Salut !
Les défis Tic-Tac, c'est quoi ? Un sujet aléatoire est donné et on a une heure pour écrire un texte. Hésitez pas à fouiller le sujet éponyme épinglé en haut de section pour plus de détails, ou même poser vos questions ;)
Pour ce Tic-Tac, ça donne quoi ? le sujet est une couverture aléatoire, donnée par BeeHa :) merci BeeHa ^^
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Coup de blues ces derniers jours, en plus des tracas quotidiens et du reste. Du coup, suis moins présente (ou en tout cas, je parle moins pour éviter de dire une onnerie). Je vais quand même essayer de faire avancer mes projets, mais c’est pas gagné pour cette semaine... en Juillet, j'aurais peut-être du temps ; peut-être.
Et cette histoire me semble en demi-teinte même si elle se suit. Au titre, je voulais parler de La Belle et la Bête, à l'image, d'une rencontre sur les toits de Paris (ceux des films et des amoureux), mais au final, j'ai abouti d'un autre genre d'histoire. Je ne sais pas si je crois en elle ou pas.
En vous souhaitant bonne lecture et bonne soirée.
De même, je lirai tout le monde quand je reviendrai, c'est promis :calin:
Fraise
Fraise pleure. Assise sur le puits au fond de la cour, elle déverse son chagrin en silence. La fillette de dix ans que personne ne remarque vraiment, voit et entend tout. Elle ne comprend pas à chaque fois, pourtant son regard s’aiguise chaque jour. Et aujourd’hui, jour de joie – jour funeste – elle pleure pour celle qui ne le peut.
La grande sœur de Fraise, Jonquille, est la princesse aînée et l’héritière du royaume. Aujourd’hui, Jonquille se marie avec le prince d’un pays voisin. Voilà bien des mois qu’il la courtise, la couvre de cadeaux et Fraise a cru un instant en ce bonheur qui tendait les mains à Jonquille.
Le roi a fini par accepter d’offrir la main de sa fille au prince. Bien sûr, le prince a continué à offrir de nombreux cadeaux à Jonquille ; et pourtant, le visage rose de celle-ci a changé. Fraise a cru – a vraiment cru – que Jonquille avait un peu peur. C’est normal, a dit la reine à ses filles, c’est une grande aventure qui attend Jonquille.
Mais non, Jonquille n’a pas peur de l’aventure. C’est autre chose. Et aujourd’hui, Fraise l’a vue : la tâche un peu bleue, un peu verte, mais surtout noire sur le bras de sa sœur. Jonquille la cache, elle pleure en silence.
Et donc Fraise pleure aussi.
— Pourquoi pleures-tu, petite princesse ? Ta balle est-elle tombée au fond du puits ?
Fraise sursaute à cette voix coassante. Elle renifle, frotte la manche de sa jolie robe sur son nez. Elle se tourne enfin vers la voix. À côté d’elle, un vieux crapaud observe le lointain. Il ne s’intéresse pas à elle, ne s’éloigne ni ne s’approche.
— Est-ce vous, Monsieur le crapaud, qui parlez ?
— Vois-tu quelqu’un d’autre ici, petite princesse ? coasse l’animal.
— Non, répondit Fraise. Tout comme je n’ai jamais rencontré de crapaud qui parle.
— C’est chose faite.
— Êtes-vous un prince ensorcelé comme dans les livres ?
— Non, je suis un vrai crapaud, et je ne te demanderai aucun baiser pour me sauver ; et je ne t’emmènerai dans aucun royaume perdu depuis des âges dans une forêt enchantée.
— Je ne vous y aurais pas suivi.
— Vraiment ?
Fraise acquiesce :
— Vous me demandiez pourquoi je pleurais : eh bien, ma sœur la princesse Jonquille a accepté d’épouser un prince. Je crois qu’elle va être malheureuse. Je ne veux pas qu’elle soit malheureuse.
— Alors, tu dois l’en empêcher.
Au ton sec et déterminé du crapaud, Fraise hausse les épaules. Que peut faire une petite princesse pour empêcher le mariage de sa sœur ? Il ne s’agit pas seulement d’unir deux êtres, mais aussi deux royaumes. Tout le monde croit, ou veut croire, en cet amour.
Fraise descend du puits et époussette sa robe. Elle se tourne vers le crapaud :
— Comment l’en empêcher ?
Le crapaud réfléchit :
— Je l’ignore.
— Voilà qui ne m’aide pas.
— C’est toi la princesse.
Fraise laisse le crapaud là et traverse la cour en fête. Elle monte jusque dans la chambre où sa sœur se prépare. Elle lui demande :
— Jonquille, est-ce que tu es heureuse d’épouser le prince ?
Sa grande sœur se fige :
— Bien sûr ! Quelle question, petite sœur !
Elle se tourne vers Fraise, voit ses yeux plein de larmes et s’approche. Elle la rassure :
— J’ai un peu peur de ne plus vous voir aussi souvent qu’avant. Pourtant, je suis heureuse de partir.
— Jonquille, insiste Fraise. Sur ton bras, tu t’es fait mal ?
Jonquille devine, Fraise le sent bien. Toutes deux regardent le bras, recouvert par la dentelle de sa robe de mariée.
— Je ne veux pas te mentir, Fraise…
— Il t’a fait du mal ? Le prince, il t’a fait du mal ?
— Non, répond Jonquille avec ferveur.
Elle prend sa petite sœur dans ses bras et continue :
— Non, le prince ne m’a pas fait mal. Jamais il ne ferait ça.
— Alors qui t’a fait ça ? demande Fraise.
Jonquille se mord la lèvre.
— Ne me mens pas, grande sœur.
— Quelqu’un d’autre, un autre homme. Mais c’est fini maintenant.
Fraise l’écoute raconter cette histoire que les adultes savent et que Fraise ignorait. Jonquille lui parle de cet autre homme, cet autre prince, qui la courtisait aussi, qui croyait gagner ses faveurs, et qui s’est vu écarté. Sa jalousie l’avait poussé à la violence.
— Père l’a chassé et je ne l’ai jamais revu. Mais il a promis de se venger et tout ça me fait peur.
— C’est pour ça que tu as si peur ?
— Oui, petite sœur. Je ne veux pas qu’il vous arrive malheur, à toi, Papa ou Maman.
— Je suis contente, avoue Fraise. Moi aussi, j’ai eu peur.
Fraise court vers la porte. Jonquille s’étonne :
— Où vas-tu ? Tu dois te préparer aussi, petite sœur.
— Je vais remercier quelqu’un.
Fraise retourne au puits où l’attend toujours le crapaud. Elle le remercie de l’avoir écouté avant de partir à nouveau. Le crapaud la regarde, puis il plonge dans le puits. Peut-être reviendra-t-il l’embêter dans quelques années…