Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Murex le 06 Juin 2021 à 10:09:27
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Parti à la fraîcheur de l’aube, son guide l’avait conduit en plein désert. Le soleil à présent donnait à plein, il suffoquait, il étouffait, il avait soif, il suivait en maugréant :
— Comment, vous m’aviez promis un spectacle grandiose, splendide, éblouissant, et à perte de vue il n’y a que des cailloux, rien que des cailloux, et qui plus est, nous n’avons plus une goutte d’eau, on va crever comme … comme… il était à ce point hors de lui qu’il n’arriva pas à terminer sa phrase.
— Ah ! mais c’est que les mirages, ça se mérite mon ami, et puis ils sont capricieux ces oiseaux-là, ils viennent quand ils veulent… Tenez, là-bas, vous avez de la chance, il y en un gros qui se forme.
— Où ça, où ça, je ne vois rien.
— Vous ne voyez rien parce que vous ne savez pas voir. Moi, je vois. Un beau mirage comme une île qui flotte dans le ciel, avec des cocotiers et une plage immense, et le ressac, et les eaux cristallines, et des vahinés à peu près nues, ah ! comme elles sont belles, les vahinés !
Il avait beau écarquiller les yeux, lui ne voyait rien, strictement rien.
— Oh ! Oh ! reprit son guide, et là, plus à l’est, voilà un grand voilier qui s’approche, un trois-mâts comme on en fait plus. II vire de bord, comme c’est beau toutes ces voiles qui faseyent, quel spectacle !
L’homme le regardait, s’il n’avait pas été si épuisé, il lui aurait volontiers sauté à la gorge, l’aurait roué de coups, puis l’aurait piétiné longuement, rageusement, avec application. Mais au lieu de cela, il se contenta de demander d’une petite voix d’enfant perdu :
— Où çà, où ça, je vous en supplie montrez-moi ?
— Mais, là, là, reprit le guide en désignant du doigt un point à l’horizon. Puis haussant les épaules : Il est vrai que vous les occidentaux, vous ne savez pas voir. Vous êtes trop cons, voilà tout. À quoi ça sert que je me donne tant de mal? J’étais plus peinard quand je vendais des beignets dans le souk.
À présent, toute sa rage était tombée, il suppliait son guide, il aurait donné son âme pour voir quelque chose, un ballon de baudruche lâché par un enfant, l’ombre d’une aile, un reflet sur le sol…
— J’ai soif, dit-il, terriblement soif, avant de plier les genoux comme un cheval fourbu.
— Oh ! Oh ! poursuivait le guide, et là-bas, là-bas, ces minarets qui apparaissent au-dessus des remparts de cette ville ancienne, et cette caravane qui s’apprête à en franchir les portes, et l’on entend même, oh ! ça c’est rare, vraiment rare, l’appel plaintif d’un muezzin.
Enfin, prenant conscience de l’état de son client, il le chargea sur ses épaules.
— Pauvre type, marmonna-t-il en conclusion, en voilà encore un qui aurait mieux fait de rester chez lui les pieds dans ses chaussons, ces gens-là ne savent rien voir, rien inventer, ils sont trop gras pour le désert.
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Bonjour, j'ai aimé lire ce texte, je le trouve très poétique.
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Merci pour ton texte. Comme toujours il est bien écrit et se lit facilement.
En le lisant, il me rappelait un que j'ai lu ici su ce thème. Je ne suis pas sur, mais je crois qu'il était de toi.
C'était l'histoire de deux personnages "perdu" dans le désert avec un guide qui raconte plein de chose.
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"faseyent" j'aurais appris un mot aujourd'hui tiens.
A part ça rien a redire en particulier. C'est fluide et ça se lit bien. J'ai du mal à commenter quand tout va bien.
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Whaa ma parole, il est beau ce texte :)
J'ai aimé la critique sur les occidentaux, bien que j'en fasse partie. Autodérision, je suppose... J'élargis ce que tu as écrit, je le sors du contexte, je le tricote et hop ! je me rends compte que la fin de ton texte est bien plus que vraie : lacher un occidental dans le désert, c'est mettre un ours polaire en Amazonie ! L'originalité des différente cultures, je crois, s'estompe de nos jours, dans un monde où l'on pourrait croiser un touareg en train de poser pour un selfie ! :D
Bon ce n'est que mon humble avis, je ne sais pas si tu avais l'intention de mettre une telle portée morale dans ton texte, mais j'aime.
Un lecteur satisfait de plus, un !
Merci bien
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Bonjour. Excellente récit comme d'hab'. On s'y croirait d'ailleurs ça m'a donné l'envie de boire une bière. J'ai bien aimé. PS J'ai bien aimé également l'image de @Almadji du Touareg qui pose pour un selfie ;D
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Merci à vous cinq, heureux que vous ayez pris plaisir à me lire. je n'ai pas grand chose à ajouter. Ce texte a été écris sans intention particulière, une idée qui me passe par la tête, le plus souvent étrange ou absurde et puis je développe, des fois ça marche et des fois ça déraille... alors poubelle. Oui, Cendres a raison j'ai déjà donné un autre texte sur le désert : "La pluie va venir" si je me souviens bien du titre. Le désert m'inspire, son vide est le lieu de toutes les élucubrations. Je donnerai un troisième texte prochainement sur ce même thème.
Bien à vous
Murex
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Merci pour ce texte ! Vraiment très plaisant à lire, on arrive bien à imaginer les paysages désignés par le guide.
Juste pour la fin " trop gras pour le désert" tu veux dire par là que il n'a plus la capacité d'imaginer des choses magnifiques dans un paysage austère et simple ? Je suis pas sur d'avoir compris ::)
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Oui, Ver à cheval, c'est un peu ça, "trop gras" pour moi signifie que le touriste, l'occidental en question est trop bien nourri, trop matérialiste pour être apte à percevoir la subtilité des choses, pour avoir l'esprit tourné vers l'imaginaire. Mais ça ne tient pas lieu pour moi de généralité, cette opinion n'est là que pour les besoin de ce texte.
Murex
Mais quel drôle de nom tout de même que "Ver à cheval" !!! mais j'apprécie tout ce qui est incongru.