Le Monde de L'Écriture

Salon littéraire => Salle de lecture => Théâtre et poésie => Discussion démarrée par: ernya le 12 Mars 2011 à 17:35:09

Titre: [Poésie, auteur] Robert Desnos
Posté par: ernya le 12 Mars 2011 à 17:35:09
Quelques éléments biographiques :

Robert Desnos est un poète français, né en 1900 à Paris et mort du typhus en 1945 dans un camp de concentration en Tchécoslovaquie.

Il  rejoint en 1922 l'aventure surréaliste. Il travaille dans le journalisme et, grand amateur de musique, il écrit des poèmes aux allures de chanson et crée avec un grand succès le 3 novembre 1933, à l'occasion du lancement d'un nouvel épisode de la série Fantômas à Radio Paris la Complainte de Fantômas .
Il adhère aux mouvements d'intellectuels antifascistes à l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires et au "Comité de vigilance des Intellectuels antifascistes".
En 1940 après la défaite il redevient journaliste pour le quotidien Aujourd'hui, et dès juillet 1942 fait partie du réseau de Résistance AGIR. Il poursuit ses activités de Résistance jusqu'à son arrestation le 22 février 1944. Il est déporté à Buchenwald et passe par d'autres camps avant de mourir à Theresienstadt.
Il est enterré au cimetière de Montparnasse.



Pour la poésie, personnellement, j'ai lu des fragments de l’ensemble de ses poèmes ainsi que La liberté ou l’amour.
J'’ai pas aimé plus que ça Corps et biens et les autres fragments de mon anthologie, en général, pour ses poèmes en vers, je trouve que sa poésie ne s’affranchit pas tellement de la poésie moderne du début du XXe siècle, du coup, ça se lit bien mais sans plus, je trouve.

Par contre,  j’ai adoré la prose de La liberté ou l’amour, où l’on suit les aventures de Louise Lame et de Corsaire Sanglot, y’a de très belles pages, les aventures sont assez rocambolesques et le couple est attachant je trouve (c’est pas l’amour tout beau tout gentil). S’il y en a un que je vous conseillerais ce serait plutôt celui-là^^.
Comme j’ai pas le texte sous la main, je laisse Vera vous mettre des extraits^^

Je vous mets quelques poèmes en vers que j’avais bien aimés :


Les Quatre sans cou

Ils étaient quatre qui n’avaient plus de tête,
Quatre à qui l’on avait coupé le cou,
On les appelait les quatre sans cou.

Quand ils buvaient un verre,
Au café de la place ou du boulevard,
Les garçons n’oubliaient pas d’apporter des entonnoirs.

Quand ils mangeaient, c’était sanglant,
Et tous quatre chantant et sanglotant,
Quand ils aimaient, c’était du sang.

Quand ils couraient, c’était du vent,
Quand ils pleuraient, c’était vivant,
Quand ils dormaient, c’était sans regret.

Quand ils travaillaient, c’était méchant,
Quand ils rodaient, c’était effrayant,
Quand ils jouaient, c’était différent,

Quand ils jouaient, c’était comme tout le monde,
Comme vous et moi, vous et nous et tous les autres,
Quand ils jouaient, c’était étonnant.

Mais quand ils parlaient, c’était d’amour.
Ils auraient pour un baiser
Donné ce qui leur restait de sang.

Leurs mains avaient des lignes sans nombre
Qui se perdraient parmi les ombres
Comme des rails dans la forêt.

Quand ils s’asseyaient, c’était plus majestueux que des rois
Et les idoles se cachaient derrière leur croix
Quand devant elles ils passaient droits.

On leur avait rapporté leur tête
Plus de vingt fois, plus de cent fois,
Les ayant retrouvés à la chasse ou dans les fêtes,

Mais jamais ils ne voulurent reprendre
Ces têtes où brillaient leurs yeux,
Où les souvenirs dormaient dans leur cervelle.

Cela ne faisait peut-être pas l’affaire
Des chapeliers et des dentistes.
La gaîté des uns rend les autres tristes.

Les quatre sans cou vivent encore, c’est certain,
J’en connais au moins un
Et peut-être aussi les trois autres,

Le premier, c’est Anatole,
Le second, c’est Croquignole,
Le troisième, c’est Barbemolle,
Le quatrième, c’est encore Anatole.

Je les vois de moins en moins,
Car c’est déprimant, à la fin,
La fréquentation des gens trop malins.



