Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: racbouni le 08 Avril 2011 à 00:55:14

Titre: Racbouniennes
Posté par: racbouni le 08 Avril 2011 à 00:55:14

Salutations à tous,

Je débarque, je prends mes aises.

Voici un long poème  heptasyllabique issu de mon blog poétique , libre à vous...


Tom Creule


 Ni papou ni blanc ni peul
il avait pour nom Tom Creule
C'est dans la lugubre flandre
qu'il apparut sans esclandre
une ferme méphitique
aux pâtures grouillantes de tiques
où de vieux ânes malades
chiquaient de noires salades
et devers le crépuscule
un coq hurlait, ridicule,
sur une mer de renoncules.

 Né un soir de lune grasse
d'un ragondin d'une paillasse
il fut craché sur la terre
par la veuve Creule-Winter
Tom portait une gueule torve
dévidant toujours la morve
les pieds petits le bras maigre
la panse fine et l'oeil aigre
il semblait un épinoch'
au corps constellé de cloques
éduqué à coup de bâton
il écorchait les chatons.

 
La veuve s'offrait aux gaillards
qui labouraient ses hectares
en à peine quelques années
elle mit bas une farfalée
de blondinets bien gueulards
aux yeux bleus, au large lard
ils engrossèrent les voisines
et disparurent à Malines
elle laissa soin aux cochons
aux poules aux chiens aux dindons
d'apprendre à Tom "son mal chié"
à se tenir, s'essuyer.
Grandit opiniâtrement
entre bouse et firmament
Par les paysans roué
car à rien n'était doué
le ciel bleu était cloué
dans le fond de son brouet
 des kobolds facétieux
croyant Tom le fils des cieux
nagèrent avec lui aux mares
cerclées de saules tétârds
puis une vieille mégère
qui logeait près d'une rivière
lui apprit comment d'un gant
on assèche les watergangs
lui apprit la sorcellerie
rudiments de satanerie

 atteignant 19 hivers
Tom tourna assez pervers
pour se dévouer au mal
comme un fou pris de haut-mal
Tom décapita les vierges
de pierre, brûla les cierges
des chapelles environnantes
des bigotes toutes tremblantes
alertèrent les curés
qui faisaient autorité
des villages entiers colère
sur la ferme déferlèrent
on pendit la veuve Winter
fit de la ferme un cratère
mais nul ne trouva la gueule
du jeune démon Tom Creule

Tom incendia les récoltes
incita à la révolte
mit toutes les églises à sac
dépeça des moines en vrac
puis il monta à la ville
Louvain, Ath, Philippeville
fonda une guilde de gueux
qui abjurèrent tous Dieu
 On raconte qu'au port d'Ostende
Tom vendait aux riches flamandes
des fioles de mécréance
et acquit fortune immense
Puis Tom vira armateur
il racheta un flotteur
dont la hune toisait le jour
tous les bateaux alentours
Tom quitta les rives belges
et vogua sur les flots beiges
jusqu'à Setubal; à Sfax,
trafiqua des cornes d'addax;

Il dériva vers Oman
où  il se fit musulman
erra cent jours à Mascate
hagard, à mâcher le qat
puis Tom fut pirate d'Afrique
à l'équipage en colique
soumis à son fouet glacial
servit au boutre royal
vola un bateau trésor
à Zheng He le Ming d'or
 
rebaptisé Tom-Rashad
il s'installa à Bagdad
pour s'improviser Marchand
de limettes, khandjars méchants
Lors des guerres de Kirghizie
il s'illustra en Ghazi
et au bassin du Tarim
mendia son pain pour des rimes
roit'let du Karakoram
il eut un empire de femmes
il bradait des odalisques
aux culs marqués de marisques
contre résine de lentisques
et dociles damalisques
que lui trouvaient des éleveurs
qui devenaient ses serviteurs

lassé de cette course absurde
Tom épousa une jeune kurde
disparut dans les montagnes
du Pamir, avec un pagne...

 
Nul ne sait ce qu'il devint
mais un abbé angevin
missionné en terres de Chine
vit un jour dans la vitrine
d'une singulière boutique
le sourire satanique
d'une figurine de Nok
c'était Tom Creule "l'épinoch"
il était mort sans esclandre
loin de sa lugubre flandre
aux pieds du bouddha Leshan
car Tom voulait se faire moine...

