Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: Ollin le 14 Mai 2011 à 04:20:45

Titre: Exhortation
Posté par: Ollin le 14 Mai 2011 à 04:20:45
Statue de béton aux larmes de pétrole, la nostalgie d'un ailleurs te charme de ses mues – paradis, réincarnation, pardon – pardon de quoi, frère ?! N'as-tu plus les tripes de ton bonheur ? Te sens-tu coupable de tes origines, de tout ce grillage de raison qui de boue a pris forme ? Ils ont jeté la violence de ta légèreté, ils ont coupé la source de ta force, et tu te demandes encore pourquoi ce cliquetis d'horloge te donne la nausée ?
Frère, il te manque des nuances dans cette palette chimique. Il te manque ce qu'ils détournent : l'agressivité qu'ils mettent à ta mutilation, la fraude qu'ils glorifient, la cruauté qu'il y a dans ce dressage collectif ; retourne-les avec violence, donne-toi la rage du désespoir et arrache-toi leurs ailes. Et vois ! Comme ils sont bercés d'égalité et cherchent la distinction – prends de la hauteur et vois ! – comme ils sont cruels quand ils cherchent ton bien, comme ils sont terrifiants quand ils apaisent tes tremblements. Révèle la peur qu'ils conjurent par sublimation et risque-toi en elle.
Pour nous, la vérité est voile et mensonge. Elle est un automatisme acharné, l'exorciste du vertige, le tapis qui couvre nos profondeurs. Mais, toi, frère, qui as la nausée, ton corps est prêt. Ta chair désire le tourment, ton esprit appelle le doute suprême et la violence de ta nature. Redresse-toi ! Ne courbe plus tes inclinations, ne les dissimule plus comme un enfant qui redoute la punition. Tu croiseras l'horreur, oui, tu croiseras la solitude et la désolation, mais crois ! Crois en la distance de ta nausée, et sors vainqueur de cette aventure. Abuse de tes forces, abime-toi dans ce rêve impétueux.
Car, mon frère, ce ne sera pas la plénitude qui te baisera la main, mais l'insoutenable folie qui te rendra l'innocence. Réjouis-toi ! Réjouis-toi ! Le destin sera ton supplice et tu riras !