Pour le moment je n'ai pas lu ton spoil, parce que j'aimerais bien lire ton livre ! Mais si ça te tient à cœur d'avoir un avis sur ton intrigue, je pourrai le lire quand même (j'ai hésité en vrai) ; à toi de me dire !Argh, ta proposition est très alléchante, parce que je crois que nos sensibilités et nos questionnements sont très similaires par bien des aspects, qu'on partage beaucoup de valeurs et de perceptions de ces questions, et ton avis sur l'intrigue en elle-même pourrait m'être utile... D'un autre côté, si tu as le projet de lire mon roman, clairement n'ouvre pas ce spoiler parce que ça va complètement te révéler toute l'intrigue quasi de A à Z :mrgreen: Je m'arme de patience et me dis que tu me donneras ton avis en temps voulu !
Je pense que les thèmes du racisme, de l'homophobie, du sexisme, des stéréotypes de genre, de la diversité... (et pour ma part j'ajouterais aussi le handicap / le validisme) apparaissent nécessairement dans une œuvre. Même leur absence est, en réalité, un positionnement / une représentation ou plutôt une absence de représentation qui envoie des messages. Je pense aussi qu'on ne subit pas tous les mêmes choses, qu'on n'a évidemment pas du tout les mêmes vécus et la même expérience concrète des discriminations ; et pourtant, qu'on est tous concernés par ces sujets.Je suis entièrement d'accord ! Au point que j'en ai peut-être fait un peu trop, je n'ai quasi aucun personnage qui ne tombe pas dans une catégorie discriminée ou l'autre (mon personnage principal est en surpoids, sa meilleure amie est noire, j'ai inclus pleiiin de personnes de la communauté LGBTQ+ et un des personnages principaux a perdu un œil et une jambe). La différence c'est que l'intrigue ne tourne pas autour de ces aspects, qui font juste partie de la conception des personnages comme leur caractère ou leur couleur de cheveux, alors que j'aborde le racisme de manière beaucoup plus engagée.
De mon point de vue, une chose importante est de sortir de sa bulle personnelle et de sa bulle sociale, et d'aller à la rencontre des autres de quelque manière que ce soit : en échange direct, ou en lectures / visionnages / écoute, car les témoignages et les prises de parole là-dessus sont nombreux.De nouveau, d'accord à 100%. En ce qui me concerne, je préfère le visionnage de vidéos de témoignages, je trouve ça extrêmement parlant et en général ça me marque...
Pour le reste, je te dirais que si le sujet t'intéresse : fonce ! :) ce sont des thèmes importants et si ça part d'une préoccupation sincère, il n'y a pas de raison que ça sonne "forcé" ou "pour suivre une mode". Il y aura peut-être des personnes pour te le reprocher ; eh bien soit. De toute façon tes récits seront imprégnés de ton époque sociale, des fictions qui te plaisent, de l'esthétique / l'imaginaire qui t'inspire ; et aussi de tes convictions (même un récit qui se veut apolitique transporte avec lui une tonne de points de vue ou de représentations non neutres). Alors autant les travailler pour qu'ils représentent ce que tu veux qu'ils représentent.Merci :-[ :-[ :-[
(Tu trouveras pas mal de réflexions là-dessus dans le sujet "Traiter le handicap", même si à un certain point, la discussion était partie en cacahuète >< ).C'est rigolo, j'étais justement en train de le lire au moment où tu m'as répondu ! :D
Hello !
@ Meilhac
Désolée, je n'avais pas vu ton commentaire !
Merci beaucoup pour ton conseil :) Mais je crois que quand on écrit sur ce genre de sujets, on ne peut pas ne pas se poser des questions... Enfin je ne trouverais pas ça très responsable, en sachant qu'il s'agit de quelque chose d'hyper sensible qui fait souffrir de très nombreuses personnes dans le monde...
la sincérité c'est important je crois quand on écrit.Là, je suis tout à fait d'accord, mais je ne pense pas que ma démarche soit incompatible avec de la sincérité dans mon écriture !