Tout le reste vient de là bas : http://poesie-et-racbouni.over-blog.com/
Titre: Re : Racbouniennes
Posté par: Matt le 09 Avril 2011 à 12:13:20

Trop long, contexte difficile, résultat... je n'ai pas accroché.  :-[

Et puis, petite remarque,

Citer
Grandit opiniâtrement
entre bouse et firmament
Par les paysans roué
car à rien n'était doué
le ciel bleu était cloué
dans le fond de son brouet
 des kobolds facétieux
croyant Tom le fils des cieux
nagèrent avec lui aux mares
cerclées de saules tétârds
puis une vieille mégère
qui logeait près d'une rivière
lui apprit comment d'un gant
on assèche les watergangs
lui apprit la sorcellerie
rudiments de satanerie

Elle est où la ponctuation, quand est-ce qu'on respire ? On se perd très facilement.

Citer
Par les paysans roué
car à rien n'était doué
le ciel bleu était cloué

Je ne comprends pas... roué ?

Titre: Re : Racbouniennes
Posté par: racbouni le 06 Août 2011 à 15:26:33

De retour après long long temps...

Citer
Et puis, petite remarque,

Citation
Grandit opiniâtrement
entre bouse et firmament
Par les paysans roué
car à rien n'était doué
le ciel bleu était cloué
dans le fond de son brouet
 des kobolds facétieux
croyant Tom le fils des cieux
nagèrent avec lui aux mares
cerclées de saules tétârds
puis une vieille mégère
qui logeait près d'une rivière
lui apprit comment d'un gant
on assèche les watergangs
lui apprit la sorcellerie
rudiments de satanerie

Elle est où la ponctuation, quand est-ce qu'on respire ? On se perd très facilement.

Moi je ne trouve pas du tout qu'on se perd ni que le souffle se coupe, faut s'adapter voilà tout;

Et concernant rouer :

 rouer, verbe transitif
Sens 1 Infliger le supplice de la roue [Histoire].
Sens 2 Battre, frapper. Ex Rouer de coups.


Sinon j'invite tout le beau monde qui a faim de lire des choses intéressantes

à foncer vers ce blog alimenté par des poètes au sens le plus fort du mot :

http://inpartibus.over-blog.com/
Titre: Re : Racbouniennes
Posté par: Matt le 07 Août 2011 à 08:18:18

Citer
Moi je ne trouve pas du tout qu'on se perd ni que le souffle se coupe, faut s'adapter voilà tout;
Pour toi peut-être, mais moi en tant que lecteur non. Je suis désolé mais pourquoi mettre des majuscules à certains endroits, comme la ponctuation, et ailleurs non ? Il faut respecter ses codes jusqu'au bout. C'est avec ou sans ponctuation et le passage que j'ai souligné est vraiment difficile à lire. Ce n'est que mon avis bien sûr...  :huhu:

Citer
Par les paysans roué
Je ne soulignais pas le sens. "Les paysans roué" ne te choque pas ? Roués avec un s, non ?

Enfin, il faut laisser une espace devant les ";".
Titre: Re : Racbouniennes
Posté par: Docteur Pasquier le 07 Août 2011 à 12:49:07
Bel effort. En ce qui me concerne cependant, je ne suis pas trop séduit par ce genre de poème narratif. J'ai bien suivi le destin de ce Tom mais le contexte, les personnages, ne me parlent pas ou peu... en liant à ces vers d'aventure belge quelques souvenirs de westerns (genre que j'aime énormément pourtant).
D'un point de vue formel, l'heptasyllabe  n'est pas toujours respectée : par exemple (je n'ai pas tout relevé) les vers 6, 11, 13, 14, 15, 26, 30, 31, 42, 43, 47, 48, 50, 71, 77... Tu oublies que le -e muet se prononce également lorsque le mot se termine par -s ou -ent. Il y a également des diérèses qui ne sont par respectées.
C'est un exercice difficile, il est vrai, et je me demande pourquoi ce choix de l'heptasyllabe qui était un peu en vogue au XVIIème siècle. Peut-être pour sa rareté... Le vers libre aurait été préférable peut-être.
Titre: Re : Racbouniennes
Posté par: Sebastien K le 08 Août 2011 à 02:15:35
Je trouve ton "naturalisme trash" très intéressant sans être fan du poème en lui même.

Si chaque strophe est égale à une page, alors je ne le trouve pas trop long.

Matt a écrit :

Citer
Citer
Moi je ne trouve pas du tout qu'on se perd ni que le souffle se coupe, faut s'adapter voilà tout;

Pour toi peut-être, mais moi en tant que lecteur non. Je suis désolé mais pourquoi mettre des majuscules à certains endroits, comme la ponctuation, et ailleurs non ? Il faut respecter ses codes jusqu'au bout. C'est avec ou sans ponctuation et le passage que j'ai souligné est vraiment difficile à lire. Ce n'est que mon avis bien sûr... 

