Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes mi-longs => Discussion démarrée par: Basic le 25 Septembre 2021 à 07:46:50

Titre: chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 25 Septembre 2021 à 07:46:50
Bonjour à tous

généralement je ne suis pas très rigolo ( quoique). J'écris des textes longs que je dépose comme des gros pavés ou de la poésie des années 90.
Et puis un jour, l'écume de prose s'est inscrite dans le verre de ma lunette.
J'ai beaucoup ri en la racontant. ( rire en soi-même et avec soi-même est une expérience fascinante n'est-il pas ?).
L'amour nous fait faire n'importe quoi.

Voici le premier chapitre des chroniques de la la galène "l'écume de prose".

Verso 1

[spoiler][Moi, Théius de Marcarien, premier teneur de livre de bord de la galéne Ecume de prose, couche, sous l’ordre du capitaine d’artifiére Roman de Gare, les événements admirables et parfois tristes qui survinrent à la suite de la découverte du détroit de la pliure.
An de grâce 2345 après l’avènement des créatures célestes.

Chroniques de la cité désangetée.


Premier verso :
Au soir du deuxième jour de notre voyage, le vent nous drossa sur la côte et le sable prit notre quille en gage. Je cessai donc de noter cap et vitesse pour narrer les événements qui nous advinrent alors que notre équipage s’enhardissait à visiter ces terres inhospitalières.

Sigmus le lieutenant d’artifiére,  fut fort étonné lorsqu’il toucha et goûta le sable, de le sentir curieusement sec de goût. « Ni sel, ni sucre ! Dit-il, rien que pierre ! » « Qu’est-ce là ! Un monde qui n’a pas de goût ! Existe t-il donc, un lieu si pauvre ? Dieu a-t-il donc oublié ses terres pour qu’il les laisse si sauvages ! »
Nous hésitâmes alors à aller plus avant que la plage et nous nous armèrent de nos longs fûts à poèmes puis, envahis par l’esprit d’aventure et légèrement ivres de témérité, nous décidâmes de nous engager dans l’austère paysage.
Passée la plage, un amoncellement de rocs constituait le préambule à un long coryphée de pierrailles, ravines et ravins, crevasses et collines, vaux désertiques et desséchants sans le moindre pouce d’herbes à sucer, d’arbres à friandises ou de fleurs de pain.  Une fois franchi, ce liminaire basculait sur une dépression presque ronde, occupée en son entier par une ville qui de la hauteur ou nous étions, paraissait vide d’habitants, dénuée de végétation et traversée par les méandres d’une rivière que nous espérâmes, d’eau de sucre.
Alors que nous nous apprêtions à courir vers la promesse d’un goût sur nos lèvres, la voix de Marcilius le leveur de vers,  nous arrêta :
  • O dieu de miséricorde, O seigneur des seigneurs…

      Cette terre est-elle l’enfer lui-même
      Que les bleuités dans leurs hauteurs
       Ne soutiennent point la traîne
       Blanche et douce, ni le doux feulement
       Des anges ? Oh dieu du tourment !
       Est-ce donc ici que les titans bâtirent
       Avec leur poings et leurs dents minérales,
       Tes tours et tes geôles infernales ?
       Nous ne voyons pas dans l’ire
       Le souple vol et la danse gracieuse
       Des anges. C’est l’horreur abyssale,
       La terrible noirceur, la douleur ténébreuse,
       C’est le néant et la profondeur sépulcrale,
       C’est le vide, et l’absence, et la solitaire
        Errance qui règnent sur ces terres.

A ces mots nous comprîmes tous que l’aventure était plus terrible encore qu’il n’y paraissait. Non seulement ce monde était dépourvu de goût mais ô horreur, il avait été abandonné par les anges.
Nous vérifiâmes alors si nos dagues à lancer des gros-mots glissaient bien dans leurs gaines, si nos mousquettarires étaient chargés de poudre, si nos fûts n’étaient point bouchés par la boue ou le sable et si nos sabredouilles prenaient bien la mouche au quart de poil. Puis nous serrèrent les dents et nos sous ventrières et descendîmes à la queue leu leu vers l’enceinte mortifère de la cité désangetée.
/spoiler]
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Aponiwa le 25 Septembre 2021 à 09:33:15
Hello Basic,
Ton texte est complètement décalé et très bien écrit, comme d habitude! Je suis curieuse de voir comment tu vas développer ça!
Si j ai bien compris, le goût a disparu car les anges sont partis (ou c est l inverse?)
Donc il faut faire revenir les anges? Comment on fait ça?  :)

Petite coquille sur "deuxième" sinon, "qu est cela" me parait bizarre, manque une virgule pour moi dans la phrase "Une fois franchi, ce liminaire basculait sur une dépression presque ronde occupée en son entier par une ville qui de la hauteur ou nous étions, paraissait vide d’habitants, dénuée de végétation et traversée par les méandres d’une rivière que nous espérâmes, d’eau de sucre.", clin d oeil pour les bleuites (Rimbaud)!.

J aime bien le concept de dague à lancer des gros mots.  :D

Merci pour ton texte!
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 26 Septembre 2021 à 06:16:24
Merci Aponiwa,
j'espère que tu as souri.
Pas d'ange, pas de sucre.
B
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 29 Septembre 2021 à 17:25:22
Le second verso, comme ils disent sur la galène.

B

[spoiler][Deuxième verso

Alors que nous étions à mi pente, notre fier capitaine d’artifiére leva la main et figea notre avancé.
Le porteur de signes Astafort le percuta dans le séant et l’étendard déclama :
« Nous sommes cavaliers des mers et servant juste cause,
Nous sommes le fier équipage de l’Ecume de prose. »
Lorsque le silence revint, la voix magnanime de notre guide s’entendit haute et claire.
- J’en entends qui chicotent des balbutioles et pissent dru dans leurs chausses. Ô nobles gents de mon équipage si l’aventure vous répugne, retournez dans le sein d’albâtre de notre beau navire. Nous ne vous en tiendrons pas rigueur, bien qu’un peu.

