Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: arwen le 14 Novembre 2010 à 12:03:42

Titre: Le strapontin
Posté par: arwen le 14 Novembre 2010 à 12:03:42
Je me relance dans l'exercice de la nouvelle... Je préviens le sujet est dur et plutôt sensible...




Le strapontin


Il existe des rencontres qu’il faudrait savoir éviter.
Assis sur son strapontin au milieu de la rame du RER A, Salih en est persuadé, tandis qu’il serre ses genoux, coincé par la foule innombrable des travailleurs du matin. Coincé par cet homme en costume à sa gauche, par cette femme obèse à sa droite et celle-ci, élégante dans son tailleur, mais au parfum agressif, qui lui présente ses fesses à hauteur des yeux. Avec un peu d’imagination, il peut deviner la marque du string sous le tissu léger de sa robe.
Assis sur son strapontin, il se laisse bercer par le ronronnement de la machine qui le transporte à toute vitesse dans les boyaux du métro parisien. Ses paupières se ferment. L’obscurité succède aux lueurs violentes des stations sous leur rideau rosé.
Il s’est levé tôt, il est fatigué.
Il frissonne. Malgré la chaleur lourde et poisseuse de la rame bondée, il a froid. Il glisse ses mains, glacées, entre ses cuisses. Un geste qu’il a souvent eu ces dernières semaines. Très souvent. Notamment un soir d’automne…

Oui, il était des personnes qu’il valait mieux éviter de rencontrer. C’était certain… Il n’aurait jamais dû monter dans cette voiture, rencontrer ce Tarek.
Mais il pleuvait. Une de ces pluies étranges qui vous donne l’impression que la mer vous tombe sur la tête. Une pluie au goût salé qui n’épargne aucun centimètre carré de peau ou de vêtement.
D’ordinaire, Salih rentrait à pied, le long de la nationale. Sans trop de gêne. Juste quelques kilomètres à parcourir jusqu’au centre-ville, pour rejoindre ce squat partagé par d’autres réfugiés qui, comme lui, tentaient, le soir venu, de grimper dans ces camions, direction l’Angleterre. Pourquoi l’Angleterre ? Un cousin, un frère les y attendaient… Et puis, sans doute la vie y serait plus facile qu’ici. Et peu parlaient français ; Salih était un des rares à avoir appris, rapidement, les rudiments de la langue.
Tous les soirs donc, il s’infligeait cette longue marche, après un nouvel échec. Contrairement à certains adolescents, il se montrait prudent et prenait garde aux camions frigorifiques. Il avait entendu parler de personnes mortes dans ces chambres froides ambulantes.
Il n’était arrivé là que depuis quelques semaines, épuisé par un long voyage clandestin à travers les pays méditerranéens, puis l’Europe. Marcher dix kilomètres tous les soirs n’était rien à côté de ces épreuves. Cela lui vidait la tête. Même si sa tennis droite trouée prenait l’eau et, à chaque pas, produisait un splash, splash agaçant.
Mais cette nuit, il ne sentait plus ses orteils glacés, et marcher devenait douloureux. Il s’était résigné à faire du stop. À une heure du matin, et par ce temps, les véhicules étaient rares sur la nationale. Et les deux ou trois voitures qu’il avait croisées l’avaient dépassé sans même ralentir l’allure. Qui voudrait prendre avec soi un inconnu basané trempé jusqu’aux os, un de ces migrants sales et voleurs ?
Salih s’était arrêté sur le bas-côté de la route pour éternuer. Il grelottait. L’eau dégoulinait sur sa nuque et il ne se sentait plus la force d’avancer, juste celle d’abandonner cette lutte pour sa survie quotidienne, lorsque cette berline grise s’était arrêtée, inespérée, miraculeuse, à sa hauteur. Il n’avait pas aussitôt réagi devant ce mirage, puis avait trébuché jusqu’à la portière avant droite qu’une main bronzée ouvrait.
« Monte, mon frère ! »

Une secousse du RER plus violente que les précédentes le réveille et l’extirpe de ses souvenirs. Il s’étire sur le strapontin, dur sous ses fesses, contre la paroi de plastique dans son dos, tout aussi dure. Les sièges en cuir de la berline étaient bien plus confortables, se souvient-il ; il avait même hésité à s’y installer, trempé et sale comme il était. Tarek avait insisté.
Son estomac vide gronde. Il n’a rien mangé ce matin avant de partir. Pourtant, il aurait pu s’offrir le luxe d’un copieux petit-déjeuner, mais il n’avait pas eu d’appétit pour la première fois depuis longtemps.

Il n’avait pas réagi lorsque Tarek avait dépassé la sortie qui annonçait le centre-ville. Non seulement il avait froid, les doigts coincés entre ses cuisses, mais il avait faim et les objets ondulaient un peu devant ses yeux fatigués. Il n’avait pas mangé depuis deux jours… Et encore, avait-ce été une soupe bien peu consistante, glanée auprès d’une association.
Tarek s’était engagé sur l’autoroute, en direction de Paris, sans qu’il ne proteste, avant de s’arrêter sur une halte de repos. Il lui avait payé un repas chaud : des frites et un steak. Pas halal, mais il s’en fichait, non ? Du moment que cette viande remplissait son ventre, redonnait vie à ses muscles affaiblis ? Grelottant encore, il avait remercié cet étrange bienfaiteur dans un murmure enroué. Tarek avait allumé une cigarette, avait souri et, après quelques paroles badines lui avait proposé cet emploi…
Fatigué, amadoué par cette générosité tombée du ciel, il avait accepté sans trop se poser de questions.

