Y'a pas à dire, je crois que je suis tombé amoureux de ta prose. Je trouve ce texte plus fort, plus inspiré que ton Portrait-robot - mais je lui trouve quelques lourdeurs, et un flou un peu dommage.
Je crois que tu as touché là une forme de beauté, grâce notamment à la tension (obtenue avec la longueur, l'alambiqué des phrases) maintenue même dans les passages calmes, et par le contraste, entre les mots d'une même image, et dans l'histoire elle même, commençant avec une certaine violence, continuant avec la fièvre, finissant dans une vieille langueur : et c'est je crois le tour de force de ta démarche : d'avoir évoqué avec urgence le passé mouvementé de ces deux vieux à l'apparence et même à l'existence banale au premier abord, comme ayant toujours existé ainsi, calme, paisible. En tout cas c'est ce que j'ai compris du texte, sachant que le vieux "sifflote un refrain de marche militaire", j'en déduis que les histoires évoquées avant parlaient de lui ; mais j'ai aussi l'impression, à cause du "nous", de la "flânerie", à cause de la "berline" et du "treuil", ou de l'"ascenseur", qu'il s'agit soit d'une espèce de musé immersif que t'as visité, te faisant vivre l'histoire d'hommes qui ont fait la guerre, que tu reportes ensuite à la propre histoire de tes grands parents qui ont fait la guerre, admettons, ou soit qu'il s'agit d'une mission humanitaire que tu as vraiment vécu, et grâce à laquelle tu comprends mieux ce qu'ont pu vivre tes grands parents, admettons : dans tous les cas ça reste flou, et ce flou dessert l'émotion à mon avis, qui ne sais pas trop à quelle interprétation se rattacher. Car de l'émotion il y en a, surtout aux deux derniers paragraphes, il y a une espèce de flottement, de soulagement qui se dégage de l'écriture.
Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Claude Simon durant la lecture, grâce aux phrases longues, aux participes présents qui s'enchainent et figent le temps, à la manie de tourner obsessionnellement autour de certains thèmes - il ne manquait plus que les parenthèses qui se chevauchent !
Les détails juste là.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Merci pour cette lecture inspirante, inspiré, qui donne un élan à ma propre écriture ; en espérant t'avoir aidé !
À Jonathan : c'est dommage de tomber dans la provoc, de juger tout un travail "insipide" juste parce qu'il n'y a pas de "retrait", de "ligne d'intervalle", alors qu'il y a plein de choses plus intéressantes que ça, et un soin indéniable dans l'écriture !