participer, à mon humble échelle, à faire avancer les mentalités dans la bonne direction. Si j'écris dans le but d'attirer l'attention sur un problème et de sensibiliser les gens à un sujet,et laisser la lutte à ceux qui vivent les discriminations. En revanche, en tant qu'auteur.rices, on a un réel pouvoir : c'est l'empathie. On n'a pas besoin de faire partie d'une minorité pour en comprendre (au moins en partie) la douleur. Nous sommes des êtres humains et pouvons partager les peines. Alors écris ce que tu comprends, ce que tu crois percevoir des minorités et de leurs combats, ce que tu as appris pendant tes recherches, décris ta mentalité à toi sans vouloir changer celle des autres. Écris des choses vraies ; la vérité ne manque que rarement sa cible. Peut-être, sans t'en rendre compte, tu atteindras ton objectif initial.
Comme tu le disais, il faudra aussi te faire relire par des personnes proches du problème. Dans le pire des cas, on te dira que tu as tout compris et que ton œuvre est superbe ; dans le meilleur, on t'expliquera ce que tu n'as pas bien saisi et tu auras la chance d'apprendre et de corriger ton appréhension du problème.Tout à fait d'accord avec ça :coeur:
Ce que je tire en tout cas de tous vos retours c'est l'idée d'essayer de ne pas en "faire trop", de ne pas me focaliser là-dessus mais d'essayer d'écrire de manière sincère.
@ Chouc :
(...)
En revanche, écrire sur un personnage discriminé avec un point de vue interne, pour le moment, je ne m'y risquerais pas, parce que je ne connais pas suffisamment son vécu de l'intérieur, et donc j'ai peur d'être vraiment à côté de la plaque.
Je crois que tu as tout à fait raison... Je me mets un peu trop la pression avec toute cette histoire et le résultat, c'est que ça risque de fausser ce que je vais écrire, de le rendre artificiel et ça risque de se sentir.En ce qui me concerne, me plonger dans des récits / autobiographies / informations / tout ce que tu veux... m'a vraiment aidée, et à aucun moment je ne trouve ou je n'ai eu comme retour que ça rendait mon texte artificiel. C'est tout l'inverse à mes yeux : c'est quand on ne connaît pas son sujet et qu'on en a une représentation limitée que ça sonne artificiel.
En ce qui concerne le fait de se mettre à la place de la personne concernée : pour moi c'est libérateur / salvateur / éthique d'accepter qu'on puisse partager, par empathie, une perception de ce que l'autre vit et le verbaliser. A l'inverse, je trouve réducteur, vecteur d'isolement, de fossé entre les personnes, de présumer qu'on ne pourra jamais se représenter ce que l'autre ressent. Dans la maladie mentale, c'est à mon sens l'un des vecteurs de stigmatisation, de penser que les ressentis / vécus / la façon d'être au monde... des uns et des autres sont des altérités radicales et non superposables quel que soit l'effort de pensée. D'où mon souhait de franchir les fossés. D'ailleurs, dès qu'on se plonge dans ces sujets de façon vraiment approfondie (dans mon métier, dans mes lectures...) on voit bien que les vécus sont pluriels et qu'il existe plein de continuums dans tous les sens et non des cases et des vécus strictement séparés. J'aime aussi l'idée qu'un homme puisse se mettre à ma place en tant que femme, qu'un neurotypique écrive un texte très intérieur sur l'autisme, qu'une personne n'ayant pas vécu la dépression ou la cyclothymie s'y plonge en fiction, qu'une personne hétéro écrive sur la bisexualité, rien de tout cela ne me choque ; je les reçois comme des tentatives de partage et certaines fictions que j'ai lues m'ont beaucoup + parlé que certains témoignages.Il y a sûrement différents niveaux de "difficulté" pour se mettre à la place d'un personnage qui a telles ou telles caractéristiques, et des situations pour lesquelles se renseigner, se faire relire etc. sera plus indispensable que d'autres, mais dans le fond c'est un des piliers de l'écriture l'empathie, le fait d'aller vers d'autres vies, d'autres ressentis, enfin c'est ça qui est très chouette dans l'écriture quoi '-' (même si j'entends qu'on peut aussi beaucoup parler de soi en écrivant :mrgreen:)
*J'ajouterais que je suis hyper mal à l'aise quand on parle des personnes autistes comme si elles étaient radicalement différentes de la norme '-' et ça m'arrive de l'entendre dans mon métier... il y a des "ils" et des "eux" qui sonnent vraiment extraterrestre. J'ai aussi eu le cas d'une personne disant qu'elle ne pourrait jamais faire l'amour avec qqn d'autiste, et la façon dont elle le disait, je sentais ce côté radicalement différent et incompréhensible, et ça m'a carrément blessée.Je comprends ton point de vue, mais je pense (je suppose, en soi j'en sais rien) que cette personne quand elle dit "autisme" pense aux autismes très lourds (l'image clichée sans doute).
