Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: jlm le 11 Mai 2011 à 14:22:35
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Salut à tous !
J'avais commencé avec l'idée d'écrire une nouvelle dans la veine des polars urbains et contemporains et puis, je ne sais pourquoi, c'est totalement parti en vrille ! voilà l'OVNI :
Si jamais vous voulez une lecture plus confortable suivez ce lien : http://fr.calameo.com/read/00050343332690b6c2539
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Aujourd’hui, on peut jeter un coup d’œil à n’importe quel coin de rue, on tombe inévitablement sur au moins une caméra de surveillance à moins de cent mètres.
Leur efficacité immédiate reste encore à démontrer, en effet il est plutôt rare de trouver une équipe d’intervention disponible dans leur proche environ et les marginaux ont appris à se jouer de leur présence sur la voie publique. Au début on les trouvait à trois mètres de hauteur et en miette au petit matin jusqu’à ce que les parties de gendarmes et voleurs s’essoufflent faute de combattant le jour où la préfecture de police jugea plus prudent de les remonter de trois mètres supplémentaires et de les protéger de grilles d’acier solidement fixées. Ces caméras étaient vues comme un défi ou une insulte à la liberté de circuler, les plus jeunes se sentaient fliqués tandis que les plus âgés s’en fichaient royalement. À l’occasion de leur apparition personne ne manqua la comparaison avec le Big Brother d’Orwell ni d’évoquer la couverture hyper développée d’une ville comme Londres avec son système CCTV. Les mauvais coucheurs évoquèrent même les prises illégales d’intérêt et les trafics d’influence des élus qui avaient octroyé le marché de la surveillance à une société privée dont le patron n’était rien de moins que le beau-frère du maire de Paris et le cousin par alliance de la ministre de l’industrie. Il fallait se faire une raison, la mise sous surveillance de la capitale avait été décidée de manière unilatérale et de toute façon la société ProctoCam était la seule à disposer de reins assez solides pour s’imposer immédiatement avec tout le matériel et tout le personnel dédié.
Quelques journaux avaient souligné que le marché avait été passé sans concurrence ni appel d’offre et que pour un même service, n’importe quel autre opérateur aurait été pourtant deux fois moins chère, mais personne ne porta plainte, un journaliste avait été retrouvé pendu à son domicile tandis qu’un autre s’était accidentellement noyé d’une balle en pleine tête. La polémique se tut brusquement et les citoyens s’habituèrent finalement à la présence de ces boules de verre et d’acier au-dessus de leur tête.
Voilà, aujourd’hui les rues de la ville sont pleines de ces caméras, qui bougent de temps en temps quand passe une jolie fille. Le public ne sait pas vraiment combien d’agents se trouvent de l’autre côté de l’œil de verre et si réellement chaque moniteur capte l’attention d’une spécialiste de la surveillance. Les riverains du 10ème arrondissement ne savent pas non plus, à moins de l’avoir entendu à la radio ou vu dans un reportage de la télévision d’état, qu’ils sont fixés dès leur descente du métro à la station Stalingrad et que de là, jusqu’au pas de leur porte de l’autre côté du boulevard saint martin – même en faisant un détour par les bords du canal – qu’ils sont suivis sans interruption d’image et que n’importe quelle camera pourrait déchiffrer la petite inscription posée sur le papier de bonbon qu’ils auront jeté à coté de la poubelle prévue à cet effet.
Le public ignore également que dans les rues non commerçantes les caméras ne sont reliées à aucun moniteur de surveillance, elles sont là, elles bougent de temps en temps, ça les rassure. Le public ne réalise pas que toujours plus de caméras signifie toujours moins de policiers dans les rues, question de budget. Seules quelques patrouilles en voitures, sur les grands axes sont reliées au centre de commandement télévisuel du centre opérationnel nord situé dans un souterrain de Saint Ouen, le CCTV-CON de Paris.
Il y a bien entendu des points chauds qui font l’objet d’une surveillance accrue, comme par exemple les itinéraires institutionnels des manifestations strictement encadrées mais toutefois rarement autorisées, comme Place d’Italie – Bastille et République ou le boulevard Saint Michel et les alentours de la Nouvelle Sorbonne. Sur ces spots-là, les caméras ultra sophistiquées sont capables de livrer votre identité en captant simplement votre fond d’œil. Les manifestants pourraient simplement porter des lunettes de soleil, mais depuis les lois sécuritaires de 2009, les cagoules, masques et lunettes de toutes sortes sont interdites sous peine d’arrestation intempestive et de gardes à vues en ambiance poivrée.
En période calme, les agents affectés à la surveillance de la voie publique se contentent de jouer les voyeurs, de zoomer sur les décolletés et parfois même avec certains modèles de caméras, de virtuellement déshabiller quelques cibles qui n’en ont aucune conscience. Il ne se passe presque plus rien à Paris. Plus de vol à l’arraché, plus d’agression sur la voie publique, plus de racolage sur quelques boulevards, quelques accidents de la circulation de temps en temps, mais si peu depuis la généralisation des radars et la confiscation automatique des véhicules en faute.