En fait, cela se fait de plus en plus couramment en poésie aujourd'hui. C'est la majuscule qui sert de "ponctuation", ou plus exactement, qui sert le rythme. On doit cela à des poètes tel que Fabienne Courtade, éditée chez Flammarion.
Titre: Re : Re : Racbouniennes
Posté par: Docteur Pasquier le 08 Août 2011 à 09:02:57
Citer
En fait, cela se fait de plus en plus couramment en poésie aujourd'hui. C'est la majuscule qui sert de "ponctuation", ou plus exactement, qui sert le rythme. On doit cela à des poètes tel que Fabienne Courtade, éditée chez Flammarion.

On doit surtout cela à Cendrars et Apollinaire !...
Titre: Re : Racbouniennes
Posté par: Sebastien K le 08 Août 2011 à 11:28:12
Docteur : Ok pour la ponctuation. Mais l'absence quasi totale de majuscules, aussi ?
Titre: Re : Racbouniennes
Posté par: racbouni le 08 Août 2011 à 19:09:29

Z'êtes marrants avec vos histoires de majuscules et de "e muets".... A vrai dire ces règles formelles... Je m’assois sans vergogne dessus !

Le contexte je le reconnais n'est peut être pas forcément accessible à tous, mais je crois en la valeur de ce poème, il en existe très peu de semblables je pense.

Relisez ptet !
Titre: Re : Re : Racbouniennes
Posté par: Docteur Pasquier le 08 Août 2011 à 21:30:59

Z'êtes marrants avec vos histoires de majuscules et de "e muets".... A vrai dire ces règles formelles... Je m’assois sans vergogne dessus !

Le contexte je le reconnais n'est peut être pas forcément accessible à tous, mais je crois en la valeur de ce poème, il en existe très peu de semblables je pense.

Relisez ptet !

Si tu t'assois sur les règles formelles, à quoi bon l'heptasyllabe... ça fait désordre non ? Si tu refuses les règles, tu peux opter pour le vers libre : il est inutile de se tirer une balle dans le pied en indiquant le type de vers employé. Soit on choisit une versification fixe et l'on s'y tient, soit on fait autre chose.
C'est très bien que tu crois en la valeur de ton poème. Mais ce n'est peut-être pas suffisant ... ou si, mais pour une autopublication...
Titre: Re : Racbouniennes
Posté par: racbouni le 10 Août 2011 à 11:27:48

Au temps pour moi, j'avais oublié que j'avais noté heptasyllabique dans le tout premier post eheh !!

J'aurai du en effet noter heptasyllabique "libre" ou "irrégulier" pour plus de clarté.

Ce que je voulais dire en fait c'est qu'ici j'ai l'impression qu'on ne cause jamais du fond des textes

mais seulement de la forme (les majuscules, les rimes, les e muets) un peu comme si j'offrais une bouteille de vin

et qu'on ne la jugeait que sur son étiquette et la qualité du verre !!

Après il me semble que ce texte ne vous parle pas, mais il parle à d'autres...

Sinon ceci, "Ascension" en vers libres souplement rimées (pitié ne me parlez pas de diérèse)  qu'on peut lire là bas


http://inpartibus.over-blog.com/



Titre: Re : Racbouniennes
Posté par: Kasprzak le 10 Août 2011 à 13:33:09
Pouah j'ai réussi à tout lire ! Franchement non c'est une corvée à la lecture ce poème.
Le souci je pense c'est qu'il se passe trop de choses pour un poème, c'est très tassé. trop tassé ! On a pas le temps d'apprécier chaque situation en fait ! Car le fond est intéressant c'est sur, mais la structure gâche le fond je trouve.
en fait le poème n'est pas trop long, tu devrais même l'allonger un peu et nous faire souffler un peu entre plusieurs scène. Pour moi il y a franchement quelque chose qui ne va pas du tout. Sinon fais en une nouvelle, je sais pas mais c'est vrai que ce texte a du potentiel. J'ai pas de doute là dessus.
certains passages sont très bons, mais franchement faudrait me payer pour que je relise !
Titre: Re : Racbouniennes
Posté par: Matt le 10 Août 2011 à 14:27:04

@Sebastien K
Citer
C'est la majuscule qui sert de "ponctuation"
Cela ne s'applique pas ici.

----------

Nous sommes là pour donner notre avis... Je n'ai toujours pas de réponse à ma question.