             A ces mots, deux membres de notre compagnie prirent jambes à leur cou et s’en retournèrent séance tenue, vers nos arrières. Nous n’étions plus que cinq à cingler vers l’obscure élévation, Roman de gare notre fièr capitaine d’artifiére, Astafort le bien nommé, Marcilius le leveur de vers, Bolirime le tisseur de foc à ficelles et votre serviteur,  Théus le chroniqueur soi-même.
La cité était ceinte d’une muraille de mauvaise augure, semblable à cette pierre puante et grise qu’on trouve dans les contrées nordistes. Astafort y décela pourtant une fissure et nous pénétrâmes dans l’immonde monde.
Grises étaient les rues, et gris étaient les murs, grises aussi les portes encore en place et les toits écroulés, gris partout et par devers et par devant nous.
Soudain, Bolirime fit jaillir son sabredouille de dessous son harnois et le guincha au travers d’un épais feuillement de poutres et de gravats amoncelés, alors survint un énergumène bredouillant d’abondance car présentement sous l’estoc de notre camarade.
L’énergumène se jeta à genoux.
Marcilius vint à lui et dit :
- « Voici donc déconfit un des serviles homoncules
Qui sert dedans son antre la terreur des terreurs,
Ô vois sa sinistre trogne et son malheur,
Ô vois sa verdâtre parure, ses sournoises mandibules.

Capitaine que ton bras altier retienne le pardon
Que ton fût à poème pourrait lui accorder !
Il nous faut sur l’heure tout lui faire avouer,
De qui sont-ils et de qu’est ce qu’ils font. »

Après ces rimes de sagesse Marcilius repoussa le sabredouille de Bolirime et s’approcha du malheureux.
- « Parle donc pauvre hère
je jure sur mon père
que tu ne seras point tué
avant que tu aies parlé. »

Le gris personnage se mit à barbouiller l'air de sons sans queue ni tête, ni même pattes ou yeux, rien que nous pûmes comprendre. Bolirime morigéna son sabredouille mais nous ne pûmes convenir de la cause tant l'effet était accablant.
- Sabredieu ! Par la muse de mon père, que déblatère ce hère ? dit Astafort.
- Je crains, Porteur de signes, qu’il nous faille l’occire ou au moins lui fendre le crâne pour lui donner la parole ! ajouta le capitaine.
Ce qu’il fit.

Alors que je tenais l’entonnoir à malice au travers de l’occiput de notre hère, Bolirime qui maintenait droite la tête me confia :
- Se peut-il sage Théus, que vivent en ce monde de tels déshérités. Privés de couleurs, de goûts et de mots, et privés d’anges ? Sommes-nous donc ici pour ravir au tourment ce peuple de sauvages, ces bêtes sans âmes.
- Je ne sais, Tresseur de foc. Peut être est-ce une épreuve que nous envoient les cieux ?
Une fois confit de mots, le hère pût à loisir ouvrir la bouche et dire. Voilà ce que nous comprîmes. ( Il faut dire hélas, que l’entonnoir à malice, aussi pratique qu’il soit, a pour désavantage de dégonfler l’esprit du patient. Pour y faire entrer les mots il faut bien de la place !)
/spoiler]

Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Aponiwa le 03 Octobre 2021 à 14:29:25
Salut Basic,
Toujours aussi bien écrit, très agréable à lire.
Après, j ai un de mal à voir où va l histoire, mais j ai sans doute besoin d une relecture.

Des petites corrections ici :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Juste une chose : pourquoi est ce au chroniqueur d occire le pauvre here?

Merci pour ton texte! 🙂
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 03 Octobre 2021 à 15:50:01
Merci Aponiwa, j'ai corrigé comme tu m'as dit.
Roman de gare conclut "je crains qu'il nous faille occire ce pauvre hère"
et le chroniqueur Théus se voit confié la mission de passer le malheureux à la question par l'intermédiaire de l'entonnoir et malice et eux, les bougres, savent bien que lorsque l'entonnoir à malice vous remplit les creux du crane, la bredinerie s'empare de votre cervelle et qu'il vaut mieux en mourir. Nous apprendrons plus tard comment le hère meurt.
Merci encore.
B
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 06 Octobre 2021 à 17:49:32
Bonjour,
troisième verso des chroniques de la galéne.
Si un jour ce texte est imprimé, en premier page on pourra lire, pour A... tous mes remerciements (petits clin d'œil, on peut, non ?)

Verso 3

 [spoiler][

Verso 3

Voici la quintessence du salmigondis que nous distillâmes de notre entretien avec l’hère, via l'entonnoir à malice
- Avant, il y avait un ange qui volait. Avant il y avait des gens dans les rues. Avant il y avait quelqu’un. C’était comme du gâteau à la fraise avec des fraises, maintenant y’a plus de fraises, y’a plus de pâte non plus, y a plus rien, y’a même plus de croûte noire !
- Qu’est-il arrivé mon brave ? (les interventions sont celles de notre capitaine d’artifière)
- L’ange qui voletait est partie, comme qui dirait emportée dans les airs par des monstres. Elle a même pas envoyé de carte postale.
Le malheureux se mit à osciller de la tête, l’entonnoir à malice qui est comme un entonnoir très haut  se mit à dodeliner lui aussi, mais dangereusement pour le hère car risquant de lui faire branler l’occiput de façon définitive. Astafort lui coinça donc l’appareil oscillatoire dans sa vestille à ressort qui lui servait habituellement à maintenir l’étendard.
- Et toi qui es-tu ?  questionna Astafort en serrant les boulons.
- J’étais le Peigneur de rue et l’Eteigneur de grisaille !
- Ah !
De longues minutes nous restâmes béats et stupéfaits de tristesse. Ainsi par-delà la grande mer intranquille et de détroit de la pliure, un héros avait vécu. Un valeureux tout semblable à nous, fier équipage de l'Ecume de Prose. Ainsi il avait, sous ces cieux morbides et cannibales, lutté contre la terrible entropie. Ainsi, il avait échoué dans sa quête et laissé s’envoler hors de son firmament le dernier des anges. Ainsi, dans notre fureur, nous l’avions sabredouillé et passé par le fil de notre entonnoir.
- Saintes notes tombant des trompes de ma sainte mère ! Qu’avons-nous fait ? Et qu’as-tu fait héro ? soupira Roman de Gare.
- « Ainsi le glaive tomba de la main du héro
Et aussi l’écu et la lance, la foudre et la victoire.
Le front plissé de honte et suant sang et gloire,
Le voici donc frappé par la main du bourreau.
 
Il échoit au plus vil souvent de nommer le vainqueur
Des batailles, il échut donc aux monstres
Répugnant des abysses d’édicter le malheur,
L’échec et la défaite et la terrible honte.

