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Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Opercule le 31 Août 2021 à 19:38:26

Titre: 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident (V2)
Posté par: Opercule le 31 Août 2021 à 19:38:26
Rubicon, ou les déserts qui décident

Peu de véhicules ont eu une aura aussi importante que les Jeeps classiques. Austères et rustiques, elles semblent toutes pouvoir se démonter avec une clé à molette et un peu de mécanique. Symboles de sobriété efficace, ou au contraire sources de frustration, elles ne laissent jamais leurs propriétaires indifférents.
Cette Jeep-ci était particulièrement cagneuse, la plupart de ses pièces étaient cannibalisées d’autres Jeeps rachetées pour pièces, trouvées à la casse, ramassées dans les rallyes. Ce patchwork curieux de tôle et de vieilles roues donnait vraiment l’impression qu’elle ne tenait que par une vis rouillée quelque part sous la calandre. Le côté droit du capot, qui venait d’une ancienne voiture de rallye, portait en lettres sobres et puissantes “Rubicon”. Sandro ne savait pas si c’était le nom du modèle ou bien celui d’une équipe ou, pourquoi pas, du coureur. Tout ce qu’il savait, c’est que Rubicon était désormais le nom de la Jeep, sa Jeep.

Sandro adorait cette voiture. Elle faisait partie de sa vie depuis qu’il avait seize ans. Il avait d’abord joué avec les mécaniques rudimentaires sans trop d’espoir, avant de pouvoir la faire rouler, succès inespéré. Un après-midi de mai, cahotant sur un chemin de campagne, Rubicon reprenait vie après des années de silence, pétaradant sous la conduite exhalée d’un jeune mécano aux anges, sous le soleil gracieux qui inondait la plaine. Au fil des réparations et des remplacements, il se sentait fin prêt pour traverser ce qu’il appelait le “milieu naturel” de sa Jeep : les déserts.

Son premier voyage avait commencé après avoir présenté son projet de fin d’étude en architecture. Il avait conduit la voiture jusqu’en Espagne et avait visité les déserts d’Andalousie et de Castille. Il y avait rencontré Amina, qui avait grandi à Marrakech, aux portes du désert, et la fascination qu’ils partageaient pour les étendues arides les avait rapprochés. Avec elle, il reprit la route des déserts pour fêter ses premiers dessins pour des appels d’offres.
Le style architectural de Sandro pouvait être qualifié de minimaliste. Il aimait les lignes claires et libres, les formes géométriques, le monochrome. Ses bâtiments sont comme formés d’un seul bloc, et chaque surface est soigneusement lissée ou polie. Ses jardins sont de graviers bicolores de calibre 12 mm, étendus de façon homogène sur une surface de pente limitée. Pour éviter les meubles, les armoires, étagères, et mêmes les cadres de lits font déjà partie du gros-œuvre. Il poussait le minimalisme en tout point de sa vie : habits, objets, bibelots non-essentiels étaient systématiquement donnés lors de purges régulières. Une belle maison, disait-il, a beaucoup d’espace mais peu de vide.
L’exception flagrante, c’était Rubicon. Même si l’intérieur était propre et dépouillé — il avait modifié la console pour qu’elle soit nivelée, en se débarrassant de l’auto-radio et ne laissant que quelques boutons— il gardait le patchwork à l’extérieur, chaque pièce ayant une couleur, un état et un revêtement différent, veiné de marques de soudures, de renflements et de coups.

Après ses premiers voyages européens, il l’emmenait dans un nouveau désert de plus en plus éloigné. Il avait pris l’habitude de parcourir les sentiers et les bivouacs à chaque fois qu’il avait une décision importante à prendre ou une étape cruciale à franchir. Avant d’emménager avec Amina, avant d’acheter sa maison, avant de débuter avec un nouveau cabinet.
Il envoyait la voiture quelques semaines avant de partir, puis prenait l’avion, réceptionnait le véhicule là-bas et pouvait enfin commencer son pèlerinage.
Il aimait s’abreuver des rayons brûlants du Soleil, et goûter à la nudité impalpable des immensités. Il lui semblait — à tort, car Amina, biologiste, lui avait parlé extensivement des occupants des déserts — que l’absence hurlante de vie, et l’inhospitalité irrévocable de l’endroit, en faisait un lieu vide et sec, lisse et simple, comme un drap de poussière jeté sur la terre froide, l’établi parfait pour débuter vraiment une réflexion construite.
À chaque fois il prenait trois jours de carburant, une semaine d’eau, un duvet chaud et sa question. Il préférait conduire la nuit, s’arrêter vers dix heures du matin avant que le moteur ne surchauffe, dormir dans la voiture, repartir quand le soleil était plus bas. Au coucher du soleil, Sandro s’adossait au marchepied, mangeait son repas au réchaud et méditait. Ensuite, il reprenait la route, dans un écrin d’étoiles.
Il ne roulait presque jamais en ligne droite. Comme si elle suivait ses pensées, Rubicon zig-zagait, tournait, s’enchevêtrait jusqu’à ce qu’il eût trouvé sa réponse ; alors, comme son esprit rendu droit et clair, Rubicon allait vers le port pour être emmenée à la maison.
Il l’avait emmenée dans les regs mauritaniens, tracé ses roues dans les chott asséchés, le désert de Namib, les steppes d’Orient, le quart vide d’Arabie, l’outback australien, un pré de savane, quelques étendues polaires.

Amina ne venait normalement pas dans ses retraites désertiques. Elle l’avait accompagné une fois dans la vallée de la Mort ; elle devait assister à une conférence dans la région la semaine suivante et s’était laissée séduire par l’appel du désert l’espace d’une journée. Ils avaient conduit dans un silence complet et serein, guidés par le GPS plutôt que les constellations.
Sandro appréciait Amina pour sa placidité et sa quiétude. Elle savait avoir des silences longs et calmes, pas les silences catastrophés qui prenaient toute la place. Avec Amina les choses devenaient simples et épurées ; elle savait lisser les incertitudes.

Les quinze ans de Rubicon se manifestèrent par l’interdiction de circuler en zones de basses émissions. Le vieux moteur n’était pas aux normes et, bien que les pièces soient soigneusement entretenues, la consommation du V6 de 3 litres était impressionnante. Un problème de fuites répétées garda Rubicon longuement immobilisée. Si le coût en temps, énergie et réparations devenait intenable pour Sandro, l’idée d’abandonner son drôle de char était au-delà de ses capacités.
Les jours et les semaines suivantes, il ne pouvait pas aller se coucher sans descendre dans le garage, s’installer sur le siège conducteur, mettre ses mains sur le volant et rester là pendant des heures. Il ne dormait pas, mangeait peu, et était irritable toute la journée. De plus en plus confus et perdu dans ses réflexions stériles, il se retrouvait paralysé par le choix impossible qui courait vers lui.

Un soir alors qu’il ruminait dans Rubicon, Amina entra dans la voiture, en robe de chambre. Elle ne dit rien, mais posa la main sur celle qu’il avait placée sur le levier de vitesse. Elle démarra la voiture sans rien dire. Rubicon sortit du garage et se mit à rôder dans les avenues désertes de la ville, dans un silence contemplatif.
“ Tu penses que je devrais la vendre ?, commença-t-il en brisant le silence.
— Avant, tu devrais décider ce qu’elle vaut vraiment.
— Je sais que je devrais m’en séparer. Mais…
— J’ai une idée, proposa-t-elle. Je me charge de tout. On va t’en éloigner un moment. “
Elle lui demanda. Quelques jours après elle lui annonçait une date ; le jour dit la voiture disparaissait.

Sandro reçut une voiture du cabinet, qui était ravi qu’il puisse enfin se présenter à ses clients dans un véhicule acceptable. Mais toute autre voiture lui semblait sans âme et sans vie. Il voulait voir Rubicon partout, quittant son champ de vision juste quand il tournait la tête. Ouvrir le capot et examiner le moteur ne lui donnait pas la même satisfaction, il ne pouvait pas changer les joints ou les écrous. Il n’avait pas la console de bord limpide et vide de toute distraction. Il ne pouvait pas prévoir d’escapade désertique et libératrice. Il était bloqué dans les limbes urbaines des routes déjà tracées, des choix déjà faits, de la réalité encombrée.
Ses pensées tournaient et revenaient toujours au même endroit. Le soir, il restait debout dans le garage à l’occupante étrangère, se demandant où était sa Rubicon.
Il prit des jours de congé. Il tenta de se mettre à la cuisine, de jouer des jeux de rallyes, regarder des documentaires, quoique ce soit qui pourrait le distraire. Mais le soir venu, après le dîner silencieux, il n’avait que des regrets pour son carrosse disparu.

