Mon tour.
Si vous avez déjà lu un truc similaire merci de me le dire !
J'vous raconte la petite histoire : ce texte est en réalité un cauchemar (assez flippant d'ailleurs) que j'ai fait juste quelques jours avant la première date butoir. En me réveillant, j'étais persuadé que ça venait d'une histoire que j'avais déjà lue quelque part alors j'ai failli ne pas la noter, mais finalement je me suis dit que ça serait bête, donc voilà.
Ah, par contre, je vais pas la laisser très longtemps, j'aimerais la soumettre à l'AT de Malepertuis sur le fantastique. Alors soyez durs et sans merci - mais pas des bouchers non plus, faut pas exagérer (oh, et surtout, est ce qu'on peut bien le considérer comme un texte fantastique ? Je veux dire, au sens classique du terme ?).
Voilà, bonne lecture !
Les voix dorées
Il y avait marqué « M. Sanchez - Comptable » sur le panneau. Je m'en souviens bien, parce qu'il était doré, lui aussi. Mais Maman ne m'a même pas félicité quand je lui ai lu.
Je l'accompagnais, ce jour-là, parce que Sophie (la gentille Sophie, c'est ma nounou, on s'amuse bien ensemble) avait pas pu se déplacer alors Maman m'avait pris la main, sans rien dire, elle m'avait traîné avec elle. Moi, j'aurais préféré rester tout seul à la maison. Je suis assez grand, maintenant. J'ai huit ans. Enfin, presque.
Y'a pas grand-chose, chez Monsieur Sanchez, pour s'amuser – quelques cubes, mais c'est pour les petits. J'ai pas trouvé de crayons pour dessiner. Alors j'ai fini par faire comme Maman, j'ai pris un des magazines qui traînent sur la petite table, et j'ai regardé les images (les mots sont écrits trop petits, et puis j'ai déjà essayé une fois, je préfère encore les livres qu'on nous fait lire à l'école).
Monsieur Sanchez a mis longtemps à arriver. Il m'a jeté un drôle de regard, puis il s'est mis à discuter avec Maman. Avant, c'était Papa qui s'occupait des comptes, je m'en souviens parce qu'il avait des lunettes exprès, mais « Papa est parti avec la boulangère, » a dit Maman, et il faut arrêter de parler de lui. Moi je l'aime bien, la boulangère de Papa. Elle est gentille avec moi. Elle fait du bon pain et elle m'en donne toujours un morceau quand il est tout chaud.
Je n'écoutais pas ce qu'ils racontaient, mais apparemment ils se sont mis d'accord pour m'abandonner dans l'endroit le plus ennuyeux du monde. Maman m'a dit qu'ils seraient pas longs et puis ils se sont enfermés dans le bureau de Monsieur Sanchez. J'ai pas de montre, mais j'ai compté longtemps dans ma tête. Jusqu'à trois cents. J'ai l'habitude que Maman dise des bêtises. Alors j'ai décidé de partir tout seul. Bien fait pour elle.
Je suis quand même un peu resté pour explorer, et j'ai fini par trouver une porte d'ouverte. Il faisait sombre de l'autre côté, tellement sombre que je suis tombé, mais j'aime bien quand il fait sombre, je peux inventer des histoires, c'est plus facile pour faire comme si ça se passait vraiment. J'y voyais quand même un peu, en tout cas, quand je me suis relevé j'ai repéré quelque chose juste devant moi, au milieu de la pièce. Je me suis aperçu que ça pleurait, sans doute une fille. A l'école, les filles pleurent souvent, surtout quand je leur raconte des histoires.
Je me suis approché – si j'ai bien appris un truc dans, les contes qu'on nous raconte toujours, ceux qui sont vrais, c'est que le garçon protège la fille et qu'en échange, il a droit à un bisou et ils vivent tous les deux heureux. Et c'est là que je l'ai entendue parler. Elle pleurait pas vraiment. Elle parlait tout bas. Quelque chose comme : « Laissez-moi tranquille ! Arrêtez ! ». En fait, elle pleurait quand même. Je lui ai demandé ce qui allait pas, histoire qu'elle voit qu'elle pouvait compter sur moi, et elle m'a répondu : « Tu les entends pas ? Elles me rendent folle ! ».
Et là, je les ai entendues. Des voix, tout autour de nous.
Et puis, je me suis aperçu qu'il faisait vraiment tout noir. Je ne voyais même plus ma main.