Alors courbant le dos comme la lyre ardente
Perdant ses cordes et sa clef d’instrument,
Le voici s’approchant de l'abîme béant
Les yeux emplis d’effroi mais courageusement.

Tombant sans le soutien des nues traîtres et viles,
Le voici aux enfers, bien loin de toutes villes,
Soumis au pire le voici de nouveau châtié
Par ceux-là même qui vinrent le sauver. »
Ajouta Marcilius le leveur de vers.
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Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Aponiwa le 06 Octobre 2021 à 18:07:15
Hello!

Revoilà l'écume de prose, chouette!  ^^
C'est marrant, moi sur ma première page de Lune Rousse, il y aura des remerciements pour un certain B..., c'est fou l'alphabet! :)

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Respect pour Marcilius, qui lève les vers comme Churchill levait le sien! :)

Tout ça ne me dit pas où est parti le dernier des anges (ou la dernière)!

Merci pour ton texte! :)
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 07 Octobre 2021 à 07:57:12
ça serait bien si il y avait la suite...C,D, E...

Bon, merci pour tes commentaires

alors peigneur de rue... je dois dire que c'est la fabrique des mots et leur sonorité qui m'a plu, ensuite je me suis dit peigneur, pas si mal quand la rue est de mauvais poil.
L'ange au féminin... alors je ne sais pas ce que j'ai à faire. Les anges n'ont pas de sexe comme le dit la légende, alors le sexe des anges change selon le désir de celui qui les observe, mais j'ai tantôt mis un e tantôt pas, par oubli... pour le hère c'était complétement volontaire parce que pour lui l'ange est une femme. j'en sais rien de ce que je fais du coup, je prends le genre du mot ou celui que souhaite le personnage.
Je corrige les autres erreurs que tu m'as souligné et je réfléchis pour cette histoire de e.

Merci encore.
B
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Aponiwa le 07 Octobre 2021 à 14:25:42
Je trouverai ça cool que l'ange soit féminin!  :noange:
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Delnatja le 07 Octobre 2021 à 16:52:09
Bonjour Basic, je trouve ces textes de très haut niveau, c'est un régal.
Malheureusement mon niveau ne me permet pas de t'apporter un commentaire constructif.
Bonne soirée.
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 07 Octobre 2021 à 17:17:57
Merci delnatja, si ça t a amusé c est déjà une bonne chose.
B
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: BeeHa le 11 Octobre 2021 à 10:24:21
Bonjour Basic,

J'ai lu la première partie, sans relever de coquilles ou de problèmes particuliers.
L'idée est vraiment sympa, et le jeu sur les "sens" est plutôt cool (c'est quelque chose que j'aime énormément... L'idée de modifier les mots pour en faire sortir autre chose, amener un peu de poésie.).

Je viendrai voir la suite avec plaisir.  :)
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 11 Octobre 2021 à 11:31:34
Merci beeha.
C est un texte pour amuser, et vous et moi.
Content qu'il puisse te faire sourire.
B
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 12 Octobre 2021 à 18:45:24
"et deux d'un coup" Pourrait dire Roman de gare

B

Verso 4 et 5

[spoiler][Verso 4

Alors que nous étions tout à notre émoi, Astafort qui n’est point le plus émotif de notre équipage, nous héla du haut d’une sommité crayeuse où il s'était rendu pour échapper à nos geignardises.
- Holà, camarade ! Je vois poindre des gueules d’enfer issues des pires cauchemars, hérissées de crocs et bavant de conserve, une salive vulgaire mais néanmoins urticante.
Nous lâchâmes notre émoi, il fit un bruit d'acier quand il tomba, et regardâmes dans la direction qu’il nous montrait. Alors nous vîmes effectivement ce que notre porteur de signes nous avait décrit, des gueules d’enfer issues des pires cauchemars, hérissées de crocs et bavant de conserve, une salive vulgaire mais néanmoins urticante, et pour préciser le tableau, ajoutons six pattes noires de chitine, une peau verdâtre et écailleuse, trois yeux animés de la pire couleur.
Roman de Gare dégaina son sabredouille puis le rengaina, pour ajuster son long fut à poème, et régler la lunette et le barillet à sonnets :
- S'il est l’heure de mourir camarades, alors faisons le fièrement. Porte-signes, fais chanter l’étendard et vous autres, fidèles assujettis, défendez le pavois de notre fière navire.

Sur ce, les fûts vrombirent et l’étendard entonna. Voici quelques moments de cette bataille homérique :
Les deux vers de notre étendard rebondissaient entre les ruines, poussés gravement par le pavois, alors que son porteur le défendant bravement, agitait ses lancettes à gros mots ou sa lourde frapahurle.
« Nous sommes cavaliers des mers et servant juste cause,
Nous sommes le fier équipage de l’Ecume de prose. »
Une bête feulante sauta par dessus les ruines et se retrouva percée d’un habile tir de dague à gros mots «  ratte excavatrice !»,  la créature tomba lourdement, la poussière soulevée s’incendia d’un tir de fût à poèmes,  à raz du sol, sectionnant net six pattes de chitines :
«  doux mai passe à juin
 ton temps de printemps,
et si tu nous reviens
ne perds en route du temps. »

Sur ma droite, Marcilius, cala de son épaulière de bronze les mâchoires d'une bête et lui jeta dans le gosier une grenade à rires :
- Connais-tu la blague du Porc-épic. Pour être épique tu n'en es pas moins porc ! Explosa t-elle.

Le combat résonnait ainsi de coups et de cris, de chants et d’accents, de proses et de rimes, de hurlements et de détonations, de rires et de pleurs.
Les mousquetarires mousquetaient leurs étincelantes humiliations «  Pas assez haut ! Minable ! C’est tout ! C’est un peu court jeune homme ! Voilà donc tes chatouilles !»
Au cœur de la bataille je vis Bolirime tomber sous le poids gesticulant d’une créature de cauchemar, je m’extrayais à coup de frappahurle d’un précédent événement pour me jeter dans celui de mon ami :
- Hourrah ! Hue ! ha ! Mordius ! Sabrefière !!! Hurlait ma frappahurle
J’arrivai juste à temps pour couper les griffes chitineuses alors qu’elles s’apprêtaient à ouvrir la gorge de notre tisseur de foc et à lui extirper l'ultime chatoiement d'un ahan.
Conjointement nous tranchâmes la bête de tête à queue.

