construit dans le rayon de l’astre, il faudra changer de place les objets.
Si tu es indifférent à ce phénomène, demeure coucher,
ou va boire une bière dans le réduit de ta cuisine.
Si le feuillage frémissant d’un arbre nouveau s’épanouit dans la trajectoire du rayon,
alors vous serez le plus heureux des voyeurs.
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Il faut probablement beaucoup de lumière pour éclairer les invisibles.
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J'aime ces textes qui s'attachent, même l'espace de quelques lignes, à décrire la matière. Je n'ai jamais compris pourquoi tes textes étaient si peu commentés LOF. Certes cela demande une certaine énergie de le faire dans tous les cas, et du temps (chose dont je manque en ce moment), mais frustration. Moi je voudrais m'épancher plus longuement sur ce qui me touche et je ne le peux pas...
Merci pour ce partage, LOF !
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Merci pour ton commentaire Nadir.
Oui, je suis peu lu et commenté. Peut-être à cause de mes thèmes, et ma manière d'écrire.
J'apprécie d'autant plus les courageux qui me lisent et réagissent.