Bonjour Jérôme.
Désolé devant la desserte réservée à tes phrases trublionnes, je m'introduis : ce que tu écris est très beau.
En revanche, cela souffre d'une tare qui, combinée à ses qualités, nous en interdit la lecture.
Mes mots sont à l'adresse de moi seul, et ne sauraient bien sûr pas souffrir de la maladresse d'une quelconque malveillance.
En d'autres termes : je dis des bêtises pour chercher laquelle suscitera ton amélioration.
Déjà, la première chose qui me saute aux yeux à la lecture de L'essence du monde, c'est ta volonté de bien faire. Tu sembles chercher sincèrement à faire du beau, et tu y mets les moyens lexicaux. C'est cool ! La chose qui me vient tout juste ensuite, c'est une impression visqueuse de démonstration. Moins que chercher à nous faire traverser un paysage, aussi abstrait qu'il fût, tu t'exerces à nous émerveiller de tes prouesses. Certaines personnes ne supportent pas ce genre d'intention ; c'est ce qui explique en partie l'interdiction que j'évoquais.
Une deuxième chose qui me frappe, c'est que tu n'oses pas effacer certains superflus, malgré leur criante indisposition. J'en trouve un exemple mentionnable dans l'image "battre à mon coeur", qui n'est ni amenée ni agréable à l'oreille, et qui trouble notre lecture. Dans le même sang de frappes, je m'apitoie sur le sort de toutes ces images côte à côte, qui étouffent de vouloir brûler l'autre. Honnêtement, je ne suis pas le Gardien du Donjon, mais si j'ai bien appris une chose sur la manutention utile de ces bêtes-là c'est qu'elles se bouffent entre elles.
Qu'elles fusionnent ou qu'elles aient simplement besoin d'air frais, tes phrases s'enchaînent sans l'espace nécessaire à leur épanouissement. A vouloir trop faire, et faire parfait, et faire en même temps, ben tu livres un musée illisible où les chef-d'oeuvres se juxtaposent en si grand nombre que l'on n'ose s'investir dans la contemplation d'aucun. Tu remarques qu'il est assez facile de réussir une belle image, et tu t'en émerveilles à pleins poumons ; je te fais remarquer qu'il est bien plus dur d'enchâsser cette image dans des objets fonctionnels.
Je salue ton goût, et blâme ton manque d'expérience.
Tu pourrais par exemple tenter d'écrire le même texte, incrusté des mêmes phrases, en deux fois plus de mots. Ou simplement introduire entre chaque phrase du texte ci-présent une phrase de plus, dans la règle qu'elle n'introduise pas d'image littéraire.
Grands Sangs, je n'ai même pas parlé de la notion de rythme.
Je salue ton courage et m'émerveilles de ton ardeur à écrire. Je te souhaite de continuer et de continuer partout pareil. Mes conseils n'ont pas vocation à te faire écrire tout de suite parfait, ni à te faire rechercher cette perfection. Ce serait dommage de se dire qu'écrire c'est chercher à écrire parfaitement, alors qu'écrire est surtout communiquer sur d'autres plans (à mon sens).
Je m'en vais à présent faire la liste d'écueils malheureux qui trahissent mes louanges précédentes.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Bref, le but n'est pas d'incendier individuellement ce que j'ai déjà noté comme une simple mauvaise gestion globale.
Ah, hydre de carbure, j'ai trouvé ça super bien trouvé, et bien amené ; c'est je crois la seule image qui m'a marqué de ce texte. Elle m'a beaucoup plu.
A la revoyure, en espérant te voir écrire à nouveau, de nouvelles histoires ! Tu te débrouilleras pas mal, j'en suis sûr.
Au plaisir d'échanger sur d'autres sujets avec toi.
Juguleurement,
Nacas.