Puis peu à peu le courroux des armes s’estompa, la voix de l’étendard faiblit et retentirent les cris de victoire des fûts à poèmes, dagues à gros mots et autres frappahurles, sabredouilles et mousquetarires. Après les avoir laisser s’exprimer nous rengainâmes et reprîmes souffle.
De ce combat nous eûmes à déplorer quelques blessures légères, des uniformes lacérés et la mort du pauvre hère qui vint fort à propos nous enlever l’épine de la culpabilité.


Verso 5

La mère des tempêtes s’apaisait dans nos crânes, ne resta bientôt plus en nous que le chantant torrent de la victoire.
- Notre quête, n’est point finie. Il nous faut en savoir plus sur ce terrible continent ! souffla Roman de gare en rajustant ses médailles sonnaillantes, ses boutons à sifflette, et ses fanfrelantines.
 Nous mêmes, nous rajustâmes nos mises et reprîmes panses et gorges en dînant sur les ruines, de quelques mets embaumés de cypres et de carpes, d’ogeaseuses crémantites et de douces albantes.
Une fois pansée et repue, la troupe reprit gaillardement l’exploration de ses rives inhospitalières. Nous traçâmes au travers des grisailles une piste ou le mauve et l’or, le grenat et le pistache, l’ocre et le safran, l’azur et l’ambre s’enorgueillissaient à parer la poussière. Il faut dire que jamais un membre du glorieux équipage de l’Ecume de prose ne se déplace sans sa flasque à panache et sa plume à pigments.
Mais bientôt vint la nuit, noire et lourde comme ventre de Léviathan, et les nues s’enténébrèrent plus encore, et la pluie et la brume, et le souffle fort et rauque de la plus sinistre obscurité, sans que ne tinta jamais dans ce fracas morbide, le rire euphorisant d’un ange aux ailes diamantées d’astres. Dans ce sinistre lieu, le réconfort du vol angélique n’existait pas.
Nous trouvâmes refuge dans une grotte et la pluie au moins, cessa de nous corrompre. Roman alluma un brasier et y jeta une bille à veillée, qui réchauffa nos os et nos âmes, d’une épopée de nos contrées, la célèbre geste de Baribaladinatiquaristochémantiqc le bel. Nous prîmes chacun la garde de nous tous et dormîmes tant bien que mal qui sur le ventre, qui sur le dos, mais chacun une partie de soi offerte à l’humide fragrance et l’autre aux chaleurs du brasier et de la bille raconteuse.

Au matin un soleil morne se leva sur la cité déshéritée. Alors que nous nous apprêtions à restaurer nos appétits, Astafort s’écria :
- Diantre, notre Porteur de vers n’est plus dans sa literie !
Nous cherchâmes vainement sans trouver once de lui, ni poil, ni peau, ni rognure, ni vers.
- Damnation ! Que chacun de nous s’ésbigorgne !
Ce que nous fîmes et après nous être longuement esbigorgnés, Bolirime trouva au fond de la grotte une fente étroite à laquelle se trouvait suspendue une virgulette du parfum de Marcilius.
Derechef nous nous empressâmes de nous introduire à sa suite, il n’y eut que notre bon Astafort qui, un peu trop large du bassin ne put s’englicher dans l’étroite souricière.
Quelques temps de reptation plus loin, la faille s’élargissait, nous allumâmes les méches de quelques joyeux drilles, étouffés tout de même pour ne pas alerter les créatures de cette anfractuosité.
Les derniers chuchotis éteints et les lampions levés nous découvrîmes les ravisseurs de notre poète.
/spoiler]
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Aponiwa le 12 Octobre 2021 à 19:19:14
Hello! :)

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


C'est toujours excellent!  ^^
Juste une petite chose : j'aimerai bien plus de descriptions, les paysages, les personnages et les objets inventés, car je n'arrive pas toujours à deviner ce que c'est avec le contexte (mes capacités poétiques sont très réduites! :) )
Le combat a l'air un peu "facile" aussi : tu nous présentes de grosses bêtes qui ont l'air diablement féroces et je n'ai pas l'impression que les héros galèrent. C'est peut-être voulu, je ne sais pas.

Sinon, c'est toujours un plaisir de te lire! :)
Merci pour ton texte!
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 13 Octobre 2021 à 06:17:46
Bonjour Aponiwa,

j'ai bien noté ce que tu m'as dit,
C'est plus une blague, un clin d'œil à Michaux et aussi à Rostand. Mes guerriers sont tous des poètes et des cyranos. Je les avais inventés (pour ne rien te cacher) pour aborder une rencontre. Il s'agit d'amuser mon lecteur et aussi de le pousser à imaginer, à créer aussi l'envers des mots, une sorte de voyage partagé.

B
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Aponiwa le 13 Octobre 2021 à 11:08:29
Oui, mais les plus amusantes sont les blagues sérieuses, bien sûr! ;)
Justement, le combat aurait pu être prétexte à une scène complètement farfelue. C'était sympa ton explosion de couleurs dans cet épisode, ça donnait justement des choses "à voir". Après, je trouve ton délire très sympa et je serai contente de lire la suite! :)
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: BeeHa le 21 Octobre 2021 à 12:13:43
Bonjour Basic,

Me revoilà pour la seconde partie du récit !
Comme d'habitude, déjà mes remarques au fil du texte :

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


D'un point de vue plus général, j'aime toujours autant l'atmosphère du récit.
J'aime les idées qui se dégage de l'ensemble, entre poésie et humour. :)

A bientôt ~
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 21 Octobre 2021 à 18:50:04
Merci BeeHa d'être passé.
J'ai corrigé... mordius !
Bon, et ton récit ?
B
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: BeeHa le 22 Octobre 2021 à 10:26:02
Bonjour Basic,

J'ai raccourci mon "Au fil du texte", n'ayant quasiment rien vu de "tiquant". :)

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Plus j'avance, plus je trouve un quelque chose de La Horde du Contrevent, de Damasio. Ton texte est certes plus "léger" (dans le sens d'amusant) mais la construction sur les mots, un équipage et l'Histoire (oui, avec un grand "H", celle de l'univers en quelque sorte) qui se dégage en fond. Et je dois dire que ça me plaît beaucoup ça. :)


Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 22 Octobre 2021 à 16:49:33
BeeHa,

je ne sais pas si j'y ai mis tout ça. Le clin d'œil vers la horde me gonfle d'orgueil, comme un paon.