“ Je suis trop mal, dit-il précipitamment. Je ne peux pas. Il faut que je la voie. “
Amina ne dit rien. Là encore, son silence n’était pas catastrophé, c’était juste un silence doux et assuré. Elle mit la télévision en pause et déposa sur la table basse un petit dossier fermé par un trombone. Il l’ouvrit : une photo de Rubicon, dans une rue inconnue. Il était écrit, sur l’envers “Le désert décidera. Uyuni, Bolivia”. Sandro leva un œil interrogateur vers Amina avant de découvrir des documents de transfert, des factures de fret, des homologations et deux billets d’avion pour la Bolivie.
“ Je t’ai dit que je m’occuperais de tout. Eau, nourriture, carburant, équipement, téléphones satellites, j’ai tout prévu. Tu n’as plus qu’à y aller. Demander au désert.
— Demander au désert, répéta Sandro, abasourdi. “

C’était le premier désert de sel que Sandro faisait. Il n’avait jamais exploré ces régions car elles étaient rarement réellement abandonnées. Il n’y avait pas de véritable éloignement, de disjonction suprême avec toute présence, cette certitude qu’à cinquante kilomètres dans chaque direction il n’y ait que du sol et aucun être vivant. On trouvait souvent des villes établies près des exploitations de sel, des bâtiments touristiques.
La région était assez peu occupée quand ils arrivèrent, du fait d’une grosse période de pluie qui avait fait fuir les touristes. Il restait encore un film d’eau sur l’immense croûte, qui luisait et reflétait tout à perte de vue. Il donnait l’impression de rouler sur un miroir éclatant, sur l’émail luisant de la dent d’un monstre chthonien. Le jour était éblouissant et malgré les vitres et les lunettes polarisées, Sandro et Amina furent vite aveuglés par la lumière qui venait de toute direction.
Ils dormaient autour de minuit et autour de midi, sous un tarp. Ils conduisaient chacun à leur tour, toujours à tourner en rond jusqu’à ce qu’il arrivât à une décision. Sandro eut la réflexion en conduisant qu’en vérité, c’était une fausse décision ; c’était l’acceptation d’un fait quasi accompli : Rubicon devait quitter leur vie.
La voiture fut vaillante malgré le soleil qui cognait. Les mécaniques s’échauffaient vite et Sandro n’osait pas laisser le moteur tourner trop longtemps. Les seules périodes de très longs tracts de route étaient la nuit, tous feux éteints, à la lumière des étoiles diffractées par le terrain. Quand la fatigue était trop pesante pour la personne qui conduisait, ils s’arrêtaient et montaient un camp rapide, mangeaient des raviolis en boîte, et dormaient presque immédiatement.

Amina réveilla Sandro avant l’aube. Elle le secoua doucement, murmurant “Réveille-toi… dans une heure il fera jour.”
Une fois bottés, ils s’aventurèrent en dehors de leur abri. Sous le ciel qui blêmissait, ils attendirent le lever du soleil au milieu des étoiles, avec aucune autre lumière, à perte de vue. C’était le moment que Sandro préférait : le froid mordant du désert, la pureté du matin qui se ressentait jusqu’à son odeur. L’élévation lente et patiente du soleil, comme une promesse complice de la chaleur à venir. Il serra Amina dans ses bras, l’étreinte rassurante fut d’autant plus agréable. Il eut là la certitude que quoiqu’il ferait, tout allait s’arranger, tout irait bien.
Sandro aborda le nouveau jour avec plein de détermination, même s’il n’était pas encore psychologiquement prêt à laisser Rubicon.
La tergiversation continua, la dialectique se poursuivant entre Sandro, Amina et Rubicon pendant deux jours et une nuit. À la fin de la troisième nuit, toujours embaumé par les étoiles, dans un écrin de constellations australes, alors que le Soleil allait commencer son rugissement silencieux, il accepta. Il allait rentrer chez lui en laissant Rubicon derrière, et il serait en paix.

Il décida de ne pas ménager les mécaniques, pour s’assurer que la voiture s’éteigne dans son “milieu naturel”. Il fit gronder le moteur sous les rayons ardents, tournant et se retournant pour rester le plus proche possible de la ville. Une frénésie cathartique le prit et il poussa la voiture jusqu’à ces derniers retranchements, alors qu’Amina gloussait d’excitation.
Le moment où les cylindres rendirent enfin l’âme, il eut comme une jubilation. Il resta longtemps au volant de la voiture fumante, indolent alors qu’Amina se précipitait sur l’extincteur. Il resta toujours immobile quand elle appela une dépanneuse de la ville proche. De sa cérémonie intérieure, il ne montra aucun mouvement et aucune parole.

Ils rentrèrent, comme ils étaient partis, les mains dans les poches et le cœur léger. Du drôle d’objet ne restait qu’une photo, avec comme commentaire “Le désert décidera (au milieu des étoiles). Uyuni, Bolivia”


