Je ne suis pas très bon pour improviser sur le petit temps, merci de tempérer vos attentes.
Je voudrais des retours sur l’expérimentation de style oral.
Je voudrais des idées pour une meilleure cohésion du texte.
Je voudrais des câlins.
On dit toujours, c’était Hemingway le premier askip, les catastrophes ça arrive en deux étapes : graduellement, puis subitement. Et bordel que c’était subit.
Le quartier, on le connaissait sur le bout des doigts. On allait prendre le thé chez le voisin quand on avait oublié nos clés. La petite vieille du numéro cinq nous amenait des sucreries les jours de fête. On faisait un ciné quand on avait l’argent avec les triplés qui restaient tout le temp près du parc.
L’épicerie a fermé, vers le début. C’était un vieux riffain, on a pensé qu’il était rentré au pays après la mort de sa femme, qu’il supportait pas ici, qu’il connaissait plus personne. Il fallait aller au Aldi ou bien attendre le marché ; d’abord personne n’y allait, et puis une des filles s’est mise à travailler là-bas, et on s’est tous mis à faire nos courses là. Pour la menthe et les épices par contre, il reste le boucher — aussi bizarre que ça puisse paraître.
Mais c’était quand même notre zone, même si le manager de l’Aldi voulait jamais qu’on entre à plus que trois pour acheter des chips et plein de chewing-gum. On échangeait des clopes avec les jeunes polonais après l’école, on parlait de petites combines pour gagner plein d’argent pendant l’été.
Juste les gens qu’on croise à la file de la boulangerie, c’est pas les mêmes. Pleins de visages… d’étrangers. Des étrangers d’ici. Cette boulangerie, ses croissants ont toujours été pourris et leurs msemmen délicieux — maintenant c’est l’inverse. C’est toujours le même type derrière, on va dire qu’il a changé de priorités.
Nous on décore pas l’extérieur de nos maisons. Y a pas de fleurs, pas de père-noël, pas de petites lumières. Je sais pas pourquoi, c’est juste bête. Peut-être que c’est parce que c’est comme ça. Suffisait d’être le 20 décembre et de voir quelles fenêtres avaient des père-noël. Ces peluches sont partout maintenant.
Parfois on allait chez ce gars qui a un écran plasma, pour une partie de jeux vidéos, mater des animes ensemble. Il était sympa, un peu réservé. Ses parents ont divorcé, il est parti avec sa mère. On n’a pas gardé contact. Il a disparu, lui, sa console et sa télé. C’était le premier dont je me souviens.
Les hommes en grappes, sur la terrasse du café du coin. C’est pas fou comment les cafés du coin sont toujours dans des coins ? Des vrais cafés du vrai coin ! Les darons, leurs collègues, les amis improbables, l’écran avec du foot — comme au bled. J’imagine que maintenant ils ont mieux à faire que de partager un café au lait trop sucré avec tel camarade d’usine. Je sais pas où ils sont.
Un genre de salon de thé, petit déjeuner, brunch machin s’est installé. Nouveau truc, très classe, café moulu sur place, grands crus, tout ça. Mais faut voir l’endroit un dimanche matin : plein de jeunes blonds aux habits bariolés, grandes lunettes. Bizarrement la semaine, y a la file à 7h et puis elle attend la pause de midi.
En face de chez ma grand-mère y avait un genre de brico dans une ancienne usine. Pas un brico "Brico", disons une quinquaillerie. Gigantesque. Produits pas chers, grand choix. Des camions qui vont et qui viennent, des ouvriers couverts de plâtre et qui crient dans toutes les langues, ça donnait un sabir bizarre. Évidemment les klaxons, parce qu’évidemment tout le monde était en double file.
Et maintenant ? Un basic fit. Un véritable "Basic Fit", le vrai cette fois. Pour les gens qui bossent à la banque, trois rues plus loin. C’est pas la même chose. Y a plus de gens qui font la file pour acheter un sandwich, continuellement entre midi et quatre heures. Y a une maison médicale. J’y suis jamais allé.
Mes grands-parents sont venus du Maroc, pas beaucoup après l’Indépendance. Ils ne sont pas venus seuls. Ils sont allés là où y avait de la place. Ils ont fait leur vie. Leurs enfants ont grandi ensemble, ils ont fait leur vie un peu plus loin, pas beaucoup plus loin. Ils ont fait leur vie, ont eu des enfants. Mais bizarrement, je sais pas pourquoi, ils se sont dit : « Viens on se barre. ».
Je reviens chez ma grand-mère et, en fait, il reste plus personne. Juste elle.
Bonjour Oper.
J'ai bien aimé le ton sincère qui se dégage du texte. Je trouve que ce langage oral passe bien, ça donne envie d'en connaître plus sur le narrateur et son histoire, et les histoires qui l'entourent. Par endroits, j'ai trouvé que le texte aurait pu être plus clair (par exemple, je n'ai pas compris la place donnée au paragraphe sur les Pères Noël).
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