Voici le verso 6

[spoiler][Verso 6

La fissure débouchait sur une salle étrangement luminescente et de très grande dimension, mais nous n'eûmes point l'occasion d'user de nos talents d'arpenteur. Au centre de l'excavation s’élevait un escalier qui ne semblait mener qu'à la voûte, mais là non plus nous n'en admirâmes point la hardiesse architecturale tant notre attention se consumait sur un autre spectacle. Sur les marches, je dois avouer, se tenaient debout, assises ou allongées les plus belles créatures que j'ai eu l'heur de croiser, même dans mes vies antérieures.
Elles avaient corps proportionnés comme celui des femmes mais d’une texture et d’une tenure plus noble. Lorsque changeait la lumière, le grain de peau ou le satiné des courbes rappelaient la vivacité ou l’élégance sauvage d’un fauve. Leurs yeux moirés étaient plus grands aussi, leurs couleurs échappaient au règne du chromatique, il n’était pas de bleu, d’azur, de mer, ou d’émeraude mais d’ailleurs, peut être de nuées étrangères, arcs-en-ciel nés de lois physiques étrangères à la nature terrestre. Outre ces magnificences, les créatures n’étaient vêtues que d’ailes gigantesques qui paraissaient de plumes, de métaux, ou de gemmes, mais en tout cas souples et fluides comme des brumes, parfois liquides, parfois tranchantes et dures comme l’acier.
Nous n’osions bouger, de peur de briser ce moment, une attente toute semblable à celle précédent l’étreinte de l’amour ou de la mort. Puis peu à peu, un sentiment naquit en nos cœurs, perçant la coquille de notre ébahissement, une étrange jalousie, ou plutôt une aspiration… nous aspirions tous à être Marcilius gisant parmi elles, étendu de son long dans leur présence. Il ne manifestait rien de sa conscience de nous et semblait comme figé d’émoi. Peu à peu, je sentais en moi-même le désir d’abandon croître si fort, que mes jambes ne me soutinrent plus et qu’à mon tour je m’allongeai sur la pierre, je perçus alors sur ma peau et dans mes pupilles, la lumière de celles qui régnaient ici. Ce fut comme une source vive, une satiété, mêlée d’un sentiment de regret qui se dilua dans l’oubli du monde.
Puis alors que mon âme s'envolait ainsi dans ces cieux lumineux, soutenue par le sommeil lui-même comme par l’air, ou l’eau… il y eut une violente déchirure, le bruit insupportable d’une étoffe qu’on ouvre en deux presque dans votre oreille.
J’ouvris les yeux.
Roman de Gare n’était pas tombé ! Il n'avait pas cédé à l'outrageante fascination. Sous le charme mais encore debout, il avait réussi à mouvoir sa main et à ouvrir son manteau, puis, après de grands efforts il avait laissé choir une dague à gros mots qui en décocha un en se fichant au sol, une minuscule insulte :
- Méchantes !
Cette innocente injure résonna comme une déflagration, une onde surpuissante qui brisa la somnolence dans laquelle nous plongions.
Brusquement nos yeux s’ouvrirent encore s'ils s'étaient refermés, le plus souvent sur les mâchoires des femmes ailées, abominablement et démesurément ouvertes, offrant à la vue la dentition parfaite des prédateurs cruelles.
Je roulai sur le sol alors que l’appareil masticatoire d’une terrible femelle se refermait en un claquement sinistre. Je dégainai prestement deux de mes dagues à lancer qui atteignirent sans coup férir les deux yeux d’azur outre monde, en lâchant furieusement un « crève pétasse ! » et « ta mère est un cave ! » féroces. Autour de moi, mes compagnons agissaient de même dans un gras fracas d'armes et d'ailes, dans de grands miroitements d'outre couleurs. Pourtant, le combat tourna court et je me relevai pour voir s’envoler les créatures survivantes.
Les faux-anges se perdirent dans l’obscurité, nous entendîmes le battement de leurs ailes disparaître dans le lointain.
Nous nous précipitâmes vers notre Porteur de vers toujours allongé, la nuque maintenant posé sur les genoux de notre capitaine, Marcilius agonisait, blanc et presque aussi desséché que la cabrette à ouin ouin du grand pleureur à la porte des morts. Il me saisit pourtant par le col et m’attira vers ses lèvres.
- O mon ami, notre doux chroniqueur
Voici venue, c’est sûr, mon heure,
Alors note bien, frère, mon épitaphe !
Qu’on inscrive quelque part à bord
Et surtout sans faute d’orthographe,
« Ici vécut Marcélius né à Alzirabord
Et mort dans l’ombre pour la beauté.
Il fut parfois faible et cabotin,
Et il ne savait que dire des phrases,
Le plus souvent avec trop d’emphase,
Mal rimées et de pieds en nombre succinct.
Sachez pourtant qu’il pensait toujours bellement
Mais qu’il ne pouvait pas faire autrement. »

Sur ces mots mourut Marcelius et nous pleurâmes comme les veaux bleus du vieux Rabadimol dans le conte du même nom.
Roman de Gare nous laissa pleurer et pleura aussi puis quand nous fûmes essorés de larmes, il vint vers nous deux et flatta nos épaules.
- Allons fiers changuerriers, il est temps d’aller voir ce que réservent encore les ténèbres. Nous devons franchir ce Styx aux eaux noires pour l’âme de notre ami. Menons son souvenir et son chant à travers l’aventure.
/spoiler]
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Aponiwa le 22 Octobre 2021 à 18:47:34
Hello Basic,

La lecture de tes chroniques est toujours aussi agréable. La description des créatures très colorée et très réussie, j'aime beaucoup, même si elles ont tué le leveur de vers, les méchantes!

Quelques broutilles :

- voute : voûte

- "assises ou allongées les plus belles créatures que j'ai eu l'heur de croiser même dans mes vies antérieures. " : j'aurai mis une virgule entre croiser et même

- arc en ciel : avec des tirets, je crois

- manque pas un point? : "Il n'avait pas cédé à l'outrageante fascination Sous le charme mais encore debout, "

- "il avait laissè choir" : laissé

- "Voici venue c’est sûr, mon heure," : manque une virgule pour moi

Belle soirée à toi!  :)
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 23 Octobre 2021 à 08:33:38
Merci encore à toi Aponiwa.

