Maurice le 04/03/2023
Ma journée avait commencé de la même façon que toutes celles qui lui avaient précédées. Je m’étais levé en même temps que le soleil (vers six heures du matin). Je bus un peu d’eau présente dans une gouttière et je mangeai les restes de miettes de la veille que j’avais soigneusement conservé. Une fois le petit déjeuner prit, je me dépêchai de rejoindre l’arrêt de transport en commun pour rejoindre le centre de Paris. Je n’étais en effet pas assez important pour pouvoir loger à Notre Dame.
Heureusement pour moi, le vol de six heures trente avait du retard. Ce n’est qu’à six heures quarante que je le vis arriver. Je pris alors mon envol pour rejoindre mes camarades qui venaient des autres banlieues de Paris. Je jouai des ailes pour rejoindre le haut du panier afin de ne pas vivre de mauvaise expérience avec quelques fiantes qui se seraient perdues. Cela aurai été dommage car Je venais tout juste de faire ma toilette !
Je vis Albert et le rejoignis comme à mon habitude. Ce brave pigeon était un père de famille respectable qui vivait la même vie depuis plus de trois années (ce qui est énorme pour notre espèce). Sa famille et lui avaient décidé de déménager à la campagne pour le bien des enfants. Le pauvre Albert devait donc effectuer un vol de plus d’une heure tous les jours pour rejoindre son lieu de travail. Voyez-vous, je respect énormément les pigeons comme Albert. Cependant, je n’arrive pas à me faire à l’idée que je passerais le reste de ma courte vie à faire ce que je fais actuellement.
« Alors Albert, les nouvelles du matin sont bonnes ? Demandai-je. » Il y avait toujours un pigeon qui se promenait dans le vol avec le journal du jour ainsi que quelques miettes à vendre. « Ma fois, oui. Répondit tranquillement Albert dont une épaisse moustache recouvrait le bec. Ils prévoient plusieurs bus de chinois au niveau de la Tour Eiffel. » Les chinois étaient très appréciés des pigeons car ils adoraient jeter des miettes afin de prendre des photos avec nous (un peu bizarre mais pourquoi pas après tout).
Malheureusement, je n’avais pas les autorisations nécessaires pour travailler à la Tour Eiffel. Cela était réservé à l’élite de la nation. Néanmoins, j’avais quand même réussi à me trouver un poste au niveau de Notre Dame et j’en étais très fier. J’étais paisiblement en train de rêvasser lorsque j’aperçu au loin un autre vol de pigeons. Dans un premier temps je trouvais cela fort curieux car le convoi ne passait sur aucune ligne de ma connaissance.
Rapidement je comprenais que les oiseaux qui arrivaient droit sur nous n’étaient pas de simple pigeons. J’avais devant mes yeux la fierté de notre nation : des pigeons voyageurs. Ils étaient magnifiques, leurs plumes étaient lisses et propres et leur collier blanc rayonnait. Nous nous écartions de leur trajectoire ainsi que la règle le demandait.
Lorsqu’ils passèrent en formation serrée au-dessus de nous, mon regard plein d’admiration rencontra celui du leader de la patrouille. Ce dernier me sourit avant de continuer son chemin. « Quelle classe ! Je pensais. Si seulement j’avais pu faire ce métier, ma vie aurait était tellement plus intéressante. » Durant le reste du trajet j’appris qu’ils partaient en direction du sud pour se rendre à Marseille où ils devaient effectuer une démonstration. Comme la plupart des pigeons à bord de mon RER, moi aussi je rêvais d’une vie d’aventure et d’action.