Je retourne en pèlerinage du côté des premiers films de Makoto Shinkai, ainsi que de son dernier excellent film, intitulé Garden of words. Ce sont plusieurs choses fantastiques qui caractérisent d'emblée ses meilleures productions : ce sont ces personnages qui murmurent leur dialogue et leur histoire comme s'ils étaient happés par la mise en scène dynamique insistant sur les détails poétiques de leur environnement, même quand il est urbain et encombré, comme si leurs bribes étaient étouffées par la symphonie des bruits alentours, du crissement des portières métalliques, des annonces sonores dans une gare, des goûtes de pluies qui cognent contre un toit de tole, d'un grand coup de vent dans la nuit enneigée où le mont déboisé... C'est ensuite cette thématique de la distance entre les individus, distance que l'on retrouve également dans ses productions plus récentes et commerciales, distance qui s'accroit continuellement mais semble se rompre parfois, le temps d'un instant merveilleux et plein d'illusions, dans son premier grand film qui est un vrai bijou, cinq centimètres par seconde ; il nous apprend que la distance est nécessaire et qu'il ne faut pas s'en attrister, passer à autre chose et se rapprocher d'autres personnes sans quoi gâcher sa jeunesse et vieillir plein de regrets.
C'est en cela une petite poésie du passage à l'âge adulte, adulte qui apprend d'ailleurs à trouver la beauté dans un paysage urbain, dans un appartement encombré, dans un espace décrépi, frappé inlassablement par le mauvais temps ; le spectateur y est sensibilisé, et c'est pour cela que j'érige très haut l'oeuvre de ce réalisateur, malgré tout, car il a vraiment fait acte de poésie, chose infiniment rare dans le cinéma de manière général, ainsi que dans l'animation japonaise, qui ne se cantonne qu'au conte quand elle ne produit pas des films tout à fait codifiés, presque clichés, pastiches répétés de ce qu'ont pu faire des poignées et poignées de réalisateurs précédents.
Du reste, je prie pour qu'il obtienne un brin de liberté supplémentaire, à l'avenir, afin de réaliser d'autres oeuvres plus personnelles, comme à l'époque où tout était moins lisse et plus brouillon, extraordinairement plus beau et ambitieux.