Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Murex le 07 Février 2021 à 10:58:02
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À l’époque, la plage de Santa Manza, en Corse, était perdue au bout du monde. Nous l’avions découverte au débouché d’un mauvais chemin de terre tout en bosses et nids-de-poule, un paradis pour les deux sauvages que nous étions Jean-Louis et moi-même. Nous y vivions pour l’essentiel de notre pêche. Ah ! les rougets qui broutaient le sable à peu de profondeur et que nous harponnions sans pitié, les sars, les girolles, les corbs, les clavières, comme tout cela était bon sur un bon feu de bois ! Et puis, il y avait plantées dans les herbiers de posidonies, des nacres en abondance, nous les arrachions sans vergogne pour chercher dans leur chair des perles roses en forme de larme, perles que nous gardions comme un trésor bien qu’elles soient sans valeur marchande.
Et c’est là que par un bel après-midi de paresse surgit dans le lointain une fourgonnette de la gendarmerie qui stoppa devant nous, le chef en descendit, ôta respectueusement son képi, avant de lancer d’une voix ferme et sur un ton très officiel : « Nous recherchons le sieur Murex » Le sieur, oui ! c’est bien le terme qu’il employa. C’était un mirage qui allait vite se dissiper, mais non, il était bien de chair et d’os cet homme et il me fit savoir qu’il fallait que j’appelle d’urgence mes parents à Sète, quant à la raison de cela, il n’en pouvait rien dire.
C’était comme sortir d’un rêve et de se réveiller avec un couteau sous la gorge. Finie la robinsonnade. Après une longue, une interminable attente à la poste de Bonifacio, je fus heureux d’apprendre que ma mère n’était pas morte, que la maison n’avait pas été réduite en cendres, que la peste ne s’était pas déclarée à Sète, mais que par contre, il me fallait rentrer d’urgence afin de faire mes trois jours, la France étant pressée de savoir si j’étais apte à la servir. Je ne l’étais pas et fus réformé. Qu’avais-je dit, qu’avais-je fait pour justifier pareil rejet, rejet inespéré cela va sans dire. Je n’en sais foutre rien. Mon ange gardien avait du intercédé en ma faveur. Mais que ce fut dur tout de même que de passer en quarante-huit heures de Robinson à troufion, du paradis à la caserne.
N. B. : On peut légitimement s’interroger sur la façon dont on nous dénicha. En voici un bref aperçu :
1° À Sète, réception par ma mère de la convocation.
2° Visite de celle-ci aux parents de Jean-Louis pour les informer du problème.
3° Coup de téléphone à la mairie du village de Corse où résidaient ses grands-parents.
4° Ceux-ci n’ayant pas le téléphone, un brave fonctionnaire est dépêché pour prendre contact avec eux.
5° L’administration sait à présent que nous campons quelque part au sud de l’île.(Nous avions rendu visite précédemment à papi et mamie.)
6° Coup de téléphone de la mairie de leur village à celle de Bonifacio pour les informer de la situation.
7° Envoi en mission des deux gendarmes qui grâce à leur flair et leur dévouement s’acquittèrent avec brio de leur tâche… « Mission accomplie, mon capitaine. » Qu’hommage leur soit rendu.
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Il est très fort d'avoir capté la quintessence de l'armée en n'y séjournant pas. Le contraste avec la vie d'avant décrite à la Mark Twain renforce cela.
Bien joué Murex !
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Merci pour ton texte.
Il raconte deux choses. La première s'arrêtant brutalement a cause de la seconde. Je ne pensais pas a une telle suite.
Ce qui est marrant c'est que tu nous racontes comment ils ont fait leur enquête. Je ne sais pas, mais si ils avaient attendu ton retour, ca n'aurait pas été plus simple?