Assis sur son strapontin, Salih est en sueur et grelotte à nouveau, comme s’il était pris d’une fièvre violente. Il garde les yeux mi-clos et dévisage ses voisins. Il en a assez des fesses rebondies de cette quadragénaire et de son parfum entêtant qui lui donne la migraine. Il se sent irritable. Il n’a rien contre ces gens, particulièrement. Non. Il se sent juste invisible, comme sur cette nationale sous le déluge. Eux au chaud dans leur voiture, lui sur le bas-côté avec sa tennis trouée qui faisait splash, splash. Eux manifestant pour leur retraite, lui luttant pour sa survie quotidienne… Eux Français, lui Irakien.
Cela fait trois mois qu’il a quitté l’Irak. Seulement trois mois. Lorsqu’il y réfléchit, il ne sait pas trop bien comment il a tenu aussi longtemps dans son pays en guerre. Comment il a tenu sous les bombes, sous les attentats, devant les check-points américains…
Oh si, il le sait.
Grâce à Nawel. Grâce à son sourire. Grâce à ses longs cheveux noirs qui lui tombaient sur la poitrine et cachaient ses seins lorsqu’ils faisaient l’amour durant l’été caniculaire de Bagdad.
Nawel qu’il a épousée alors qu’il n’avait que vingt ans, qui lui a donné deux enfants. Il sourit à l’évocation de ces noces. Il n’a jamais fait l’amour qu’à une seule femme. Ses frères et cousins s’étaient moqués de lui lorsqu’il leur avait avoué son inexpérience en la matière la veille de son mariage.
Nawel et son rire. Aujourd’hui morts.
Son sourire s’efface et son regard se fait un peu plus dur sur ses compagnons de voyage. Ces gens ont peur d’un voile musulman dans une école, mais préfèrent ignorer qu’une jeune femme est morte à cause de leur guerre.
Oh, Salih se souvient bien du discours d’un ministre français à l’ONU, il se souvient aussi que les militaires à Bagdad parlaient anglais ou américain, avec cet accent nasal insupportable, et non pas français. De ce pays, la France, il en avait une belle image, déchirée aujourd’hui… Mais peu importe. Fatigué, il n’y réfléchit plus.
Avant cette guerre, Nawel  pouvait sortir dans la rue, non voilée, sans danger. Depuis, il l’enjoignait à se montrer prudente, mais en ce premier jour d’été, elle avait encore oublié le bout de tissu. Il faisait trop beau sur Bagdad et puis, elle était si jolie les cheveux détachés.
Un oubli de trop.
Nawel n’était jamais rentrée à la maison. Son corps avait été retrouvé deux jours plus tard : violé, mutilé, poignardé. Elle portait son troisième enfant. Salih avait décidé de partir ce jour-là, devant les larmes inconsolables de son fils. Il n’avait pas pu amener Tariq avec lui dans ce long et dangereux voyage. Il avait confié le garçonnet de sept ans à sa belle-famille, avec la promesse de se revoir bientôt.

Sur son strapontin, Salih a les yeux qui brillent alors qu’il songe à son aîné. Aucun des passagers ne lui prête attention. Ils ignorent tous également que la petite sœur de Tariq est morte de la rougeole, deux ans plus tôt. Ils craignent les effets secondaires d’un vaccin, lui il a vu sa fille de trois ans convulser avant de mourir… il a vu son épouse pleurer durant des jours. Et il a serré les poings, d’impuissance.
Assis sur son strapontin, Salih ne serre plus les poings, son pouce caresse un petit objet en plastique, d’un geste absent. Les stations défilent et la rame se remplit un peu plus. Une jeune femme monte à son tour. Il la regarde : elle est jolie. Blonde aux yeux bleus. Il a toujours trouvé fascinants les yeux clairs des Occidentales. Nawel avait de grands yeux noirs magnifiques, mais ces yeux bleus le transpercent. Elle est la seule à le regarder, à le voir. Elle a un petit sourire et ce geste qu’il connaît bien : la main sur le ventre. Il ne devine qu’un petit rebond, mais comprend aussitôt que cette femme est enceinte.
Personne ne se lève pour lui laisser une place assise.
Lui non plus. Il ne peut pas. Mais il lui rend son sourire.

Il a passé ces derniers jours à l’hôtel. Il n’a pas revu Tarek.
Hier soir, une autre femme aux yeux clairs l’attendait dans son lit. Mini-jupe, collants de résille noir, bustier provocant et maquillage un peu outrancier : une putain. Mais elle avait de jolis yeux, alors il ne l’avait pas chassée.
La jeune femme, au prénom aux consonances russes qu’il avait aussitôt oublié, l’avait déshabillé, s’était défaite de ses atours. Elle avait une jolie peau, très pâle, mais elle avait eu beau déployer toute son énergie pour l’exciter, elle n’était parvenue à rien.
Salih s’était dégagé et lui avait demandé d’arrêter. Il s’était excusé, penaud, avant de la mettre à la porte. À vingt-huit ans, le spectacle qui lui avait été offert, sans doute par Tarek, aurait dû lui faire au moins un peu d’effet. Mais il n’avait jamais désiré qu’une seule femme. Et alors qu’il contemplait les courbes féminines, il revoyait la dépouille mortelle de son épouse, défigurée à coups de rasoir, le sexe ensanglanté…

Assis sur son strapontin, Salih s’étire et bâille. Il n’a pas dormi de la nuit. Éveillé, il a attendu les premières lueurs du jour. Seul. Et il s’est préparé. Lentement. Avec méthode.
La jeune femme blonde et enceinte le regarde toujours. Elle est la seule à le voir, à s’apercevoir que quelque chose ne va pas chez cet individu assis au milieu de la rame de RER. Elle se tient à une barre métallique et tente certainement d’oublier la main de ce cadre fringant qui caresse sa croupe. Salih la regarde et frissonne. Il essaie de s’imaginer sa vie. Est-elle mariée ? Il n’aperçoit aucune alliance à ses mains. Est-ce son premier enfant ? Elle semble rayonner de bonheur. Sans doute est-ce le premier. Il se souvient de Nawel, fière de son début de grossesse, trois mois après leur nuit de noces. Heureuse. Malgré la guerre, malgré les bombes.
Une nouvelle station approche. Salih jette un regard anxieux au nom étranger et retient un énième frisson. Une voix féminine annonce l’arrêt tout proche. Et il s’entend murmurer à l’adresse de cette inconnue.
« Descendez. »
Elle l’entend. Elle est la seule. Tant pis pour les autres. Son regard bleu l’interroge, inquiet. Il hoche la tête, mais ne répète pas le conseil ; à elle de saisir la chance au vol, de l’écouter. Pour une fois. Les lèvres peintes d’une touche de rose délicat tremblent un peu. Il comprend. Son regard se durcit et confirme l’ordre, en silence.
La rame de métro s’arrête. Elle hésite. D’autres candidats tentent de monter et protestent : il n’y a plus de place. Elle se décide, lâche la barre métallique, se fraie un chemin au milieu de cette foule qui se transforme en obstacle mortel. Le cadre qui lui pelotait les fesses grogne son mécontentement. Sa voisine et son parfum insupportable poussent un petit cri aigu. Mais la femme blonde se faufile dehors et les portes se referment. Deux malchanceux ont décidé de grimper à la faveur de cet abandon inopiné.

Assis sur son strapontin, Salih soupire et ferme les yeux. Il se souvient des ordres et tente de calmer sa respiration, ses battements cardiaques. L’homme qui lui a fourni le matériel et lui en a expliqué le fonctionnement a ricané lorsqu’il lui a posé cette question, naïve :
« Ça fait quoi une bombe qui vous explose autour du ventre ? »
Son doigt caresse le détonateur en plastique dans sa poche.
Les journaux diront certainement qu’un terroriste s’est fait exploser ce matin, gare Montparnasse. Dans un attentat revendiqué par un groupe islamiste. Il ne sera pas là pour leur expliquer qu’il se fout éperdument d’Allah et des  cinq mille vierges promises aux kamikazes. Il n’a jamais voulu qu’une seule femme. Et celle-ci est morte.
Il veut juste faire sortir son fils de ce pays.
Les dix mille dollars promis y suffiront amplement.
Oui, il existe des rencontres que l’on devrait savoir éviter.
Il aurait dû éviter de croiser ce Tarek. Peut-être…
Si seulement une autre voiture s’était arrêtée… Si seulement ces personnes, autour de lui, avaient croisé son regard, comme cette femme…
Peut-être auraient-ils compris ce qu’un homme ressent lorsqu’il perd son épouse, sa fille de mort violente ou injuste…
Peut-être que son fils pourra un jour leur expliquer. Peut-être l’écouteront-ils. Peut-être y aura-t-il plus qu’une seule femme, jolie et enceinte, à l’écouter.
Il l’espère.
Son pouce appuie sur le détonateur.




Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: Loïc le 14 Novembre 2010 à 12:43:55
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à se droite

Faute de frappe ;)

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Qui voudrait prendre avec lui un inconnu

"Avec soi", peut être?

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Une secousse du RER plus violent

Violente, je suppose :)

Sinon...punaise.
Le début m'a happé, c'est peu de le dire, après quelques lignes, impossible de ne pas continuer, malgré le mal que j'ai d'habitude de lire un texte sur un ordinateur, bref, c'est un très beau texte, je trouve, j'ai donc bien aimé, je pense que ça se fait assez sentir.
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: Ambriel le 14 Novembre 2010 à 13:22:09
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Salih s’était résigné à faire du stop. Mais à une heure du matin, et par ce temps, les véhicules étaient rares sur la nationale. Et les deux ou trois voitures qu’il avait croisées l’avaient dépassé sans même ralentir l’allure. Qui voudrait prendre avec lui un inconnu basané trempé jusqu’aux os, un de ces migrants sales et voleurs ?
Oui m'enfin bon, faut pas non plus être parano, rares sont les voitures qui s'arrêtent pour prendre un auto stoppeur, qu'il soit immigré, français, touriste ou je ne sais quoi... Et à une heure du matin c'est même pas sûr qu'ils le voient  :huhu:. Non mais c'est pas vraiment une critique, mais juste pour dire que tout le monde n'est pas forcément immigrophobe...

Sinon, ça m'a fait penser aux autres textes que j'ai lu de toi. C'est bien écrit, le sujet est, hélas, d'actualité, et, bah... voilà. :huhu: J'ai aimé.
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: arwen le 14 Novembre 2010 à 13:24:31
merci à vous deux
Ambriel, c'est le point de vue du personnage qui s 'exprime là : épuisé, au bout du rouleau.  Même si ça te parait parano.
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: Mogdhorel le 16 Novembre 2010 à 03:22:18
Je ne vais pas faire (pour l'instant en tout cas) un commentaire détaillé de ton oeuvre.

Je souhaitais juste sortir de l'anonymat de lecteur pour te dire que ton texte est prenant, bien écrit et bien maitrisé. Il véhicule des émotions assez fortes, presque dérangeantes. Un peu comme lorsqu'on regarde un documentaire à thématique violente et qu'on réalise toute l'horreur d'une scène.
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: arwen le 16 Novembre 2010 à 14:08:05
merci à toi, j'ai modifié un poil la fin... juste une phrase, mais c'est important.
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: ernya le 16 Novembre 2010 à 14:53:35

J'aime pas le titre, je le trouve trop journalistique :mrgreen:

 
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Coincé par cet homme en costume à sa gauche, par cette femme obèse à sa droite et celle-ci, élégante dans son tailleur, mais au parfum agressif, qui lui présente ses fesses à hauteur des yeux.
je trouve le "et celle-ci" un peu maladroit pour faire intervenir la 3e personne, enfin un petit peur lourd



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Une pluie au goût salé qui n’épargne aucun centimètre carré de peau ou de vêtement.
il faut que tu m'expliques cette idée du goût salé

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Peut-être que son fils pourra un jour leur expliquer.
difficile quand même...

C'est... flippant, XD.
Je peux pas dire que j'ai aimé, le sujet est trop dérangeant. C'est pas mal écrit, c'est sûr.
Peut-être que t'aurais pu nous donner plus de justifications, les menaces qui devaient peser sur lui... pour nous montrer un homme empêtré jusqu'au bout. Parce que finalement, je trouve pas que ce sacrifice valait le coup. Donc je trouve ça juste affreux.
Maintenant tu peux aussi vouloir vraiment resserrer la narration sur cet homme et pas trop faire de remarques extérieures, sauf que je sens quand même vachement arwen (et non le personnage) sous certaines remarques, et ça me gêne un peu parce que je déteste les textes "engagés", mais là pour le coup, tu l'évites quand même, ce sont justes des petites remarques par-ci par-là.
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: arwen le 16 Novembre 2010 à 16:16:50
Merci ernya,

pour la pluie au gout salé, faut habiter sur la côte bretonne, je crois, pour comprendre !  :mrgreen:

C'est marrant, j'ai eu une critique à l'inverse de la tienne, trop de justifications...
Mais si, c'est un texte engagé, y'a pas de souci, j'assume et je comprends aussi tout à fait que ça puisse déranger...

Encore merci de ta lecture !
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: Zephyr le 17 Novembre 2010 à 15:20:41
Je n'ai pas de remarque à faire précisément sur le texte, c'est plus dans l'ensemble.

C'est pas mauvais, dans le sens où c'est quand même relativement bien écrit.
Mais j'ai pas trop accroché à l'histoire et au personnage. Je trouve que c'est très brutal comme fin, dans le sens où, comme ernya, je trouve que c'est pas assez justifié. Le thème ne me pose aucun problème (même si personnellement j'aurai vu ça autrement, mais là, ça ne fait rien avancer), mais il manque quelque chose. Je sens que tu veux qu'on ai un peu d'empathie pour le personnage, mais moi je l'ai pas eu. Désolé.

Mais, je le répète, au niveau du style, ça me va plutôt bien.
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: arwen le 17 Novembre 2010 à 18:19:31
Hum, franchement  à part une bombe nucléaire, j'vois pas ce que je peux faire de plus concernant le personnage et l'empathie qu'il peut susciter... Ce gars a tout perdu et c'est pas assez justifié ? hum...  :o
Je crois plutot que, globalement - je ne parle pas de toi en particulier Zéphyr - le sujet dérange... enfin pas que le sujet, toute la réflexion autour.
Ce que je comprends.
Merci.
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: Mogdhorel le 17 Novembre 2010 à 19:20:31
En passant, qu'est-ce qui peut justifier de tuer un nombre important d'innocents qui ne font que vaquer à leurs occupations ?
 J'ai beau chercher, je vois pas...  :huhu:
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: arwen le 17 Novembre 2010 à 19:24:51
Pas que vaquer, qui ignorent les horreurs autour d'eux et s'en font quelque part complices en disant "je ne savais pas", pour simplifier à outrance...
d'où le fait que la seule qui le voit, soit la seule à s'en sortir...

D'où votre malaise, je crois... dans qui vous reconnaissez vous ? les gens qui détournent le regard ou celle qui affronte la réalité et la voit ?