[spoiler=V1]
En règle générale, les Jeep sont assez suspicieuses. Elles semblent toutes pouvoir se démonter entièrement avec une clé à molette et un peu de mécanique ; mais celle-ci était vraiment bancale, la plupart de ses pièces étaient cannibalisées d’autres Jeeps. Ce patchwork curieux de tôle et de vieilles roues donnait vraiment l’impression qu’elle ne tenait que par une vis rouillée quelque part sous la calandre. Le côté droit du capot, qui venait d’une ancienne voiture de rallye, portait en lettres sobres et puissantes "Rubicon". À bien des égards, la voiture était un drôle d’objet.
Sandro ne savait pas si c’était le nom du modèle de voiture ou bien celui de l’équipe de rallye ou, pourquoi pas, celui du coureur du rallye. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il avait appelé la voiture Rubicon.
Sandro adorait cette voiture. Elle faisait partie de sa vie depuis ses seize ans. Il avait d’abord joué avec les mécaniques sans trop d’espoir, avant de pouvoir la faire rouler, succès inespéré. Au fil des réparations et des remplacements, il avait assez confiance pour traverser ce qu’il appelait le milieu naturel de sa Jeep : les déserts.
Il faisait ça à chaque fois qu’il avait une décision importante à prendre.  Il avait commencé avant de monter son projet de fin d’étude en architecture, et puis ses premiers dessins pour des appels d’offres.
Les projets architecturaux de Sandro pouvaient être qualifiés de minimalistes. Il aimait les lignes claires et libres, les formes géométriques, le monochrome. Ses bâtiments sont comme formés d’un seul bloc, et chaque surface est soigneusement lissée ou polie. Il poussait le minimalisme en tout point de sa vie : habits, objets, bibelots non essentiels étaient systématiquement donnés. Une belle maison, disait-il, a beaucoup d’espace mais peu de vide. L’exception flagrante à cela, c’était Rubicon. Même si l’intérieur était propre et dépouillé, il gardait le patchwork à l’extérieur, chaque pièce cannibalisée ayant une couleur, un état et un revêtement différent.
Il envoyait la voiture par bateau quelques semaines avant de partir, puis prenait l’avion pour l’aéroport le plus proche du désert, réceptionnait le véhicule là-bas et pouvait enfin commencer son tour.
Il l’avait emmenée dans les regs mauritaniens, tracé ses roues dans les chott asséchés, le désert de Nanib, les steppes d’Orient, la vallée de la Mort, l’outback australien, un peu de savane, quelques étendues polaires.
À chaque fois il prenait trois jours de carburant, une semaine d’eau, un duvet chaud et sa question. Il préférait conduire la nuit, s’arrêter vers dix heures du matin avant que le moteur ne surchauffe, dormir dans la voiture, repartir quand le soleil était plus bas. Au coucher du soleil, Sandro s’adossait au marchepied, mangeait son repas au réchaut et pensait à sa question. Ensuite, il reprenait la route, guidé par les étoiles.
Il ne roulait presque jamais en ligne droite. Comme si elle suivait ses pensées, la voiture zig-zagait, tournait, s’enchevêtrait jusqu’à ce qu’il eût trouvé sa réponse ; alors, comme son esprit rendu droit et clair, Rubicon allait vers l’aéroport pour être emmenée à la maison.
À la maison, Amina l’accueillait. Elle était l’une des seules décisions importantes qu’il avait prises tout de suite, sans rien demander aux immensités. Ils s’étaient rencontrés par des amis communs ; après trois mois de relation ils emménageaient, six mois ensuite ils se fiançaient. Elle était sa lumière et son roc. Elle avait grandi à Marrakech, aux portes du désert, et comprenait sans le partager cette fascination qu’il avait pour les étendues arides. Elle l’avait accompagné une fois dans la vallée de la Mort ; elle devait assister à une conférence dans la région la semaine suivante et s’était laissée séduire par l’appel du désert l’espace d’une journée.
Sandro appréciait aussi parler avec elle. Elle savait écouter, et surtout lui porter secours en cas de besoin. Elle savait avoir des silences longs et calmes, pas comme ces silences catastrophés qui prenaient toute la place. Avec Amina les choses devenaient simples et épurées ; elle savait même lisser les incertitudes.
La pression de se débarasser de Rubicon venait de partout. Ses supérieurs au cabinet d’architecture ne voulaient pas que Sandro visite des clients dans ce sac à écrous ; sa famille trouvait qu’il se ruinait pour une lubie ; des amis l’admonestaient de vouloir profaner des espaces vierges. Mais l’idée d’abandonner son drôle de char était au-delà de ses capacités.
C’était une période difficile, où il ne pouvait pas aller se coucher sans descendre dans le garage, s’installer sur le siège conducteur, mettre ses mains sur le guidon et tenter de trouver des raisons de la garder. Il ne dormait pas, mangeait peu, et était irritable toute la journée jusqu’à ce qu’il entre dans Rubicon, dans laquelle il groyait du noir.
Un soir alors qu’il ruminait dans Rubicon, Amina entra dans la voiture, en robe de chambre. Elle ne dit rien, mais posa la main sur celle qu’il avait posée sur le levier de vitesse.
« Tu penses que je devrais m’en débarrasser ?, commença-t-il.
— Tu peux t’en séparer sans la considérer comme indésirable.
— Je sais que je devrais m’en séparer, et si je pouvais le faire je la vendrais. Mais… je ne peux pas.
— Alors laisse-moi le faire, proposa-t-elle. Je me charge de tout. Je confierai Rubicon à quelqu’un qui connaîtra sa valeur.
— Je pourrai la voir ? »
Il hésita après avoir posé sa question, comme pour se raviser : peut-être qu’il ne devrait pas tenter de la revoir après l’avoir vendue. L’option lui sembla la moins douloureuse et il accepta. Le lendemain elle lui annonçait une date de vente ; le jour prévu la voiture disparaissait pendant qu’il travaillait.
Le deuil de Rubicon fut particulièrement éprouvant. Les voitures qu’il conduisait lui semblaient sans âme et sans vie. Il croyait la voir partout, quittant son champ de vision juste quand il tournait la tête. Le sentiment d’avoir fait une énorme erreur lui pesait horriblement. Le soir il restait sans comprendre, debout dans le garage, se demandant où était Rubicon.
Il prit des jours de congé pour encaisser le coup. Il tenta de se changer les idées, de se mettre à la cuisine, de jouer des jeux de rallyes, regarder des documentaires, quoique ce soit qui pourrait le distraire. Mais le soir venu, après le dîner silencieux, il n’avait que des remords d’avoir vendu la bête.
« Je regrette d’avoir vendu la voiture, dit-il subitement et rapidement comme pour s’empêcher de se raviser. Je suis trop mal, je ne peux pas. Il faut que je la voie. »
Amina ne dit rien. Là encore, son silence n’était pas catastrophé, c’était juste un silence doux. Elle se mit la télévision en pause, se leva, et déposa sur la table basse un dossier. Il l’ouvrir : c’était une photo Rubicon, dans une rue non familière. Il était écrit, sur l’envers "Le désert décidera. Uyuni, Bolivia". Sandro leva un œil interrogateur vers Amina, qui l’enjoignit de regarder les autres documents du dossier. Il découvrit alors des documents de transfert, des factures de fret, des homologations et deux billets d’avion pour la Bolivie.
« Je t’ai dit que je m’occuperais de tout. Eau, nourriture, carburant, équipement, téléphones satellites, j’ai tout prévu. Tu n’as plus qu’à y aller, les mains dans les poches, et prendre ta décision. Demander au désert.
— Demander au désert, répéta Sandro, abasourdi. »
Tout à coup c’était devenu une évidence : le prétexte de la vente n’était là que pour cacher le trajet de la voiture vers le désert de sel bolivien, et Amina avait en effet tout prévu, jusqu’à une liste de courses qu’il n’avait qu’à confirmer. Il demanda à Amina de l’accompagner, ce qu’elle accepta. Il attendirent  alors la date du départ avec impatience, puis entrèrent dans l’avion "les mains dans les poches".
C’était le premier désert de sel que Sandro faisait. Il n’avait jamais exploré ces régions car elles étaient rarement réellement abandonnées. Le sel était exploité, on trouvait souvent des villes établies près du champ de sel, des bâtiments touristiques. Il n’y avait pas de véritable éloignement, de disjonction suprême avec toute présence, cette certitude qu’à cinquante kilomètres dans chaque direction il n’y ait que du sol et presque aucun être vivant.
La région était assez peu occupée quand ils arrivèrent, du fait d’une grosse période de pluie qui avait fait fuir les touristes. Il restait encore un film d’eau sur l’immense étendue de sel, qui luisait et reflétait tout à perte de vue. Il donnait l’impression de rouler sur un miroir éclatant, sur l’émail luisant d’un esprit chtonien. Le jour était éblouissant et malgré les vitres et les lunettes polarisées, Sandro et Amina furent vite brûlés par le soleil qui se reflétait sous leurs pieds.
Puisqu’Amina était là, l’organisation fut adaptée. Ils dormiraient un peu autour de minuit et autour de midi, dehors sous un tarp.  Ils conduiraient chacun à leur tour, toujours à tourner en rond jusqu’à ce qu’ils arrivent à une décision. C’était en vérité une fausse décision ; c’était l’acceptation d’un fait quasi accompli : Rubicon devait partir, disparaître. C’est l’une des premières choses qui fut posée.
Rubicon fut vaillante malgré le soleil qui cogne. Les mécaniques s’échauffaient vite et Sandro n’osait pas laisser le moteur tourner trop longtemps. Les seules périodes de très longs tracts de route étaient la nuit, tous feux éteints, à la lumière des étoiles diffractées par le terrain. Quand la radio bolivienne cessa de les stimuler, ils s’arrêtèrent et montèrent un camp rapide, mangèrent des raviolis en boîte, et dormirent presque immédiatement.
Amina réveilla Sandro avant l’aube. Elle le secoua doucement, murmurant "Réveille-toi… dans une heure il fera jour."
Une fois bottés, ils s’aventurèrent en dehors de leur abri. Sous le ciel qui blêmissait, ils attendirent le lever du soleil au milieu des étoiles, avec aucune autre lumière, à perte de vue. C’était le moment que Sandro préférait : le froid mordant du désert, la pureté du matin qui se ressentait jusqu’à son odeur. L’érection lente et patiente du soleil, comme une promesse complice de la chaleur à venir. Il serra Amina dans ses bras, l’étreinte chaude et rassurante fut d’autant plus agréable. Il eut là la certitude que quoiqu’il ferait, tout allait s’arranger, tout irait bien.
Sandro aborda le nouveau jour avec plein de détermination. Il avait un sentiment largement positif de la situation, même s’il n’était pas encore moralement prêt à laisser là Rubicon.
La tergiversation continua, la dialectique se poursuivant entre Sandro et Amina pendant deux jours et une nuit. À la fin de la troisième nuit, toujours embaumé par les étoiles, dans un écrin de constellations étrangères, alors que le Soleil allait commencer son rugissement silencieux, il accepta. Il allait rentrer chez lui en laissant Rubicon derrière, et il sera en paix.
Il se décida même à ne pas ménager les mécaniques, pour s’assurer que la voiture s’éteigne dans son élément. Il fit gronder le moteur sous les rayons ardents, tournant et se retournant pour rester à quelques kilomètres de la ville la plus proche. Une frénésie cathartique le prit et il poussa la voiture jusqu’à ces derniers retranchements, alors qu’Amina gloussait d’excitation. Le moment où les cylindres rendirent enfin l’âme, il eut comme une jubilation. Il rit, pleura et se sentit enfin serein.
Ils rentrèrent, comme ils étaient partis, les mains dans les poches et le cœur léger. Du drôle d’objet ne resta qu’une photo, avec comme commentaire "Le désert décidera (au milieu des étoiles). Uyuni, Bolivia".
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: Milla le 02 Septembre 2021 à 18:30:34
Salut !

au fil de la lecture...
Citer
En règle générale, les Jeep sont assez suspicieuses
je ne comprends pas comment une voiture peut être suspicieuse ???  :o

Citer
la plupart de ses pièces étaient cannibalisées d’autres Jeeps.
je vois tout à fait l'idée, mais je trouve ça vraiment alambiqué de le dire comme ça

Citer
Il faisait ça à chaque fois qu’il avait une décision importante à prendre.
inutile

Citer
Il avait commencé avant de monter son projet de fin d’étude en architecture, et puis ses premiers dessins pour des appels d’offres.
problème dans la formulation il me semble. tel quel, je ne comprends pas la deuxième moitié

Citer
Ses bâtiments sont comme formés d’un seul bloc, et chaque surface est soigneusement lissée ou polie.
imparfait, pas de raison de basculer au présent

Citer
Il l’avait emmenée dans les regs mauritaniens, tracé ses roues dans les chott asséchés, le désert de Nanib,
ça ne va pas avec "il l'avait"

Citer
mangeait son repas au réchaut et pensait à sa question
réchaud

Citer
Elle avait grandi à Marrakech, aux portes du désert, et comprenait sans le partager cette fascination qu’il avait pour les étendues arides.
la

Citer
Il ne dormait pas, mangeait peu, et était irritable toute la journée jusqu’à ce qu’il entre dans Rubicon, dans laquelle il groyait du noir.
broyait ?