Et surtout, y'avait les mots, écrits sur le mur. Je les voyais bien, parce qu'ils étaient dorés et qu'ils brillaient. Je me suis aperçu que c'était ce que les voix disaient. « Va-t-en, va-t-en d'ici ! » Puis ils disparaissaient, et d'autres prenaient leur place. « Tu me fais peur... ». C'étaient des choses que j'avais déjà entendues et je ne voulais pas m'en rappeler. Mais le pire, c'est quand je me suis aperçu qu'il y en avait d'autres. Moins fortes. Plus petites. Elles chuchotaient vraiment pas fort, et je les comprenais pas. Mais ça avait l'air terrible, ça me donnait des frissons. J'avais envie de partir en courant, aussi, mais je voyais même plus la sortie. J'avais peur.
Puis je me suis cogné contre quelque chose. J'en suis pas fier, mais je crois que j'ai crié, avant de me rendre compte que c'était la fille. J'avais plus envie de partir soudain. Je dirais bien que j'avais envie de la rassurer, que je l'ai protégée contre tous les monstres du noir, et tout ça, mais en fait, c'était plutôt l'inverse, je me sentais moins seul.
Les voix – celles qui chuchotaient – elles faisaient « chuuuut » maintenant, comme pour nous consoler. Je crois que j'ai dit pareil à la fille, en tout cas, je lui ai fait un câlin, comme fait Sophie quand je me fais mal.
« Chut... »
Elle s'est calmée un peu, elle pleurait moins fort, et elle a arrêté de parler. Son corps était tout chaud c'était agréable, je me sentais presque en sécurité.
A un moment, quelque chose a changé, j'ai mis un moment à m'en apercevoir. C'était les voix qui hurlaient. Elles étaient plus là, et les « chut » non plus. A la place, y'avait cet espèce de grondement, terrible, il me faisait trembler de l'intérieur, mais la fille elle pleurait de moins en moins. Je me suis dit : « au moins, elle, elle va mieux, faut pas que je me dégonfle devant une fille ».
Mais les voix faisaient « grrrr ».
Et là, la fille a dit : « Dis... si on jouait ensemble ? »
Au début, ça m'a fait plaisir. Personne ne voulait avec moi à l'école. On allait sortir tous les deux, trouver un autre endroit loin et jouer à un jeu où il y aurait pas de voix dorées – ou alors, il y en aurait, mais ce serait nous qui leur ferions peur.
Mais je sentais que quelque chose n'allait pas. Elle me lâchait plus, elle me serrait fort contre elle, elle me plantait ses ongles dans le dos, alors j'ai commencé à me débattre, mais elle avait plus de force que moi. Les voix avaient fini par partir pour de bon, et les mots aussi. Je croyais, en tout cas. Je les ai vu apparaître sur la fille. Sur son visage. Et elle murmurait : « Tu veux déjà arrêter ? Je m'amuse bien, pourtant. Je croyais que tu aimais quand on a peur. » Cette fois, y'avait vraiment plus de lumière du tout. Et elle me griffait toujours, le dos, les bras, la joue. J'ai fermé les yeux.
Tout s'est arrêté. Comme ça. D'un coup. Le grondement, les griffures, tout. J'ai pas compris tout de suite que la lumière s'était rallumée. Mais quand j'ai rouvert mes yeux, j'ai vu Maman. Elle parlait avec un air gêné. Elle s'excusait tout plein auprès de son comptable. Lui, il avait passé un bras autour de ses épaules, et il me regardait avec un air bizarre, comme quand Papa voyait des épinards dans son assiette, et qu'il les poussait sur le côté. Je l'aimais pas vraiment, monsieur Sanchez.
Quand j'ai regardé autour de moi, la fille n'était plus là. Les mots non plus. Juste un gros bureau et trois chaises. Par contre il y avait une petite poupée de chiffon près de la porte. Et j'avais toujours mal au dos, et aux bras, et à la joue.
J'avais envie de pleurer, aussi, et j'ai failli me jeter dans les bras de Maman, mais elle a commencé à me gronder. Elle a même pas remarqué les griffures. Je voulais Sophie, moi, Sophie et ses longs câlins tout chauds qui réparent. Puis Maman s'est retournée vers le comptable, elle m'a plus regardé.
J'ai pris la poupée, je l'ai serrée fort contre moi. J'ai pleuré.