Citer
Sinon ceci, "Ascension" en vers libres souplement rimées (pitié ne me parlez pas de diérèse)  qu'on peut lire là bas


http://inpartibus.over-blog.com/
Pas dans cette section, voir les règles...
Titre: Re : Racbouniennes
Posté par: Ollin le 10 Août 2011 à 23:39:53
Citer
Par les paysans roué
car à rien n'était doué

Pas de "s" à roué : Par les paysans [il était] roué,
                                    car à rien [il] n'était doué.

C'est pas une faute d'orthographe mais de lecture pour le coup.
Je suis d'accord sur un point : le fond est rarement discuté dans les commentaires, voire jamais.
Mais j'aime pas le fond de ce poème non plus, ni la forme d'ailleurs.
Je le trouve pas difficile à lire par contre, ça lorgne du côté de la description plate,
du journal de vie avec seulement des faits, et pour moi c'est un peu superficiel, genre : "Ah, cool, s'est passé ça".
Titre: Re : Re : Racbouniennes
Posté par: Docteur Pasquier le 11 Août 2011 à 00:22:50

Au temps pour moi, j'avais oublié que j'avais noté heptasyllabique dans le tout premier post eheh !!

J'aurai du en effet noter heptasyllabique "libre" ou "irrégulier" pour plus de clarté.

Ce que je voulais dire en fait c'est qu'ici j'ai l'impression qu'on ne cause jamais du fond des textes

mais seulement de la forme (les majuscules, les rimes, les e muets) un peu comme si j'offrais une bouteille de vin

et qu'on ne la jugeait que sur son étiquette et la qualité du verre !!

Après il me semble que ce texte ne vous parle pas, mais il parle à d'autres...

Sinon ceci, "Ascension" en vers libres souplement rimées (pitié ne me parlez pas de diérèse)  qu'on peut lire là bas


http://inpartibus.over-blog.com/



Arrêtons la mauvaise foi tout de même... l'étiquette est souvent révélatrice : un Gewurtz grains nobles a peu de chances d'être mauvais...
Titre: Re : Racbouniennes
Posté par: racbouni le 13 Août 2011 à 16:45:58
 Bon je tente de remettre le couvert chers messieurs sans autre règle que de vagues rimes libres absolument libres :


La Taverne des Bons Cloportes (Hellemmes)



Connaissez-vous chers concitoyens soucieux
Qu’il existe en notre morne ville à l’air délicieux
D’usines mortes un très singulier boui boui
Satanique et secret qui n’ouvre que la nuit ?
Il a nom auguste la Taverne des bons cloportes.

C’est en cette plaie urbaine suppurante, ce quartier
Sordide où, trop bien né, vous n’aviez jamais posé pieds.
Vieux corons laqués de suie, croulantes carcasses de baleines
Industrielles, couperose de tôle rouillée,  parpaings obscènes…
Ce jour, aventurez vous en cette vivante nature morte.

Le pavé y est humilié d’urines âcres, de glaviots perpétuels.
Que des fantômes malingres vous mendient cigarettes est rituel
Et femmes comme chats portent beau le bec de lièvre ; ici  tout est lie,
lie saoulée d’ennui, tous ont la bouche pleine de coprolalie :
ô ce qu’il advient de l’homme quand le progrès avorte !

Par tous les pores des briques une peur sans nom suinte
quand patibulent aux rues les gueules mauvaises de coloquintes
 il vous semblera même que des yeux torves, épiant des fenêtres,
vous transpercent d’envie jusqu’au trognon de  l’être
Bonne âme timorée,  feignez la misère, je vous exhorte !

En ces gouges faméliques, l’opulence est sacrilège,
Et suscite l’opinel : aussi masquez bien vos privilèges.
Céans L’homme survit interlopement d’haschich, d’alcool, de maladie
On se divertit en se démolissant, et chaque jour est une tragédie.
(La mort a tant et tant à faire qu’elle en est ivre morte !)

Le soir tombe. En cette venelle glauque, sans un réverbère,
Où la rumeur rauque de rageurs revolvers
Le dispute aux cris de chiards vociférants, des vieillards crevotants
de femmes rossées, engagez votre pas réticent :
c’est l’heure subreptice où vont se coucher les lamentables cohortes.

A la lueur de phares mafieux, vous apercevrez un gros chien
Tirant de sa laisse un landau où gît un dénommé Lucien.
Lucien Traviole, tétine aux lèvres, barbe hirsute, heureux légume
Est un esclave doux des poudres planant sans fin sur le bitume.
Suivez sans bruit ce couple de la plus étrange sorte.