Citer
jusqu’à ce qu’il entre dans Rubicon, dans laquelle il groyait du noir.
Un soir alors qu’il ruminait dans Rubicon, Amina entra dans la voiture,
répétitif

Citer
Il tenta de se changer les idées, de se mettre à la cuisine, de jouer des jeux de rallyes,
à

Citer
Elle se mit la télévision en pause,

Citer
Il l’ouvrir : c’était une photo Rubicon, dans une rue non familière.
ouvrit

Citer
Il allait rentrer chez lui en laissant Rubicon derrière, et il sera en paix.
serait

hop, tout lu !
Sur le global, je dois dire que je suis très détachée émotionnellement des voitures, et que du coup, j'ai pas vraiment réussi à vivre les émotions de ton perso avec autant d'intensité que lui... Ce n'était pas trop un texte pour moi au niveau de l'histoire, donc....

merci pour ce texte,

Milla
 


Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: holden5 le 03 Septembre 2021 à 13:27:04
Cher Mout-8,

Je ne rentrerai pas longtemps dans une correction de détails, Milla ayant déjà relevé les points qui m'ont chiffonnés.

Je tiens juste à dire que je la rejoins sur la première phrase : l'adjectif choisi - suspicieuse - me paraît inadapté, en tout cas la suite du paragraphe ne vient pas justifier cet adjectif-là, mais plutôt celui de "suspecte".

Citer
celle-ci était vraiment bancale
En remplaçant "celle-ci" par "la sienne" par exemple, on comprendrait directement que tu décris une voiture déjà connue par le personnage principal, et non un objet qu'il viendrait de découvrir, ce que j'ai cru à première lecture.


Mon avis sera plus positif que celui de Milla, bien que je ne sois pas un grand fan de bagnole non plus. Le texte communique très bien la passion du personnage pour un "objet" qui a cessé (par cette passion-même) d'être un simple objet et qui apparaît comme un prolongement de lui-même. Il y a un côté très doux dans ce texte qui nous rappelle tous ces objets qui ont acquis une valeur sentimentale au fil des années et dont il nous faut pourtant parfois nous séparer. Et cette douceur est renforcée par celle de la compagne Amina, toute en empathie par rapport à cette passion.

Peut-être le texte serait-il plus facile à lire si tu aérais un peu sa présentation et allégeais les descriptions de paysages, moins maîtrisées à mon goût (le plus beau paysage du texte, n'est-ce pas au fond la jeep elle-même ?)

Bravo pour ce texte qui va au delà de l'antithèse Matérialisme/Profondeur !

H.


Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: Rémi le 03 Septembre 2021 à 19:01:03
Salut Mout,

Je rejoins Holden, c'est un texte doux, je dirais curieusement doux. On s'attendrait à ce que cette passion dévorante génère des problèmes, des tensions, mais non, seul le narrateur est affecté par sa dépendance à sa Jeep. Point de vue intéressant.

Milla a pointé pas mal de coquilles, il me semble que celle-ci est aussi à traiter :
Citer
Il l’ouvrir : c’était une photo Rubicon,
de Rubicon

Donc, un moment de lecture assez doux, avec un amour d'Amina qui est presque irréel, suspendu. Bon le texte n'est pas non plus hyper marquant, mais on finit "le cœur léger".

A+
Rémi
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: Aponiwa le 04 Septembre 2021 à 12:28:44
Hello Mout8,

J'ai bien aimé ce texte. Je ne suis pas non plus fan de voiture, mais j'ai trainé 10 ans avec une 106 vendue il y a cinq ans, et je la regrette toujours. C'était une bonne petite voiture, on a eu plein d'aventures ensemble...  :'(
Bref, je peux comprendre ce genre d'attachement.
L'histoire est une petite tranche de vie, sereine, tranquille.
J'ai quelques remarques, outre celles déjà formulées :
- À chaque fois il prenait trois jours de carburant, une semaine d’eau, un duvet chaud et sa question. : peut-être préciser le coup de la question? ou j'ai loupé quelque chose...
- Elle était l’une des seules décisions importantes qu’il avait prises tout de suite : je comprends l'idée, mais ça se décide pas tout seul, m'enfin je pinaille! :)
- Sandro appréciait aussi parler avec elle. Elle savait écouter, et surtout lui porter secours en cas de besoin. Elle savait avoir des silences longs et calmes, pas comme ces silences catastrophés qui prenaient toute la place. Avec Amina les choses devenaient simples et épurées ; elle savait même lisser les incertitudes. : ça fait un peu l'image de la femme "soumise" souvent véhiculée. Peut-être décrire Amina avec ses autres qualités?
- Il prit des jours de congé pour encaisser le coup. : effectivement, on voit que c'est un coup dur... ;)
- Là encore, son silence n’était pas catastrophé : le silence catastrophé, j'ai du mal à imaginer ce que c'est.
- puis entrèrent dans l’avion "les mains dans les poches". : hé hé!  :-¬?
-  mangèrent des raviolis en boîte, : je comprends pourquoi, mais quelle dommage de manger du ravioli en boîte en Bolivie! :)
- L’érection lente et patiente du soleil : alors le terme "érection" pour moi c'est plutôt un monument (ou autre...) pour le soleil, je suis pas sûre, mais c'est à vérifier.

Merci pour ton joli texte qui fait rêver! :)
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: Earth son le 05 Septembre 2021 à 13:49:57
Bonjour Mout8,

J’ai lu ton texte avec grand plaisir.
Quelques formulations obscures qui, je pense, ont toutes été relevées.
J’ai du mal à comprendre que le narrateur accepte de se séparer de sa voiture chérie et surtout pourquoi il veut s’en séparer (uniquement la pression extérieure ?).
Mais puisque l’histoire se termine bien, je passerai sur ce détail.

Merci
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: Opercule le 06 Septembre 2021 à 11:45:54
Salut à mes lecteurices, merci d’avoir relevé mes coquilles et mes formulations douteuses. Je pense que j’ai beaucoup à retravailler.

Milla, si tu n’as pas compris la voiture, est-ce que tu as compris le personnage ? Tu peux remplacer la voiture par un vélo d’enfance, ou bien une figurine encombrante ?

holden5, j’ai longtemps hésité à introduire soit Sandro soit la voiture en premier, je me suis dit qu’étant l’objet du texte je commencerais par la voiture. Je vais tester des permutations. Quand tu dis descriptions de paysages, c’est juste à la fin ? j’ai pas l’impression d’en avoir fait beaucoup...

Rémi, je trouve ça satisfaisant que tu aies trouvé le texte léger et doux, même si ça parle d’un adieu. C’est le but ultime de mon texte (en plus que c’était un genre défi aussi).

Aponiwa, je comprends l’image de la femme véhiculée, et étant "la troisième roue" j’ai eu du mal à trouver sa place à Amina, à la fois essentielle et effacée. j’avais envie d’élaborer un peu à côté sur sa vie, j’ai un peu de place, pour montrer ce qu’elle fait aussi sans lui.

Earth son, c’est vrai que je n’ai pas élaboré sur le chemin intérieur pour commencer à accepter que sa voiture devient "indésirable". Peut-être que je devrais caser un paragraphe ou l’autre.

J’ai jusqu’au 19 pour corriger tout ça, n’est-ce pas ? Il y a pas mal de travail :/
Mais je vois des choses assez positives et ça me fait plaisir, merci.
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: Milla le 06 Septembre 2021 à 12:27:40
Citer
Milla, si tu n’as pas compris la voiture, est-ce que tu as compris le personnage ? Tu peux remplacer la voiture par un vélo d’enfance, ou bien une figurine encombrante ?
non, justement, je crois qu'aucune des objets que j'aime (ma guitare par exemple) ne m'est cher et irremplaçable à ce point. Du coup, son émotion me parvient mal ! Mais comme je disais, c'est du coup juste pas une histoire pour moi, ce qui n'empêche pas que de nombreux autres lecteurs ont trouvé de l'écho dans ton texte et ont su l'apprécier !  :)
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: ZagZag le 06 Septembre 2021 à 19:05:20
Yo, Mal-aimé Obstinément Unanimement et Terriblement.