En ce qui me concerne, me plonger dans des récits / autobiographies / informations / tout ce que tu veux... m'a vraiment aidée, et à aucun moment je ne trouve ou je n'ai eu comme retour que ça rendait mon texte artificiel. C'est tout l'inverse à mes yeux : c'est quand on ne connaît pas son sujet et qu'on en a une représentation limitée que ça sonne artificiel.Je ne pense pas que le fait de faire des recherches rende les choses artificielles, mais à moins d'être un très très bon auteur (ce qui n'est pas mon cas), je crois que si tu te focalises trop sur ces questions dans ton écriture, au détriment du reste du récit, ça peut se sentir. Dans ce genre d'écrits, je crois que l'histoire et l'idée que tu essayes de véhiculer derrière doivent marcher main dans la main. Si les "idéaux" prennent le pas sur l'histoire, la mayonnaise ne ne prend plus.
Donc voilà, c'est peut-être une évidence, mais + le temps passe + ça me semble important de travailler ces sujets (se renseigner de façon + fine que les images classiques qu'on a en tête) dès la conception du projet d'écriture. (Si ce sont des axes importants pour l'auteur, of course).Oui, mais d'un autre côté parfois tu vas avoir des échos contradictoires. Moi je sais que pour le moment, c'est un peu mon problème : certaines personnes vont te dire que tu n'as pas le droit de faire quelque chose, d'autres que tu peux ou même que tu dois, et en fonction des personnes dont tu lis les témoignages les sensibilités sont très différentes. Il y a des interdits qui reviennent souvent (ne pas utiliser de couleur liée à la nourriture pour décrire la couleur de peau, par exemple), mais pour d'autres choses, c'est hyper variable. Certaines personnes vont te dire que mettre de la nourriture "typique" de l'origine de ton personnage dans ton récit renforce les clichés, d'autres vont te dire que si tu le ne fais pas, tu ne respectes pas la culture du personnage et tu ne fais qu'écrire un personnage blanc, mais en changeant sa couleur de peau, par exemple. Idem si tu parles de la différence d'accès à l'éducation : certains vont te dire que si tu fais ça, tu renforces le préjugé du "noir ignorant et inculte", alors que tu essayes de dénoncer une injustice qui est objectivement présente dans la société.
En ce qui concerne le fait de se mettre à la place de la personne concernée : pour moi c'est libérateur / salvateur / éthique d'accepter qu'on puisse partager, par empathie, une perception de ce que l'autre vit et le verbaliser. A l'inverse, je trouve réducteur, vecteur d'isolement, de fossé entre les personnes, de présumer qu'on ne pourra jamais se représenter ce que l'autre ressent.Je comprends tout à fait ce que tu dis, et de manière générale, je suis d'accord avec toi à 100%.
*J'ajouterais que je suis hyper mal à l'aise quand on parle des personnes autistes comme si elles étaient radicalement différentes de la norme '-' et ça m'arrive de l'entendre dans mon métier... il y a des "ils" et des "eux" qui sonnent vraiment extraterrestre. J'ai aussi eu le cas d'une personne disant qu'elle ne pourrait jamais faire l'amour avec qqn d'autiste, et la façon dont elle le disait, je sentais ce côté radicalement différent et incompréhensible, et ça m'a carrément blessée. Idem, ça me gave quand les hommes s'imaginent les femmes comme des êtres mystérieux et incompréhensibles. Des précautions, de la prise en compte des difficultés et du vécu, de la documentation : oui, carrément, autant que possible ! Du renoncement, si vous voulez. Par contre, déclarer que c'est impossible, ben ça m'attriste. :(Là aussi, je suis d'accord avec toi pour la majorité mais...