Je suis certain que le leveur de vers,  en lèvera un à ta santé de l'autre côté de la porte des morts, une fois supporté le ouin ouin de la cabrette et ciré sa moustache fantôme. (lui aussi en a une peut-être)
B
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Delnatja le 23 Octobre 2021 à 10:13:19
Bonjour Basic. Juste pour te dire que je continue à te lire et que j'aime ça.
Bonne journée.
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 23 Octobre 2021 à 12:51:44
Merci delnatja de faire partie du voyage.
B
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 23 Octobre 2021 à 19:10:07
Tiens voici le 7 par la barbe du grand touilleur de rimes.

B

Verso 7

[spoiler][Verso 7

C’est ainsi que Roman de Gare enjamba le corps du poète et gravit les marches. L’escalier s’enfonçait comme une aiguille au travers de la voûte, il perçait la roche comme l’épais mystère, comme la peau du reptile, comme la carne du malin.
Nous montâmes donc alors que nous étions descendus.
Nos torches éclairaient les marches innombrables de cette spirale sans fin, nos jambes s’épuisaient à hisser nos corps dans ce périple, et le temps comme le sable perdit le compte des grains. Il nous sembla que cette ascension n’avait pas de fin. Encore une fois, nous n’étions plus régis par les lois naturelles, l'escalier nous emmenait dans la métaphysique, je ne savais plus si mes jambes tremblaient sous l'effort ou si la peur les privait de leur force.
Pourtant, cette épreuve cessa elle aussi, les marches échouèrent là où nous nous y attendions le moins, sur les berges d’une eau lumineuse ou d’un ciel. A partir du seuil s’étendait une immensité fluide déroulant des lingeries d’écume comme fait la mer, pourtant ce n’était pas la mer, ce n’était pas un ciel non plus, puisque cette eau avait densité et texture. Cela n’avait pas de limites hormis d’où nous venions et l’obscurité qui la dominait… il y avait cette étendue infinie et une infinie étendue de ténèbres par-dessus.
A cet instant nous manquèrent les rimes de Marcelius et le rire d’Astafort, à cet instant nous étions troublés et épuisés par les événements.
C’est dans ces temps là, bien sûr, que frappe la destinée… qu’elle décide d’accabler ou de favoriser, elle s’évertue à saisir les occasions les plus propices pour servir la légende.
Du plus lointain du ciel de ténèbres surgit un bourdonnement qui peu à peu devint assourdissant, il s’agissait des battements d’ailes de milliers de faux anges, emplissant les nues obscures d'un miroitement métallique. Il y en avait tant et tant que nous nous demandâmes comment les créatures ne s’emmêlaient pas dans leur vol. La nuit était pavée de femmes ailées aux regards d’azur extraterrestre, et toutes nous regardaient avec désir, toutes nous voulaient entre leurs dents.
Mais elles ne nous dévorèrent pas, dans un grand chamboulement de nos sens et de notre honneur, nous nous retrouvâmes bientôt en l’air, soulevés par les bras, ou les cheveux, ou les jambes, et elles nous emportèrent dans le lointain.

Nous volâmes ainsi dans la nuit comme en nous-mêmes, puis la nuée nous jeta brutalement sur un sol de pierre, quelques unes se posèrent autour de nous mais la plupart disparurent. Celles qui restaient nous regardaient toujours avec le même appétit, et ce trouble désir nous mettait mal à l’aise.
Dans la bataille, puis dans le vol nous avions perdu la plupart de nos armes, Bolirime avait sauvé une dague, mais il ne restait à notre capitaine et à moi-même que l’étui vide de nos sabredouilles.
- Ainsi nous allons mourir, croulant sous le nombre et dévorés tout vif entre ces lèvres purpurines. Cela ne se peut ! Il n’est pas dit que nous nous perdions dans la bouche de ces femelles. Un capitaine de galène ne peut faillir de la sorte. Il doit y avoir un virage quelque part dans ma destinée.

Le présent ne courba rien, il resta droit et sans coup d'œil sur les côtés. Tout était plat, mer lumineuse, ciel bas et noir de ténèbres, plateau de pierre gris jusqu’aux confins

/spoiler]
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Aponiwa le 24 Octobre 2021 à 18:24:29
Ola Basic,

Le suspens est insoutenable. Les faux anges vont-ils faire un barbecue avec Roman de Gare?  ;)

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 25 Octobre 2021 à 08:32:03
merci Aponiwa .

pour que tu passes un bon début de semaine sans que tu te tordes les mains d'angoisse pour les héros voici le verso 8

B

Verso 8

[spoiler][Verso 8

Alors que nous recommandions notre âme au dieu des poèmes et des proses, alors que déjà des plumes métaphoriques montraient le bout de leur duvet, nous entendîmes ce chant mille fois aimé, mille fois chanté :
« Nous sommes cavaliers des mers et servant juste cause,
Nous sommes le fier équipage de l’Ecume de prose. »
…encore lointain mais s’approchant sur la plaine, l’étendard debout et sous lui Astafort, minuscule dans le mirage, mais glorieux.
Nous nous frappâmes bellement sur les cuisses, nous jetâmes en l’air le fantôme de nos tricornes, du sable et des mots, et  nous nous appliquâmes à le héler du cœur, des mains et de la voix… c’est alors que Marcilius, mon ami mort, parla par ma bouche, et que de simple chroniqueur je devins leveur de vers. Je me mis à hurler, et mes mots résonnèrent comme la trompe du héraut :
- Je vois venant gaillardement de sur la plaine grise,
portant haut l’étendard et l’honneur du navire,
Astafort le fidèle, l’homme que rien ne grise
Surtout pas l’impossible, encore moins le pire.

Bientôt, nous nous embrassâmes à plein bras, émus aux larmes et riant et pleurant, et tout à nos retrouvailles nous entendîmes de derrière nous cette voix carnassière :
- Je voudrais surtout pas gêner mais vous avez rendez-vous.

Roman de Gare faillit de surprise, en perdre ses fanfrelantines, tant il pivota rudement sur lui-même. Nous pensâmes un instant qu’il s’en était vrillé la genouillette. Pour excuser la perte de galanterie de notre capitaine, j'avancerais la dureté des circonstances et le fait que la dame mordeuse avait drapé sa féminité dans ses ailes et grandement ouvert la bouche.
- Or donc, gourgandine affamée ! Tu m’aglaviches depuis ce tantôt. Je vais réduire ta mise à celle d’un oreiller dont on retire les plumes pour le remettre à neuf.
- Holà ! Beau merle ! gardes donc ta hargne et ta vigueur pour ton repas funèbre, en sachant surtout bien que tu seras peut-être élu comme dessert, au mieux comme hors d’œuvre.
- Elle n’est point née la donzaile qui percera de ses canines, la vêture de nuit que m’a donnée ma mère !
- Tu te trompes mon gougeât… si nous devions goûter ta triste chair cela serait fait déjà. Ce n’est point nous qui rongerons tes os, mais notre saint patron, notre grand commissaire.
- Et où siège donc ce poussah ? Que je l’admoneste, le recroqueville, le massacraléve…
- Ne crains rien il arrive, autant le dire tout net, c’est tout comme, c’est comme si c’était fait, c’est à l’instant, c’est lui… le voilà, il est là !

