Vous vous en retournez chez vos parents catholiques pour les fêtes de fin d’année l’imagination pleine de chocolat chaud, de cadeaux et de plats mijotés, et alors que vous êtes empli de la plus magnifique sérénité de savoir qu’il ne vous arrivera aucune histoire, PATABOUM vla qu’ils vous cassent le délire en vous annonçant qu’ils accueillent des réfugiés ! Des RÉ-FU-GIÉS ! Nom d’un marshmallow ! Ça pour une idée ! Tout de suite vous voilà sur le cul !
Comprenez ! J’ai rien contre l’idée de venir en aide à mon prochain ! Mais quand même ! C’est que ça fait un choc d’avoir le résultat de cette conviction catapultée devant les mirettes… On l'oublie trop souvent ça ! Ça peut traumatiser ! Violent ! Surprenant !
Mais eux mes parents, comme une envie de pisser ça leur a pris ! Ils se sont réveillés un matin, ils se sont longuement regardés en souriant « chéri, si nous adoptions quelques réfugiés pour Noël ? » Et bim ! Quasi la vérité ! Stricte ! Je déforme à peine !
Mince quoi ! Vous vouliez être peinard, vous vouliez vous reposer de votre semestre É-PROU-VANT en école de commerce car ça il faut le dire on charbonne comme des Chinois là-bas on s’arrête pas de bosser le rythme il est SOU-TE-NU ma parole, soutenu ! Mais non ! Voilà que la baraque s’est transformée en centre d’accueil pour la misère du monde. Ouch ! Sale coup qu’il nous a joué le baladin de Jésus là, à mettre ces idées dans la tête des gens. Sacré farceur le type ! Crucifié ! Cru-ci-fié ! Autre époque…
D’autant que ! S’il avait s’agit que d’accueillir, de vivre en communauté civilisée, bien sagement, mais vous croyez que les myrmidons du tiers-monde ils la connaissent la civilisation ?! Sans déconner ! Que dalle ! Je m’en vais vous dire ce qu’ils m’ont fait les bazardés du globe vous jugerez par vous-mêmes ! Véridique !
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Déjà, bien vite je me suis rendu compte d’une supercherie. Ils avaient accueilli que des meufs mes parents. Putain de merde ! Encore une idée. « C’est mieux, ça sera plus stable, on ne voulait pas, enfin, tu comprends, accueillir femmes et hommes, très vite, des problèmes. » Bah ça ! Je comprenais bien ! Mais et moi, alors ? J’étais pas un homme putain ?! Ils y avaient pensé à moi ? Est-ce que j’étais dans le plan ? Le grand schéma ? Est-ce qu’on m’incluait dans l’entreprise de sauvetage du genre humain ? Bordel j’ai presque voulu leur dire comme ça au petit-déj à mes parents : « vous vous rappelez que j’ai des couilles, et que par conséquent je suis un HOMME putain de merde ! Est-ce que je suis pas accueilli moi ? Hein ? Allo ? Qu’est-ce vous en foutez de ça ? Hein ? Est-ce que ça va-t-y pas foutre un peu le bordel ? Comme vous v’nez de dire ? Hein ? » Ça, ils auraient tiré la gueule comme quelque chose mes parents ça aurait été du joli ! En plus, moi, garçon bien élevé, tout ça je l’aurais dit sans arrière-pensée aucune, sans malveillance, simplement le plus pur constat ! Qu’eux-mêmes avait déjà fait ! À savoir des hommes et des femmes ensemble ça peut partir en couille. Je vous le donne en mille : bah c’est parti en couille. Et le pire c’est que j’y ai rien fait pour ! Je plaide non coupable madame la juge ! On m’a embrigadé, on m’a pris par le col, on m’a pas laissé le choix ! Non mais sans déconner, que le lecteur abonde putain !