C'est sans doute brutal, dit comme ça... mais beaucoup moins que ce que vivent des millions de gens vivant  à quelques heures d'avion de chez nous.
Je ne dis pas que le terrorisme est une solution défendable, surement pas. Salih lui même le dit : il n'aurait pas dû croiser cet individu...
Je dis que vues les horreurs que l'on fait vivre à des peuples entiers, faut pas s'étonner que ça nous retombe dessus...

Et pour finir, juste une question : qu'est ce qui peut justifier que des gamins meurent faute de vaccins dans le monde ? que des enfants meurent parce qu'on a décidé de renvoyer un pays  50 ans en arrière en lui faisant la guerre ?

Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: Mogdhorel le 17 Novembre 2010 à 19:37:33
Tiens, intéressant, je sens que ce texte va susciter un vif débat.  :) (n'était-ce pas le but ?)

Le problème pour moi, c'est que tuer des "innocents" (qui n'en sont pas vraiment selon toi), c'est se mettre au niveau des gens qui font et défont des guerres pour des histoires de fric. La solution est-elle là ? Tuer pour venger ?

Bien sûr, tout ceci n'enlève rien aux horreurs que vivent des millions de gens à travers le monde, j'en suis conscient. Mais la violence ne résout rien (bien qu'utilisée à outrance, cette phrase reste juste amha).

EDIT : Néanmoins, si j'avais vécu de telles atrocités, je crois que j'oublierais fort rapidement tous mes principes pour ne penser qu'à me venger, c'est là tout le paradoxe qui m'habite.
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: arwen le 17 Novembre 2010 à 19:42:29
Relis le texte : il n'est dit nulle part que c'est la solution ! Au contraire.

Et t'as vraiment pas compris  : il ne fait pas ça pour se venger ! C'est absolument dit nulle part... S'il était animé par la vengeance, il ne permettrait pas à la femme enceinte de s'en tirer ! Il la condamnerait aussi : vivez l'horreur que j'ai vécu ! Ce serait le summum de la vengeance ! Mais au contraire, il la sauve !
Quant à ses réflexions sur ses voisins, c'est juste l'expression de deux mondes qui ne se rencontrent pas, ne se parlent pas... Avec deux moteurs différents dans la vie...

C'est juste le désespoir qui le mène à cette issue... aucune autre raison. Ni politique, ni religieuse, ni de vengeance...
Il est suicidaire, mais il a un fils et y'a que cette voiture à s'arrêter sur le bas-coté. voilà...

Et là, si  y'a des gens qui ne savent pas à quoi peut mener le désespoir d'un être humain, j'y peux rien...
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: Mogdhorel le 17 Novembre 2010 à 19:58:42
Selon moi, il la sauve parce-qu'elle a su le regarder, voir sa détresse (par analogie, la détresse des gens qui souffrent des guerres de part le monde), et il condamne les autres pour leur ignorance.

Il fait un CHOIX, il décide de qui va vivre et de qui va mourir. Il punit les ignorants et sauve ceux (celle) qui ouvrent leurs yeux.

Citer
Pas que vaquer, qui ignorent les horreurs autour d'eux et s'en font quelque part complices en disant "je ne savais pas", pour simplifier à outrance...
d'où le fait que la seule qui le voit, soit la seule à s'en sortir...
Il tue les complices des atrocités, et sauve les vrais innocents...De là, il ne tient plus qu'à un fil de parler de vengeance...

M'enfin c'est mon point de vue, qui,  à ce propos, ne se veut pas agressif du tout. C'est juste une interprétation parmi d'autres...


Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: arwen le 17 Novembre 2010 à 20:20:53
Sauf que non, il ne punit personne... c'est toi qui interprète le geste ainsi, mais non.
C'est dit nulle part qu'il pense à les punir.
Il se sent étranger à ces gens, invisible, n'avoir rien à voir avec eux, oui. Mais sa motivation, ce n'est pas de les punir.
Sa motivation, c'est dit clairement à la fin  : suicidaire, de l'argent pour faire sortir son fils d'Irak... point barre.
A la limite on peut lui reprocher d'être indifférent à leur sort : " tant pis pour eux"( ce qui est logique de la part d'un suicidaire, d'être indifférent ), mais pas de vouloir les punir. Ça aurait été "tant mieux, qu'ils crèvent!" que j'aurais écrit !

Et elle, il ne la sauve pas parce qu'elle est innocente.
Il la sauve  parce qu'elle le ramène  à ce qu'il a été et ce qu'il n'est plus. Ce qu'il  a perdu. Et le fait qu'elle le regarde est juste un moyen, pas la cause de sa survie...
Et ça, c'est tout le contraire de la vengeance. S'il était animé par la vengeance, elle serait la victime idéale, parce qu'ainsi il infligerait à ces gens ce qu'il a vécu. il n'aurait absolument aucune raison de l'épargner ( un regard, tu crois que ça suffit  à désamorcer le désir de vengeance ? Vraiment ? )...
Si j'avais voulu lui faire exprimer de la vengeance, j'aurais aussi condamné cette femme, surtout cette femme, à rester dans cette rame de métro. De manière littéraire, c'était le meilleur symbole possible ! Or, je la fais sortir...

et ces deux lignes
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Pas que vaquer, qui ignorent les horreurs autour d'eux et s'en font quelque part complices en disant "je ne savais pas", pour simplifier à outrance...
d'où le fait que la seule qui le voit, soit la seule à s'en sortir...
Oui, mais le fait qu'ils soient complices, n'induit pas de façon obligatoire le besoin de vengeance... Il n'est exprimé nulle part dans le texte (un mec animé par la vengeance, je ne l'aurais pas décrit comme ça, je ne lui aurais pas fait penser qu'il a p'tre eu tort de monter dans cette voiture, qu'il aurait dû éviter cette rencontre, je l'aurais rendu très satisfait de son geste. or, il ne l'est pas, satisfait. Le fait qu'ils e projette dans son fils, l'indique : il sait qu'il échoue en faisant ça. ),
c'est toi qui extrapoles sur le thème de la vengeance et fait le raccourci en ignorant tout le reste du texte...
Oui, il fait un choix, celui de la sauver, mais pas pour les raisons que tu avances... ( et j'avoue que ma réponse n'était pas assez développée et a pu te conforter dans ton idée )
Après t'es libre d'interpréter ça comme tu le souhaites, mais c'est déformer le contenu de la nouvelle selon un prisme particulier... très réducteur. C'est oublier toutes les motivations clairement énoncées... et faire dire au texte le contraire de ce qu'il raconte. Soit...

Maintenant le truc, c'est que je crois que les gens que ce texte gêne ( et c'est pas tout le monde... ) ce sont ceux qui s'identifient aux victimes et non au personnage...
Et ça... ben ça modifie complètement la grille de lecture qu'on peut en avoir.

Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: ernya le 17 Novembre 2010 à 21:04:42
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Maintenant le truc, c'est que je crois que les gens que ce texte gêne ( et c'est pas tout le monde... ) ce sont ceux qui s'identifient aux victimes et non au personnage...
Et ça... ben ça modifie complètement la grille de lecture qu'on peut en avoir.
en fait, je trouve ça normal de s'identifier aux gens de la rame. Pour plusieurs raisons : 1/ c'est un peu nous tous, ou tous ceux que l'on peut rencontrer tous les jours.  2/ je vois mal comment on peut s'identifier à un personnage "terroriste"surtout quand on ne comprend pas son geste

Personnellement je ne me suis pas identifiée une seule seconde à ton personnage. Parce que oui, tout ça, c'est loin, on ne la vit pas nous la situation en Irak, c'est éloigné de la France, évidemment ça nous parle pas beaucoup.
Ce qui m'a personnellement beaucoup gênée dans ce texte (outre le sujet) c'est que je sais pas sur quel pied le narrateur danse. Je sais pas s'il veut rester en dehors du texte et ne porter aucun jugement ou s'il compatit avec le personnage. C'est cette oscillation qui m'a gênée. S'il ne prend pas parti, alors très bien, mais dans ce cas pas la peine d'insister sur les remarques "bouh que le monde est immigrophobe", si au contraire, il prend parti et compatit, dans ce cas, ça aurait été mieux de nous montrer son passé et d'insister sur le pourquoi de son geste. Parce que désolée, hein, mais j'ai du mal à voir comment on peut être désespéré au point de cautionner et causer la mort de gens qui ne t'ont strictement rien fait. J'ai du mal à le concevoir, ça vient peut-être de moi, mais le texte ne m'y a pas trop aidé, je trouve. Pour le coup, j'ai eu beaucoup plus d'"empathie" pour le personnages des Bienveillantes.
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: arwen le 17 Novembre 2010 à 21:18:15
ben, y'a des gens qui s'identifient au personnage, tu sais...   ???
et pas des terroristes, hein...

Ensuite, j'sais pas moi, quand ça touche  un être humain, même à l'autre bout de la planète, je me sens concernée... Même s'il est noir, jaune et pas catho...
Ca me semble évident. C'est un alter égo que ça touche. Quelqu'un qui partage mon humanité... J'viens de rencontrer des Brésiliens qui me parlaient de leur lutte pour leurs droits ( des descendants des esclaves africains), ben je me sentais proche d'eux dans ce combat... Et pourtant, je ne parle pas portugais et eux ne parlaient pas français ! J'suis jamais allée au brésil, je ne connaissais même pas ce problème...  Mais à un moment, le traducteur était absent, on a communiqué autour d'un bouquin et de photos... sans comprendre les mots, on se comprenait !
Et puis Calais, c'est pas l'autre bout du monde, tu sais...

Ensuite, je vais t'éclaircir, j'ai de l'empathie pour ce personnage qui pour moi est une victime également... et le passé ? Ben, je le montre ! eh, sa femme, sa fille... C'est quoi ? rien ? Tu serais dans quel état, toi ,avec ton conjoint assassiné, ton enfant mort de façon injuste ? T'es vraiment incapable de t'imaginer cette situation ? Exilée, réduite à une vie de clochard ? Seule... Vraiment incapable de te représenter ce que ça peut être ?

Perso, je m'identifie toujours au plus faible, au plus opprimé dans un récit, un film... ou même dans la vie réelle.

Mais je te reconnais la qualité indéniable d'exprimer tout ça de façon raisonnée et honnête. jusqu'à présent, parmi les gens qui ont pas apprécié du tout cette nouvelle, j'ai surtout eu des cris et des vociférations...
Donc restons en là.
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: Mogdhorel le 17 Novembre 2010 à 21:41:17
Citer
jusqu'à présent, parmi les gens qui ont pas apprécié du tout cette nouvelle, j'ai surtout eu des cris et des vociférations...

Juste pour préciser que la nouvelle en elle-même je l'apprécie et que je n'ai en aucun cas fait acte de cris et de vociférations comme tu dis...

J'émettais juste mon opinion sur un texte qui, de par sa nature, crée des débats. Je l'ai fais en total respect avec ton oeuvre et ton avis.

Je te trouve bien virulente. Je pense que tu es très impliquée dans ton texte et que tu éprouves beaucoup d'empathie pour ton personnage central.
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: arwen le 17 Novembre 2010 à 21:42:43
eh , je parlais pas de toi Mogdhorel !   :P
Ce  à quoi je fais allusion, a eu lieu ailleurs sur le net. pas ici. Et n'avait rien  à voir avec ce que vous écrivez.
Certes, tout ça traduit des opinions politiques très divergentes, je crois... Mais au moins, n'y a t'il pas d'insulte ou d 'accusations.
excuse  moi si mes réponses semblent agressives. J'ai tendance à répondre de façon trop lapidaire...
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: Mogdhorel le 17 Novembre 2010 à 21:46:16
Ah d'accord. Autant pour moi.  ;)
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: arwen le 17 Novembre 2010 à 21:48:32
Juste en passant, et parce que j'ai longtemps fait cette erreur aussi,on écrit "au temps pour moi" ( expression militaire, je crois )   ;)
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: Mogdhorel le 17 Novembre 2010 à 21:53:11
 :D

Je sais pas pourquoi, mais je la sentais venir... ;D
Et bien de l'avis de certains, "autant pour moi" est également une forme autorisée. Il paraît que l'Académie Française accepte cette locution, mais je n'ai pas de preuve concrète (autre que mes recherches internet).
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: MALuS le 17 Novembre 2010 à 21:57:13
Un des rares textes auxquels je vais répondre. Même si je n'aime pas les fictions qui prennent trop appuis sur la réalité, celle-ci m'a attiré jusqu'à son dénouement. Bon boulot.
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: arwen le 17 Novembre 2010 à 22:01:44
mogdhorel, j'suis pas académicienne ni spécialiste de ces débats : je sais qu'il existe une controverse, mais la version acceptée dans le dico, c'est au temps pour moi... il me semble ( j'suis pas spécialiste, comme je disais )

Merci Malus
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: ernya le 17 Novembre 2010 à 22:05:14
Je réponds parce que tu me poses des questions, mais après j'arrête promis. ^^

Citer
ben, y'a des gens qui s'identifient au personnage, tu sais...   
et pas des terroristes, hein...
oui bien sûr. Je tentais juste d'expliquer en quoi ça me paraît plus évident de s'identifier à ceux qui nous ressemblent plus (enfin de mon point de vue, j'imagine qu'un Irakien s'identifie plus facilement à un Irakien qu'à un Français) et à ceux qui a priori ne se baladent pas avec des bombes sur eux. Maintenant ça ne veut pas dire que ton personnage ne me touche pas ou ne me parle pas du tout.