Et tomba du ciel une chose lourde.
Avec un grand poids arriva le poussah, si énorme que le monde se fendit de l’obole d’un tremblement. Sa voix était le tonnerre, mais continu... le tonnerre d'un orage qui n'est qu'un grand éclair. Pourtant nous ne le vîmes point mais sa présence nous écrasait.
- Que viennent donc faire ici, des gens civilisés ? Rien n’est bon sur cette terre, il n’y a ni goût, ni parfum aux choses.  dit le Poussah et si terriblement que nous en fumes assourdis à en glinguer la boite à rimes.

Nous nous étions accroupetissés sur le sol, tant d’effroi que d’obligeante servilité. La chose lourde avait la senteur et l’étoffe d’un dieu, une soie cousue d’or et d’étoiles, matelassée d’éther et d’infini.
Nous ne nous disputâmes pas la parole et par élimination ce fut Roman de gare qui dut répondre. Il gloussa tout d’abord quelques voyelles tant la peur lui rapetaillait la gorge puis enfin :
- Ce n’est que nous Seigneur ! Les gens de la galène l'Ecume de prose !
- Qu’est-ce donc ?
L’étendard à la question, répondit sans honte de sa voix de stentor si fluette sous l’ouragan et pourtant le rouge nous vint au front :
- « Nous sommes cavaliers des mers et servant juste cause,
Nous sommes le fier équipage de l’Ecume de prose. »
Alors le dieu se mit à rire, et la mer et la terre, et les faux anges et nous-mêmes, roulèrent de ci de là comme sur la table du mess de la galène les couverts et les plats, par un jour de tempête.
/spoiler]
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: BeeHa le 25 Octobre 2021 à 11:11:50
Bonjour Basic,,

C'est parti pour la suite, toujours aussi plaisante ! :D

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Au plaisir ~
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 25 Octobre 2021 à 11:45:50
Merci BeeHa,

je vais peut-être bien la garder cette étrange répét... pour moi, c'est le narrateur qui s'emberficoupille dans le flot de la bataille, dans la tempête de réminiscence et qui tout surpris ne trouve pas mieux à dire que les mots de son camarade.

sinon les carpes et les cypres... certainement des mets ou des condiments qui ressemblent à ce dont nous usons mais pas complétement...

Merci de mettre les doigts dans ma mécanique, ça fait réfléchir à sa propre écriture, à prendre un peu de champ.

B
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Aponiwa le 25 Octobre 2021 à 13:04:14
Ouf, je ne tenais plus!  :D

Pas vu de coquille.

"- Elle n’est point née la donzaile qui percera de ses canines, la vêture de nuit que m’a donnée ma mère !
- Tu te trompes mon gougeât… si nous devions goûter ta triste chair cela serait fait déjà. Ce n’est point nous qui rongerons tes os, mais notre saint patron, notre grand commissaire.
- Et où siège donc ce poussah ? Que je l’admoneste, le recroqueville, le massacraléve…
- Ne crains rien il arrive, autant le dire tout net, c’est tout comme, c’est comme si c’était fait, c’est à l’instant, c’est lui… le voilà, il est là !"

J'aime beaucoup ce passage.

En tout cas, on se marre bien à l'écume de prose.

Merci pour ce nouvel épisode!
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 25 Octobre 2021 à 18:31:59
Merci .
Fais gaffe, ils vont t'enrôler.
Je ne suis pas sûr de la salubrité des couchages par contre je pense que le bosco est bon.
B
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: BeeHa le 26 Octobre 2021 à 15:16:23
Bonjour Basic,

Je n'ai rien de particulier à noter sur le verso 6.
Un truc qui m'a fait bizarre, c'est l'orthographe de Marcelius/Marcélius/Marcilius. Je me demandais si tous étaient voulus ? J'aurais compris deux (Avec "i" et "é" entre le prénom "officiel" et le prénom au sein de l'équipage) mais trois...

J'aime toujours bien l'atmosphère qui se dégage de ton texte... Avec toujours cette poésie/Jeux sur les mots, et l'idée de groupe avec un narrateur et différents rôles au sein du groupe, et cette possibilité de "mort" omniprésente. (Un peu à la Glen Cook, dans Les annales de la Compagnie Noire. Une nouvelle référence. :D)
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 26 Octobre 2021 à 16:07:14
Bonjour Beeha,
je vais faire un rechercher pour corriger toutes les variations sur Marcelius...
La compagnie noire... Une confidence, juste une citation d'un de mes personnages dans un roman : "Alors Bras-Raccourcis s'appelait pas encore Bras-Raccourcis vu qu'il avait des bras normaux, à peu prés de la même taille de chaque côté du corps. Dans la compagnie, on a bien sûr un nom, mais au bout d'un moment, y a pas mal de gars qui finissent par le quitter, comme un vêtement qui sent trop fort la maison de maman, le cachot ou la paille de sorge... rares sont les types qui gardent leur patronyme. Moi c'est pareil, les gars m'appellent pas, ils disent juste chef, parfois frécaire, rarement capitaine. Les seuls qui m'ont appelé par mon nom Dal, c'est les commandants et ceusses qui m'ont donné du Varmir, c'est quelques putains et Alyser Morze, mais là, c'est une autre histoire, on va pas mélanger. Maintenant, on cause de Bras-Racourcis. "

Je dois donc aussi des trucs à Glen, mais je pense qu'il ne m'en veut pas.
B
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: BeeHa le 27 Octobre 2021 à 11:25:21
Bonjour Basic,

Me voilà à jour après ce post. :)
J'ai tout copié, mais pas vu de coquilles particulières dans le Verso 8.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.



