Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes mi-longs => Discussion démarrée par: Feather le 26 Février 2021 à 19:33:23

Titre: L'envers
Posté par: Feather le 26 Février 2021 à 19:33:23
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 deuxième partie  (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=37069.msg587664#msg587664)

 troisième partie  (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=37069.msg587902#msg587902)

 quatrième partie  (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=37069.msg588061#msg588061)

 cinquième partie (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=37069.msg588239#msg588239)

 sixième partie (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=37069.msg588363#msg588363)

septième partie (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=37069.msg588460#msg588460)

huitième partie (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=37069.msg588553#msg588553)

neuvième partie (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=37069.msg588713#msg588713)

dixième partie (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=37069.msg588831#msg588831)


L’ENVERS

Le dessous de l’envers est comme une spirale qui jaillit de l’enfer, qui tournoie sur elle-même pour s’extirper de l’ombre et me laisse ce goût amer d’un destin fractionné.
Mon corps est charnellement attiré vers l’impensable réalité, celle-là même qui m’a guidée aujourd’hui vers toi. Comment aurais-je pu comprendre mon monde sans m’attacher à ton être tout entier? Traversant la lumière, mon désir s’est perdu dans une impression de déjà-vu. Alors que mon esprit naviguait entre indécision et confiance, mon corps vagabondait en suspension. Ton visage me retrouvait dans un nuage de vapeur, où ta voix me murmurait comme un son imperceptible, des douceurs nostalgiques.
Les mouvements de tes gestes m’enveloppaient d’une aura délicieuse. Tu étais là, mon héros, mon aimé.

Tout débuta un jour de printemps, je n’étais alors qu’une jeune femme pleine de rêves et d’ardeur.
La vie m’appartenait, ou du moins son apparence, car fragile était cette existence ; passionnée et amoureuse des instants fortuits, je savais saisir les moindres de ses délices.
J’avais pour habitude d’en déchiffrer les subtilités qui me transportaient vers un eldorado sans frontière. Comme un espace de permissives fantaisies où les plaisirs se livraient simplement avec des envies incommensurables.
 Assise au bord d’une rivière, les jambes ballantes au-dessus du vide, les bras reposés sur le muret de pierre, je rêvassais … et c’est alors que je t’ai vu sur l’autre rive. Grand, la silhouette svelte, tu portais un pantalon et un pull beige, sur une de tes épaules était négligemment jetée une veste kaki, à tes pieds des derbies marrons venaient soutenir cette démarche élégante. L’eau coulait paisiblement faisant écran entre toi et moi. Puis, au hasard d’un moment, j’ai croisé ton regard, j’y ai vu toute ma vie … oui, toute ma vie. Moi : perdue dans ma rêverie ne sachant pas comment m’inscrire dans un avenir proche. Car à l’époque tout se dérobait sous mes pieds, mon attirance pour les sensations douces n’était alors que mensonge et espièglerie.
Une facétieuse  tromperie.
Tu étais maintenant là, face à moi. J’étais électrifiée, comme tétanisée par ce frisson qui me parcourait tout le corps, des pieds à la tête. Et puis tu m’as laissée seule avec cette impression. Pourtant, je savais, au fond de moi, qu’une certaine révélation avait figé cette belle journée de printemps, tel un tableau impressionniste dont l’expression ne demande qu’à s’extirper des contours du tableau pour devenir une réalité transfigurée, palpable. Les rameaux des peupliers cambraient au vent, le verdoyant des feuillages virevoltants étourdissait, m’étourdissait. À la surface, un mirage se formait, vaporeuse était l’atmosphère.
J’aurais voulu te décrire mon être à ce moment-là, pour laisser une empreinte au travers de l’écho de ma voix, pour figer et donner à toute cette scène mythique un semblant de vérité.
Un soupçon de légèreté planait autour de moi. Cette suavité de l’air m’enveloppait et me réconfortait par un sentiment agréable et familier. Loin des futiles banalités des romances d’adolescent, je savais que quelque chose allait bouleverser mon existence.
Etait-ce ta présence immortalisée par cet espace doux et incalculable, ou ton charme opérant sur mon être insolent livré à mon rêve diurne ?
Je ne le saurai jamais… Cependant, l’évènement exprimait de par sa furtivité et son intensité un acte précieux, un signe prédestiné à mon bonheur naissant.

Rassemblant comme à mon habitude mes livres, mon ordinateur et quelques crayons à dessin, je fus surprise par ma désinvolture. En ce jour de printemps, le sifflement des étourneaux dans le tilleul en fleur présageait d’une belle journée. Ravie par cette tonalité insouciante, je me dirigeai vers la bibliothèque du quartier. C’était un endroit précieux où il était possible de s’installer en toute tranquillité sur les tables en teck qui surplombaient un terrassement arboré, où s’élevait majestueusement un Orphée massivement sculpté dans un marbre blanc.
Avant de m’y installer, je passai chez Mochaco, un troquet Italien aux allures florentines pour m’acheter un café que je déversai dans mon thermos puis je remontai les marches d’un pas alangui jusqu’à ma table habituelle.
Je prenais bien soin, avec un tact mesuré, de disposer mes crayons, mon pc et mes quelques bouquins, de façon presque protocolaire. C’était de cette manière que je me donnais cette fausse assurance qui me caractérisait. Je recouvrais mes épaules d’un châle violet qui m’avait été offert par ma mère pour mes 18 ans. C’était en quelques sortes mon fétiche, auquel j’attribuais des pouvoirs métaphysiques. Et je me mettais à écrire, toujours écrire, des banalités, sans aucune inscription vraisemblable. Des fragments de vie sans saveur pour qui aurait eu l’impudeur de lire et d’en comprendre toute l’incongruité.
Mais le délice d’écrire me procurait des sensations érotiques. Mon corps, alors se délitait face aux contraintes de l’écriture. Je retenais toute la fraicheur d’un instant exceptionnel. Je donnais, par cette action, un élan spontané et libérateur. N’ayant jamais ouvert mon cœur à quiconque, cette occupation quotidienne me procurait des impressions pleines de nouveautés. Ma chair vivait, transpirait donnant du sens à ma destinée, j’exultais.
Ce rapport charnel, ouvert sur l’extérieur et exposé au regard des passants me ravissait. La scène était plantée dans ce décor impersonnel et pourtant très familier. Mais il n’en était rien. Bien au contraire, la maitrise avec laquelle je travaillais libérait une sensation digne et respectable.
Aucune  confusion n’altérait la scène.

Ton regard intense et insolent marquait une certaine assurance intimidante. Tu as crevé ma bulle, libérant une certaine nostalgie d’un temps passé où mes souvenirs n’étaient que délires et chimères. Tu étais bien réel. Ton apparition délicieuse. Je me serais livrée à toi corps et âme. Je crois que je t’aurais tout accordé sans difficulté.
Tu t’es installé calmement à une table jouxtant un écriteau sommairement affiché sur le perron de l’établissement, et tu t’es mis à lire un quotidien. Puis après l’avoir feuilleté délicatement de tes longs doigts, tu as levé la tête vers moi, j’ai rougi et faisant comme si de rien n’était, j’ai avalé mon café maladroitement.
Je crois que j’aurais donné mon plus beau des péchés à cet homme qui avait hanté depuis le premier jour mes nuits. Il n’y avait pas un seul instant sans une pensée incarnée de sa présence fantasmatique. Il s’était écoulé une semaine, et je vivais, je le vivais. Son être était devenu un objet de fantasme, sublimé par le plaisir. La jouissance était telle que mon énergie se décuplait sous l’impulsion de mes idées vagabondes. Je le devinais nu, entièrement dévoué à moi.
Curieuse était ma tentation de m’approcher de lui, et de découvrir sa personnalité apparemment sereine et consciencieusement maîtrisée. Mais il n’en fut rien…pour un temps !
J’imprégnais suavement cette stature attirante par mon œil charmé qui réveillait en moi des émois jusqu’alors insoupçonnés. Je vivais enfin au travers d’illusions parfaitement maquillées de rêves et d’espoirs. Le soir, dans mon appartement, je l’imaginais teinté de grâce m’implorant toute l’attention d’un amour naissant. J’étais son esclave. Malgré mon détachement impossible, une liberté s’offrait à moi. Comme un élan imprévisible, une beauté surnaturelle, la vie prenait des tournures neuves.
C’était comme si ma personne demandait d’exister. Comme un affront à ma condition ordinaire, cette rencontre éveillait mon intelligence émotionnelle jusqu’alors mue par des préoccupations insipides. J’ordonnai au ciel de m’offrir plus d’audace, de témérité pour affronter cet élément nouveau empli de poésie.