Ensuite, j'sais pas moi, quand ça touche  un être humain, même à l'autre bout de la planète, je me sens concernée... Même s'il est noir, jaune et pas catho...
oui, moi aussi, tu sais. Le malheur des autres ça me touche. Je crois en fait que je n'ai pas pris le bon terme. Identifier est assez fort quand même, c'est quand on se met vraiment à la place de l'autre. Là, non, je ne m'identifie pas au personnage, mais ça ne veut pas dire que ça me laisse indifférente. Identifier, pour moi, c'est quand vraiment tu pourrais être ce personnage. Que ses actes/ sentiments, tu pourrais les faire/ ressentir. Là, non, je vois trop de distance entre lui et moi.

Citer
Ensuite, je vais t'éclaircir, j'ai de l'empathie pour ce personnage qui pour moi est une victime également... et le passé ? Ben, je le montre ! eh, sa femme, sa fille... C'est quoi ? rien ? Tu serais dans quel état, toi ,avec ton conjoint assassiné, ton enfant mort de façon injuste ? T'es vraiment incapable de t'imaginer cette situation ? Exilée, réduite à une vie de clo
chard ? Seule... Vraiment incapable de te représenter ce que ça peut être ?
Ben si je peux essayer bien sûr. Mais je trouve que tu ne le montres pas assez. Tu sais, quand les gens parlent de leur problème, c'est pas pareil quand tu as ce qu'ils ont dit de seconde main. T'es toujours plus touchée par le face à face. Parce que quand les gens parlent avec leurs tripes, on peut pas être indifférent.
Là, le personnage, en gros, ne me montre pas assez ses tripes, non, pour que je puisse comprendre son acte. Ok son passé est horrible, mais je vois pas en quoi il explique qu'il en soit arrivé à vouloir faire ça. En fait entre le moment où il se démerde tout seul dans son squat et le moment où il va appuyer sur le bouton, tu as fait une belle ellipse : on ne sait presque rien de cet échange dans la voiture, s'il a hésité, s'il en a parlé avec son fils, etc etc. On ne sait rien de tout ça et si on l'avait su, peut-être que là j'aurais mieux compris.
Je me trompe peut-être (je n'ai pas l'expérience et j'espère ne jamais l'avoir), mais je ne pense pas que quelqu'un qui ait vu des gens mourir à cause de la guerre, ait envie de tuer des gens après, des gens qui n'ont pas tué les siens. Parce que je pense que je me dirais qu'il y a déjà eu trop de morts comme ça.
Là si tu veux il me manque un bout de son histoire pour comprendre son geste. J'ose espérer que tous ceux qui ont un jour perdu quelqu'un dans des circonstances tragiques n'iront pas tirer sur le premier passant venu.

Voilà j'espère avoir éclairci un peu ce que je voulais dire, c'est pas tellement le personnage qui me gêne, c'est que pour qu'il y ait vraiment empathie, je pense qu'il aurait mieux valu ne pas faire d'ellipse et vraiment montrer tout son parcours, la façon dont il en est arrivé là. Montrer ses doutes peut-être.
En gros c'est moins le sujet que la narration qui me gêne quoi. ^^
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: arwen le 17 Novembre 2010 à 22:32:02
ok, je comprends bien mieux tes réponses.

D'abord une des raisons pour laquelle j'ai fait une ellipse, c'était pour ne pas donner  la parole à cet homme, ce Tarek. 

Ensuite, c'est quand même dit : Salih n'hésite pas vraiment.  Pas du tout même... Cette voiture s'arrête, il est déjà prêt à tout laisser tomber ( c'est dit aussi )
Et je pense que le fait d'accepter une telle proposition de nuit, d 'un inconnu, en dit assez long sur l'état psychologique du personnage. C'est pas quelque chose que tu fais quand tu vas bien... (et en parler à un enfant de 7 ans, hum... )
J'comprends ton désir et ça pouvait être une solution d 'écriture, oui de ne pas faire l'ellipse
Mais moi, ça m'intéressait pas ces quelques jours. Surtout qu'il n'a aucun doute... ( et je comprends que tu préférais qu'il en ait, ce serait moins gênant. Mais cet homme il est déjà mort... il n'a plus de désir, la scène avec la pute est là pour ça. il ne montre pas ses tripes parce qu'il est au delà de ça. il a baissé les bras...
Bon, ça en fait pas un super héros, c'est clair !
Enfin bref, j'sais pas si c'est bien intéressant que j'explique tout ça... désolée, si c'est chiant.
Et puis t'as tout à fait le droit de pas aimer, ou de préférer une autre façon de faire...

Citer
J'ose espérer que tous ceux qui ont un jour perdu quelqu'un dans des circonstances tragiques n'iront pas tirer sur le premier passant venu.
Bien sur ! Je ne souhaite pas non plus qu'il y ait des Salih... mais hélas ça existe.

Et sinon, nan, perso,  je me sens plus proche de ces Brésiliens, malgré la très grande différence d'expérience de la vie, dont je parlais, que de certains Français...
Merci de t'avoir exprimé clairement. même si je ne suis pas d'accord sur le fond, c'est intéressant.
Titre: Re : Des rencontres à éviter
Posté par: Zephyr le 17 Novembre 2010 à 22:53:49
Alors, j'ai l'impression que mes paroles n'ont pas été très bien comprises. Bah, pas grave, développons un peu  :)

Par rapport au sujet, je n'ai aucun problème avec ça. Les terroristes, on ne peut pas les ignorer, ils ont tous leurs raisons (que je trouve plus ou moins valable) et je ne nie en rien la tristesse de ces pays du Proche-Orient, comme un peu partout dans le monde (favelas, bidonvilles, maladies, ...) Ce sont vraiment des choses qui me touchent personnellement. Et je m'outre de cette violence du monde.
Et Salih est une de ces victimes trop nombreuses. Seulement, je trouve cet acte sans aucune raison. Il est au bord du gouffre, il va sans hésiter dans la voiture (moi perso, même si j'avais pas été dans sa situation, mais sous la pluie très très tard sur le bord de la route, je serai monté dans n'importe quelle voiture) et accepte cette mission pour sauver son fils. D'ailleurs, quand tu dit qu'il n'a plus de désir, c'est en quelque sorte faux : il veux sauver son fils resté en Irak. C'est quand même un souhait. Tu aurais peut-être du appuyer encore plus sur ce lien avec son fils, et ce désir. Mais après, ce sont des choix d'écriture.

Mais le sujet me touche, mais pas dans le sens que j'aurais voulu. Enfin, le sujet est grave, les méfaits de la guerre, mais je n'accroche pas du tout au personnage.
Et par rapport à la femme enceinte, dès qu'elle est rentrée dans le RER, je savais qu'il allait la sauver. Avant même qu'elle le regarde. Et puis, dans le RER, même si je n'y vais pas beaucoup, les gens, je les laisse. On vit ensemble et si ils veulent me parler, c'est sans problème. Dans la situation de l'histoire, j'aurais surement fait parti des gens qui meurent dans l'explosion. Ça ne veux pourtant pas dire que je m'en fout des malheurs irakiens. Bref.