Il y a sûrement différents niveaux de "difficulté" pour se mettre à la place d'un personnage qui a telles ou telles caractéristiques, et des situations pour lesquelles se renseigner, se faire relire etc. sera plus indispensable que d'autres, mais dans le fond c'est un des piliers de l'écriture l'empathie, le fait d'aller vers d'autres vies, d'autres ressentis, enfin c'est ça qui est très chouette dans l'écriture quoi '-' (même si j'entends qu'on peut aussi beaucoup parler de soi en écrivant :mrgreen:)Là ça rejoint ce que je disais plus haut, que j'ai du mal à "sortir de moi", quand j'écris, d'ailleurs je crois que tous mes personnages principaux me ressemblent beaucoup, ou ressemblent à ce que je voudrais être. Je manque probablement encore de maturité... J'aime me mettre dans la peau d'autres personnes mais alors pour des durées très courtes, des nouvelles par exemple. Mais sur le long terme, comme j'ai dit, je trouve ça super inconfortable.
J'ai l'impression que c'est à la fois plus difficile à appréhender, à analyser, parce que ça ne relève pas toujours de choses explicites dans l'histoire, parce qu'il faut prendre du recul sur le texte pour voir apparaitre certains tropes, certains thèmes etc... mais c'est peut-être encore + important d'être vigilant sur cet aspect-là que sur l'aspect ressenti/vécu.Je trouve aussi que le problème c'est que certains tropes ou thèmes peuvent vraiment être interprétés de manière très très différente selon les points de vue et les sensibilités de tes lecteurs. Bref, il n'y a pas de recette miracle :D
Alors ok, le propos du film est plus ou moins de montrer que "c'est la société qui l'a rendu comme ça", n'empêche qu'on retombe en plein milieu du cliché du personnage avec troubles psy qui devient un tueur, et que ça casse complètement le message du film pour faire du spectacle et du fric : on passe implicitement de "le système actuel fait souffrir les gens" à "oulala regardez si on ne fait rien "ils" pourraient devenir dangereux". |-|Et là maintenant je suis vraiment en train de remettre tout mon projet en question. Parce que je réalise que je suis un peu tombée dans ce piège-là.
Mais sinon, vous pouvez lire "La maison au milieu de la mer céruléenne" qui est rempli de choupitude, et Oba ne me contredira pas.Effectivement, allez le lire, maintenant, tout de suite ! :coeur: :coeur: :coeur:
Personnellement, ça m'agace parfois un peu quand un homme écrit en se mettant à la place d'une femme. Je ne sais pas toujours dire pourquoi, je ne sais pas toujours d'où ça vient, peut-être de cette idée que les femmes ont été mises au silence pendant très longtemps et que maintenant, on leur prend même leurs voix pour s'exprimer à leurs places... Je sais que ce n'est pas la démarche de la plupart des auteurs qui le font, mais parfois, du coup, ça me prend à rebrousse-poil. D'où aussi ma réticence à le faire moi-même.
CiterAlors ok, le propos du film est plus ou moins de montrer que "c'est la société qui l'a rendu comme ça", n'empêche qu'on retombe en plein milieu du cliché du personnage avec troubles psy qui devient un tueur, et que ça casse complètement le message du film pour faire du spectacle et du fric : on passe implicitement de "le système actuel fait souffrir les gens" à "oulala regardez si on ne fait rien "ils" pourraient devenir dangereux". |-|Et là maintenant je suis vraiment en train de remettre tout mon projet en question. Parce que je réalise que je suis un peu tombée dans ce piège-là.
Le truc, je pense (je suppose), c'est qu'on croise des autistes bien plus souvent qu'on ne le croit, mais on relève uniquement les autistes chez qui c'est "visible".yep
Un peu comme les handicapés, finalement, quand on sait que plus de 80% des handicaps ne sont pas visibles.
Quand on songe "personne handicapée", on a vite fait de visualiser un fauteuil roulant ou une canne blanche. C'est réducteur, mais je pense que c'est un biais assez commun.