 

Titre: Re : L'envers
Posté par: BAGHOU le 26 Février 2021 à 20:38:43
Bonsoir,  :) :) :) :)

Que l'absence fut longue, un manque et hop le voilà comblé...ravie de lire de nouveau du Feather et évidemment, je ne suis pas déçue. 8)

Ce début d'histoire est "banal" certes, une rencontre entre deux êtres et tout est possible...et pourtant rien n'est "banal", la richesse des mots, l'introspection du personnage féminin qui nous expose son intérieur pour appréhender ses ressentis, les images renvoyées. Evidemment que l'on veut en savoir plus, surtout que l'on pense deviner la suite, tout en rêvant et même en espérant se tromper et je suis certaine que l'auteure va nous emmener sur un territoire plein de surprises.

J'aime vivre dans la tête d'un personnage et puis cela me rappelle lorsqu'en sixième je prenais le bus tous les matins et j'ai connu mon premier béguin pour un jeune homme, certainement proche de 18 ans, tout de cuir vêtu, il se mettait toujours au fond du bus. J'ai mis des semaines avant de m'y risquer et puis un jour il n'était plus là, nous n'avons échangé que des regards. Mais, je me suis fais des films, des tas de films.

Alors, il faut continuer, je veux tout savoir. 8) 8)
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 26 Février 2021 à 21:05:46
Bonsoir Baghou,
Et oui, l'absence fut longue...tellement longue que le doute s'installe.
Je suis heureuse que tu rebondisses sur ce texte et m'encourages à poursuivre.
C'est important pour moi.
Merci , big merci

Titre: Re : L'envers
Posté par: txuku le 27 Février 2021 à 18:55:15
Bonjour

J ai ete un peu gene par l alternance de reverie romantique et tes descriptions assez froides des decors et des vetements ............
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 27 Février 2021 à 19:46:26
Merci Txuku pour ta remarque, j'en tiendrai compte pour la suite.
Titre: l'envers (suite1)
Posté par: Feather le 28 Février 2021 à 11:08:05
Le monde ne se dérobait plus sous mes pieds, il s’ouvrait. Et chaque déplacement était une occasion pour imaginer « la rencontre ». J’avais ainsi nommé ce phénomène nouveau. Ce bel inconnu représentait à lui seul un monde coloré et pimenté de rebondissements. Je vivais pleinement, dans ma chair, ces revers de situations nouvelles.
Lors de mes sorties au parc, à la bibliothèque, mon cœur battait la chamade, l’espoir de « la rencontre » insolite devait arriver tôt ou tard, selon ma croyance interne et mon désir grandissant de croiser à nouveau ce regard salvateur. Ma chaleur corporelle augmentait à chaque pensée sensuelle dirigée vers lui. Je compris bien plus tard que j’avais fabriqué une icône qui sacralisait l’amour que je me portais, lequel s’était nourrit de mes expériences.
 En parfaite amoureuse transie, je priais pour que l’instant d’une déclaration sincère et réciproque advienne.
Je retournais régulièrement à cette même bibliothèque. Les histoires que je m’étais fabriquées avaient un goût fantastique. Cependant, la peur de rompre ce charme par une confrontation me resserrait l’estomac.
Un jour, je le revis assis à la même place, avec cette même prestance délicieuse. Décontenancée, je n’osais bouger, les pensées se brouillaient, allais-je pouvoir parler, inventer un prétexte pour lui adresser un mot, un sourire ?
Mais rien !
Comment rompre cette boucle dans ma tête qui m’étourdissait et me rendais folle d’amour ?
J’étais devenue son pantin malgré lui, une poupée de chiffon qui courbait sous les inflexions du moment.
Seule confrontée à mes sentiments, j’espérais crever la bulle dans laquelle je m’enfermais délibérément. Lui étant l’agréable coupable de mon agonie sensuelle. Il me permettait d’égrainer et de semer des semblants affectifs autour de moi. Mes relations s’en voyaient plus fécondes, plus riches en intensité. Il était devenu, sans le savoir, mon carburant.
Et puis, au détour d’une rue piétonne, alors que je revenais du marché où j’avais acheté mes légumes, et que le soleil avait embelli ma matinée, je le croisai. Sans retenue, avec cette impression familière, je lui souris. Il me sourit, me renvoyant ma politesse. Cette fugacité prit des tournures d’éternité. J’atteignais l’apothéose, le summum de la légèreté bienheureuse. Et je repris mon chemin jusqu’à mon appartement en sous-pente. En passant la porte, la lumière inondait la pièce centrale, le sofa blanc siégeait comme une coquille nacrée, les coussins jaunes, bleu émeraude et vert canard alimentaient les seules touches de couleur de l’endroit immaculé. Sous la fenêtre, une orchidée renvoyait un naturel floral, un grand miroir reposait à même le sol. Dans son reflet, on pouvait apprécier la tranquillité d’une décoration minimaliste.
Dans cet intérieur, ma vie s’inscrivait paisiblement, rythmée de grasses matinées. Je me laissais facilement attendrir par l’aspect vaporeux d’une méditation qui s’imposait à moi. Depuis lui, je savourais les moindres instants, j’accomplissais sans réelle difficulté des actions jusqu’à présent impensables. C’est avec plus de fantaisie, qu’au réveil, je m’exécutais, comme une jeune première, à déchiffrer les mystères de cet intense optimisme. Je sortais tout droit d’une pénombre où rien ne suscitait le désir aussi intensément. Et à ce moment présent tout m’apparaissait idéalisé, revêtant un lyrisme positif. Ce bel inconnu, devenu énigmatique sous mon regard, nourrissait mon quotidien. Il m’était apparu comme mon semblable, à la fois fort et faible, une gémellité improbable et pourtant tellement vraie.
M’adonnant à la peinture, j’avais peint son portrait sur un grand châssis, restant fidèle à mes sentiments, je m’étais exécutée avec une certaine facilité. Comme une évidence, le trait était sûr, l’expression affirmée. Le tableau siégeait maintenant dans mon salon. Il s’imposait à la fois par la nervosité du tracé, et la quiétude du visage dont le regard vert transperçait la toile.
Je crois que je le vénérais. Je lui vouais un culte. Admirative et amoureuse, il m’élevait spirituellement. En lui attribuant un pouvoir de séduction extrême, je focalisais toutes mes préoccupations sur lui.


Titre: Re : l'envers (suite1)
Posté par: BAGHOU le 28 Février 2021 à 15:05:40
Bonjour,  ;)

Je bave d'envie pour cette faculté à faire vivre les mots. J'aime beaucoup la personnalité et le mode de pensée du personnage principal, elle est tout ce que je ne suis pas et pourtant elle pourrait être ma meilleure amie, mon complément. Et bizarrement, je me mets facilement à sa place  avec toutefois un petit quelque chose qui ressemble à de la jalousie, non pas dans ce qu'elle ressent, mais dans sa faculté à se l'exprimer. Bluffant.  :-¬?