J'ai juste pas accroché au personnage et à ses "raisons" (même si je comprend totalement la peine qu'il ressent après la mort de sa femme).
Titre: Re : Des rencontres qu'il faudrait éviter
Posté par: arwen le 17 Novembre 2010 à 22:56:12
oui, exact, il reste son fils, c'est la seule petite ouverture à la fin du texte d'ailleurs... mais pas assez grande pour le retenir malgré tout.
Et puis c'est un désir de mort : ils e tue pour pouvoir le faire venir quand même, c'est à dire qu'il se considère incapable de jouer son rôle de père de son vivant, ce qui est quand même assez considérable pour un parent...
Titre: Re : Re : Des rencontres à éviter
Posté par: Zacharielle le 29 Décembre 2010 à 09:12:40
J'aime bien comment t'écris, mais ça c'est pas nouveau. Et ce texte était bien construit, bien mené. la phrase sur la bombe a son impact, j'avais rien capté jusque là (oui, je suis naïve  :-¬?). Maintenant cette mise en paquets des gens est un peu irritante  :mrgreen: certes les voyageurs du RER savent pas ce que ton personnage a vécu mais il y a autant de peines potentielles dans un Irakien que dans un Français (+ toute autre nationalité circulant dans le RER x)) - le degré de violence n'est pas la même (j'espère) mais personne n'a le droit ni n'est capable de juger une douleur  ::)

Pas que vaquer, qui ignorent les horreurs autour d'eux et s'en font quelque part complices en disant "je ne savais pas", pour simplifier à outrance...
oui c'est carrément outrancier mdr
perso, je suis incapable d'avoir conscience de chaque individu, de chaque seconde, de chaque vie autour de moi, de chaque horreur qu'un pas vers le confort fait à un autre, de penser comme faisant partie d'une patrie, non, je ne sais pas individualiser chaque personne que je croise sans leur parler un minimum.


Mais ce n'était pas ce que je voulais faire. Je voulais lire Boom.


PS : le titre de cette nouvelle est à mon sens affreux xD
Titre: Re : Le strapontin
Posté par: arwen le 29 Décembre 2010 à 09:48:23
Merci de ta lecture...
mes explications étaient un peu brouillonnes...
Ceci dit, non un Français, n'a pas le potentiel de souffrances de quelqu'un vivant la guerre en Irak... Faut remettre les choses en place, c'est un pays en guerre, ramené  50 ans en arrière par l'embargo : nous sommes dans un pays riche, en paix depuis 60 ans... du moins sur son territoire. Ça fait toute la différence. Bien sur, on a tous nos petits soucis individuels, mais franchement... perso je relativise quand je lis les infos internationales... il n'y a pas un attentat toutes les semaines dans ma ville,  y'a pas de coupures d'électricité de plusieurs heures chaque jour, les gosses crèvent pas faute pas de soins, ma famille, mes amis ne sont pas partis en exil à travers le monde (plus d'un million d'irakiens ont quitté leur pays depuis la guerre)...
Voilà... et dire " je ne savais pas"... mouais, bof. Mais oui, c'est irritant de se le faire ra peller, je comprends bien.

Après c'est le point du vue du mec, d 'un mec suicidaire, arrivé  au bout du rouleau, j'dis pas qu'il a raison de juger ainsi ceux qui l'entourent ( d'ailleurs dans les autres nouvelles qui suivent celles-ci, je les montre quelques unes de ces personnes et elles ne lui sont pas toutes hostiles, bien entendu), et encore moins de faire ça... mais il le fait. Pas entièrement, il lui reste assez d'empathie, d'humanité pour épargner une femme enceinte, une femme qui lui rappelle ce qu'il a été, et ce qu'il n'est plus, mais qu'il ne veut pas détruire...

Ah au fait, j'ai changé le titre... c'est "Le strapontin"
Titre: Re : Le strapontin
Posté par: Minyu le 29 Décembre 2010 à 13:49:59
Je n'ai pas lu les autres commentaires, alors je vais peut-être redire ce qui a déjà été dit...

C'est peut-être stupide comme remarque, mais quand un tram ou un métro est bondé, normalement on n'a pas le droit d'utiliser un strapontin...  ::)
Par contre la fin, je la sentais venir dès le début du texte, je trouve ça dommage.
Et j'ai un peu de mal avec le personnage, je ne le comprends pas. On dirait qu'il ne comprend pas qu'il va mourir s'il appuie sur le détonateur. Enfin c'est l'effet que ça m'a fait, surtout à cause de cette phrase : "Les dix mille dollars promis y suffiront amplement." Il pense que ceux qui lui ont procuré la bombe vont lui donner dix mille dollars ?!?

En fait, j'ai bien aimé, mais je n'arrive à m'identifier ni à Salih ni aux victimes.
Titre: Re : Le strapontin
Posté par: arwen le 29 Décembre 2010 à 15:17:31
merci minyu de ta lecture  :)
Pour l'argent, eh oui, les kamikazes sont payés...
eh oui,on  a pas le droit d'utiliser les trapontins, mais il le fait...
Titre: Re : Le strapontin
Posté par: Minyu le 02 Janvier 2011 à 14:30:56
Mais alors ça veut dire qu'il a été payé avant ? J'avais pas compris, je pensais qu'il s'imaginait qu'il allait survivre et qu'on lui donnerait l'argent après... Désolée  ><
Titre: Re : Le strapontin
Posté par: arwen le 02 Janvier 2011 à 19:04:29
Non  qu'il va être payé après et que son fils va en profiter.
Titre: Re : Le strapontin
Posté par: Nadirocrate le 02 Janvier 2011 à 19:19:57
Moi j'ai beaucoup aimé lire cette nouvelle. Le sujet est quelque peu froissant, certes. Mais la tonalité y est bonne. Impossible de décrocher dès le tiers du récit engagé.
Continue !
Titre: Re : Le strapontin
Posté par: Jezy le 05 Janvier 2011 à 12:12:30
* Je viens de lire les 5-6 premières lignes, je peux déjà dire que le style me plait :). *

Citer
pour rejoindre ce squat partagé par d’autres réfugiés qui, comme lui, tentaient, le soir venu, de grimper dans ces camions, direction l’Angleterre.
* beaucoup de « ce » « ces » non ?*

Citer
Pourquoi l’Angleterre ? Un cousin, un frère les y attendaient… Et puis, sans doute la vie y serait plus facile qu’ici.
* Ce passage là je le virerai, je pense qu’on a tous comprit pourquoi l‘angleterre, et les suppositions n’apportent pas grand chose, ca alourdit un peu en fait *

Citer
Une secousse du RER plus violente que les précédentes le réveille et l’extirpe de ses souvenirs.