Vous connaissez aussi sûrement celui-ci :


Les hiboux


Ce sont les mères des hiboux
Qui désiraient chercher les poux
De leurs enfants, leurs petits choux,
En les tenant sur les genoux.
Leurs yeux d'or valent des bijoux
Leur bec est dur comme cailloux,
Ils sont doux comme des joujoux,
Mais aux hiboux point de genoux !
Votre histoire se passait où ?
Chez les Zoulous ? Les Andalous ?
Ou dans la cabane bambou ?
A Moscou ? Ou à Tombouctou ?
En Anjou ou dans le Poitou ?
Au Pérou ou chez les Mandchous ?
Hou ! Hou !
Pas du tout, c'était chez les fous.




Qui connaît ?


Titre: Re : Robert Desnos
Posté par: Zacharielle le 12 Mars 2011 à 18:03:32
Le deuxième poème m'a rendu folle.
J'ai bien aimé le début du premier mais je trouve la suite un peu traînouillante  :-[

Je n'ai jamais lu Desnos mais vu comment vous en parlez Vera et toi, ça donne envie ^^
Titre: Re : Robert Desnos
Posté par: Verasoie le 13 Mars 2011 à 16:05:21
Effectivement je conseille plutôt la Liberté ou l'Amour, l'imaginaire est vraiment prenant.

Ce que j'aime beaucoup avec Desnos c'est aussi tout ce qui l'entoure, la révolution surréaliste, les séances d'écriture sous hypnose, etc. J'aime vraiment leur univers, les photos de Man Ray, et le fait de chercher de nouvelles formes d'écriture, de jongler entre le rêve et le réel ^ ^

Desnos endormi pris par Man Ray pendant une séance d'hypnose :

(https://monde-ecriture.com/forum/proxy.php?request=http%3A%2F%2Fecastaing.free.fr%2Fpierre_philippe%2Fimages%2Fjournalisme%2Frobert-desnos_par_man_ray_trust_adp.jpg&hash=e3465ba24582301d064ee0fa453d2b2bc58ebe58)

Il faisait un peu peur haha :

(https://monde-ecriture.com/forum/proxy.php?request=http%3A%2F%2Fjuraspeleo.ffspeleo.fr%2Fdivers%2Fpoemes%2Fdesnos%2Fdesnos.jpg&hash=3e33b35c3609a8bd85c0afe2711b5ac558536233)


Un de mes passages préférés de La Liberté ou l'Amour :

4e croque-mort. — Deux arbres s’étreignent en secret, une nuit Au petit jour, ils regagnent chacun le territoire restreint attribué à leurs racines et, peu de temps après, un chasseur s’arrête, étonné, devant la trace de leur déplacement. Il rêve à l’animal fabuleux qui, selon lui, en est l’auteur Il charge soigneusement son fusil et, toute la journée, arpente la contrée. Il ne tue qu’un corbeau qu’il ne se donne même pas la peine de ramasser. Au soir tombé, le corbeau reprend ses esprits. Il monte haut dans l’air, étend ses ailes. Le lendemain est jour de brouillard avec un soleil rouge comme une tomate au travers ; le surlendemain, jour de brouillard avec au travers un soleil comme un jaune d’œuf pâle étalé et ainsi de suite durant trois mois jusqu’à la nuit perpétuelle. Les paysans mettent le feu à la forêt pour s’éclairer. Des nuées de corbeaux s’envolent. Le lendemain, grand jour, mais un petit tas de braise là où furent les deux arbres, trente-trois petits corbeaux dans les champs labourés, deux ailes gris pâle dans le dos du chasseur. Deux ailes qui foncent chaque soir et s’éclaircissent de moins en moins à chaque lever de soleil. À la fin, il est l’archange d’ébène et son fusil terrorise les méchants. Puis, un chaud midi, les ailes se mettent à battre sans qu’il le veuille. Elles l’emportent très haut, très loin. Nul depuis, dans son pays natal, ne grave d’initiale au tronc des vieux chênes.


J'aime bien ce tout petit passage aussi :

Alors, la pêcheuse, tirant un revolver de son corsage, là où les faibles mettent des billets d’amour : «Je t’adore, ô mon amant ! et voici qu’aujourd’hui, jour choisi par moi seule à cette minute précise, je t’offre la blessure béante de mon sexe et celle sanglante de mon cœur ! » Elle dit et pressant son arme sur son sein la voilà qui tombe tandis qu’une petite fumée bleue s’élève à la suite d’une détonation.



Bref si quelqu'un veut je le prête, mais sinon il est aussi sur wikilivres là (http://wikilivres.info/wiki/La_Libert%C3%A9_ou_l%E2%80%99Amour) ^ ^