J'adore et je regrette que d'autres lecteurs ne viennent pas plus lire cette bouffée de romantisme, cette rêverie d'amour, cette mise  à nue...
Titre: Re : l'envers (suite1)
Posté par: Feather le 28 Février 2021 à 16:11:26
Baghou encore une fois tes mots me réconfortent. Merci d'apprécier et de me faire partager tes impressions.
Titre: Re : L'envers
Posté par: txuku le 28 Février 2021 à 22:17:36
Bonsoir

La description du tableau me laisse une impression de trop de recul - trop froid et impersonnel.
Je ne pense pas que l on puisse avoir ce regard immediat sur son propre travail ???
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 28 Février 2021 à 22:39:38
Txuku,

Pour le second texte, je me suis appuyée sur ta première remarque et j'ai tenté d'approfondir mes descriptions notamment des espaces pour les rendre plus vivants.  Je vais tâcher de faire de même pour le passage du tableau, encore merci. ( l'impression de détachement vient peut-être d'un manque de focus sur mon écriture, un manque de concentration).
Bonne soirée
Titre: Re : L'envers (suite2)
Posté par: Feather le 01 Mars 2021 à 13:11:11
La confluence des sentiments autour d’un même homme. Retour peut-être à une situation originelle, quand autrefois le plaisir se délectait du sein maternel et me berçait d’une extase infantile. J’aimais cette impression féconde de bien-être, de cette élévation vers un monde intérieur jouissif. Ce parallèle à un ressenti primitif devenait une évidence. Les jours à venir revêtaient davantage de curiosité intellectuelle et sensitive. J’explorais un univers nouveau, mes moindres gestes s’emplissaient d’étonnement. Chaque matin, boire un verre de lait frais prenait des allures de rituel. Sa blancheur en faisait un breuvage sacré, me fortifiant l’esprit par son évocation maternelle. Délicatement, je m’amusais à me lécher les lèvres et à en éprouver la succulence sucrée. Ce qui jusqu’à présent me paraissait acceptable ou plaisant, devenait une alchimie pleinement active. Mon corps exultait. L’eau de parfum avec laquelle j’avais l’habitude de me parfumer, n’avait plus la même odeur. Mes sens, excités par cet homme, laissaient à la surface de ma peau une agréable fragrance sensuelle. Ce rapport que j’entretenais avec mon corporel était surprenant et inédit. Loin de m’imaginer étrangère à cette nouvelle vie, je l’apprivoisais sous toutes ses formes. Je ne me déplaçais pas de la même façon. Mes manières vestimentaires d’ordinaires masculines avaient laissé place à une révélation féminine dont les attributs, talons, jupes, cheveux détachés, remplissaient leur fonction nouvelle. Mes formes un peu trop généreuses fondaient au gré d’un appétit modifié. Ma gestuelle plus maîtrisée s’exécutait dans un espace plus présent.
Attachée à cette figure fantasmée, je voyageais inlassablement vers des découvertes oniriques. Louvoyant entre l’irréel et le réel, je me remplissais d’un bonheur singulier. Je n’aspirais plus à conquérir des plaisirs inassouvis, mais à conquérir l’homme qui s’affichait dans mon esprit. Je lui inventais une vie parallèle. Je sculptais un être extraordinaire, son profil fictionnel rendait grâce à l’amour inaccessible. J’accomplissais chaque jour, avec une rigueur minutieuse et une attention scrupuleuse, une mise au point de mon état affectif. Je lui dédicaçais mes journées et le remerciais d’exister. Il était mon Apollon, fier, inébranlable, avec une part mystérieuse. Je m’étonnais de m’appréhender si patiente devant tant de joie, à rêvasser sur une éventuelle vraie rencontre. J’en scénarisais le moment. J’avais fabriqué un mythe. Etait-ce dans mon intérêt de franchir la frontière de mon imagination et rendre à ce mythe une dimension plus rationnelle ? Il était l’objet de toutes mes interrogations. Pourtant, une certitude m’envahissait, c’était de ne pas perdre mon objectif d’adorer cette personne intrigante. Car il était devenu mon mentor, ma source inspirante. Je m’attelais donc, chaque minute écoulée, à entretenir ma fervente illusion. Mon obsession devenant, sous l’attrait passionné, une adoration.
Ces jours-ci, je sortais motivée, je courais le long des berges afin de masquer les conséquences de mon âge. Approchant la quarantaine, je n’étais plus convaincue de plaire, d’être séduisante. Cependant, avec lui, je me redécouvrais différente, passionnée, pleine d’entrain et d’audace. Il me permettait cet ancrage dans une réalité en phase avec moi-même. J’en devenais accro, comme une patelle accrochée à son rocher. Mes pensées me rendaient consistante en apparence, ce roman imaginaire n’était pas un substrat littéraire mais bien quelque chose de vivant, complétement addictif. Comme un shoot d’adrénaline rendant à mes instants d’incertitude une beauté hallucinée. Je faisais preuve de plus de créativité dans ma façon d’aborder mes journées. Un optimisme bonifiant régnait en maître au-dessus de ma tête. Heureusement, cette positivité, bien qu’excessive par moment, n’atteignait pas l’euphorie maladive, qui aurait pu me faire sombrer dans une dissociation où une perdition de tous mes repères.
Certes, je transférais peut-être sur cet homme une affection débordante, jusqu’alors tu par une timidité que j’essayais de combattre. Ces sensations faisaient écho, d’une certaine manière, à une frustration ancienne. Quand jeune j’aspirais à une vie autre, pleine d’utopies. Bercée par des archétypes de contes de fée.   

Titre: Re : L'envers
Posté par: Aizenmajnag le 01 Mars 2021 à 14:48:39
bonjour, belle manière de retranscrire vos sentiments pour cet homme (on dirait presque de la fascination??)
on reconnaît toutefois l'amour passionnel que vous lui portez
Titre: Re : L'envers
Posté par: BAGHOU le 01 Mars 2021 à 15:30:09
Bonjour,

 :banane: J'ai trouvé une coquille dans toute cette quasi perfection :
Citer
J’en devenais accroc
Pas de c, ce n'est pas l'accroc d'un vêtement.

A l'exception d'une phrase qui ne m'a pas interpelé, je trouve tout cela prenant et même envoutant, une sorte de mélopée reposante à la lecture. Me retrouver ainsi dans la tête du personnage me sort de mon quotidien et pendant ce temps mon thé refroidit.  ::)

Par contre cette introspection sauf si elle est voulue, doit soit évoluer vers autre chose, soit être nourrie par des évènements extérieurs. En effet, dans mes devoirs de philo j'usais et abusais de dire une même idée de plusieurs façons, cela donne une sorte de redondance qui certes n'est pas préjudiciable, en l'espèce,  tellement c'est bien écrit, mais lorsqu'on s'approche un peu plus, cela se voit et donc cela devient inutile et dessert le texte pour les lecteurs attentifs.

Au plaisir de lire la suite.  8)
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 01 Mars 2021 à 15:53:59
Baghou,
(Merci pour la correction.)
Je comprends ce sentiment de lourdeur et de redondance, ceci dit, l'histoire est à son début...( je relis très  peu mes textes, je ne me méfie pas assez des répétitions)j'espère que l'inspiration à venir permettra d'étayer le contenu de rebondissements plus croustillants 😉
Bien à toi.