A moins de connaître personnellement l'auteur, comment peux-tu savoir qu'il s'agit d'un homme qui écrit en se mettant à la place d'une femme ?Ben, quand même, actuellement c'est très très fréquent d'avoir une petite biographie de l'auteur dans le bouquin, des remerciements, une intro... En général je lis tout ça, et ça te donne souvent des explications sur les origines de l'auteur et sa démarche en écrivant le livre en question. Sinon, les infos sont souvent disponibles sur le net. Au final, c'est assez rare qu'un auteur décide d'écrire de façon totalement anonyme et ne donne absolument aucune information sur lui-même, ni dans le livre, ni en dehors. Et quand c'est le cas effectivement, je me garde de juger ce qu'il.elle écrit.
Et ça s'applique à tout le reste de cette discussion d'ailleurs.
Ton lecteur ne sait pas quelle est la couleur de ta peau.
Il ne sait pas si tu es hétéro, homo ou autre.
Il ignore si tu es valide ou handicapé.
Et ainsi de suite.
A mon sens, c'est normal d'avoir des préjugés. On en a tous, et le cerveau humain a même été "conçu" pour en avoir. Certains sont positifs, d'autres négatifs, je crois qu'ils reposent parfois sur des choses "vraies" (par exemple, les personnes autistes diffèrent des personnes neurotypiques par certains aspects) mais leur grand problème, c'est qu'ils n'apportent absolument aucune nuance et sont donc généralement caricaturaux et même parfois complètement faux.
Donc je pense que ce qu'il est important de faire, c'est de reconnaître ces préjugés chez soi-même, et de se poser sincèrement la question de savoir d'où ils viennent, puis de se demander dans quelle mesure ils sont fiables ou pas. La grande majorité du temps, ils ne le sont pas, et il faudra alors s'atteler à les déconstruire. Je pense que ce n'est pas grave de "visualiser un fauteuil roulant ou une canne blanche", si après tu prends le temps de remettre cette image en question et de te demander si elle est vraiment représentative du handicap. Si tu fais cette démarche, tu vas très vite te rendre compte que c'est extrêmement réducteur et au final, si tu fais un minimum de recherches et si tu es un peu curieux, ton horizon s'en trouve élargi :)
Nope, il n'y avait pas de quiproquo (et de base, elle prenait pour exemple un autiste sans déficience), j'ai pris le temps de demander, dire qu'il y a plein de formes différentes etc, mais la personne maintenait son affirmation, donc que veux-tu ^^ j'ai laissé tomber. Même si, évidemment, c'est de la méconnaissance, je sais bien qu'elle n'a aucune idée de ce qu'est réellement l'autisme. J'ai pris cet exemple-là parce qu'il m'a vraiment renvoyé l'impression d'un fossé infranchissable (pas pour le sexe, ça je m'en fous, mais pour comprendre ce qui se passe dans la tête de l'autre). Et donc, oui, quelle que soit la profondeur du handicap intellectuel ou psychique, c'est possible de se figurer en partie ce que la personne peut ressentir, avec des explications, du temps, etc.Citer*J'ajouterais que je suis hyper mal à l'aise quand on parle des personnes autistes comme si elles étaient radicalement différentes de la norme '-' et ça m'arrive de l'entendre dans mon métier... il y a des "ils" et des "eux" qui sonnent vraiment extraterrestre. J'ai aussi eu le cas d'une personne disant qu'elle ne pourrait jamais faire l'amour avec qqn d'autiste, et la façon dont elle le disait, je sentais ce côté radicalement différent et incompréhensible, et ça m'a carrément blessée.Je comprends ton point de vue, mais je pense (je suppose, en soi j'en sais rien) que cette personne quand elle dit "autisme" pense aux autismes très lourds (l'image clichée sans doute).