Mais les caméras ont quand même un petit défaut (pour ce qui concerne celles qui fonctionnent réellement) elles ne filment que l’extérieur. Pour l’intérieur, le domaine privé, votre chambre ou votre bureau, le premier mandat de l’ère Sarkozyenne a vu arriver de manière autoritaire les systèmes de contrôle et de surveillance d’Internet avec la loi Hadoppi 2. Avec ce mouchard installé dans votre ordinateur, un centre ultra perfectionné situé en zone sud sous le cimetière de Bagneux connaît vos habitudes, vos achats, vos contacts, la teneur de vos conversations privées ou de vos mails à l’aide de simples mots clés, le tout sans avoir besoin de réquisition ou de la moindre autorisation. Mieux, depuis Hadoppi 6 et l’obligation faite à tout citoyen de posséder un ordinateur et un téléphone portable, votre webcam peut même être détournée sans que vous le sachiez. De cette manière, un opérateur, toujours privé de la société ProctoNet, peut prendre connaissance de votre environnement « ordinateur éteint ». Si par malheur, ou par erreur, vous vous retrouvez blacklisté, les caméras pourront prendre en charge vos déplacements, vos mails seront lus, on vous surveillera chez vous et votre téléphone portable deviendra du jour au lendemain votre pire ennemi.
Il existe bien entendu une faune de marginaux qui ont décidé de vivre « libre », c'est-à-dire sans adresse, sans ordinateur et sans téléphone, mais leur liberté n’est qu’illusoire. Sans adresse, pas de travail légal et pas de travail, pas d’argent. Depuis la fin des minimas sociaux et la réforme Wauquiez de 2013, les allocations sociales n’existent plus. Seules ont été conservées les primes aux anciens combattants et aux grands blessés de la police. Ces marginaux sont interdits de squats, chassés des centres touristiques et commerciaux. Ils sont répertoriés par l’apposition à leur majorité d’un tatouage d’identification spécifique et visible sous l’oreille droite et par l’implantation forcée d’une puce de géolocalisation ProctoDyn là où les citoyens ordinaires se trouvent dotés d’une puce médicale, toujours de chez ProctoDyn.
Il se trouve assez facilement des procédés sophistiqués pour désactiver ces puces à peine plus grosses qu’un grain de riz, mais gare à ceux qui seront pris dans une rafle, ils seront identifiés comme Terroriste N2 (niveau 2, les TN1 sont les marginaux pucés) et placés en rétention dans des centres spécifiques pour des durées indéterminées, les centres de rétention républicains (CRP).
Pour les citoyens lambda, un seul mot d’ordre, « soyez heureux !»
En 2010, Emmanuel Todd considérait que la société française se divisait en trois parties : 66% de pauvres, 33% de classe moyenne et 1% de classe supérieure à riche. La classe moyenne aussi bien formée que l’élite politique, mais moins bien placée socialement, était plus exigeante, moins manipulable. Les révolutions venaient principalement de cette classe moyenne qui les élaborait, le peuple se contentant de les suivre. Enfin lu, écouté et pris au sérieux, il devint évident que Todd était un danger pour la « démocratie », il disparut un matin de juin 2012 et nul n’entendit plus jamais parler de lui jusqu’à ce qu’un jour, un marginal ivre se confia à un citoyen et livra une histoire terrible, Todd se trouvait dans une fosse creusée quelque part au milieu de la forêt de Fontainebleau. Le marginal disparut à son tour dans un centre de rétention républicain, mais son message courut sur les lèvres de quelques téméraires. Certains avancèrent même la possibilité que les travaux de Todd avaient servi bien malgré eux de base de travail au gouvernement Sarkozy 3 pour détruire la classe moyenne et réduire la société Française en deux parties : le peuple, 99% et la classe dirigeante 1%.
« Soyez heureux !»
En 2014 eu lieu la grande réforme de l’éducation nationale. Le ministère fut tout bonnement supprimé et l’enseignement devint une affaire privée dans les mains de grands groupes industriels. On ne faisait plus l’ENA, on faisait TOTAL. On ne faisait plus ses lettres à la Sorbonne, on étudiait la chimie chez SERVIER. Les arts, l’histoire, la littérature disparurent de la liste des matières enseignées, des cohortes de professeurs et d’universitaires devinrent des marginaux, nombre d’entre eux furent répertoriés TN2 tandis qu’une poignée (TN3) trouva refuge dans le village fantôme de Tarnac que l’armée, un jour, plaça en quarantaine derrière de hauts murs sous la surveillance de miradors électroniques fournis par ProctoCam.
L’éducation se bornait désormais à apprendre à obéir aveuglément, à se méfier des jugements trop personnels, à faire confiance en l’autorité suprême et à maitriser un métier en fonction de compétences décelées dès les premiers mois de la vie par toute une batterie de tests génétiques. Le pays connut donc une nouvelle période de plein emploi, les personnes de bonne volonté ne mourraient plus de faim ou de maladie, la durée du travail fut porté à soixante-dix ans et la durée de vie moyenne des citoyens connu un recul inexpliqué jusqu’à l’âge de soixante-quinze ans. Les citoyens s’en moquaient bien, une vie entière en bonne santé et une fin paisible, même si inexpliquée leur suffisait bien. Fini le chômage, fini le problème des retraites, fini les hauts salaires pour les 99%, il n’y avait plus qu’une grille de salaire simplifié en fonction des niveaux de responsabilité, classée en trois catégories, Les catégories 1, 2 et 3 avec des écarts fixes de 20% entre elles.
