Couscous,
Je vous propose actuellement une nouvelle, dont le thème a été imposé : " La rencontre "
J'accepte toutes suggestions, critiques, tant que c'est constructif.
Lisez bien !
La rencontre (nouvelle thème imposé : La rencontre)
Ce qui m'est arrivée cette nuit là, est le genre de chose qui ne peut s’oublier, que l'on préfère garder pour soi de peur d’être prise pour cinglée. C'est le genre de chose qui ne peut nous laisser indifférent, sinon l'enterrer au plus profond de nous, et vivre dans le tourment d'une vie menée par l'incompréhension.
Cette nuit là, j’ai rencontré celle qui a changé ma vie.
......Je marchais à la lumière des réverbères, le sol verglacé craquant sous mes pas.
Ma bouche laissait échapper de la buée, qui, se mêlant à l’obscure clarté de la nuit, s’évanouissait aussi vite qu’elle apparaissait. Assaillie par quelques cristaux de glace qui me transperçaient la peau, je fus contrainte de resserrer un peu plus mon manteau autour de ma taille ; l’air frais mordait profondément mon visage et mon sang semblait coaguler. Je levai les yeux et j’aperçus un banc solitaire au milieu du parc enneigé. Après m’y être dirigée, je dégageai la poudre blanche d’un geste de la main, et je m’y assis.
...... Je restai là pendant quelques minutes, laissant vagabonder mon esprit, les yeux balayant le parc vide. Les lampadaires s’éteignirent bientôt et je fus ensevelie par la pénombre, avec comme seules sources de lumière le scintillement des étoiles et la lune qui se reflétait sur le tapis de neige. Sous mon manteau, je sentis brûler ma peau, agonisante sous la fraîcheur de la nuit. Un étrange sentiment d’insécurité me saisit soudain. Pour la première fois cette nuit je pris conscience de ne pas être en sûreté, et il me fallait rentrer chez moi. Pourtant quelque chose me l’interdisait, comme si une force invisible me clouait sur ce banc, me laissant seule face aux ténèbres de la nuit.
...... Le hululement d’un hibou m’arracha un cri de surprise. Je n’étais plus seule. Quelqu’un m’observait, et le frisson qui me parcourut à ce moment n’était en réalité pas dû au froid glacial qui balayait le parc, mais à l’angoisse d’être épiée dans cet endroit sinistre. Paralysée par la peur, je me contraignis tout de même à jeter un regard par-dessus mon épaule. Il n’y avait rien d’autre qu’un enchevêtrement d’arbres entassés dans une obscurité omniprésente, accentuant le noir ténébreux qui embrassait le ciel. J’eus beau regarder autour de moi mais je ne vis rien, je n’entendis rien ; pourtant je n’en restai pas moins sur mes gardes, et convaincue de ne pas être seule, je m’obligeai à regarder une dernière fois. Je ne sus jamais si ce que je vis provenait de mon imagination engourdie et altérée par le froid, néanmoins mon cœur s’emballa comme un cheval lancé au galop, menaçant de sortir de ma poitrine.
...... Des yeux luisants m’observaient sans retenue. Accoutumée à l’obscurité, je pus distinguer la vague silhouette d’un homme encapuchonné, la main droite posée sur sa hanche, l‘autre remontée près de son visage. Il me semblait s’approcher de moi, cependant il était difficile d’en être sûr dans ce noir démesuré qu’offrait la nuit. Je déposai mon regard sur la main portée à son visage : je vis le reflet de la lune réfléchir sur l’objet qu’il tenait en main.
...... Je hurlai, et je hurlai tellement fort que j’en fus abasourdie, l’écho de mon cri emprisonné et résonnant quelques secondes encore dans ma tête. Je pris mes jambes à mon cou, et je courus à perdre haleine sous le regard bienveillant des étoiles. Je voyais le paysage de la triste ville enveloppé de son manteau blanc défilé devant mes yeux, tandis que mes pieds martelaient le sol glissant à une vitesse fulgurante, si bien que je manquai plusieurs fois de tomber. L’air s’engouffra un peu trop vite dans mes poumons, aussi dussé-je m’arrêter afin de reprendre mon souffle, malgré la peur d’avoir à mes trousses un inconnu. Je pris une grande bouffée d’air ; trop grande peut-être, car à ce moment je suffoquai, essayant de rendre l’air que je venais de voler à cette nuit si froide. Je toussais ; et quelle toux ! mais rien ne se passait et j’étais là, dans cette rue désertique, à demi accroupie, les mains portées au cou, me débattant afin de reprendre ma respiration. Je fus prise de panique quand je compris que j’étais seule face à la mort, sans que personne ne puisse venir me secourir. Peu à peu, la lumière des lampadaires se fit moins distincte ; je me sentis vaciller en arrière, les oreilles bourdonnantes ; les ténèbres m’envahirent et je m’endormis bientôt dans un profond sommeil.
