Bonjour la section Textes courts :D (ça faisait longtemps)
Voilà qu'un second texte de l'univers collectif d'Erakis (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?board=203.0) apparaît. Je vous invite à lire le texte d'Opercule que se trouve juste ici : Le grand œuvre du vieux Barnous (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=39923.0). Les autres textes se trouvent dans le lien juste au-dessus, n'hésitez pas à y jeter un œil pour plonger dans ce merveilleux univers made by MdE ^^
Comme à notre habitude, tous les liens utiles :
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Une nouvelle ère
Depuis plus d’un siècle, le royaume du Hadvast a changé de visage, rongé par le mystérieux ordre des Télètes. Mandheilm et l’ex-conglomérat d’Estriolet ont servi de berceau à l’ordre tandis que Bareit a été conquise par l’héritier légitime, Ulrik. La dernière région, Gandar, a accueilli l’immigration d’Elfkingrs ayant fui le Rothren avant d’être conquise à son tour par les Elfsirings.
Les Télètes se sont finalement essoufflés au terme de ce siècle alors que les descendants d’Ulrik, alliés aux elfes gris, ont pris possession de ruines donnant accès à l’héliofluide, à une toute nouvelle ère et de prochaines révolutions....
— C’est l’ère d’Hélio ! cria un marchand de journaux au lever du soleil.
L’homme mal habillé tentait de vendre tant bien que mal ses petits magazines en papier de piètre qualité que lui fournissait la presse des bas quartiers d’Antiome. « Au Nom du Peuple » elle s’appelait, mais même son prix de huit Thals n’était pas abordable pour la population de cette zone de la ville. Au mieux, les gens s’alliaient pour acheter un journal qu’ils se partageaient ensuite, jusqu’à ce que l’un des acheteurs ne décident de garder le butin que pour lui. Lorsque cela arrivait, la police débarquait et emportait un ou deux incitateurs au trouble à l’ordre public pour leur faire on-ne-savait-quoi. Pourtant les forces de l’ordre partageaient un point commun avec les pauvres habitants : ils étaient des hommes, des femmes, des liontáris, des elfes, ou encore des nains. Pourtant une ligne bien établie les séparait depuis longtemps.
Ärethuir, pauvre esclave orphelin, passa à proximité du vendeur de journaux qui ne cessait de crier le titre des produits qu’ils tentaient de vendre. Le jeune elfe baissa les yeux pour tenter de ne pas se faire aborder. Hélas, l’homme se tourna dans sa direction et s’approcha jusqu’à ce qu’il s’arrêta net. Pourtant pas un mot pour l’aborder. Ärethuir releva les yeux et croisa le regard penseur du vendeur. Pourquoi cette expression. Avait-il vu la marque d’esclave qu’il possédait à son poignet ?
Tous les êtres soumis à un grand propriétaire ou un gouverneur se devait à porter une marque distinctive au poignet. Dans le cas du jeune elfe, il représentait le blason de Monsieur Bomchapan, le riche propriétaire de l’usine de transports de la ville. Ce riche homme, sûrement issu de bonne famille, possédait une dizaine d’esclave en plus d’une centaine d’employés assez pauvres. Ce n’était qu’un exemple parmi d’autres d’entreprise dirigée par une personne fortunée alors que tout le boulot était effectué par une main d’œuvre cosmopolite impuissante. Le blason de ce cher monsieur était nul autre qu’un sabot écrasant un pavé. Certains prétendaient que ce dernier représentait le peuple et le sabot l’élite d’Antiome dont faisait partie Monsieur Bomchapan.
Le vendeur fit demi-tour. Il savait que trop bien qu’un esclave n’avait qu’un salaire ne dépassant pas les deux Thals par semaine. Et surtout, si le propriétaire de l’usine des transports apprenait qu’un pauvre vendeur avait interrompu le travail de l’un de ses esclaves, il serait sévèrement puni.