La société était fin prête pour les grands travaux d’urbanisme de masse. Le cœur du Paris touristique ainsi que la ville close du Grand Neuilly furent conservés, le reste fut rasé pour laisser la place à une ville nouvelle sous forme d’unités d’habitations directement inspirées des travaux de Le Corbusier. De longs bâtiments droits, gris, hauts, aux intérieurs spartiates et minimalistes construits par BuygueBat, le géant européen de la construction de barres d’habitation. Les barres nouvelles respectaient le tracé des anciennes rues, les gens s’y retrouvaient.
Le grand Paris avait fini par sortir de terre, mais personne n’avait imaginé le retour des barrières d’octroi qui faisaient également office de barrières douanières. Louis XVI avait fait ériger 57 de ces barrières autour de la ville en 1785, le gouvernement Sarkozy 3 en fit construire 350 en 2020. La plus grande partie des taxes prélevées servant à entretenir ce fermage des temps modernes, quelques personnes protestèrent que cela ne servait à rien. En réalité, ces points de contrôle servaient surtout à savoir qui entrait et qui sortait de la ville. De gigantesques grilles d’acier pouvaient même servir à isoler la cité en cas de problème.
Paris était devenu une prison à ciel ouvert et personne n’avait rien vu venir. Cela s’était fait lentement, en douceur, ses habitants avaient été victimes du syndrome du crapaud ébouillanté. Si vous tentez de jeter un crapaud dans l’eau bouillante, le premier contact avec celle-ci lui fera si mal qu’un violent réflexe le fera se détendre et éviter le bain mortel. Tandis qu’à contrario le crapaud que vous plongez dans un bain d’eau tiède dont vous augmenterez progressivement la température, ne se méfiera de rien, sera progressivement engourdi et finalement ébouillanté.
Les Parisiens ont fini par s’habituer à vivre dans des habitations fonctionnelles, mais sans luxe, des espaces optimisés en fonction de la taille des familles. Ils ont donc un toit, de quoi se nourrir, un travail qui les occupent 45 heures par semaine, quelques rares distractions dont les jeux du stade de France constituent l’essentiel de leurs loisirs. Football, Free Fight et « la grande traque » le grand jeu télévisuel dans lequel un prisonnier peut se racheter en participant à une gigantesque chasse à l’homme et au cours de laquelle les citoyens peuvent également gagner des primes en donnant sa position aux traqueurs.
« Soyez heureux !»
Bienvenu en 2030.
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le beau-frère de maire de Paris
du ?
Quelques journaux avaient soulignés
souligné
sans concurrence ni appel d’offre et que pour un même service, la concurrence
La répétition aurait pu être évitée...
les habitants de Paris s’habituèrent finalement à la présence de ces boules de verre et d’acier au-dessus de leur tête.
Voilà, aujourd’hui les rues de Paris
Sans répéter "de Paris", on comprendrait quand même.
Le public ne sait pas vraiment combien d’agents se trouvent de l’autre côté de l’œil de verre et si réellement chaque moniteur capte l’attention d’une spécialiste de la surveillance. Les riverains du 10ème arrondissement ne savent pas vraiment
Répétition
plus de caméra
caméras
Alors de mon avis, ça se lit pas mal au début mais par la suite ça devient un peu laborieux et longuet, plus guère d'innovations dans le texte... Il ne se passe pas grand chose au final, et même si ça reste assez fluide dans le style, j'avais un peu l'impression de tourner en rond. x'D
Ps : Beau nom de gamme. x')
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Salut Kathya, merci pour ton commentaire, j'ai effectué quelques petites modifications. Après si ça tourne en rond... je ne sais pas, c'est sorti d'un seul jet hier matin.
à la base il s'agissait d'écrire une nouvelle sous forme de polar avec pour cadre le 10ème Arrondissement de Paris, mais au fil de l'écriture, peut-être parce que l'actualité résonnait un peu trop fort, j'ai complètement glissé vers une toute autre histoire. j'ai mélangé tout un tas de choses en agrégeant la proposition de Wauquiez, les projets de flicage de l'Internet au niveau européen, la présence de plus en plus constante des caméra et le future démontage des panneaux d'alerte radars etc.
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Bonjour !
C'est assez prenant au début et je m'attendais à quelque chose de plus intéressant mais par la suite, j'ai décroché. Il se passe pas grand chose, je veux dire, c'est comme un article où tu exposes juste les faits. Tu aurais pu en profiter pour mettre une histoire tout autour.
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oui, j'y ai pensé, c'est un peu comme mettre le couvert mais ne pas servir le repas, mais je n'étais pas sûr de vouloir faire une histoire avec des clône de Winston et Julia. C'est une simple cascade d'évènements qui, mis bout à bout, pourraient préfigurer un avenir proche, j'ai juste planté le décor !