La petite fille aux boucles blondes est assise dans la cour. Les mains croisées près de son pantalon, elle cache sa honte. Ses copains en cercle devant elle la montrent du doigt et rigolent. La petite fille pleure ; son visage est aussi humide que l’est son pantalon. Ses copains rigolent. Elle n’ose se relever, et pourtant, il le faut bien. La maîtresse arrive. Les yeux écarquillés et la main sur la bouche, elle dit aux élèves de s’écarter. Elle s’approche de la fillette. Elle soulève sa mèche blonde pour la mettre derrière son oreille. Elle caresse ses cheveux, et lui murmure : « ce n’est rien. » Elle la prend dans ses bras, et réprimande les enfants qui sautillent près d’elle. Honteuse, la petite fille cache sa tête sous son bras. Elle s’y sent en sûreté.
Je n’avais plus froid. Il me semblait être réveillée, cependant tout était noir alentour. J’entendais des voix, lointaines, indistinctes mais familières. Elles m’appelaient, pourtant j’étais incapable d’y répondre. Puis, de la lumière, enfin. Les paupières closes, je la sentis devenir de plus en plus puissante. J’ouvrai les yeux : je n’étais plus dans cette ville, mais dans un tunnel qui me paraissait interminable ; seule la lumière éblouissante en indiquait la fin.
La jeune fille est assise sur le sable encore tiède de cette journée d’été, contemplant la vaste étendue d’eau marbrée des rayons brillants du soleil. Ses beaux cheveux blonds se soulèvent et virevoltent au rythme du vent ; ce dernier tourne autour d’elle et l’incite à danser avec lui.
Un jeune homme s’approche près de l’adolescente et vient s’asseoir. Impassible, elle porte son regard sur le soleil qui finit son déclin. L’homme se risque à passer son bras autour des épaules de la jeune fille. Les battements de son cœur commencent à s’accélérer. Une étrange chaleur semble s’emparer de son corps. Les membres engourdis, elle veut parler, cependant l’air se bloque dans sa gorge, et elle ne réussit qu’à lâcher une vilaine toux. Ses joues rebondies deviennent aussi rose que le ciel. Aussi, elle détourne la tête. Le jeune homme porte ses doigts sur son visage fin. Résistant d’abord, la fille cède enfin et regarde le beau jeune homme. Il lui vole un baiser. Son premier baiser. Intimidée, et incapable de faire quoi que ce soit, elle laisse son ami poser à nouveau ses lèvres sur les siennes. Leurs langues se rencontrent, se caressent, se chevauchent. C’est son premier baiser.
J’étais envahie par un tourbillon de souvenirs, oubliés depuis bien trop longtemps pour en être supportable ; un flot de sensations, de sentiments et d’images me submergea, et je restais là, seule, sous ce déluge de pensées qui semblait ne jamais s’éterniser. C’est à ce moment que je compris : j’étais morte, ou du moins, en train de mourir. J’avais toujours imaginé la grande faucheuse venir à nous lors de notre départ vers le repos éternel, ses grandes ailes noires nous envahir de leur présence, et puis ensuite, rien, le noir, notre existence anéantie. Pourtant, ici, j’avais l’impression d’exister. Cette lumière était si apaisante, et réchauffait tellement mon cœur et mon âme... Cet endroit me procurait un bien fou, et me donnait un sentiment de sécurité, comme lorsque mon père m’emprisonnait dans ses bras afin de me consoler ; ce sentiment de quiétude absolue, comme coupé du monde, en ayant l’impression que rien ne pouvait nous arriver.
...... Pourtant, c’est à ce moment que je pris conscience de ne pas être à ma place. Mon heure n’était pas arrivée, j’en étais certaine. J’avais tellement de choses à découvrir encore, tellement d’expériences à vivre.
Alors, comme si mon vœu venait de s’exaucer, je sentis le tunnel défilé à grande vitesse devant moi ; je m’en éloignais à une vitesse phénoménale. Un bruit assourdissant s’offrit à mes oreilles, puis ce fut le noir.
Je sentis le sol froid et humide sous mon corps étendu sur le sol. Je mis du temps avant de reprendre mes sens et d’ouvrir les yeux. Le monde semblait avoir changé le temps de mon absence. Tout paraissait plus beau. Même la nuit. Elle était belle. Si froide, si insaisissable. Je réussis à me lever, tant bien que mal, j’époussetai mon manteau d’un coup de main, et balayai la route du regard. Il n’y avait personne. Il n’y a jamais eu personne. Seulement moi. Et la nuit. Oui, j’étais en très belle compagnie.
Ce qui m'est arrivée cette nuit là, est le genre de chose qui ne peut s’oublier, que l'on préfère garder pour soi de peur d’être prise pour cinglée. C'est le genre de chose qui ne peut nous laisser indifférent, sinon l'enterrer au plus profond de nous, et vivre dans le tourment d'une vie menée par l'incompréhension.
Cette nuit là, j’ai rencontré la mort.