Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: camdailclot le 20 Mars 2011 à 23:16:35
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Les amarres je les ai coupées à la hache, un soir de tempête, pour ne pas me fracasser contre le môle. Je suis parti à la dérive, chahuté par un clapot dur aux croisées de deux houles. En quittant mes attaches je n'avais pas de but, la liberté n'en n'est pas un, tout juste un leurre, une sorte de ligne d'horizon qui fuit devant et qu'on n'atteint jamais. Il fait si noir et le vent et si arrogant que pas un oiseau ne vole, des nuages d'embruns glacés éclipsent la lumière vacillante des phares. Les vagues se fracassent sur les bordés et l'étrave dans un vacarme assourdissant. Le gréement gémit sous les rafales de noroit. Si je pouvais crier, ma voix ne porterai pas plus loin que ma barbe dans cette furie. C'est l'hiver, la saison où les dépressions se succèdent sans répit. C'est pour cela sans doute qu'ils ont relâché la surveillance, pour cela que j'ai pu me faire la belle. Ou peut être en avaient ils assez de me nourrir, assez de supporter mes foucades, mes jérémiades, mes coups de gueule. Je n'ai pas de but, du moins je le croyais, il me reste cette rage de survivre, de ne pas abandonner, de ne pas m'abandonner. Au bout de l'errance il y aura peut être les côtes Irlandaises, ou bien les Açores, ou encore Madère, les Canaries ou plus loin les Antilles et le golfe du Mexique. En fermant les yeux je les vois ou plutôt je les imagine puisque je ne les ai jamais connus. La nef la plus audacieuse, celle qui ne craint ni les coups de tabacs ni les récifs, c'est cette imagination féconde qui se joue des distances et du temps, des chaines et des murs, et du jugement des hommes.
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Très beau rythme qui roule comme la mer déchaînée. J'aime bien le rythme ternaire du début marqué par les virgules. La métaphore maritime est bien filée. Par contre, je peine à savoir si le personnage s'en va vraiment comme le laisse à penser le texte au début, s'il s'évade d'un asile, prison ou autre comme le laisse à penser le milieu ou s'il rêve comme le laisse à penser la fin. La liberté comme un leurre me semble une formule assez facile alors que vos descriptions se suffisent à elles seules: "si je pouvais crier, ma voix ne porterai pas plus loin que ma barbe".
Une coquille : "le vent et si arrogant" , ce doit être "est"
Bonne continuation
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J'ai beaucoup aimé :D pas grand chose d'autre à redire.
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J'ai trop aimé le musique de cette phrase : "Je suis parti à la dérive, chahuté par un clapot dur aux croisées de deux houles."
" et le vent et si arrogant " p'tite boulette, un verbe être qui a perdu son "s" (et >> est)
Par contre, cette phrase-là : " Je n'ai pas de but, du moins je le croyais, il me reste cette rage de survivre, de ne pas abandonner, de ne pas m'abandonner." je la trouve un peu en-dessous du reste. Elle a un truc presque banal qui fait bizarre. Mais peut-être que ça n'a marqué que moi :)
Et alors, ta conclusion ("La nef la plus audacieuse, celle qui ne craint ni les coups de tabacs ni les récifs, c'est cette imagination féconde qui se joue des distances et du temps, des chaines et des murs, et du jugement des hommes."), quelle classe !
Autrement dit, ton texte, là, il est sacrément sympa. J'aime beaucoup le mouvement, le roulis, on y serait. Et puis tu utilises un vocabulaire particulièrement riche qui ne fait qu'embellir l'ensemble, au lieu de l'appesantir comme c'est parfois le cas. Et, comme je l'ai relevé (mais c'est non exhaustif bien sûr, sans quoi quasiment tout ton texte y serait passé), c'est plein de phrases très joliment écrites (et j'aime vraiment ça)/
Par contre, je l'aurais presque classé en poésie, vois-tu... ;)
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Ouah, ça claque. :mrgreen:
Y a juste cette phrase-là qui grince un peu au niveau des charnières je trouve, j'aime pas trop le "et" qui se balade.
Il fait si noir et le vent
Y a beaucoup de phrases que j'aime bien mais vu la longueur du texte j'ai l'impression que je vais tout citer si je commence. J'aime beaucoup la phrase de conclusion. ^^