Bonsoir Aizenmajnag,
Merci d'être passé par là et d'y avoir laissé un commentaire.
Cet homme est certainement dans ces trois premiers textes un prétexte à l'élaboration de l'amour de soi. Et oui il reste fascinant. Pourtant, Il pourrait  n'est qu'un miroir à l'éveil, finalement,du personnage principal.
(Ceci reste une tentative)
Titre: Re : L'envers (suite3)
Posté par: Feather le 02 Mars 2021 à 17:50:23
Naïvement, je continuais à croire à la somptuosité des évènements, qui comme une croisée des chemins, allait parsemer mon existence d’imprévus. C’est alors qu’arriva l’impensable destin.
Quelques années après, «  la rencontre » m’habitait encore.
Je n’imaginais pas mon pouvoir, mon ingéniosité, quand un soir, prise d’une fièvre, je succombai à la folie délirante. Mon pygmalion me hantait au point de m’affranchir de ma raison. Toute cette mascarade illusionnée n’était qu’un rêve. Je n’étais que moi-même, en prises avec mes craintes et mes peurs. C’est donc en déambulant comme un revenant dans mon espace feutré qu’une ombre vint me caresser le visage. C’était comme un nuage de fumée, puis la forme m’enveloppa énergiquement, me laissant livide et morte d’effroi.  Je tressaillis  sur place, suffocante. J’essayais de crier, mais aucun bruit ne sortait de ma bouche. Sur mon front, des gouttelettes perlaient et m’embrouillaient la vue. Je ne savais que faire. Me débattre, contre quoi ? Contre un fantôme ?
Non, mon instinct me commandait… je fermai les yeux et, implorant Dieu de me sauver de cet emprisonnement mental, je me mis à sangloter et à perdre du sang dans l’entre-jambe. Je me vidais de tout mon être. Le sol vermeil se dérobait sous mes pieds, je m’enfonçais avec lui vers une béance lugubre.
Et puis on frappa à la porte. Je fis un bond, et sortis soudainement de mon sommeil.
Je n’avais pas connu de cauchemar si intense. Etait-ce un signe, un appel à l’aide ? Ou était-ce un revenant ? Ma conscience me fatiguait à tel point que je n’arrivais plus à respirer calmement. La personne qui frappait à la porte était une femme accompagnée de son fils qui sollicitait de l’argent pour le financement d’un voyage scolaire. Cette requête me ramena à la réalité, et poliment, n’ayant jamais d’espèce avec moi, je leur souhaitai bonne chance.
En m’entendant dire le mot chance, un rictus se forma sur l’une des commissures de ma bouche. Ça chantait comme le chant d’un merle dans un cerisier en fleurs.
Le printemps venait tout juste de faire surface, et cette panique était dérisoire au vu des merveilles qui allaient s’offrir à moi.
Travestissant mes sentiments en de pures tentations charnelles, mon rapport corporel avec l’espace décuplait de telle manière que les stimuli extérieurs impactaient sur ma motricité. J’étais une tout autre personne. J’enjambais mes travers identitaires comme une alchimiste démoniaque. Une nouvelle révélation s’offrait au jour prenant une forme particulièrement inattendue. Alors que je n’étais pas retournée à la fameuse bibliothèque depuis quelques années, pour des raisons que je ne saurais dire, je pris la décision de m’y rendre à une heure propice, quand le soleil est au zénith.
Et là, à ma grande surprise, cet homme vêtu à l’identique, lisait.
J’étais terrifiée par la coïncidence, les choses n’avaient pas bougé depuis mes habitudes passées. À l’exception d’un soliflore contenant une rose pourpre qui siégeait au centre de chaque table. Le cadre était presque parfait. Je pris donc place. Un silence monacal rayonnait entre lui et moi. Nous aurions pu être des humanoïdes programmés par un quelconque fantaisiste, tant la probabilité de revivre à présent « la rencontre »  outrepassait l’espace-temps rationnel.
Mon regard se porta sur l’éditorial du journal où je pus lire le titre en lettres capitales qui annonçait « la crise de la société française et du monde capitaliste ». Mon attention se porta sur la date figurant à la gauche de l’article 10 juin 1975. Je vérifiai à nouveau… C’était bien cela. En panique, j’apostrophai l’homme pour l’interroger…lui demander la date de parution…lui demander quelle était l’année en cours … il restait de marbre… je lui criai dessus pour en savoir plus…mais rien, rien ne semblait signifier un mouvement ! Sa posture était figée, je remarquai la blancheur de sa peau lisse comme de la soie. Tout était réglé au centimètre près, le pli parfait du pantalon malgré la cambrure de la jambe, le vernis étincelant des chaussures lequel ne montrait aucune marque d’usure. Que se passait-il ? Où étais-je ?
Telle une nébuleuse, l’image se floutait. Au risque de me perdre dans cette invraisemblable ambiance, je m’accrochai à ma lucidité pour ne pas m’oublier dans une angoisse mortifère. J’essayai de froncer les yeux, d’éclaircir ce mystère. J’étais malgré tout perdue par cette hallucination. Je me délitais, impuissante face à cette figure que j’avais tant fantasmée, qui avait nourri mes nuits d’un érotisme sensuel. Et m’avait ouvert sur une nouvelle perception du bonheur.

Titre: Re : L'envers
Posté par: txuku le 02 Mars 2021 à 18:01:20
Bonsoir

je suis........ :-¬? :)
Titre: Re : L'envers
Posté par: BAGHOU le 02 Mars 2021 à 18:05:50
Bonjour, :)

Quelle surprise ! Un sacré retournement pour ne pas parler d'envers même. Le titre trouve là un nouveau sens.

Un nouveau rythme à l'histoire, une nouvelle ambiance, le lecteur ne peut s'y attendre, il se demande même si l'auteure ne se serait pas jouer de ce qu'il croyait savoir ou deviner de la suite.
J'aime beaucoup, même si avec les chapitres précédents on avait pléthores de détails, de ressentis et là, le rythme accéléré nous coupe de cette habitude qui nous berçait. En tout point bluffant cette capacité à retourner comme une crêpe une situation qui semblait s'enliser.

Bravo. :D
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 02 Mars 2021 à 19:26:23

Merci Txuku et Baghou

je suis ravie que mon texte trouve un écho favorable, vos remarques ont été essentielles pour moi.

j'espère que la suite saura vous plaire.
Titre: Re : L'envers (suite4)
Posté par: Feather le 03 Mars 2021 à 19:26:39
C’était un monde virtuel aux dimensions extensibles dans lequel les objets gravitaient sans attache autour d’un même noyau : moi. J’étais la proie de mes désillusions. L’anachronisme de la situation me plongea dans un état  cotonneux. L’excitation procurée par la stupéfaction me laissa hébétée, suspendue à un temps sans horloge. Intérieurement, les idées se choquaient en créant des circonvolutions autour d’un vide ténébreux. L’envie de toucher, de confondre mon être à cette réalité délirante, de sortir forte de cet underground, me procurait une curiosité mêlée de folie. Etais-je observatrice d’une scène apocalyptique ?
1975 était l’année de ma naissance… La tête entre les mains, ballante de droite à gauche, une question me revenait en boucle : Comment était-ce possible ?
Je crois que nulle personne ne pouvait me donner de réponse, si ce n’était moi. Je partis dans un soliloque outrageusement délirant. Ma voix prenait des accents étranges, un charabia écholalique enveloppait mon être affaibli…et je perdis connaissance. Une heure plus tard je me retrouvai dans un dispensaire, où l’on m’expliqua que j’avais fait une crise d’hystérie.
Je connaissais une cartomancienne qui tirait le tarot à quatre rues de là. Je décidai de la consulter quelques jours plus tard.
C’était une belle femme, légèrement opulente, apprêtée d’une longue robe aux couleurs chatoyantes. À son cou un sautoir orné de perles rouges anthracites habillait une peau tannée légèrement halée. Elle me fit entrer dans une pièce à la lumière tamisée. Un chat mi-ange mi -démon était allongé sur une banquette élimée.  Le lieu respirait la paix et l’étrangeté. Je m’y sentis bien immédiatement.
Après m’avoir dévisagée, d’un signe discret, elle me fit m’asseoir, autour d’un guéridon face à elle. Elle y déposa scrupuleusement des cartes, successivement par rangée de trois. Puis elle leva la tête et me regarda droit dans les yeux sans aucune manière. Alors que je ne m’y attendais pas, elle me fit une tirade cornélienne. M’avertissant que quoi qu’il arriverait, j’étais maître de mon destin. Que les astres me protégeaient. Elle put également voir des messages obscurs, mais qui selon elle, n’avaient qu’une faible teneur prédictive, et en aucun cas ne pouvaient représenter de réels écueils dans ma vie. Elle me parla de  personnes qui gravitaient  autour de moi,  famille,  concierge, voisins… en mettant l’accent sur quelques détails  plus que plausibles. Puis vint le moment tant attendu : un homme d’une carrure élancée allait entrer dans ma vie. Cet évènement allait bouleverser mon univers intime et m’éloigner de mon existence actuelle. Elle ajouta que cette personne était une effigie...  Comment devais-je comprendre ceci ? Une personne représentant une autre personne ?
Je nageais à nouveau dans un flou abyssal.
Le doute de la dualité me submergeait. Comment allais-je vivre cette ombre obsédante ? Car elle était bien là cette ambivalence. Autant j’avais eu confiance en moi, autant maintenant, l’incertitude me foudroyait. L’ouragan m’avait terrassée. J’aurais voulu m’extraire de cette impression omniprésente qui, lorsque je ne songeais plus aux élucubrations de cette sorcière, me réapparaissait sous formes de tensions nerveuses me comprimant l’estomac et le sternum. Je perdais en confiance. L’évocation de cette date symbolique, m’interrogeait sur mon devenir, allais-je me volatiliser, m’effacer sur une trajectoire inachevée? Comment pouvais-je réinventer ma vie en polaroïd, et au final en dessiner la cartographie ?
Mon esprit se perdait. Je voyageais dans un monde intérieur sans issue, à la fois terrifiant et mystérieux.
Après cet épisode, j’étais sujette à des fièvres nocturnes. Ma santé se détériorait de jour en jour. J’avais le sentiment de me métamorphoser progressivement en cafard Kafkaïen. Mais à la différence de Gregor, je n’avais pas de carapace, au sens figuré du terme. Je me sentais faible et impuissante.
Certes, la société dans laquelle j’essayais de briller se révélait exigeante et cruelle. J’aimais mon métier, en tant que rédactrice d’un magazine, je ne m’ennuyais pas. Je faisais preuve d’innovation, c’était assez bien reçu dans le milieu de la presse écrite. J’en espérais, cependant, toujours trop. Je puisais constamment dans mes ressources.
Titre: Re : L'envers
Posté par: BAGHOU le 03 Mars 2021 à 20:03:01
Bonsoir,  8)

Hmmm...ça va vite, très vite, même pour le lecteur.  :-¬? Il faut trouver un juste milieu ou mieux une harmonie de tempo pour ne pas soit hypnotiser le lecteur pour les trois premiers actes, soit l'essouffler à s'évanouir dans les deux derniers actes. Trop lent et le descriptif gâche un peu, trop rapide et le descriptif vient à manquer car on n'a pas le temps d'analyser toutes les images que nous envoie l'auteure, du coup il nous manque des informations, des petits détails, de lieu, de temps, de situation.

