Pour ce TicTac, j’ai encore fait un truc un peu étrange, je l’ai totalement improvisé. Je ne sais pas ce que ça veut dire, je ne sais pas où ça va, mais voilà.
Parlez-moi plutôt des "dialogues" et comment faire un discours indirect libre.
Il se matérialisa sur le marbre imaginaire de la grande salle de lecture. C’était sa première fois, et il tituba à l’arrivée. Il rétablit son équilibre, non sans avoir agrippé une chaise virtuelle. Il leva les yeux vers les rayonnages numériques qui occupaient les étages de la bibliothèque. La profondeur vertigineuse des étagères lui donna le sentiment de se noyer dans un flot ininterrompu de mélasse, qui venait des hauteurs et s’amassait lentement sur le sol de la salle de lecture.
Il modifia un peu les réglages, les rayonnages se rapetissèrent, il se calma un peu.
« Voyons, les journaux intimes, murmura-t-il. »
En réponse à sa demande, un chemin s’éclaira dans l’air diaphane, le menant directement au rayon désiré. Il s’approcha, lourd, de l’ouvrage qui portait son nom. Il semblait comme clignoter parmi les dizaines de reliures semblablent, parfois criardes, mais la plupart sombres, des vieux volumes de cuir.
Il sortit l’ouvrage et, chose étrange, il était déverrouillé. Le loquet qui protégeait la lecture des avatars indiscrets semblait brisé. Avec précipitation, il ouvrit le journal et poussa un cri d’effroi : il n’y avait rien ! Sa vie était vierge ! Vide ! On aurait brisé sa serrure, et pourquoi ? On aurait remplacé son livre, pour le mettre où ? Qui aurait pu voler sa vie ? Où était-elle ?
Il se déconnecta immédiatement. Dans le lobby compassé des bureaux de l’Index, tapissé de fauteuils confortables et de casques VR, le steward accueilla le client passablement agité. Il eut du mal à articuler son problème au jeune hôte, et celui-ci choisit d’en référer à une supérieure.
C’est très rare, exceptionnel, unique, même, selon la responsable. Mais cela ne calma pas notre égaré, qui ne voulait se montrer ni singulier ni étrange, mais juste consulter sa vie. Enfin, n’avait-il pas écrit lui-même des pages et des pages ? Le service de l’Index n’était-il pas censé garantir une serrure inviolable à ses mémoires ? Qui vola ses souvenirs, et pourquoi ?
L’archiviste s’avoua interdite, et lui proposa une sauvegarde automatique. Inacceptable, contra le client, qui avait consigné depuis une bonne partie des cinq dernières années. Elle demanda s’il connaissait quelqu’un susceptible de vouloir lui prendre ses souvenirs.
Voler la mémoire, s’étonna l’usager, d’un homme ordinaire et sans histoire, plein de petites défaites et de victoires plus menues encore, affligé d’amours médiocres, et consolé par des pauvres félicités ? Que faire de dépaysements modiques, de moments de bonheur chétif glanés par la générosité d’un élan nostalgique, d’infimes tranches d’infini fulgurant entre des déserts pâles ? Sûrement, assura-t-il, y avait-il quelque autre vie moins pure et plus excitante et à lire et à voler.
La cheffe haussa les épaules en signe d’impuissance. Son fichier était-il vérolé et aurait été réinitialisé sans crier gare ? Un intrus aurait forcé la serrure pour purger l’ouvrage ? Est-ce que forcer la serrure aurait pu vider le volume, et qui, pourquoi, serait capable de le faire ?
Il pesta de nouveau, insistant que c’était la première fois qu’il venait, et que ce traitement était intolérable. La gestionnaire de la Bibliothèque Idéale tiqua à cette mention et le corrigea, disant que c’était en réalité la deuxième fois.
La deuxième fois ? Impossible, répliqua-t-il.
Elle lui montra l’historique d’accès, et le carnet de connexions.
Il semblait que, en effet, il s’était bien incarné dans l’Index auparavant.
Interloqué et confus, il protesta quand même : il ne se rappelait pas de l’épisode, et quand bien même, cela ne changeait rien à son problème. Il exigea de consulter ces archives.
Elle montra comment, lors de son précédent passage à l’Index, il avait effectivement pris possession du livre. Et comment, avec un périphérique de contrebande, il avait lui-même forcé la serrure et forcé le vidage de son propre carnet.
Abasourdi, il dut prendre un pas en arrière et se laissa soutenir par le mur du bureau de la responsable. Pourquoi ? Des années de consignage fidèle de toutes sortes de détails infimes, de variations de thèmes, d’expériences répétées, réduites à néant, de sa propre main !
Avant qu’il ne puisse rétorquer quoique ce soit, il se vit proposer la reprise à la dernière sauvegarde, mais encore confus, il refusa. Pourquoi ne se souvenait-il pas de l’épisode ? Pourquoi avait-il fait ça ? Pourquoi s’était-il trahi ? La responsable l’invita à accuser le choc dans la salle des vagues, où assis sur une plage, les pieds dans l’eau, il pourrait reprendre ses esprits.
Il s’assit sur le fauteuil profond, le casque vissé sur les yeux, les oreilles pleines de l’appel de la mer. Il tenta de respirer à leur rythme. Il était vide. Il était sans mémoire. Il ne restait que l’incompréhension, et la colère.
Hello Oper!
J'aime vraiment bien ton idée. Ta description de la bibliothèque virtuelle est très chouette, on la voit bien. Ton concept est bien trouvé.
Je trouve la deuxième partie, après qu'il découvre qu'on lui a volé sa vie, un poil moins bien, peut-être moins facilement lisible.
Mais dans l'ensemble, chapeau! :mafio:
Des coquilles :
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