Äréthuir reprit alors son chemin, tête baissée. En plus du poids d’esclave, il portait celui d’être un hybride elfkingr-elfsiring. Peau grise couverte de taches jaunes, cheveux blonds, yeux vairons, ailes atrophiées. Voilà qui il était. Un esclave sans famille et sans droits. Il croisa bon nombre d’habitants partant au travail ou emmenant leurs enfants à l’école du quartier. Tellement la situation était déplorable, l’école n’était composée que de deux classes : une pour les jeunes enfants et une pour les adolescents. Äréthuir était au courant de cela car une amie, employée aussi dans son usine, lui avait fait part de sa scolarité. En comparaison, le jeune hybride n’avait pas vraiment reçu d’éducation ou d’enseignements quelconque hormis comment effectuer les tâches qu’on lui confiait à l’usine. Après tout, il n’avait jamais vraiment rêvé d’aller à l’école puisque personne ne serait venu le chercher ensuite. Il n’avait que trop de souvenirs de ses parents. S’étaient-ils aimés ? Comment et pourquoi sa vie avait fini entre les mains de Monsieur Bomchapan ? Ce dernier connaissait-il ses parents ?
Une calèche typique de celles que fabriquaient son usine passa à proximité. Il s’agissait d’un modèle conçu pour les jouirals, de belles montures haute de trois mètres avec de fines pattes n’ayant que le peau et les os. Avant l’ordre, ces bêtes demeuraient sauvages et vivaient en Bareit. Les ulrikiens en avaient apprivoisé afin de tirer leurs bards, chariots, calèches et tout engin de traction ou de transport. Certains nobles continuaient d’utiliser des chevaux pour leur élégance et leur plus grande facilité à être élevés. Äréthuir avait toujours rêvé de monter un jouiral tel un ulfsnar de son peuple de jadis.
Le jeune esclave ne pouvait plus traîner, il accéléra le pas jusqu’à arriver dans une petite ruelle des bas quartiers. Ici aucun lampadaire n’éclairait les lieux, comme un véritable repaire pour des réunions cachées du regard des autorités. Ce qui était vrai car le jeune elfe passa justement devant une cour entourée de barrière en bois où se tenaient bien une trentaine de personnes. Curieux Äréthuir s’arrêta et tendit l’oreille.
— Ardhi est complètement tombée aux mains des esclavagistes ! Les liontáris sont la meilleure main d’œuvre des élites !
— Quoi ? Toute une région aux mains de ses lâches ?
— Oui ! On dit même que c’est les Blancs qui ont pactisé pour que le reste du peuple soit soumis !
Un nain à lunettes s’avança pour prendre la parole.
— C’est tout à fait possible. Autrefois la tribu des Blancs avait envahi celle des Jaunes avec les alvarenniens.
Des tribus ? Des Blancs et des Jaunes ? Les liontáris sont aussi divisés en des peuples différents comme les elfes ? Un membre du groupe de parole découvrit Äréthuir et lui fit signe.
— Et toi viens par-là ! Tu es en retard ? Ne t’inquiète pas Monsieur Bomchapan ne saura rien. On est tous des esclaves ici.
Effectivement le jeune elfe put observer les poignets de chacun. Crocsdupouvoir, Héloys, Düaniell, et même un nain appartenant aussi à Bomchapan. Le groupe comprenait des personnes de différentes propriétés, reflétant la société d’Antiome. Tous étaient égaux — bien que certains esclaves pouvaient recevoir un traitement plus laxiste que d’autres. À ce qu’il avait pu entendre jusqu’à ce jour, son maître n’était ni le plus sévère ni le plus sympathique des propriétaires. Un propriétaire qui attendait juste ce qu’il fallait de ceux qui travaillaient pour lui. L’assemblée reprit ses discussions :
— Des nouvelles de l’usine expérimentale d’armes ?
— Antiome va bientôt exporter du matériel militaire aux ulrikiens.
— Ce serait une des parts du contrat pour l’accès à l’héliofluide dans notre ville, précisa une elfe.