Se faire happer ainsi dans une histoire, c'est comme le grand huit, j'aime beaucoup.  :) L'histoire a des airs de déjà vu, mais pas tout à fait et c'est très intéressant ce côté déjà vu qui est agaçant dans le quotidien lorsqu'il nous tombe dessus.

Très bien ficelé tout cela, l'auteure tient un truc du tonnerre... ;)

Je crois qu'il faudra une fois l'histoire terminée revoir, les petits trucs laissés de côté pour parfaire le tout.

Félicitations. 8)
Titre: Re : L'envers
Posté par: txuku le 03 Mars 2021 à 20:13:19
Bonsoir

J apprecie tes descriptions chatoyantes......... :)

Ici :
Citer
à la fois terrifiant et à la fois mystérieux.
on peux se passer du deuxieme a la fois ?
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 03 Mars 2021 à 20:37:33

Super Baghou et Txuku.
C'est assez difficile de ne pas sombrer dans les clichés...
Oui, Baghou, je pense bien effectuer une lecture finale pour aligner tout cela et apporter les corrections nécessaires , je prends bien évidemment note de tes suggestions judicieuses.
Bonne soirée à vous deux.
Titre: Re : L'envers
Posté par: Aizenmajnag le 04 Mars 2021 à 10:41:17
Je ne me lasse pas de lire vos récits (autobiographique?) et ai hâte de lire la suite^^ Les phrases sont tournées d'une manière captivante et la richesse du langage impressionne. A bientôt pour le prochain j'espère
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 04 Mars 2021 à 13:43:19
Bonjour Aizenmajnag
Heureuse que cela vous plaise.
Pour la suite, j'y travaille...peut-être ce soir?
Et non, ce n'est pas autobiographique.
Titre: Re : L'envers (suite 5)
Posté par: Feather le 04 Mars 2021 à 19:32:34
« À poursuivre l’espoir, on parvient à gravir des montagnes », cet aphorisme très personnel me guidait. À chaque pensée inédite, je m’amusais à écrire sur des supports improbables, paquets de cigarettes, factures, canettes de soda… Comme tout pouvait être prétexte à philosopher, je laissais partout derrière moi une empreinte poétique. Le plus surprenant, je pense, était le mur accolé à mon lit, marquant la séparation entre l’espace salon et l’espace nuit. Plus un seul centimètre carré de peinture n’était visible. Les graffitis, les mots jonchés délibérément recouvraient ce pan très intime de façon très stylisée. L’impudeur de ce geste m’aidait parfois à surpasser mes réticences. Je puisais mes forces dans un éternel bain de création fantaisiste, où inhibition et exubérance contrariaient et mettaient en éclat une personnalité originale. Cette originalité féconde m’avait valu le prix de la meilleure éditorialiste de l’année, dans la rubrique « des arts figuratifs » du mensuel « z’artum ». Cette propension spontanée à la déclaration sauvage et incontrôlée, me privait d’une cruelle exigence envers moi. Infatigable dans mes échappées prosodiques, ma discipline m’engageait à une autosatisfaction maladive, me faisant arpenter des travers autocentrés. Par moment cela en était même maniaque. Ce refuge dans les sillons de l’écriture était un exutoire fascinant où contrastaient des dérives inexplorées aux entrechats d’idées excentriques.
Un dimanche matin, gênée par le bruit de la pluie qui déferlait en trombes sur le vasistas, je sautai de mon lit. Trébuchant maladroitement sur une de mes chaussures laissée négligemment sur la descente de lit en peau de mouton, je me sentis observée. Je rougis et me mis à sourire. Sa présence… De son charme envoutant exultait une familiarité pudique. Tout en le regardant, je laissai tomber mon tee-shirt, ma poitrine dénudée s’offrait à lui. Je décidai de me recoucher, et là sous la couette, je me mis à me caresser langoureusement, puis avec une excitation plus intense, jusqu’à l’essoufflement jouissif. Et je me rendormis. 
Le réveil fut très agréable. Je remerciai ce visage, encadré modestement d’un ruban rose parme, d’exister. Je prenais soin de tailler méticuleusement mes pinceaux pour un rendu raffiné et personnalisais mes empâtements pour les reliefs souhaités. Ma technique instinctive faite d’improvisation caractérisait ma façon de peindre. Au-delà de l’aspect distractif de la peinture, ce tableau prenait de jour en jour une place plus importante et symbolique. Je ne m’en détachais pas. Je me couchais, m’endormait avec son imprégnation. Il était tout, comme ce premier regard sur l’autre rive.
 « La rencontre » prenait à nouveau vie. Les étoiles, selon la prédiction, distillaient ces petites réjouissances devenues au fil du temps inaccessibles.
Titre: Re : L'envers
Posté par: BAGHOU le 05 Mars 2021 à 17:30:30
Bonjour, :)

Je reste un peu en suspens, il me manque quelque chose entre cette nouvelle partie et la précédente, le lien ne se fait pas naturellement comme si cette pièce du puzzle ne s'emboitait pas, c'est gênant.  :o

Le propos est juste, les phrases et les idées sont intéressantes, mais il manque ce côté peps dans l'histoire. Il faut faire des pauses Feather...  ;) ;)

La seconde partie avec le tableau est pas mal du tout.  :noange:
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 05 Mars 2021 à 17:57:01
Oui, tu as certainement raison, je vais faire une pause et prendre note de ton observation concernant peut-être le manque de fluidité et de liaison entre les textes.
Les lecteurs risquent aussi de se lasser.
J'ai préparé une éventuelle suite...
Me conseilles-tu de ne pas la publier?
Je me réfère à toi, tu es l'une des seules à m'avoir accompagnée dans cette aventure.
Titre: Re : L'envers
Posté par: BAGHOU le 05 Mars 2021 à 18:15:50
Hmmm... délicat, je crois que la meilleure option serait de revoir ce chapitre sauf si tu le trouves correct. L'auteur(e) doit rester maître de ses écrits. ;) 8)
Titre: Re : L'envers (suite 6)
Posté par: Feather le 05 Mars 2021 à 18:25:14
Pour des raisons que j’ignorais, j’oscillais entre des envolées théâtrales et des silences sans mots. Quant à ma force, elle se figeait. La trivialité de mes pensées agrémentait ma spiritualité de penchants surnaturels. Mais tu étais toujours là, triomphant sur les affres du cœur. Tu ne m’égarais pas, tu m’aidais à me découvrir. Seul, comme quelqu’un d’insolite, ton pouvoir était tel qu’il me transfigurait.
Et c’est ainsi que je passai l’été qui suivit, avec ta présence qui m’enlaçait et me faisait rougir à la moindre évocation érotique. Tu m’avais apprise à susciter de l’attrait, à réveiller une séduction que j’avais perdue. Tu exerçais une attraction hors du commun.
Mon dialogue intérieur, riche d’improvisations, me nourrissait. Je m’amusais à l’associer à mon dessert favori, une tarte aux fraises, montées de chantilly bien appétissante. Les fraises rondes, juteuses représentaient les objets du délice. La chantilly, blanche, aérienne, pouvait être le plaisir tendrement procuré par le pêché gourmand. Et le fond de tarte, était ma manière d’accéder à l’illusion  d’un appétit bercé de sensations folles. J’aimais travestir mes impressions en substrats interminables. Parfois mon imagination tellement débordante m’enfermait dans une exubérance et une frénésie sans borne.
Mais ce délire sonna sa fin le jour de mon anniversaire.
Je n’étais, alors, en apparence, qu’une jeune femme stable et socialement installée, quand ma transformation s’exécuta comme un tsunami.
Ma passion pour les arts visuels, datait de quelques années avant mon déménagement, à l’époque j’appréciais vagabonder dans les venelles dont l’étroitesse rendait un charme hors du commun à cette ville historique où enfant j’aimais déambuler. La hauteur des habitations, la singularité des façades et la pureté des couleurs m’inspiraient. Il me suffisait de lever la tête et de capter la profondeur d’une vie suspendue aux souvenirs d’antan pour vouloir immortaliser l’instant. Flashant avec mon Canon reflex et voulant imprimer cet aperçu d’une marque originale, je parachevais tout un monde capable de transmuer un cafard en papillon blanc. Les rais du soleil dansaient dans cette élévation monumentale comme une fuite ascensionnelle.
Au moment d’éprouver toute la soudaineté esthétique, je me vis. J’étais là, sur ces façades, entre fiction et réalité. Je me dédoublais. Ce spectre fascinant et inquiétant me parlait et prenait forme dans mon appareil photo. J’entendais mon écho, la réverbération de mon profil dans cette apparence fictionnelle. Le fantastique se mariait au réel.
C’était mon effigie. Je devinais toute l’absurdité du phénomène !
Comme un tout unifiant, limpide et nettoyé d’impureté, une osmose sidérante.
Il était face à moi, cet amour, ce sentiment grandiose qui m’appartenait et qui avait revêtu l’apparence de cet homme sorti tout droit de mon imagination. Telle une fusion identitaire, ma passion nourrie de mon sentiment solitaire me frappait au visage. C’était un monde féérique où l’apparence n’existait pas, où la chair se décomposait en un amas de lucioles, dans la noirceur de mon esprit en perdition.
La vision de cet être idéal n’était finalement que mon inconscient. J’essayais de fuir les remords que j’avais enfouis des années auparavant. Lorsqu’après t’avoir perdu à jamais dans un accident de la route, tu me hantais encore. Toi, Malo.
 