Bon, j'avais un super commentaire (un des meilleurs que j'ai jamais fait), mais j'ai changé de page sans faire exprès en cours de rédaction, et quand je suis revenu il avait disparu.
Je vais pas refaire le relevé détaillé du coup, mais Milla l'a très bien fait de toute façon et tu ne sembles pas avoir modifié le texte depuis. En parlant de Milla, je suis assez d'accord avec son ressenti : j'ai pas été emporté par cette histoire de voiture. Au début, j'étais assez prêt à m'investir émotionnellement, la première description m'a vraiment séduite (les pièces cannibalisées c'est chouette comme image si c'est de toi !). Mais j'avoue que j'ai eu par la suite plus du mal à accrocher, avec ce personnage qui emmène sa Jeep un peu partout pour on ne sait combien d'argent et de kérosène, dans des déserts qui n'ont probablement rien demandé. On a juste l'impression qu'il aime rouler tranquille sans personne, pas qu'il est amoureux de ces paysages désertique, on n'a jamais vraiment d'explication de côté. L'énumération des lieux qu'il a visité est assez parlante, je crois, on a juste l'impression d'une check-list, mais qu'aucun désert ne lui est particulier, qu'il n'y a pas fait de rencontre (avec la nature, les animaux, les gens, jsais pas) mais c'est difficile en Jeep tu me diras (et c'est bien le problème, te répondré-je huhu).
J'ai aussi eu un peu de mal avec le traitement d'Amina, très superficiel, qui est un peu là en faire valoir et rien d'autre : elle passe après la voiture visiblement, mais elle est à l'écoute, elle cuisine (puisque lui ne le fais pas), elle s'occupe d'organiser ce petit voyage, etc. Lui, en revanche ne semble pas vraiment faire de concessions (ce n'est pas pour elle qu'il abandonne sa Jeep). Je peux pas m'empêcher de quand même relever cette phrase :
Citer
Sandro appréciait aussi parler avec elle.
J'espère bien ! Ce serait rigolo d'être fou amoureux de quelqu'un mais de détester lui parler. C'est probablement surtout une maladresse, mais je trouve que c'est assez révélateur du traitement d'Amina : il aime lui parler parce qu'elle l'écoute et qu'elle l'aide.

Bon enfin là j'ai pas trop accroché, alors que c'est pas mal écrit franchement :)

A une autre fois !
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: DeB 54 le 06 Septembre 2021 à 21:16:56
J'ai aimé la lecture de ton texte. Je n'ai pas tellement de commentaire à faire dessus (bonne ou mauvaise chose ?!)

J'ai ressenti parfois une certaine tristesse et certain attachement pour la voiture, comme celui que l'on aura pour un chat.

Bonne soirée
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: Ocubrea le 07 Septembre 2021 à 23:38:42
Bien le bonjour Mout ! ;D

Citer
En règle générale, les Jeep sont assez suspicieuses. Elles semblent toutes pouvoir se démonter entièrement avec une clé à molette et un peu de mécanique ; mais celle-ci était vraiment bancale, la plupart de ses pièces étaient cannibalisées d’autres Jeeps.
Pour le coup, je suis un peu en désaccord avec ce qui a été dit plus haut, le fait de personnifier les Jeep ne me dérange pas plus que ça. Par contre, je ne vois pas le rapport de manière claire entre ta première phrase et la suite du paragraphe : si tu pars là-dedans, pour moi, il faudrait expliquer plus clairement ce qui rend ces Jeep suspicieuses.

Citer
Ses bâtiments sont comme formés d’un seul bloc, et chaque surface est soigneusement lissée ou polie.
Il y a un présent sauvage qui se balade librement dans cette phrase ! ;)

Citer
La pression de se débarasser de Rubicon venait de partout.
"débarrasser".
Sinon, je trouve ici qu'il manque une transition plus claire : jusqu'à ce moment, on dirait que tu campais le décor et que tu expliquais aux lecteurs qui était Sandro et ce que Rubicon représentait pour lui, et à partir de cette phrase on rentre dans l'"histoire/l'intrigue" proprement dite, mais ça n'est pas très clairement mis en avant, on ne le sent pas, on ne s'en rend compte qu'en lisant les paragraphes suivants.

Je rejoins Zag' par rapport à Amina. J'ai l'impression que Sandro l'aime pour tout ce qu'elle peut lui apporter plutôt que pour ce qu'elle est, je trouve ça dommage. Je la trouve assez effacée, assez impersonnelle. C'est dommage, parce que ça pourrait être un personnage assez fort, dans ce trio.

Je trouve aussi dommage que la "tension", ou "l'élément déclencheur" soit si vite traité. Si j'ai bien compris, il s'agit ici de la pression qui est mise à
Sandro pour se débarrasser de Rubicon mais au final, j'ai l'impression que tu listes rapidement un série de gens et une série de raisons, sans trop nous faire comprendre les choses, on est dans le "tell" et pas dans le "show". Et puis on passe directement au moment où Sandro prend sa décision.
Je pense qu'en ré-arrangeant le texte, déjà, tu pourrais améliorer les choses : je trouve que le dilemme de la vendre ou pas, de même que les raisons, pourraient se trouver en début de texte, avant même de nous dire pourquoi c'est un tel dilemme pour Sandro et ce que cette voiture représente pour lui. J'ai l'impression que ça te permettrait de commencer au plus près de l'action et d'embarquer plus efficacement ton lecteur !

Par ailleurs sur l'écriture elle-même, pas grand chose à redire, je trouve ça bien écrit...

Bonne soirée, à plus ! ;)
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: Cendres le 08 Septembre 2021 à 19:32:57
Dans la première partie tu nous parles de la Jeep, ensuite de la rencontre avec sa compagne , puis sa "séparation" avec sa voiture. Pour finir avec son aventure dans un désert.

Ton texte est riche en description. Je me demandais en le lisant si tu ne parlais pas de tes propres voyages.

Pour moi, la fin est étrange. Tu dis :

"Il fit gronder le moteur sous les rayons ardents, tournant et se retournant pour rester à quelques kilomètres de la ville la plus proche. (...) il poussa la voiture jusqu’à ces derniers retranchements, (...)Le moment où les cylindres rendirent enfin l’âme, il eut comme une jubilation. Il rit, pleura et se sentit enfin serein.(...)Ils rentrèrent, comme ils étaient partis, les mains dans les poches et le cœur léger. (...)"

Si je comprends bien, ils sont quelque kilomètre de la ville la plus proche et leur voiture est en panne. Ils sont contents ? Ils n'ont pas peur de la situation ?

Surtout qu'il me semble qu'un désert de sel réfléchi beaucoup la lumière(J'ai vu ça dans un documentaire) et qu'il n'y a a rien dessus.



Il me semble que tu as fait une erreur ici :
"(...)mettre ses mains sur le guidon et tenter de trouver des raisons de la garder". Une Jeep, c'est une voiture, donc c'est un volant.
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: Alan Tréard le 13 Septembre 2021 à 18:03:04
Bonjour chameau-mout,


Me voici à la fin de ma lecture, et je garde le sentiment d'avoir lu un texte sur le consumérisme, décrivant les déserts comme tant de produits touristiques à consommer, selon le regard d'un homme réduisant l'exploration des terres sauvages à un banal passage de la vie aux souvenirs flous et purement épicuriens. Cette lecture m'a bel et bien éloigné d'un supposé désir que tu aurais eu de nous faire aimer les voitures, ça m'a plutôt fait penser aux égarements et excès de la technologie, or je ne suis pas choqué que l'on puisse avoir des impressions différentes du thème abordé selon le point de vue duquel on se place, selon quelle lectrice ou lecteur on est.


J'aurais bien aimé découvrir tes premières modifications du texte avant de commenter, afin de mieux comprendre ton parti pris esthétique (Vas-tu favoriser l'action en général ou bien favoriser les descriptions personnifiant cette voiture ?) ; pourtant il te reste un peu moins d'une semaine pour apporter à ce texte sa version finale, donc je me suis dépêché de te proposer deux ou trois idées de modifications avant qu'il ne soit trop tard. ^^

Je me rapproche pas mal du sentiment d'Ocubrea à propos du cheminement intérieur de Sandro : en l'état, le texte me paraît encore un peu décousu, comme une vague idée de ce que tu pourrais écrire sur ce thème du doute (par rapport au temps que prend ton personnage avant d'officialiser sa décision), sans avoir approfondi vraiment ce que tu pourrais en dire. C'est comme si l'action tardait à se mettre en place (enfin, là, je parle de la réflexion autour de ses amours passagères plutôt que de l'action en elle-même), c'est comme si on attendait trop avant d'entrer dans le cœur du sujet.

Démarrer le texte par une question toute simple : « Fallait-il que je me sépare de Rubicon ? », nous informerait immédiatement de l'enjeu qui va se présenter à Sandro afin que nous nous préparions d'office à comprendre ce qui le motive à se questionner.


Voici pour un commentaire qui tente de trouver un certain équilibre : c'est vrai que je n'ai probablement pas compris toutes les nuances de cette histoire d'amour entre un homme et sa voiture (avec quelques apparitions subreptices de sa compagne) ; s'il n'y avait pas de temps imparti pour l'AT, j'aurais attendu la nouvelle version du texte avant de commenter. :)

Au plaisir de connaître ton propre sentiment à propos de ce que tu as écrit.
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: gage le 14 Septembre 2021 à 11:11:53
Bonjour Chameau !