Oui, mais d'un autre côté parfois tu vas avoir des échos contradictoires. Moi je sais que pour le moment, c'est un peu mon problème : certaines personnes vont te dire que tu n'as pas le droit de faire quelque chose, d'autres que tu peux ou même que tu dois, et en fonction des personnes dont tu lis les témoignages les sensibilités sont très différentes. Il y a des interdits qui reviennent souvent (ne pas utiliser de couleur liée à la nourriture pour décrire la couleur de peau, par exemple), mais pour d'autres choses, c'est hyper variable. Certaines personnes vont te dire que mettre de la nourriture "typique" de l'origine de ton personnage dans ton récit renforce les clichés, d'autres vont te dire que si tu le ne fais pas, tu ne respectes pas la culture du personnage et tu ne fais qu'écrire un personnage blanc, mais en changeant sa couleur de peau, par exemple. Idem si tu parles de la différence d'accès à l'éducation : certains vont te dire que si tu fais ça, tu renforces le préjugé du "noir ignorant et inculte", alors que tu essayes de dénoncer une injustice qui est objectivement présente dans la société.Je suis d'accord, on lit plein de choses contradictoires et il y a un stade où on est obligé de tracer sa propre route, même en essayant de concilier les contradictions, parfois il y a des choix à faire ; se forger sa propre opinion au final tout en respectant ces points de vue multiples. Tu peux relativiser en te rappelant que de toute façon, ces choix seront présents dans tous les livres (cf. mon premier post : ne pas traiter un sujet, c'est déjà en soi un positionnement). Le fait de construire un univers de fantasy te permet déjà énormément de libertés :) tu peux traiter de l'appartenance à une culture sans tomber dans un cliché connu par exemple.
En fait, à discuter avec vous, je crois que je réalise que ma résistance à le faire est purement personnelle. Peut-être que je n'ai simplement pas envie, au fond de moi, de passer des centaines d'heures à faire des recherches puis à écrire en m'effaçant entièrement derrière un personnage autre que moi, au point de ne plus y retrouver ma propre identité. Je crois qu'inconsciemment, je n'aime pas "m'oublier", me rendre complètement transparente pour ensuite prendre la parole en tant que quelqu'un d'autre (je viens de réaliser ça au moment où j'écris). C'est peut-être du pur égoïsme de ma part, ou peut-être lié à un manque de confiance en ma capacité à le faire "bien", mais je sens que l'idée me rend profondément inconfortable et que pour le moment, ce n'est pas ce que je recherche (mais du coup c'est peut-être précisément ce que je devrais faire :mrgreen:). Pour le moment, je préfère réfléchir à la manière dont, en restant moi-même, je peux réagir et appréhender le monde pour le rendre plus égalitaire.Ce qui est chouette, c'est qu'on peut se retrouver dans l'autre. Dans les sensations, le caractère, les goûts de Sylv (mon ado du futur, souffrant de schizophrénie, fils d'une réfugiée syrienne), j'ai mis énormément de petites choses qui me correspondent (tout en restant compatibles avec son parcours). Ca peut être des mini détails ou bien des choses profondes (sa tendance à vouloir toujours protéger sa famille / s'assurer qu'ils vont bien), des métaphores, des préférences sensorielles. C'est un personnage qui concilie pour moi à la fois le fait de me tourner vers les autres et de me retrouver moi-même.
Personnellement, ça m'agace parfois un peu quand un homme écrit en se mettant à la place d'une femme. Je ne sais pas toujours dire pourquoi, je ne sais pas toujours d'où ça vient, peut-être de cette idée que les femmes ont été mises au silence pendant très longtemps et que maintenant, on leur prend même leurs voix pour s'exprimer à leurs places... Je sais que ce n'est pas la démarche de la plupart des auteurs qui le font, mais parfois, du coup, ça me prend à rebrousse-poil. D'où aussi ma réticence à le faire moi-même.Moi, ça m'agace uniquement quand c'est mal fait >:D .
Je trouve aussi que le problème c'est que certains tropes ou thèmes peuvent vraiment être interprétés de manière très très différente selon les points de vue et les sensibilités de tes lecteurs. Bref, il n'y a pas de recette miracle :DOui... ! Autre astuce, parfois : la pluralité des personnages, qui eux-mêmes défendent plusieurs points de vue.
Parfois, c'est pas plus mal d'ignorer qui se cache derrière un texte, ça évite certains biais de pensée.Oui ! J'aimerais bien être jugée sur mes textes par des personnes qui ignorent qui je suis... voir vraiment si c'est la qualité / le contenu du texte qui pose souci (si souci il y a :mrgreen: ) ou si ce sont des préjugés liés à qui je suis.