Titre: Re : L'envers
Posté par: BAGHOU le 05 Mars 2021 à 19:23:26
Oh, oh ! On retrouve Feather.  8)

Le seul point un peu abstrait reste la courbe du temps qui échappe un peu au lecteur car elle n'est donnée que par petite touche.

Tout le reste reste prenant et si bien exprimé. Pfff...c'est agaçant ce savoir-faire.  :)

Bonne pause...mais pas trop longue. :???:
Titre: Re : L'envers
Posté par: Claudius le 05 Mars 2021 à 21:10:11

Ah ! C'est, comment dire ? Il y a des mots pour ça ? Ah oui : époustouflant, bluffant, surprenant, en fait magnifiquement bien écrit.

Je ne sais où tu vas chercher tous ces mots, mais c'est riche d'images, riches de vocabulaires, riche d'idées !

Je m'accroche à cet envers comme une araignée à sa toile, et j'attends haletante la suite !

Ah, j'ai vu quelques bricoles en première lecture mais j'avoue que ça ne m'a pas arrêtée et que je ne sais plus où. Je relirai avec une approche différente.

 :mafio: :mafio: :mafio:
Titre: Re : L'envers
Posté par: Manu le 05 Mars 2021 à 22:18:21
.
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 06 Mars 2021 à 08:32:17
Merci à vous trois, Baghou, Claudius et Manu.
Mon texte est bien reçu par la critique 🙂 et c'est chouette.

Manu, ce qui est de ta remarque concernant, la troisième personne...je n'ai pas tout compris.🤔



Titre: Re : L'envers
Posté par: Manu le 06 Mars 2021 à 13:40:31
.
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 06 Mars 2021 à 15:06:46
Oui, je comprends mieux, peut-être que la transition est trop franche et du coup crée une ambiguïté de sens. C'est aussi sur ce flou que mon texte repose. Je vais y repenser.
'Cet homme' si je ne me trompe pas, c'est l'homme de la rencontre, le sujet fantasmé.
Titre: Re : L'envers (Suite 7)
Posté par: Feather le 06 Mars 2021 à 16:29:40
Mon amour de jeunesse avec qui j’avais rêvé ma vie, construit et envisagé celle-ci sur des rires immanquables. Cette union décomplexée m'avait enchantée.
Nous étions tous deux épris d’une même liberté. D’une fraîcheur qui ne se calcule pas, qui se vit intensément et qui propulse l’espoir dans un tourbillon inlassable. Une insouciance qui excelle par une joie fraîchement cueillie. Une ambition à faire blêmir les plus téméraires et les écorchés d’un paradis perdu.
Façonner nos aspirations les plus improbables, se murmurer l’amour au son de ta guitare, combien de fois n’avons-nous pas ri aux éclats, imaginé nos enfants ?
Cette complicité jalousement préservée et cette fusion innée de nos corps et nos âmes enchaînées. Nous combattions sans arme, avec une telle facilité, les erreurs de notre jeunesse passée. Sans aucune honte de nos effronteries, nous jouissions d’ardentes élancées. Nous conquérions volontaires les arcanes de notre panthéon d’honneur. Nous rougissions de notre angélisme. Nous en jouions. C’était comme jouer à saute-mouton, les obstacles s’effaçaient derrière nous. Sur du Jude, nos prémonitions sonnaient comme les signes d’un bonheur précieux. Les instants instillaient l’amour.
Nous étions prince et princesse dans notre monde sacré. Pour seule religion, notre croyance  en notre pouvoir illimité.
…J’avais refoulé tous ces sentiments et voilà qu’ils se révélaient à nouveau.
Avec le temps, cette joie s’était transformée en une faille. Comme une amnésie, j’étais moi, toi, confondus. Je projetais mes sentiments sur cette silhouette inconnue, qui prenait une consistance palpable sous l’appel d’un désir, du désir de te retrouver.
Ton sang injecté dans mes veines me prémunissait du désespoir. Depuis ton départ, ma faculté au déni me transmuait. Le paradoxe était cet enfermement dans lequel je me débattais. Car après le drame de l’accident, tout me paressait intolérable. Durant des mois, je restai enfermée dans notre appartement, à l’agonie, sans perspective. La créativité m’avait quittée et repenser mon existence sans toi n’était pas concevable. Je restai dévastée des années, sans pouvoir m’approcher de mes désirs, sans en éprouver le moindre frisson. Je chérissais le moment de te retrouver, au point d’alléger ma souffrance. Mais à chaque étincelle de vie, je ressentais ta présence déguisée. Je compris que tu ne m’avais jamais désertée. Maintenant, je te dédicaçais mon éveil à la raison, je renaissais après cette absence volontaire.
Et puis…
Un an passa…
Titre: Re : L'envers
Posté par: Aizenmajnag le 06 Mars 2021 à 16:50:46
Oushhh toujours aussi palpitant et joliment formulée rien à revoir dans vos textes
Titre: Re : Re : L'envers (Suite 7)
Posté par: Claudius le 06 Mars 2021 à 16:58:22
Citer
Mon amour de jeunesse avec qui j’avais rêvé ma vie, construit et envisagé celle-ci sur des rires immanquables, et enchanté mes premières années de cette union décomplexée.
Je ne suis pas convaincue par cette première phrase elle me semble un peu mal ficelée.

Citer
C’était comme sauter à saute-mouton
euh, trouver un autre verbe ? Pas jouer puisque tu l'utilises juste avant.

Sinon, j'attends l'année qui vient toujours à l'affut... et c'est bien des passages courts je peux mieux m'y attarder !

 ;) ;)
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 06 Mars 2021 à 17:23:27
Merci Aizen. (Je me permets de raccourcir ton nom de peur d' en écorcher l'orthographe.)

très juste Claudius. Merci pour tes remarques.

Et  merci pour votre passage à vous deux.

Titre: Re : L'envers
Posté par: BAGHOU le 06 Mars 2021 à 17:49:07
Bonjour,  :)

Zut de zut, il m'a fallu relire la fin de la précédente partie pour me remettre dedans et avancer de nouveau dans l'histoire. Faire plusieurs choses à la fois lorsqu'on lit du Feather ce n'est pas une bonne idée.  :o

On atteint un niveau dans l'histoire qui me rend dingue jusqu'à douter de ma compréhension, mais je tiens bon, l'auteur sait embrouiller et emmener le lecteur dans des chemins qu'il n'aurait jamais pris seul. Euh, la ligne droite parfois c'est cool.  ::) :-¬?