Je ne reviendrai ni sur "suspicieuse" que j'aurais remplacé par "suspecte", ni sur "cannibalisé", tout a déjà été dit là-dessus.
Je trouve aussi "érection" discutable, mais c'est la licence poétique, si je puis dire.
Par contre"embaumé par les étoiles", bah en vrai, c'est une image que je ne comprends pas.

Pour le reste, je comprends le cheminement du personnage. Ce qui heurte sans doute, c'est que les décisions qu'il prend lui sont très personnelles. Pour ma part, je n'aurais rien fait pareil, mais je ne suis pas le personnage.

Reste un texte efficace, particulier du fait de cette obsession, bien écrit, et qui justement questionne sur la manière de gérer une passion.

Merci !
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: Laura CRD le 14 Septembre 2021 à 16:11:57
Bonjour !

Comme d'autres, je ne suis pas fan de voiture et j'ai eu du mal à accrocher au début...
Puis, j'ai apprécié le passage dans le désert, cette douceur qui a été déjà relevée. Même si j'ai trouvé dommage qu'il bousille sa voiture (au lieu de la revendre), je crois qu'il y a dans cette action quelque chose de symbolique.

Le personnage d'Amina est en effet très discret, soumis. Il est peut-être trop tard pour faire des modifications à ce sujet mais par contre, la mention du fait qu'il "aime discuter avec elle" m'a faite sursauter ! Heureusement qu'il aime parler avec son épouse ! Je te demande solennellement de faire quelque chose ici, s'il te plait !  :D

Contrairement à un autre lecteur, j'aime l'image du "silence catastrophé qui prend toute la place".

J'ai bien aimé l'écriture, quelques jolies images mais je crois qu'il m'a manqué un peu d'émotions. Peut-être que la raison de se séparer de la voiture devrait être plus "douloureuse". Fan de mécanique ou pas, on aurait sans doute plus d'empathie pour Sandro si le dilemme auquel il fait face contenait plus d'enjeu.

Merci pour ce voyage !
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: Samarcande le 14 Septembre 2021 à 17:10:35
Salut Mout 8


je ne suis pas fan de voiture du tout  (je sais , tu n'as vraiment pas de chance avec tes lecteurs  :D ) mais j'arrive bien à comprendre l'attachement pour un objet s'il représente des expériences.
Et effectivement tu expliques bien que c'est lui qui l'a maintes et maintes fois démontée et réparée, qu'il l'a depuis ses 16 ans.

Comme les autres je trouve dommage (mais peut-être est-ce parce que c'est mon point de vue ) que le narrateur donne plus d'importance à conduire dans le désert qu'au désert lui-même.

Citer
À chaque fois il prenait trois jours de carburant, une semaine d’eau, un duvet chaud et sa question. Il préférait conduire la nuit, s’arrêter vers dix heures du matin avant que le moteur ne surchauffe, dormir dans la voiture, repartir quand le soleil était plus bas. Au coucher du soleil, Sandro s’adossait au marchepied, mangeait son repas au réchaut et pensait à sa question. Ensuite, il reprenait la route, guidé par les étoiles.
Il ne roulait presque jamais en ligne droite. Comme si elle suivait ses pensées, la voiture zig-zagait, tournait, s’enchevêtrait jusqu’à ce qu’il eût trouvé sa réponse ; alors, comme son esprit rendu droit et clair, Rubicon allait vers l’aéroport pour être emmenée à la maison.
On a un point de vue très limité de Sandro. On le voit agir, mais on ne voit ni son décor (qui n'est pas décrit), ni ses pensées. On a l'impression qu'il pourrait conduire n'importe où sans que cela change rien à son mécanisme de décision.
Qu'est-ce qu'il apprécie lorsqu'il conduit dans le désert ? Comment se sent-il ?

Citer
À la maison, Amina l’accueillait. Elle était l’une des seules décisions importantes qu’il avait prises tout de suite, sans rien demander aux immensités.
ça c'est cool !

Citer
Ils s’étaient rencontrés par des amis communs
Je n'aime par beaucoup de par : par l'intermédiaire ? chez ? Ils avaient été présentés par ?

Citer
Elle l’avait accompagné une fois dans la vallée de la Mort
Pourquoi une seule fois si elle aime les déserts ?

Citer
Sandro appréciait aussi parler avec elle.
C'est le "aussi" qui tue tout. Je comprends ce que tu veux dire : ils n'ont pas que les déserts en commun, mais la phrase est un peu ambiguë .

Citer
Elle savait avoir des silences longs et calmes, pas comme ces silences catastrophés qui prenaient toute la place.
Là aussi je trouve la phrase un peu maladroite : "elle aimait les longs silences?" , "les silences d'Amina étaient longs et calmes..." ?

Citer
elle savait même lisser les incertitudes.
:coeur: très joli.

Citer
La pression de se débarasser de Rubicon venait de partout. Ses supérieurs au cabinet d’architecture ne voulaient pas que Sandro visite des clients dans ce sac à écrous ; sa famille trouvait qu’il se ruinait pour une lubie ; des amis l’admonestaient de vouloir profaner des espaces vierges. Mais l’idée d’abandonner son drôle de char était au-delà de ses capacités.

Trop triste la pression sociale !

Citer
Un soir alors qu’il ruminait dans Rubicon,
Qu'il ruminait ses pensées ? (sinon ça fait un peu bovin  :coeur:)

Citer
Le sentiment d’avoir fait une énorme erreur lui pesait horriblement.
S'il se sent comme ça, c'est clair qu'il a fait une erreur. :)

Citer
c’était une photo Rubicon,
photo de Rubicon

Citer
dans l’avion "les mains dans les poches".
deux fois c'est peut-être  un peu trop à si peu d'écart. :mrgreen:

Citer
. C’était en vérité une fausse décision ; c’était l’acceptation d’un fait quasi accompli : Rubicon devait partir, disparaître. C’est l’une des premières choses qui fut posée.
ça c'est un point que je comprend pas vraiment. Ou à lui, ou à personne?

Citer
La tergiversation continua, la dialectique se poursuivant entre Sandro et Amina pendant deux jours et une nuit.

Là on a l'impression qu'elle essaie de le convaincre alors que tout le long du récit tu l'as présentée comme une personne qui accepte ses décisions.

Citer
Il se décida même à ne pas ménager les mécaniques, pour s’assurer que la voiture s’éteigne dans son élément. Il fit gronder le moteur sous les rayons ardents, tournant et se retournant pour rester à quelques kilomètres de la ville la plus proche. Une frénésie cathartique le prit et il poussa la voiture jusqu’à ces derniers retranchements, alors qu’Amina gloussait d’excitation. Le moment où les cylindres rendirent enfin l’âme, il eut comme une jubilation.
Et il laisse la carcasse dans le désert !!!!!!

Je comprends l'idée du dernier voyage, un peu moins  de tout faire pour la détruire et la laisser en plan dans le désert. Je crois que j'aurais préféré qu'elle soit donnée à quelqu'un qui en aie vraiment besoin, je ne sais pas, un médecin qui voyage dans le désert de sel entre les petites villes pour porter les premiers soins ou quelque chose de ce genre.

Je pinaille parce que lis ligne par ligne, mais ma premiere impression de lecture est tres positive. Et j'ai bien aimé l'ambiance mélancolique et le désert.

Merci pour ce texte








Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: frenchwine le 19 Septembre 2021 à 19:55:52
il y avait la Willis et l'autre, j'ai oublié, tu vois là bas devant c'est carré ou c'est rond ^^ souvenirs d'un ami garagiste.
Le propos se lit bien, mais je n'ai pas suivi l'histoire, je me suis laissé couler juste à lire.
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: Docal le 25 Septembre 2021 à 20:10:37
Commentaire tardif du coup sans que l'auteur puisse répondre.

Le style se lit bien, par contre c'est un peu trop dense et mériterait un peu d'aération. On se représente bien le vieux taco qui tiens à peine.
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: Opercule le 19 Octobre 2021 à 14:28:42
Surprise ! Je suis l’auteur de ce texte. Je suis tellement désolé ne n’avoir pas pu vous répondre et corriger mon texte à temps. Il ne disparaît pas de mon cœur pour autant (en tout cas pas pour le moment…). Merci à toutes les personnes qui m’ont commenté !

non, justement, je crois qu'aucune des objets que j'aime (ma guitare par exemple) ne m'est cher et irremplaçable à ce point. Du coup, son émotion me parvient mal ! Mais comme je disais, c'est du coup juste pas une histoire pour moi, ce qui n'empêche pas que de nombreux autres lecteurs ont trouvé de l'écho dans ton texte et ont su l'apprécier !
C’est un problème si ce sentiment ne passe pas, je pourrais plus faire l’accent sur la particularité et l’étrangeté du phénomène ? Ou juste le fait que ce ne soit pas commun.