Le molosse conduira son compagnon dans les environs de Minuit
S’engouffrer par cette devanture sombre où quelque lueur éparse luit.
Vous approchant, vous verrez camper un troupeau de putains délicates
Et le frontispice de néon magenta qui dit : « Abyssus Abyssum Invocat ».
C’est ici. Vous pouvez entrer à la Taverne des Bons Cloportes.

Fendant les épais rideaux pourpres de velours humide
Vous pénétrez enfin le mystérieux aquarium morbide
Où évoluent poissons comme vous n’en aviez jamais vu semblables
Rien n’est ici éclairé que par de byzantins candélabres
Et l’opium s’immisce dans vos narines, pour déniaiser votre aorte.

Les  fumeuses félines sont rentrées, et vous ont diffusé leur humées
capiteuses au visage. Ne dites rien.  Dans la poix des cigares vous peinez
A distinguer les pléiades de tablées où l’on bâfre sans relâche, à froid,
des bintjes noirâtres en déchiquetant de fines brochettes de rats.
Dix nez épatés vous meuglent de laisser ouverte la porte.

En ce chaos  plafonné d’ampoules rouges phosphorescentes ;
Vos précieux tympans fondent : un piano pavoise des gammes graves et lentes,
pour les aigus d’une obèse rousse en robe rouge dont les dunkerquoises
Sérénades évoquent des marins perdus en mer, et des  veuves chinoises…
Dans les ténèbres fourmillantes, un chagrin exquis vous transporte…

Au comptoir éburnéen, entre  trois cynocéphales sous prolétaires
Biberonnant l’absinthe, prenez chaise et commandez une «délétère»,
Liqueur de cédrat sidérale. « Vous sucerez un peu les doigts du bon Bouddha »
Narquoise torchon au coude, le  laotien barman, visqueux, dodu comme un poussah;
Et l’amère lave de couler dans votre gosier sec. Faites qu’elle n’en ressorte !

Mais voici que les tablées sournoises s’ébranlent  pour des jeux de cartes.
Sous les hures de bouc crochées aux poutres; naturellement pas de charte,
Chacun truande. Vous vous étonnez surtout qu’une jeunette, sublime rouge gorge,
Aie le beau rôle et mate virilement tous les mâles de ce coupe-gorge !
Cette catin borgne sait combien de bagues la main de Satan comporte !

Imbibé par l’étuve luciférienne, il vous prend de chanter, dépassant toute borne,
Avec les fraternels ivrognes et de confier enfin que vous êtes du capricorne
A ce ventru diagonalement balafré d’une ignoble macule de vin
Qui vous postillonne l’exploit de sa déchéance, et tous dans le ravin
De la nuit  chahutent et dansent, et vous dansez avec la plus accorte !

Or, depuis votre entrée naïve, sans même vous en apercevoir, des yeux
Vous avaient suivis, qu’avaient captivés vos airs  de novice radieux,
Insolite en cet infernal microcosme.  Et si les édentés rient dans la pénombre,
C’est que votre sort est déjà clos. On vous prépare une mort aussi lente que sombre
car il y a là  des bandits féroces qui ne savent que trop ce que le corps supporte.

Le gérant, homme capricant en complet noir orné d’un myosotis,
vous lorgnera d’un œil impérial, puis vous intimera devant tous « viens, fils… »
Sa  moite main sur votre épaule, il vous indiquera du doigt l’horloge de bronze insane
Où vous lirez en lettres d’or italiques la cruelle sentence : « Ultima, forsan ».
Et tandis que vous rêvez, ivre, béat, à la taverne des bons cloportes,
Une dague dans votre dos doucement vers la mort vous emporte.
poursuivez votre chemin dans la nuit ; priant, muet, pleurant, n’importe !
Titre: Re : Racbouniennes
Posté par: Docteur Pasquier le 16 Août 2011 à 15:54:21
Ayant une conception précise et exigeante du rôle et du but de la poésie, proprement à l'inverse de ce que tu développes, ton univers n'emporte pas mon adhésion : manifestement, je ne suis vraiment pas un partisan de tes poèmes narratifs ni de l'atmosphère qui s'en dégage... Heureusement pour toi, ce n'est qu'un avis et ta production, sans doute louable, en séduira peut-être d'autres...
Titre: Re : Racbouniennes
Posté par: racbouni le 31 Août 2011 à 16:10:43

Ok Docteur, je respecte votre diagnostic !

Revoilà pour d'Autres :


Ballade de Constance
 


 
Sonnez sonnez cloches de bronze
du bourg engourdi
en ce pâle Dimanche

 c'est la saison sévère et blanche

sur la grand place aux pavés rudes
Au platane nu
à la plus haute branche ...

suite ici : http://inpartibus.over-blog.com/