Ma culture bloque sur cette phrase "Sur du Jude, nos prémonitions...", qu'est-ce donc Jude ?  :s

Quelque chose me chagrine depuis les trois dernières parties, difficile de l'expliquer, j'espère ne pas être trop directe : le talent de l'auteur est indéniable, elle donne aux mots une portée magnifique pour en faire des phrases admirables, mais au fur et à mesure de l'histoire sa formulation devient âpre à la compréhension et donc n'est plus accessible au lecteur lambda que je suis. Je crois que sans simplifier ni l'histoire, ni le propos, il faut revenir à une construction plus accessible pour un plus large public. :/ :/ Je veux du Feather pour tous, je veux comme d'habitude du Feather qui me sort de mon quotidien, je veux du Feather qui m'emmène dans un tableau, dans son imaginaire, je veux comprendre tous les mots de Feather car ils me grandissent.
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 06 Mars 2021 à 18:20:48

Dans ce texte,  je parle de Malo que j'avais introduit dans la fin du texte précédent.

Jude est un chanteur ( musique pop ) fin des années 90 à écouter I know ( BO de 'la cité  des anges')

Titre: Re : L'envers (suite 9)
Posté par: Feather le 07 Mars 2021 à 18:26:56
Un an passa après cette phase d’hallucinations. Le fantôme de Malo avait ressurgit et m’avait fait sombrer dans une fragilité émotionnelle. Mes crises nerveuses m’avaient épuisée, m’obligeant à séjourner quelques temps dans une clinique. Cet épisode de décompensation m’avait aidée à comprendre mes mécanismes de défense. Mon médecin, une femme douce autant que professionnelle, m’aida beaucoup. Selon elle, je n’avais jamais vraiment fait le deuil de Malo, si bien que certaines émotions trop intenses se métabolisaient anarchiquement et s’exprimaient sous une forme  délirante. Ce qui expliquait mon attachement irrationnel à l’homme à qui j’avais voué un véritable culte et une fascination sans borne, au point de me fabriquer une vie amoureuse fantasmatique nourrie de représentations erronées. Cette bulle d’oxygène avait été mon évasion dans les profondeurs d’un sentimentalisme exacerbé qui m’avait progressivement grignoté l’esprit.
Il faisait beau ce jour-là, un semblant d’insouciance planait sur Paris. Je me rendis au centre national des arts plastiques pour m’informer des expositions en cours. Je cherchais une inspiration pour mon article sur  « l’éphémère et le contagieux dans le symbolisme contemporain ». Je m’arrêtai au métro « Pont de Neuilly » et poursuivis à pieds jusqu’à la Défense. Je fus bousculée par un homme d’une cinquantaine d’année, les cheveux grisonnants, au paraître distingué. Il s’excusa poliment de son geste manqué. Et quelques minutes après, nous étions là, au soleil à échanger sur des banalités. Je me surpris à rire aux éclats… comme le moment était doux ! Tout augurait au bien-être, l’effleurement de la brise sur mes cheveux, les pigeons picoreurs, le violoniste saltimbanque qui jouait une rapsodie de Brahms… le cadre romantique suggérait une légèreté infinie. Il était loin le temps, où seule je passais mes après-midi à la terrasse de la bibliothèque des Cerisiers à boire le café de chez Mochaco.   
Nous nous quittâmes en échangeant nos numéros de téléphone.
En soirée, je décidai de commencer à rédiger mon article. Mais je m’interrompais régulièrement, levant la tête au ciel à songer à cet homme. Je l’appelai, le lendemain nous partagions le déjeuner. Les jours qui suivirent nous apprîmes à nous découvrir.
Titre: Re : L'envers
Posté par: BAGHOU le 07 Mars 2021 à 19:29:09
Bonsoir,

Pourvu que cela ne soit pas la chute, pas déjà...  :o

Impeccable comme toujours, un retour à la normalité ou mieux à une situation apaisée, cela calme le lecteur, mais il n'oublie pas tout le vécu précédent et le monde étrange aperçu au travers d'un personnage balancé entre le réel, le virtuel, la folie, l'imaginaire, le rêve, ...  ::) 8)

Titre: Re : L'envers
Posté par: Claudius le 07 Mars 2021 à 19:37:52

Un petit paragraphe de transition pour quitter un état et en découvrir un autre... à voir la suite

J'ai coincé sur ces deux phrases :

Ce qui expliquait mon attachement irrationnel à l’homme dont j’avais voué un véritable culte et une fascination sans borne, au point de me fabriquer une vie amoureuse fantasmatique nourrie de représentations erronées.
"dont ne va pas ici, ce devrait être "à qui", mais ça va donner "à l'homme à qui" pas joli, il faudrait reformuler et peut être couper cette phrase en deux.

Ç’avait été ma bulle d’oxygène, mon évasion dans les profondeurs d’un sentimentalisme exacerbé qui m’avait progressivement
grignoté l’esprit.
Euh pas très joli je trouve

 ;) ;)
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 07 Mars 2021 à 20:12:54
Merci Baghou de laisser régulièrement un message encourageant.

Claudius tu as tout à fait raison...  je crois que je m'essouffle un petit peu.

Ce texte progresse grâce à vous.
Titre: Re : L'envers (suite 10)
Posté par: Feather le 08 Mars 2021 à 12:56:11
Les évènements nouveaux s’envolaient sur des feuillets au vent, la surface immaculée de mon manuscrit s’inscrivait comme une histoire à réinventer. C’était le roman de ma vie. Vaporeuse et contrastée, ma plume glissait sur du papier d’argent, dessinait des volutes dans l’espace libéré de ma conscience d’avant. Les souvenirs étaient des lambeaux de tissus agrippés à ma tête comme des diadèmes de mariée. Les pensées valsaient à la première soirée pour introduire cette nouvelle femme devenue la princesse d’un conte de fée. Au son d’un diapason, la musique vibrait et s’élevait dans les airs en enchantant l’ange de toutes les raisons.
La transparence avait entériné l’envers ténébreux d’un vécu ombrageux et brillait par sa pure clarté.
J’avais pris l’initiative de composer ma renaissance et de lui revêtir une représentation imagée qui me correspondait bien. Au-delà de la fantaisie picturale de l’image, j’étais une femme raisonnablement heureuse. La contrainte consistait maintenant à entretenir l’élément fort de ma transformation, la constance. Pour pallier ma trivialité, je me disciplinais à garder une option, et à rebondir sur l’étonnement beau des surprises impromptues. L’écart entre ma vision et la réalité édulcorée n’était plus un problème. Je m’assumais comme femme rebelle et inventive. Bien évidemment, je restais contrainte à un attachement presqu’inné aux activités artistiques que je pratiquais encore : la photographie et la peinture. Cela me stabilisait. 
Je cultivais ce monde onirique qui surgissait sur mes toiles, et allégeait la pesanteur par une attraction visuelle ponctuée d’éléments picturaux mis en lévitation. Les photographies constituées de fragments hétérogènes laissaient planer un conglomérat de débris humains sous des fonds colorés. Je procédais par collage, des yeux pouvaient très bien prendre racine sur les jambes, des oreilles sur des bras.
Paul, le galeriste qui partageait maintenant ma vie, qui avait su apprécier mon travail, m’avait encouragée à exposer mes œuvres. J’avais quitté ma province et mon appartement exigu pour un loft suffisamment grand pour y installer mon atelier. J’avais pu bénéficier d’un carnet d’adresse qui faisait aujourd’hui ma notoriété.
Ma vie intime s’épanouissait au rythme des saisons. Paul et moi avions décidé de nous fiancer le jour d’un de mes vernissages et nous envisagions de nous échanger nos alliances l’année suivante au bord de mer dans une chapelle qui avait attiré notre attention lors d’un séjour passé en Bretagne.
La cérémonie s'était avérée à la hauteur de notre sincérité. Le repas, installé sous une pinède à l’orée d’une grève, avait été une réussite. Nous avions à nouveau formulé nos vœux au son du champagne sabré. L’ambiance délicieuse de cette journée d’été, témoignait de notre félicité.
Titre: Re : L'envers
Posté par: BAGHOU le 08 Mars 2021 à 17:03:50
Pfff...que tout ça est bien dit, trop bien dit même.