Ma conclusion personnelle, c'est qu'il me semble illusoire d'espérer un jour arriver à une vision de la société dépourvue à 100% de préjugés.Oui mais j'ai tendance à être perfectionniste sur les bords :mrgreen:
Dès lors, tant qu'on fait l'effort de se renseigner, de réfléchir, d'ouvrir son horizon et donc d'écrire le minimum de bullshit, bah c'est cool.
Mais si on escompte tout maitriser sur le bout des doigts à chaque fois qu'on se lance dans un écrit, on s'en sortira jamais.
Y aura toujours une incohérence temporelle, toujours un non-sens médical, toujours une erreur d'appréciation.
On peut juste essayer de limiter au max les conneries et c'est déjà pas mal, non ?
Nope, il n'y avait pas de quiproquo (et de base, elle prenait pour exemple un autiste sans déficience), j'ai pris le temps de demander, dire qu'il y a plein de formes différentes etc, mais la personne maintenait son affirmation, donc que veux-tu ^^ j'ai laissé tomber.En fait, plus le temps passe, et plus je commence à trouver ça très sincèrement triste, pas seulement pour les autres mais aussi pour la personne qui reste complètement enfermée dans ses petits schémas étriqués. Le monde est tellement plus beau quand tu choisis d'ouvrir ton esprit...
tu peux traiter de l'appartenance à une culture sans tomber dans un cliché connu par exemple.Là tout de suite, j'ai l'impression d'être tombée dans tous les clichés possibles et imaginables, mais je vois les choses de manière négative, ça ira peut-être mieux demain...
Je dis tout ça parce que j'ai le réflexe de vouloir te contredire quand tu dis que tu as l'impression que ce serait s'éloigner de toi... du coup, je réagis :-[ mais en vrai je comprends aussi très bien que tu n'aies pas envie de t'investir dans cette direction-là. D'ailleurs, je dis souvent que pour mon prochain récit, j'espère pouvoir l'écrire en me posant moins de questions, parce que c'est usant de tâtonner pour trouver le ton juste.En fait, je crois que pour le moment, j'en suis encore au stade où ce que je recherche dans l'écriture, c'est de me faire rêver, de me plonger dans un monde merveilleux que je peux bâtir de toutes pièces et de me changer les idées, plus que de l’introspection. Peut-être qu'une fois que j'aurai enfin réussi à boucler un roman avec une héroïne qui me ressemble dans un monde que j'aurai créé de A à Z avec une intrigue complexe, j'aurai envie de tester d'autres trucs et de me plonger dans un autre personnage complètement différent. Ou peut-être que ça me bloquera encore.
Bref, je souhaite pas te faire changer d'avis, c'était juste pour discuter. :-[
Oui... ! Autre astuce, parfois : la pluralité des personnages, qui eux-mêmes défendent plusieurs points de vue.Oui, ça aussi j'ai essayé de faire, c'est une bonne technique.
Oui ! J'aimerais bien être jugée sur mes textes par des personnes qui ignorent qui je suis... voir vraiment si c'est la qualité / le contenu du texte qui pose souci (si souci il y a :mrgreen: ) ou si ce sont des préjugés liés à qui je suis.C'est marrant, pour moi un texte est indissociable de son auteur. Je trouve qu'il y a des choses que tu peux dire en tant que personne faisant partie d'une population discriminée que tu ne peux pas dire si tu n'en fais pas partie... Et puis, notre démarche et notre histoire personnelle, le contexte dans lequel on vit... Je trouve ça capital de savoir ça sur un auteur pour aborder ses textes (je pense notamment à Rabelais : la première fois que j'ai lu Gargantua, j'ai trouvé ça incroyablement grossier et nul. Et puis ensuite, quand j'en ai appris plus sur le contexte et le sens caché derrière, j'ai adoré :D).
la première fois que j'ai lu Gargantua, j'ai trouvé ça incroyablement grossier et nul. Et puis ensuite, quand j'en ai appris plus sur le contexte et le sens caché derrière, j'ai adoré :D).