Ah oui, en effet pour Glen. Il t'en veut pas, c'est sûr, et j'aime à retrouver ce genre "d'atmosphère" :)

Au plaisir de lire la suite. ~
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 27 Octobre 2021 à 17:43:58
Merci BeeHa,

Glen est bon.
B
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 28 Octobre 2021 à 06:04:59
Camarades voici donc l'ultième verso, le 9

rideaux

B

[spoiler][Verso 9

- Venez donc par ici que je vous renifle.
Le dieu tendit vers nous soudainement quelque chose de lui qui ressemblait à une main et qui sourdait du néant,  nous nous y retrouvâmes, comme cailloux ou dés, comme osselets ou billes. Un grand vent alors essaya de nous mettre à bas, le dieu nous reniflait.
- Vous sentez, sueur, peur et sang, caca, pipi et vomissure…quelques restes parmi vous d’eau de parfum et même queue de poème et tige d’odelette…Vous avez passé le détroit de la pliure, pauvres fous, pourquoi donc ?
Poussé par le fantôme de Marcilius qui avait élu ma gorge comme tabernacle,  je pris langue à la place de mon capitaine. Le poussah s'ingénia à lever la rime avec moi.
- Ô Dieu ! Dans ton infinie bonté tu consens à entendre
Le récit si navrant de  l’aventure des hommes.
Nous partîmes à vingt le vingt du mois des cendres
Et nous ne savons plus quel jour nous sommes !

- Tout dépend dans quel monde tu consultes
Le calendrier, ici ou là-bas, ou encore d’ailleurs.
Pour nous arranger je dirais qu’à l’heure
D’ici, nous sommes le troisième des culbutes.

- Ô merci mon Dieu , de nous avoir si bien renseigner !
Alors après quelques anodines croisières sur une mer sereine,
Nous voilà donc jetés sur la côte ou nous avons saigné
A la recherche des anges ou au moins de leur reine.

Nous n’avons trouvé rien d’autre qu’un pauvre hère,
Des monstres à qui mieux mieux, des lieux solitaires,
Puis encore épreuves grisâtres et mort d’un poète,
Et pas la moindre plume d’ange pour relancer la quête,

Hormis celles bien-sûr de vos serviles harpies
Qui soit dit en passant ont très fortes canines
Et vous servent assurément aussi bien pour la rime,
Que comme bras armés, nous en sommes contrits.

- Tu parles juste versificateur, mes femelles sont guerrières
Et me servent de bras séculiers là où justice divine appelle.
Mais votre quête était juste et au moins salutaire,
Sachez pourtant que si ces lieux si vides de chapelles

Furent par nous désangetés, nous l’avons décidé avant-hier
Car il n’est point nécessaire d’accabler les anges
Sur une terre austère, alors qu’il y a tant à faire
Sur des mondes plus chargés d’âmes et moins étranges.

Nous comprîmes dans ces paroles que nous étions partis en quête de l’impossible et qu’il n’y avait plus rien à faire ni à dire pour ce monde vidé d’ange et d’âme  pour les prier. Qu'il s'agissait d'économie ou pire de politique, ce en quoi les héros n'entendent rien. Alors nous pliâmes l’échine devant le dieu.

- Qu’il en soit ainsi Ô dieu ! Nous retournerons sur la mer
Et si dans nos bouches la salive est amère
Nous ne t’en voulons point Ô grand seigneur,
Nous saurons trouver gloire et fortune ailleurs.
               Dis je encore.

- Je puis, par mon omniscience, vous prédire que bientôt
Vous trouverez une île aventureuse au bout des flots.
               Dit le dieu

Sur ce, le poussah souffla sur sa main et nous volâmes par-dessus mer et terre et tombâmes durement mais sans mal, non loin de la galéne sur la plage de notre débarquement. Nos frères nous accueillirent avec force bravo, pleurèrent la mort de Marcilius, et se tinrent suspendus comme il sied, à la narration de nos exploits bien mal récompensés.
Au matin nous partîmes avec la marée, les voiles gonflées et chantantes. Notre galène fendait les flots, comme un livre ouvert appuyé sur son dos. J’avais écrit sur la poupe en lettres blanches et ocres, l’épitaphe de mon ami et l'écume l'embrassait à chaque coup d'étrave. Déjà les rivages sinistres de la cité désangetée s'amenuisaient dans le lointain, comme le chagrin nous quittait.

Ainsi s’achèvent ces  premières chroniques, écrites sur l’ordre du capitaine Roman de Gare par Théius de Marcarien jadis teneur de livre de bord, désormais jeteur de vers sur la Galène Ecume de Prose.
/spoiler]

Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: BeeHa le 28 Octobre 2021 à 10:54:32
Bonjour Basic,

La fin d'un premier cycle. :)

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Ce fut une lecture super intéressante.
J'espère une suite un jour dans cet univers.

Au plaisir ~
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 29 Octobre 2021 à 18:15:11
Merci pour la compagnie beeha.
La compagnie... Quelle couleur ?
B
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Aponiwa le 01 Novembre 2021 à 13:58:00
Hello Basic,
Un peu de tristesse à la lecture de ce dernier volet. Je m'étais habituée à ton univers complètement loufoque et tes vers redoutablement élégants.
Pas grand chose à dire sur la forme, pas vu de coquille.
Merci pour cette chouette lecture! :)
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Delnatja le 09 Novembre 2021 à 09:35:58
Bonjour Basic, Merci pour ces récits, c'était un véritable plaisir de les lire.
Bonne journée.
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 09 Novembre 2021 à 16:55:41
Merci de les avoir accompagnés dans cette aventure, Denaltja. L'équipage lève leur tricorne dans ta direction.
B
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Adwi3n le 14 Novembre 2021 à 20:37:15
Bonsoir Basic,

Je suis nouveau sur ce forum et dans l'univers de l'écriture, je me garderai donc de faire une critique constructive, d'autres seront sûrement plus à même de pouvoir te conseiller.  ;D

Voici donc simplement, ce que j'ai ressenti en te lisant :

J'ai beaucoup aimé ton texte, j'ai été fortement impressionné par la richesse de ton vocabulaire dans la première partie.
Concernant le monologue de Marcilius, je l'ai trouvé très beau, les mots sont forts, je dois avouer que ça m'a fait vibrer !
Pour l'ultime partie, je sais pas si c'est ton intention, mais j'ai bien rie !  :D

Au plaisir de pouvoir te lire à nouveau.

Amicalement,

Adrien
Titre: Re : chroniques de la galène "l'écume de prose"
Posté par: Basic le 14 Novembre 2021 à 21:33:23
Salut Damien,
C était bien le but, content que ce texte t est amusé et merci d être passė.
B