Salut !
Les défis Tic-Tac, c'est quoi ? Un sujet aléatoire est donné et on a une heure pour écrire un texte. Hésitez pas à fouiller le sujet éponyme épinglé en haut de section pour plus de détails, ou même poser vos questions ;)
Pour ce Tic-Tac, ça donne quoi ? le sujet est une couverture aléatoire, donnée par Claudius :) merci Claudius ^^
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Bon ! J'ai les doigts qui tremblent d'émotion, mais je me sens mieux. Je pourrais faire mieux, mais là faut surtout que je prenne un peu de distance et reprenne mon souffle. Il est à vous !
Bonne lecture et bonne soirée !
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Poupées de porcelaine
Ce tailleur noir, ajusté à la perfection, me va si mal. Je hais le noir. Je préfère le rose des bonbons, le bleu du ciel, le blanc de la neige. Une robe rose et blanche, avec un petit nounours aux yeux bleus. On dirait une gamine ! Grandis un peu ! Tu n’as plus huit ans ! Je sursaute à cette voix dans mon esprit, retiens mes larmes. Je relève les yeux sur le miroir de la salle d’attente pour y voir une étrangère : un masque poudreux cadavérique, une touche de pêche ici ou là, et un peu de rose sur mes lèvres gercées, croquées par le stress. Ils appellent ça beauté.
Je préfère l’autre masque : un joli masque de porcelaine, en gris et blanc, avec une larme colorée et un sourire triste. Arrête un peu de pleurer ! Tu n’es pas si malheureuse ! Tu vas leur faire peur si tu commences à pleurnicher ! Le monsieur fuira s’il voit ce masque-là, alors je le cache. Je réajuste mon chemisier, bombe ma poitrine pour montrer une fierté qui me fait défaut. Mon vieux jean déchiré, mes baskets et mon doudou me manquent, bien rangés à la maison.
Le recruteur m’appelle. Je parle sans y penser. Je mens, je dissimule. J’obéis, j’agis comme on s’y attend : de la volonté, du dynamisme, un peu de réserve naturelle. Une femme doit être un peu tout ça, aussi motivée qu’un homme, elle ne doit jamais oublier de préserver sa pureté de femme pour donner l’impression parfaite. Au moins, t’as le droit d’avoir un boulot ! Tu ne vas pas te plaindre, non plus !
Le soir venu, j’arrive devant une maison. Une maison toute bête, droite avec son mur en crépi et ses volets blancs. Une maison que je vois s’écrouler sous le fardeau de tout ce qu’on dissimule sous le tapis depuis toutes ces années, tous ces sentiments restés silencieux. Je frappe à cette porte qui s’ouvrira toujours pour moi et entre. Elle descend l’escalier, un sourire parfait sur son masque de porcelaine.
— Alors, ton entretien ? me demande ma mère.
— Alors, ton bulletin ? j’entends, comme un écho du passé.
— Ça a été, je marmonne.
— Alors ils te rappelleront ! Il n’y a pas de raison, tu n’es pas plus bête qu’une autre !
— C’est tout ? Tu n’as même pas la moyenne ! Tu es une feignasse ! C’est tout ce que tu es !
Je chancèle. Sous mes yeux embués de Pierrette, les scènes se mêlent. Le présent d’un passé qu’on n’arrive pas à oublier. Le passé d’un présent qu’on veut différent. La petite fille au fond de moi frissonne, une minuscule entaille fichée dans son cœur ce jour-là, blessure qui grandit à chaque jour, chaque mot qui passe. J’essaye de la convaincre que ce n’est pas sa faute, que ce n’est la faute de personne.
Aujourd’hui, comme hier, je souris à ma mère. Elle ne se souvient pas de cette petite entaille envenimée, ni de toutes les autres qui l’ont précédée et celles qui l’ont suivie, et qui ont aidé à construire ma vie. Je n’arrive pas à lui en vouloir. Je n’y arrive plus.
Aujourd’hui, comme hier, je la serre contre moi. Quand je la regarde, je vois tout ce qu’elle cache : je vois son sourire fissuré, son masque de porcelaine craquelé par la vie et ses entailles ; et sa petite fille intérieure qui ne souhaite qu’une chose : qu’on lui dise qu’à elle non plus, ce n’est pas sa faute.
Ce n’est pas ta faute, Maman.
Ce n’est pas ta faute, ni la mienne, ni celle de personne. Aujourd’hui, je sais. Tes phrases envenimées, tu ne les veux pas ainsi. Eh Maman, j’arrive presque à les esquiver et te sourire, maintenant. Parce que je refuse d'abandonner ces deux petites filles qu’on a trop souvent laissées seules dans le noir, avec dans leurs mains des masques de porcelaine.