Bon, j'avais un super commentaire (un des meilleurs que j'ai jamais fait), mais j'ai changé de page sans faire exprès en cours de rédaction, et quand je suis revenu il avait disparu.
Une des plus grandes tragédies. Je pense que Sophocle avait fait une pièce à ce sujet, malheureusement perdue.

Au début, j'étais assez prêt à m'investir émotionnellement, la première description m'a vraiment séduite (les pièces cannibalisées c'est chouette comme image si c'est de toi !).
Si c’est de moi ? C’est une expression plus ou moins établie mais encore "fraîche", ça compte ?

On a juste l'impression qu'il aime rouler tranquille sans personne, pas qu'il est amoureux de ces paysages désertique, on n'a jamais vraiment d'explication de côté. L'énumération des lieux qu'il a visité est assez parlante, je crois, on a juste l'impression d'une check-list,[…]
C’est vrai que parlerais bien encore plus de ce qu’il ressent quand il le fait, mais je ne pense que ça soit la même dans autre chose qu’un désert.

J'ai aussi eu un peu de mal avec le traitement d'Amina, très superficiel, qui est un peu là en faire valoir et rien d'autre.
Je pense que c’est par là que le texte pèche le plus, et je n’ai aucune idée de comment réparer ça (c’est pour ça que je ne l’ai pas fait…). D’un côté, le personnage est en crise et sa compagne lui porte secours et assistance. D’un autre, ça en fait un adjuvant très plat…


J'ai ressenti parfois une certaine tristesse et certain attachement pour la voiture, comme celui que l'on aura pour un chat.
Je ne partais pas pour tristesse, peut-être de la mélancolie mais pas c’est pas très voulu… merci pour le passage !


je ne vois pas le rapport de manière claire entre ta première phrase et la suite du paragraphe : si tu pars là-dedans, pour moi, il faudrait expliquer plus clairement ce qui rend ces Jeep suspicieuses.
le fait que ce soit un genre de voitures démontables et qui semblent pas "solides", mais c’est vrai que ça demanderait un retravail ; comme j’ai peut-être mentionné plus haut j’ai hésité entre exposer la voiture d’abord ou bien Sandro, et ça semble être un peu insoluble comme l’œuf ou la poule… parce que surtout suspicieuses pour qui ?

Sinon, je trouve ici qu'il manque une transition plus claire :[…] à partir de cette phrase on rentre dans l'"histoire/l'intrigue" proprement dite, mais ça n'est pas très clairement mis en avant, on ne le sent pas, on ne s'en rend compte qu'en lisant les paragraphes suivants.
je ne suis pas sûr de comprendre ce que tu dis, est-ce que la question sous-jacente est "comment annoncer l’intrigue" ? C’est le traitement trop rapide de la tension qui provoque ce sentiment, tu penses ? Je pourrais tenter de découper et réorganiser le texte, j’ai pas pensé à l’agencement que tu proposes...

Merci pour les retours !


Si je comprends bien, ils sont quelque kilomètre de la ville la plus proche et leur voiture est en panne. Ils sont contents ? Ils n'ont pas peur de la situation ?
Surtout qu'il me semble qu'un désert de sel réfléchi beaucoup la lumière(J'ai vu ça dans un documentaire) et qu'il n'y a a rien dessus
Le coup de la panne était plus ou moins prévu : l’idée que Rubicon "meure" en paix dans son milieu naturel. C’était pas très subtil ni bien amené, mais je trouvais l’idée touchante sur le moment. Pour la luminosité du désert de sel, je suis au courant et je pensais en avoir touché un mot, peut-être qu’il était trop petit…


Me voici à la fin de ma lecture, et je garde le sentiment d'avoir lu un texte sur le consumérisme, décrivant les déserts comme tant de produits touristiques à consommer, […]. Cette lecture m'a bel et bien éloigné d'un supposé désir que tu aurais eu de nous faire aimer les voitures, ça m'a plutôt fait penser aux égarements et excès de la technologie, […].
Ce n’était pas mon désir de te faire aimer les voiture, je te l’assure, ni l’éloge d’un quelconque éloge du consumérisme — la voiture n’étant, du reste, pas achetée neuve mais étant ce qu’on appelle une "project car", une voiture qu’on achète à la casse et qu’on répare progressivement. Au contraire, le désir était de souligner le temps et l’attachement que Sandro a investi dans la voiture (plutôt que de l’argent), à la réparer, reconstruire, bichonner. Mais c’est vrai qu’on peut en faire des lectures très différentes, c’était la mienne !

(Vas-tu favoriser l'action en général ou bien favoriser les descriptions personnifiant cette voiture ?)
J’aurais plus parlé de la voiture, en coupant peut-être même dans les actions, mais mon plus gros problème est, comme rappelé, le traitement de sa relation avec Amina.

C'est comme si l'action tardait à se mettre en place (enfin, là, je parle de la réflexion autour de ses amours passagères plutôt que de l'action en elle-même), c'est comme si on attendait trop avant d'entrer dans le cœur du sujet.
On n’en a peut-être pas parlé, ou peut-être de façon détournée (c’est la même chose que disait Oba ?), mais tu mets le doigt sur quelque chose qui me dérangeait aussi singulièrement. Je pense que c’est ma propension à écrire trop lentement croisée avec ma peur de dépasser le nombre de mots qui a mené à ce déséquilibre.

Désolé de ne pas avoir corrigé ce texte à temps ! Mais j’y penserai encore un peu, et tenterais de le repenser.


Je ne reviendrai ni sur "suspicieuse" que j'aurais remplacé par "suspecte", ni sur "cannibalisé", tout a déjà été dit là-dessus.
Je trouve aussi "érection" discutable, mais c'est la licence poétique, si je puis dire.
Par contre"embaumé par les étoiles", bah en vrai, c'est une image que je ne comprends pas.
Merci d’avoir relevé les mots disgrâcieux, j’aurais tenté… Encore que cannibalisé, je pense que je maintiendrais.
En ce qui concerne le cheminement du personnage, c’est encore brouillon et je le vois. Peut-être que si c’était plus complet, tu aurais trouvé ça mieux construit.


Contrairement à un autre lecteur, j'aime l'image du "silence catastrophé qui prend toute la place".
Je connais quelqu’un qui fait des silences catastrophés, et je peux t’assurer que ça n’a rien d’un silence normal :mrgreen: peut-être que je pourrais trouver d’autres moyens de décrire ces silences…
Merci pour tes pensées !


je ne suis pas fan de voiture du tout  (je sais , tu n'as vraiment pas de chance avec tes lecteurs  :D ) mais j'arrive bien à comprendre l'attachement pour un objet s'il représente des expériences.
Comme j’ai peut-être mentionné, ce texte est un défi de Loïc (@Loïc si tu nous lis) parce que justement personne n’aime sa voiture visiblement ::)

Qu'est-ce qu'il apprécie lorsqu'il conduit dans le désert ? Comment se sent-il ?
Je devrais peut-être allonger un peu ce versant, mais je ne pense pas y accorder tellement. Tu penses que c’est important, considérant le reste des failles de ce texte (notamment les citations où tu pointes les intéractions entre Sandro et Amina) ?

Je comprends l'idée du dernier voyage, un peu moins  de tout faire pour la détruire et la laisser en plan dans le désert.
Dans ma tête ils la cassaient près d’une ville pour pouvoir contacter une dépanneuse et démonter la voiture là-bas, mais les lecteurs ne sont pas dans ma tête :mrgreen:
Content que tu y trouves de belles choses malgré tout.


Le propos se lit bien, mais je n'ai pas suivi l'histoire, je me suis laissé couler juste à lire.
Alors je ne m’y connais pas tellement en voiture, ironiquement. J’ai été inspiré par une jeep dans le parking près de chez moi avec inscrit "Rubicon" sur le capot et j’ai trouvé le nom… assez bien trouvé.
Si la lecture est fluide c’est déjà ça ^_^


Le style se lit bien, par contre c'est un peu trop dense et mériterait un peu d'aération. On se représente bien le vieux taco qui tiens à peine.
Merci ! c’était un des buts en effet.
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident
Posté par: Samarcande le 19 Octobre 2021 à 14:54:14
Salut Opercule,

Si je t'ai donné l'idée que ce texte est irrécupérable, j'en suis vraiment désolée.
Ma première impression de lecture était très bonne.
Après, dans un AT, on est super pointilleux, on fait du ligne à ligne (et plein de commentaires à la suite du coup des fois on prend pas trop de gants).
Mais vraiment les maladresses, ça se corrige, les failles, ça se comble, et les personnages ça s'étoffe sans avoir besoin d'en faire des tonnes (quelques mots bien choisis suffisent le plus souvent)
Et ton texte a quand même plein de points forts que je n'ai surement pas suffisamment soulignés dans mon commentaire (une belle lumière, un rythme lent et agréable, une certaine originalité de traitement, de beaux paysages et des ciels étoilés).

Donc oui, je pense que c'est pas un texte à jeter, mais qu'avec un peu de (re)travail, toute cette belle matière pourrait briller.

Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident (V2)
Posté par: Opercule le 07 Juin 2022 à 22:00:36
Salut les gens !

J’ai repris ce texte de Chameau, parce qu’il le méritait bien (et je l’ai déplacé tout seul  :-¬?)
J’ai travaillé sur beaucoup d’aspects, enrichi et explicité des passages, je me sentais un peu plus à l’aise niveau nombre de mots — bien que le compte n’ait pas explosé, 300 mots de plus environ.

Un point reste est le rôle d’Amina, que je voudrais être un adjuvant, tout bêtement quelqu’un qui l’aide à réaliser son objectif. J’ai déjà quelques idées — par exemple, elle l’aide à se rendre compte qu’il n’a pas besoin de Rubicon pour être en contrôle de sa vie. Ça demanderait une ou deux scènes en plus, à voir.

(merci @Oba de m’avoir encouragé à reprendre ça  :calin:)
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident (V2)
Posté par: Deofresh le 08 Juin 2022 à 14:09:06
Coucou Oper !

Je n'avais pas pu participer au Chameau à l'époque, du coup je n'avais pas pu te lire. Donc voilà mon regard tout frais pour venir apprécier ton texte.

D'entrée de jeu, je dois dire que le sujet résonne avec moi. J'ai moi aussi un vieux coucou que j'adore (un combi VW de 82  :D) et du coup, je me suis senti assez bien aux côtés de Sandro. J'ai assez bien visualisé le côté minimaliste du désert, de la voiture, de Sandro et de sa relation avec Amina. Le tout s'assemble proprement en une fresque d'une beauté relaxante.

Maintenant, tout n'est pas parfait malheureusement. Je trouve que tu t'emmêles un peu les pinceaux dans les temps du récit. Tu commences avec du plus-que-parfait, comme si nous étions dans un flash-back, puis tu passes brièvement par du présent avant de trouver ton rythme et de rester au classique imparfait/passé simple. Si je pouvais te donner un conseil, je te dirais de passer tout le texte à l'imparfait/passé simple : son déroulé est chronologique et je ne pense pas qu'un flash-back pour nous raconter l'entrée de la Jeep dans la vie de Sandro soit nécessaire.

Voilà pour le global, je te laisse avec le détail (j'ai peut-être un peu appuyé, désolé si ce n'est pas ce que tu cherchais)

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


À bientôt !
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident (V2)
Posté par: Alan Tréard le 09 Juin 2022 à 12:56:15
Bonjour Opercule,

Comment vas-tu ?


Ah ! Je suis ravi d'apprendre que tu comptes reprendre ce texte pour donner plus de sens encore à cette idée que tu as eue et que tu as cherché à représenter dans ce texte.

Je n'avais pas directement relancé la discussion sur ton texte ne sachant pas (au vu de tes réactions à nos commentaires) si tu souhaitais t'y atteler sérieusement ou non. Ça peut arriver de laisser en plan un projet le temps de le mûrir, ou même de vouloir laisser en l'état une idée afin de passer à autre chose.

Comme tu viens de signaler ton désir de reprendre ce texte, je me dis que ça peut être pour moi une occasion de développer mon ressenti sur le texte.


J'ai trouvé qu'Amina était énormément décrite à travers ses paroles ou ses actions, comme si ce qu'elle disait ou faisait laissait apparaître la vérité à propos de son intériorité.

Tu trouveras peut-être ici et là des obsessionnels du « show don't tell » qui préfèrent l'action à la description. Cependant, je serais à ta place, et au vu du profond réalisme de ce drame intérieur que tu décris, je m'éloignerais évidemment d'un tel concept inapte à répondre à des besoins d'écriture relatifs au drame.

Dans le genre fantastique, il suffit que quelqu'un se présente d'une certaine façon pour que l'on devine à son allure s'il est un gentil ou un méchant.

C'est ça le « show don't tell » : on sait qu'un personnage est méchant juste à sa façon d'agir... ^^

Pourtant, le drame se joue là où l'on ne sait jamais si un personnage est bienveillant ou malveillant à sa simple apparence. Les codes du drame n'ont rien à voir avec ceux des récits fantastiques !


Dans ce cas, et si c'est vraiment le drame intérieur que tu souhaitais transmettre à tes lectrices & lecteurs, je te conseillerais de décrire plus précisément l'état émotionnel d'Amina en ajoutant une multitude de détails révélateurs : l'excitation, l'angoisse, le trouble, la curiosité. Son visage pourrait être le reflet de ses émotions, ses sourires, ses mimiques, son regard, ses traits tirés.

En apportant des descriptions aussi précises du personnage, tu t'éloignerais de l'imaginaire, car tu apporterais des détails quasi-chirurgicaux, des détails révélateurs. Ce serait donc un pas en avant, un effort réalisé, vers la restitution d'un état émotionnel propre à cette femme si différente des autres. :)


Soit, j'espère ne pas me tromper dans l'analyse que j'ai faite du portrait que tu nous présentes ; en tout cas, mon intention est de t'apporter quelques repères artistiques sur les différences fondamentales qu'il existe entre les différents genres d'écriture et les contraintes qui en ressortent.

Encore merci à toi pour cette lecture, Chameau-Opercule, et bien de l'inspiration pour avancer dans la création de ton écrit. ^^
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident (V2)
Posté par: ZagZag le 12 Juin 2022 à 10:11:15
Coucou ! je repasse, donc
quelques remarques au vol :

Avec elle, il reprit la route des déserts à l’occasion ses premiers dessins pour des appels d’offres.
petit bug

un état et un revêtement différent, veiné de marques de soudures irisées, de renflements et de coups.
je trouve "irisées" de trop, mais je comprends que tu le gardes

Sandro reçut une voiture du cabinet, qui était ravi qu’il puisse enfin se présenter à ses clients dans un véhicule présentable.
Répétition malheureuse.

Il l’ouvrit : une photo de Rubicon, dans une rue non familière.
inconnue ?

Tout à coup c’était devenu une évidence : Amina avait prévu une expédition complète, jusqu’à la liste de courses qu’il n’avait qu’à confirmer.
c'est tellement évident que je ne suis pas sûr que ce soit la peine de mettre cette phrase.

Déjà, C'EST MIEUX ! je trouve :)
Amina est vachement plus impliquée dans l'histoire que dans mon souvenir, c'est chouette. Je trouve que l'on comprend mieux les choix du personnage, ce qu'il ressent etc. même si j'ai toujours un peu du mal à relate, mais c'est normal, vu le sujet, je suis loin de partager cette passion ^^
Mais trouve que le texte fonctionne vachement mieux, c'est du joli retravail !

A pluche
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident (V2)
Posté par: Jadis le 12 Juin 2022 à 19:11:26
Pour "suspicieuse", j'ai cherché un moment (je le sais ! je le sais !) et j'ai fini par conclure qu'il fallait lire "susceptible". On dit parfois d'une voiture qu'elle est susceptible en effet.
Titre: Re : 8 - Rubicon, ou les déserts qui décident (V2)
Posté par: Opercule le 14 Juin 2022 à 13:57:38
hello @Deo Merci pour ton passage !
Ah, dommage que tu trouves que les temps s’embrouillent. J’ai essayé de faire de mon mieux et je me disais justement que je ne m’en étais pas trop mal sorti. Peut-être que je devrais mettre tout au même temps, mais je voulais avoir une cassure entre le temps de la narration et les passages en plus-que-parfait.
Pour ce qui est du présent, je voulais en faire un présent de vérité général, comme au tout début ou en décrivant les esthétiques recherchées par Sandro.
Merci pour le détail, c’était très important et nuancé ; j’ai déjà effectué des remplacements que j’estime corrigent l’erreur.

Merci pour ton commentaire, @Alan !
Effectivement j’ai toujours cette idée en tête, d’être le plus détaché possible et de ne pas donner au narrateur le soin d’introduire les personnages.
Une piste pour donner plus de chair à Amina serait effectivement de lui donner une profondeur émotionnelle plus substantielle, plutôt que le modèle de "résolutrice de problèmes" placide.

Hey @Zag, je n’ai pas à te tirer les oreilles, finalement 👂
Argh, les coquilles, je ne pourrai jamais m’y échapper… Merci d’aider à la chasse :meeting:

Salut @Jadis, merci pour ton passage. Je voulais bien dire "suspicieuse", bien que ce choix de mot ne se retrouve pas dans le texte remanié, justement parce qu’il n’était pas le meilleur.
Mais oui, les Jeeps seraient aussi "susceptibles" ; j’aborde ce sujet plus loin :-)

Pour la suite, je réfléchirais à étoffer Amina, réfléchir sérieusement aux temps et l’importance réelle d’avoir du plus-que-parfait, éventuellement reformuler quelques phrases ici et là. Donc ce n’est pas la fin du remaniement, n’hésitez pas si vous avez d’autres réflexions.