Parfois, je crois que c'est trop, voire même superflu tous ces mots et ses superlatifs et puis en fait pas du tout. Je viens de lire trois fois cette partie, un régal. 8)
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 08 Mars 2021 à 17:32:46
Bonjour Baghou,

J'ai le sentiment de me répéter, mais un seul mot suffit à tout cela: merci, merci pour cet enthousiasme.
Titre: Re : Re : L'envers (suite 10)
Posté par: Claudius le 08 Mars 2021 à 17:57:35

La cérémonie avait été à l’égal de notre sincérité. Le repas, installé sous une pinède à l’orée d’une grève, avait été une réussite. Nous avions à nouveau formulé nos vœux au son du champagne sabré.

Je modifierai un des deux avaient été, proches ça fait un peu lourd.

Sinon, c'est vraiment intéressant, vraiment chouette. Ton vocabulaire est riches (je l'ai déjà dit ?) tes formulations généreusement imagées. J'aime vraiment beaucoup.

Est-ce une fin ? Cela pourrait l'être.  Mais là je sens que ça risque partir en vrille...  :D


Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 08 Mars 2021 à 18:24:16
Claudius,

Merci, j'ai donc apporté une modification.
Tu avais raison.
Souvent, il me manque  le recul suffisant.
En ce sens , l'échange et le partage sont indispensables. 😉
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 09 Mars 2021 à 10:28:18
" La vie est une nage dans une mer agitée."


                                                                            Fin
Titre: Re : L'envers
Posté par: BAGHOU le 09 Mars 2021 à 15:01:28
QUOI ? Non mais, ...bon d'accord.  :o :) :o :)
Titre: Re : L'envers
Posté par: Alan Tréard le 14 Mars 2021 à 12:54:36
Bonjour Feather,


Comme promis, me voici pour découvrir ton écrit en section Textes mi-longs, et c'est avec plaisir que j'ai exploré la première partie du texte.

C'est une lecture très sensuelle, nourrie de romantisme et de belles impressions. J'ai pris plaisir à débuter cette histoire qui promet des émotions débordantes.


Au bout de cette première partie, j'ai pensé à la chose suivante : j'aurais aimé trouver plus de noms de lieu dans tes lignes. Cela m'aurait plu de connaître une ville ou un village à travers tes yeux, me représenter ces lieux que tu décris avec tant de conviction.

Même quand je regarde une fiction à la télévision, je prends toujours plaisir à y trouver des noms de lieux, comme si je pénétrais dans un village étranger, découvrais les paysages d'ailleurs.


Voici à propos de cette agréable découverte !

Je te dis à bientôt pour la suite du texte qui s'annonce émouvante et enthousiasmante. :)
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 14 Mars 2021 à 15:56:39
Merci Alan

Je suis flattée par ton commentaire, je comprends aussi ta remarque .
J'espère que tu seras tout autant enthousiaste pour la suite.
Bon dimanche.
Titre: Re : L'envers
Posté par: Alan Tréard le 25 Mars 2021 à 23:24:09
Bonjour Feather,


Me voici pour le deuxième envoi de ce texte aux émotions vives, percutantes.

J'ai trouvé que ce passage transitait progressivement du simple désir à l'ivresse sans limite de l'imagination, comme si les émotions avaient le dessus sur la vie et le reste.


Un passage très dynamique, il se lit facilement, stimule la curiosité. Je suis très surpris que tu n'apportes pas plus de descriptions physionomiques de ce mystérieux inconnu. Quelques détails ou aspects de plus n'eurent pas été de trop. ^^


Et voici pour ma lecture, c'est avec plaisir que je me plongerai bientôt dans la suite de ce texte. Une lecture passionnée. :)
Titre: Re : L'envers
Posté par: Manu le 26 Mars 2021 à 17:47:43
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Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 04 Avril 2021 à 10:09:25
Manu ,
Je viens de voir ton commentaire.
Merci pour les précisions que tu y apportes.
Titre: Re : L'envers
Posté par: Alan Tréard le 04 Avril 2021 à 12:22:54
Bonjour Feather,


Me voici pour lire le troisième envoi de ton texte. :)


Et j'y trouve une réflexion soutenue sur un sentiment régulier, ce qui n'est pas désagréable. En quittant un désir de reconnaissance des plus instinctifs pour aller vers une forme d'émotion profonde, expression d'un message mûri et constant, appuyé par une régularité continue.

Souvent les désirs se consument aussi vite qu'ils se sont précédemment manifestés ; alors que, parfois, ils se prolongent dans le temps, donnant lieu enfin à une réelle continuité, à un peu d'humanité, en quelque sorte.

C'est ce sentiment que tu explores dans cette troisième partie du texte. ^^


N'hésite pas à me dire plus précisément de quoi tu aurais besoin pendant ma lecture, cela devrait me permettre de mieux adapter mes commentaires à ta propre aspiration.

Il n'est pas toujours aisé de commenter un texte, un peu de tolérance est donc bienvenu de la part de l'autrice ou auteur qui poste son récit. Merci à l'avance pour ta tolérance ! :)
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 05 Avril 2021 à 21:16:42
Alan,

Ton commentaire est largement convaincant. Je te remercie pour ta façon toujours mesurée d'exprimer avec une belle âme tes différentes observations.
Le désir comme impulsion fédératrice, nous lie et nous associe aux êtres et aux éléments, cela reste une représentation optimiste qui motive mon écrit.
J'espère pouvoir prendre du temps pour remanier et lisser l'enchaînement des textes.
 
Titre: Re : L'envers
Posté par: Manu le 06 Avril 2021 à 14:22:35
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Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 09 Avril 2021 à 18:45:43
Bonjour Manu

Grandement merci pour ton retour,
Je serai en vacances prochainement, ce qui je l'espère me laissera du temps pour reprendre cet écrit en tenant compte de toutes les judicieuses remarques qui m'ont été faites.
Titre: Re : L'envers
Posté par: Manu le 14 Avril 2021 à 16:30:23
.
Titre: Re : L'envers
Posté par: Alan Tréard le 18 Avril 2021 à 17:39:26
Bonjour Feather,


J'ai profité de mon week-end pour prolonger ma lecture de ton texte, découvrant avec plaisir la quatrième partie de cette histoire mystérieuse et passionnée.

J'y ai trouvé une intrigue surprenante mêlée de cauchemars et de rebondissements en tout genre. Il y a là une intériorité volcanique aux débordements intenses et volcaniques. Je me suis alors demandé quel était le nom de cet homme, cet inconnu dont l'apparence me semble étrangement aussi familière qu'inhabituelle. ^^


Merci à toi pour cette lecture divertissante, un moment de partage dont les émotions chavirent en tout sens.

À bientôt pour la suite de cette lecture. :)
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 18 Avril 2021 à 21:34:15
Merci à vous deux , Manu et Alan de continuer de porter un intérêt pour ce texte.

C'est un texte que j'ai voulu intuitif et malgré cela construit sur un vécu émotionnel, bâtit sur des représentations imaginaires, ce qui expliquerait le caractère irrationnel de certaines descriptions.
J'ai souhaité faire le focus sur la cristallisation des sentiments autour de cet homme pour évoquer la transcendance et la superficialité de l'amour lorsque celui-ci ne trouve sa finalité que dans la folie.
Cet homme n'a pas réellement d'existence, il est une pure projection, le phénomène amoureux finalement devient très vite une hallucination:
Une faille chez cette héroïne morcelée par une émulation affective.
Titre: Re : L'envers
Posté par: Manu le 26 Avril 2021 à 13:41:54
S.
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 26 Avril 2021 à 22:08:13
Bonsoir Manu,
Ta suggestion me plaît...et effectivement, il manque peut-être de liant.
Merci
Titre: Re : L'envers
Posté par: Alan Tréard le 09 Mai 2021 à 12:21:37
Bonjour Feather,


Je profite de mon week-end pour me plonger dans la cinquième partie de cette nouvelle dont les secrets se reproduisent en tout sens. ^^

Et une partie qui s'annonce comme une rupture, j'ai pensé à un douloureux retour à la réalité, comme un obstacle aux espoirs qui s’avérerait infranchissable !


Un envoûtant moment de lecture qui nous fait plonger dans une sorte d'enquête pour comprendre les mystères d'un parcours vertigineux. Me voici parti à la recherche d'une révélation, plongé dans une intrigue des plus étonnantes.

J'y trouve tous les ingrédients pour stimuler curiosité, imagination, surprise, c'est très agréable.


Je te dis à bientôt pour la suite de mes lectures.

Et te souhaite un agréable dimanche. :)
Titre: Re : L'envers
Posté par: Feather le 16 Mai 2021 à 23:04:57
Merci Alan.