Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: LOF le 18 Avril 2022 à 09:48:41
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La casserole
Toi, si impudique et désœuvrée,
quand on te voit hors de la cuisson.
Un bord recourbé
s’appelle un rebord,
sans tranchant, sans que le doigt
craigne de tomber dans le fond,
coupé, sectionné, telle une tête
sous un tranchant de guillotine.
Le bord recourbé est doux,
comme le manche, une queue,
sinueuse, élégante,
rivée au pourtour en inox.
Le pourtour plein de reflets,
ceux d’une fenêtre, d’une lumière,
d’un visage regardant le pourtour en inox.
Le manche, à son bout,
comprend un trou,
pour accrocher le tout,
suspendre le tout,
à un clou.
Parfois on voit le fond,
parfois on le devine.
Deviner le fond, ou voir le fond,
cela dépend du regard qu’on jette sur elle.
Si elle vous domine, on ne voit que le pourtour du fond,
une muraille aux reflets d’inox.
Si votre regard la domine, alors il plonge dans le fond,
son fond circulaire, aux bords arrondis.
Si vous la retournez, c’est son cul rond d’inox,
qui vous happe le regard, une trace de brûlé au milieu du rond.
Reposez-la vite à l’endroit.
Son rôle est d’attendre.
De son vide elle espère un plein.
Elle rêve de lui inoxydablement.
Elle attend de servir.
Alors, meuble, table, feu, l’accueillent.
Ah, le feu !
Elle est impatiente de lui.
Brûler, rougir, flamber, cuire.
Elle est reine sur son brasier.
Supérieure à nous tous.
Dans le creux de son pourtour,
dans le fond que l’on devine,
l’eau bouillonne,
les aliments, patates, riz, nouilles, légumes, fruits, volailles,
lait, jus, sauce,
mystère du solide qui se répand en fluides,
bouillies, marmelades, mollesse coulante,
que retiennent les pourtours et le fond jamais percé,
si d’elle on prend scrupuleusement soin.
Dans le manche, il existe un trou,
par le trou se glisse mon œil,
comme derrière un monocle qu’on tient par le manche,
et à travers ce monocle je vois
la transformation par le feu,
la conservation par les pourtours et le fond,
la jouissance par les aliments contenus,
par le trou du manche,
on comprendrait l’utilité du manche,
qui conduit à la vie.
Mais dans le silence, ce mutisme,
en dehors des clapotis de l’ébullition,
quand le tout est reposé, ou rangé dans le placard,
un bruit se fait entendre,
du fin fond de l’histoire de France,
contre la Monarchie de Juillet,
ou les oppresseurs lointains des pays du sud,
le peuple, cuillère ou bâton en main,
il frappe, il tambourine, sur le cul, les flancs,
le cul rouillé, les flancs cabossés,
le peuple tambourine sa colère,
sur les casseroles trouées de mon âme.
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un petit tour par ma casserole me ferait du bien.
mais une casserole est-ce poétique ?
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un petit tour par ma casserole me ferait du bien.
mais une casserole est-ce poétique ?
Aah ! Pas toujours évident de cuisiner un poème avec une casserole :( !
MS
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Avec ce texte j'ai essayé de faire fonctionner sciemment mes deux cerveaux.
Cerveau gauche pour établir un lexique descriptif, réaliste, précis à partir de la casserole observée.
Cerveau droit pour établir un lexique imaginatif, associatif, fantasmatique, à partir de cette même casserole rêvée.
Ensuite à partir de ces deux lexiques j'ai écrit mon texte, mélangeant en somme la perception
de la casserole par les deux cerveaux.
Voilà c'est un texte expérimental, mais qui représente pour moi une attitude importante de notre comportement,
et dont l'acte d'écrire ne peut pas faire l'économie. La poésie à mon avis se situe dans la rencontre de ces deux cerveaux.
Merci Michael pour ta lecture.
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J'ai bien aimé cette vision des 2 cerveaux, gauche et droit.
J'en ai deux aussi, le droit qui parle français et le gauche qui parle anglais - mais c'est une autre histoire :miaw:
En réalité, ce poème est plutôt bien fait !
J'ai décroché avec l'œil qui regardait par le trou du manche de la casserole.
Ce passage me semble un peu trop surjoué.
Par contre la fin avec le peuple qui tape sur des casseroles est très bien vu !
J'espère que d'autres commentaires analyseront les qualités poétiques, qui sont en dehors de mon domaine de compétence.
MS
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le passage du manche avec un trou en forme de monocle relève typiquement du cerveau droit, subjectif, imaginatif.
le passage du peuple tapant sur les casseroles serait plutôt le cerveau gauche (réaliste, référenciel) mais aussi du droit
puisqu'il s'agit d'une association d'idée à partir de l'observation de l'objet réel.
Tout ceci permet un va et vient entre les affects et la raison.