Bon, les premiers jours, rien de spécial, rien de louche, j’aurais dû me méfier. Les rescapées elles créchaient au premier. Tout un couloir. Chacune à leur chambre. On a une grande maison. Chrétienne. L’arche de Noé. Vous connaissez. Moi, je passais, sans carabistouille, je rejoignais ma chambre au deuxième, même si je vous avoue que sentir toute cette présence É-TRAN-GÈRE qui m’encerclait, ça me mettait mal à l’aise, faut bien le dire. L’irruption de l’inconnu dans votre quotidien ça fout un peu les miquettes faut le reconnaître. Enfin bref jusque-là pas d’histoire. Les invitées je les évitais bien soigneusement. Pourquoi ? Je sais pas. Intimidé. Peut-être ! Enfin, je me levais en décalé, je prenais pas le petit-déj avec elles, ni les repas ni rien du tout, que dalle. Le jour je sortais j’allais ruminer dehors toute cette situation bien stupide faut en convenir.
C’est alors que tout était bien rodé comme ça qu’un soir, soudain, j’arrive dans le couloir sans trop penser à rien, comme qui dirait habitué, d’ailleurs c’est fou ce qu’on s’habitue vite à tout, faudrait en parler de ça aussi, la faculté d’adaptation de l’être humain, très vite on se dit que ce qui arrive est normal, que ça coule de source, on n’y pense même plus, c’est un fait, une donnée de plus, bien rangée dans notre carnet des phénomènes du réel, on ne s’indigne plus, on accepte, curieuse faculté s’il en est, enfin ! Bref, vas-y pas que j’arrive dans le couloir comme je serais arrivé n’importe quand dans le couloir bien banalement quand pataboum EMBUSCADE ! J’ai pas le temps de voir de comprendre que je suis débarqué d’un coup dans une chambre. Alpagué en pleine terre inconnue ! Non mais putain ! C’est comme ça que ça marche dans leur pays ?! Vas-y pas que vous marchez peinard on vous saute dessus ? Des sauvages je vous l’ai dit !!
J’ai quelques soupçons que y avait de la préméditation dans cette affaire. Je saurais pas trop dire les us et les sus, mais certain qu’elles en avaient discuté entre elles les réfugiées. Comment que ça avait été décidé de qui que c’est qui serait la première, ça. Ils ont leur hiérarchie propre ces autochtones déracinés, rien demandé pas su. Déjà je bavais pas leur langue alors !
Les chambres musicales. Une nuit par-ci, une nuit par-là… À force j’en avais le tournis de ce foutu couloir ! Non mais laissez la brebis innocente rejoindre son pâturage bordel de Dieu ! Elles me voulaient quoi ces louves à la fin sans déconner ! Puis, un soir que je satisfais l’appétit de l’une de ces affamées je sens son corps je comprends enfin. En fait ces filles sont comme le désert de leur pays. Leur peau est couleur sable, chaude le jour, froide la nuit ; c’est là qu’elle a besoin d’être réchauffée. Une fois ça d’assimilé, le reste c’est que de la variation de tempérament. Et ça des tempéraments…
Starfallah !
La première c’était l’Afghane, un côté princesse des montagnes, de la prestance, la meuf elle savait qu’elle valait son pesant de cacahuètes, une vraie bourgeoise ! Puis, la Syrienne, un côté plus terre-à-terre, la beauté simple, elle aurait voulu vivre en paix, fonder une famille. Des Irakiennes aussi, là le délire virait sado-maso, pas trop mon truc mais je me sentais pas de refuser, je voulais faire plaisir. C’est qu’elles avaient quand même l’air pas très guillerettes les filles, voyez. Enfin, entre toutes, ma préférée, de loin, la Libyenne. Elle avait cette mélancolie du pays perdu, cette nostalgie du destin brisé, ce spleen des ruines de Tripoli. Un charme imparable… Ça, ses cheveux noirs comme le pétrole, à mes yeux d’occidental allez savoir, mais ça m’avait rendu fou. J’aurais tout détruit pour ce pétrole faut bien l’avouer !
Enfin, globalement toutes ces orientales avaient un curieux faible pour la misère alors que par chez nous on lui préfère la prospérité. Question de culture ! Faut de tout pour faire un monde ! Chacun son truc ! C’est vrai qu’elles tiraient plus ou moins toutes la tronche ces réfugiées. Mais elles semblaient quand même contentes de me voir. Je les réconfortais comme je pouvais, selon leurs termes… J’étais le seul pour elles, sauveur modeste et désintéressé, bien malgré moi… Ouaip, chaque nuit, à les sauver. Amen !