Euh, je ne suis pas sûre que prendre un exemple qui soit aussi clairement peu pertinent et qui n'ait absolument rien à voir avec ce que je disais, pour généraliser mon propos à outrance et tourner les choses au ridicule, soit la meilleure manière de faire valoir ton opinion... Que je trouve par ailleurs tout à fait valide ! ;)la première fois que j'ai lu Gargantua, j'ai trouvé ça incroyablement grossier et nul. Et puis ensuite, quand j'en ai appris plus sur le contexte et le sens caché derrière, j'ai adoré :D).
et ça te fait ça pour tout ? par exemple si tu manges une omelette que tu trouves dégueulasse et qu'on t'explique le contexte et le sens caché derrière, tu dis ah ben finalement je l'aime bien cette omelette ?
honnêtement je trouve ça bizarre de faire dépendre ce qu'on pense d'un texte de ce qu'on connait de son auteur.
quant à moi j'évite au maximum d'avoir des infos sur tout ce que je lis. ça fait écran entre le texte et moi. ça fait diversion.
Je crois qu'inconsciemment, je n'aime pas "m'oublier", me rendre complètement transparente pour ensuite prendre la parole en tant que quelqu'un d'autre (je viens de réaliser ça au moment où j'écris). C'est peut-être du pur égoïsme de ma part, ou peut-être lié à un manque de confiance en ma capacité à le faire "bien"[…]👍 La même, mais je pense que c’est plutôt le côté manque de confiance couplé à un genre de "facilité" ou habitude à écrire de son point de vue. Ce n’est pas forcément bon ou mauvais, mais peut-être qu’on doit apprendre à faire sans.
Je suis d'accord, on lit plein de choses contradictoires et il y a un stade où on est obligé de tracer sa propre route, même en essayant de concilier les contradictions, parfois il y a des choix à faire ; se forger sa propre opinion au final tout en respectant ces points de vue multiples.👍
Même leur absence est, en réalité, un positionnement / une représentation ou plutôt une absence de représentation qui envoie des messages. Je pense aussi qu'on ne subit pas tous les mêmes choses, qu'on n'a évidemment pas du tout les mêmes vécus et la même expérience concrète des discriminations ; et pourtant, qu'on est tous concernés par ces sujets.👍 Je ne suis pas sûr pour ce qui est de la fantasy, mais oui si on est dans le monde réel, il y a forcément des choses qu’on passe à la trappe ou qu’on ne traitera pas — et c’est un choix. Mais je dirais que plus un texte est complexe avec des personnages différents, plus il devrait y avoir de personnages qui font partie de minorités (ou populations marginalisées).
Je pense que c'est ça la conclusion de mes exemples en gros : j'ai une première version qui est ce qu'elle est, mais si je retravaillais ce texte, j'essayerais d'être hyper vigilante sur ces aspects.👍 Je pense que c’est l’une des choses les plus importantes ici : le fait que nous grandissons et qu’avec nous les textes grandissent. Après, ça peut rendre la trame moins solide — comme il est arrivé à Ariane pour Switch ou bien comme tu en as peur, Oba. Mais Je crois qu’il faut juste être ouvert à l’éventualité que notre texte ne sera pas parfait dès le premier jet, niveau lecture critique comme niveau orthographe ou scénario.
ça peut rendre la trame moins solide — comme il est arrivé à Ariane pour SwitchJ'ai pas dit ça :s
si je n'étais pas autant avancée dans le projet, si je commençais, aujourd'hui, à le rédiger avec les connaissances que j'ai et les convictions que j'ai... je pense que je ferais un autre scénario. Il y a des questions que je ne vais pas pouvoir aborder dans l'univers que j'ai construit et ça me manque un peu.
j'ai choisi d'aller jusqu'au bout (parce que je n'ai pas perçu de vraie incompatibilité ; parce que mon scénario actuel me permet déjà de balayer énormément de choses dont les + importantes à mes yeux)En gros, c'est pas que c'est "moins solide", c'est plutôt que je vois que je n'aborde pas absolument tout ; mais j'ai pas l'impression que la structure soit fragile ;) .