— Mais seuls nos chers propriétaires et gouverneurs y auront accès ! reprit le premier.
Le groupe commenta dans le brouhaha cette remarque. Les riches dominaient les pauvres dont faisaient partie les esclaves, et c’était ainsi.
— Ça changera ! annonça un homme dont la barbe laissait comprendre qu’il avait passé une grande partie de sa vie à son rang. On va continuer à se rassembler, faire augmenter nos rangs, et on renversera le système !
Äréthuir se sentir viser lorsque l’homme avait évoquer le fait d’augmenter leurs rangs. Après tout, il partageait leurs idées et s’était joint à leur réunion — bien qu’il demeurait observateur. Combien de fois avait-il rêvé de pouvoir boire des verres de jus de talianas ou de blatepples ? Combien de nuit aurait-il aimé passer devant un bon feu de cheminée et sur un matelas digne de ce nom ? Cependant, il ne souhaitait pas faire du mal à son maître. Ni à l’usine pour laquelle il travaillait. Il savait dans le fond que lui, ses semblables et Monsieur Bomchapan donnaient à la population des biens utiles. Grâce à l’usine, les habitants d’Antiome pouvaient de vanter d’avoir à leur disposition les meilleurs moyens de transport connu dans l’Ouest du continent.
Un sifflet fit cesser les singes du jeune elfe ainsi que les revendications des autres esclaves. C’était la police. Une douzaine d’officiers avaient dû être avertis de cette réunion illégale et étaient venus arrêter les esclaves accompagnés d’ulfsmas. Il s’agissait d’ulfsnars domestiqués, pour ne pas dire réduits en esclaves eux aussi, notamment par les humains. Cette race ou sous-espèce des loups de glace du Rothren était bien plus petite mais pas moins féroce. Leur pelage bleu était cependant complètement asséché et pointait vers le sol, donnant constamment un air mal-en-point à ces misérables instruments d’intimidation.
Les forces de l’ordre tenaient tant bien que mal les laisses de ces animaux qui rugissaient dans la ruelle. Les esclaves se dispersèrent alors dans les deux directions qui était possible pour eux. Äréthuir fit le choix de partir par la ruelle, tachant de ne pas se retourner bien que les grognements des mini-ulfsnars l’inquiétaient. Ironiquement, c’était un policier elfkingr qui tenait l’une de ces bêtes et qui, par erreur, lâcha la laisse pour donner libre cours à la bête de poursuivre Äréthuir.
Cette fois, complètement apeuré, le jeune hybride quitta la ruelle pour tomber sur une avenue bondée de passants. Mais la bestiole demeurait fixée sur son objectif. Peut-être même que le avait l’intention de le dévorer et non de le capturer ? Äréthuir préférait ne pas connaître la réponse. Il bouscula des passants qui ne manquèrent pas de l’insulter. Aucun esclave n’avait droit d’agir ainsi, même si ces gens-là étaient à peine moins pauvres que lui. Les habitants laissèrent passer les ulfsmas et les forces de l’ordre qui suivaient. Äréthuir eut presque l’impression qu’il était le seul à être poursuivi et que tous les autres avaient quitté les radars de la police.
Soudain, un coup de feu se fit entendre dans l’avenue. Par crainte, nombre de passants se baissèrent alors que policiers et ulfsmas s’immobilisèrent pour déceler la provenance du tir. Äréthuir vit là une occasion de se faire la malle en s’engageant dans une nouvelle ruelle à l’ombre des regards, remplies de poubelles et de détritus. Bien que nauséabond, c’était sûrement la seule voie pour semer les forces de l’ordre qui s’affairaient désormais à poursuivre un tireur inconnu. Mais qui pouvait bien oser utiliser une arme à feu en pleine rue à Antiome ?
Après quelques minutes de marche, tout en veillant à ce que personne ne l’avait suivi, le jeune elfe rejoignit enfin l’usine. Par chance, il n’aurait pas trop de retard et le grand propriétaire ne le remarquerait pas.
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