* J’enlèverai le « et l’extirpe de ses souvenirs. » *

Citer
Et encore, avait-ce été une soupe bien peu consistante, glanée auprès d’une association.
* le « avait-ce » me parait louche…

* Juste une parenthèse, j’aime bien les p’tites phrases engagée, ca me rappelle la Valse de Bashir ou Persepolis, un peu, de loin… *

Il avait confié le garçonnet de sept ans à sa belle-famille, avec la promesse de se revoir bientôt.
* Jusque là je croyais que Salih était ado, mais visiblement c’est plutôt la trentaine non ? faudrait peut etre enlever le flou plus tot dans le texte ? *

Son doigt caresse le détonateur en plastique dans sa poche.
* Ha, c’est cool parce qu’on comprend dès le premier moment, on a confirmation quand il parle d’un objet en plastique, mais ca n’empéche pas de lire la suite *

Si seulement une autre voiture s’était arrêtée… Si seulement ces personnes, autour de lui, avaient croisé son regard, comme cette femme…
Peut-être auraient-ils compris ce qu’un homme ressent lorsqu’il perd son épouse, sa fille de mort violente ou injuste…
* virgule après fille ? *



Bon, l’un dans l’autre j’ai bien aimé, c’est convenu mais ca se lit bien… peut etre un peu trop de clichés, mais bon on peut pas faire que des cas particuliers pas vrai ?
Titre: Re : Le strapontin
Posté par: arwen le 05 Janvier 2011 à 12:27:10
Merci beaucoup Jezy de ta lecture.
je vais juste répondre là où j'suis pas d'accord.

Non, tout le monde ne sait pas pourquoi l'Angleterre... tout le monde ne s'intéresse pas à ce sujet.

Je préfère garder le passage sur les souvenirs. Même si ça peut fonctionner sans, ça éclaircit les passages entre flash backs et action présente. Mais ta proposition  est pas idiote.

Sur l'age, la confusion peut venir d'un passage plus haut où on parle d'adolescents, mais son age est précisé avant celui que tu cites, quand il est dit qu'il s'est marié à 20 ans...

Euh sinon, convenu et cliché ? j'suis absolument pas d'accord. D'abord parce que les terroristes sont plutôt représentés comme des fanatiques et non des paumés, comme celui-là, que c'est pas un thème hyper utilisé, et encore moins sous cet angle. Et surtout au vu de quelques réactions violentes que ce texte suscite.

MAis encore une fois merci beaucoup de ta lecture et de ton commentaire, et merci aussi Nadirocrate !
Titre: Re : Le strapontin
Posté par: Tourniaire le 07 Janvier 2011 à 02:19:06
Bon texte, bon va et vient entre le présent et le passé. Un peu dommage que cela donne l'impression par moment que le personnage soit présenté comme à plaindre. Certes, dans l'absolu il est à plaindre, mais cela n'aide pas à éprouver de l'empathie pour le personnage.

Par contre, il me semble incohérent de recruter un futur terroriste de cette manière-là. Les kamikazes sont payés ?? Peut-être dans certains cas, mais cela reste risqué du point de vue de l'organisation qui organise les actes terroristes. En effet, un kamikaze qui le fait pour la "cause" a plus de chances d'aller jusqu'au bout et de ne pas cafter que quelqu'un qui le fait pour l'argent (selon la théorie de l'engagement, théorie sociologique qui à mon avis s'applique aussi à la sphère terroriste). De plus, tu veux embrigader la personne, et payer un MacDo à une pauvre hère qui marche au bord de l'autoroute me paraît bien léger dans ce sens. Avait-il été suivi ? Surveillé ? A ma connaissance, c'est même plus intéressant de prendre quelqu'un qui n'est jamais allé en Irak (papiers d'identité locaux, moins de chance de se faire remarquer, embrigadement de A à Z). Je crois que finalement, c'est cela le point faible de ton texte, ce qui fait que le message passe mal pour certaines personnes.  Le personnage est intéressant, mais sa transformation en bombe dans le métro est beaucoup trop hasardeuse. Comme par hasard, la voiture trouve un irakien aux espoirs détruits au bord de la route. Ton scénario me semble plus approprié à une vente de reins ou de cornée que de bombe dans le métro.
Titre: Re : Le strapontin
Posté par: arwen le 07 Janvier 2011 à 10:20:42
Merci Tourniaire.  :)
Je crois que tu pêches par méconnaissance du sujet...  ;)
Oui, bien sûr que oui les kamikazes sont payés ! 10 000 dollars, c'était le prix en Israël, du temps des attentats suicides... Cette méthode s'appuie sur la misère de la population... et sur le désespoir. Eh oui, dans ces cas là, on vend sa vie comme on vend un rein...  :(
C'est pas que des gens embrigadés et fanatiques, les kamikazes, loin de là, eux d'ailleurs, les embrigadés, les véritables militants, on va pas les faire sauter! A la limite organiser un attentat oui, mais pas un attentat suicide. Ça été montré en Israël, les kamikazes étaient le plus souvent des gens désespérés et manipulés... Le fanatique, il joue un rôle mineur, contrairement à ce qu'on croit, dans ce genre d'actes...
Bon, en Europe, on connait mal ce mode d'actions; On a toujours eu affaire à des groupuscules de gens militants, en effet. Mais qui posaient des bombes, qui se faisaient pas sauter. je crois que tu mélanges les deux dans la façon de faire.

Enfin, j'ai rien inventé de ce coté là...

Qui plus est, c'est un clandestin : ils ont l'assurance qu'il n'ira pas voir la police ! S'il y allait, c'est lui qui paierait pour tout le monde ! En tout cas le plus cher... Et de toute façon, un mec suicidaire, il va pas aller cafter. C'est pas son intérêt. il veut mourir, point ( c'est quand même sa toute première motivation, juste avant l'argent...)... pas aller en tôle ou être renvoyé dans son pays.

Pour le hasard de la rencontre : pas tant que ça, on est dans une région où les clandestins sont nombreux, nombreux à revenir le long de cette route dans la nuit. Y'a qu'à se baisser pour en ramasser un, surtout celui qu'est trop fatigué pour continuer à pied et qui commet l'imprudence de faire du stop ! C'est pas anodin ça, de la part d'un clandestin, il se met carrément en danger... C'est signe qu'il est p'tre encore plus faible qu'un autre...

 Et si certains lecteurs refusent d'éprouver de l'empathie pour lui, parce que justement il est montré comme une victime, oui, j'y peux rien. Et je fais avec.  Beaucoup d'autres lecteurs eux n'ont pas ce problème...

Sinon, j'ai écris  toute une série de nouvelles qui tourne autour de ce premier texte
Titre: Re : Le strapontin
Posté par: Tourniaire le 07 Janvier 2011 à 13:45:10
Je ne dirais pas méconnaissance du sujet. Et recruter un kamikaze en Israël doit être différent que de recruter un kamikaze en France. Mais finalement, ce qui manque à ce passage c'est certains des arguments que tu viens de me présenter. On peut être d'accord ou non avec ton raisonnement, mais je dirais que tu devrais au moins rajouter cette partie de ton explication :
Citer
Pour le hasard de la rencontre : pas tant que ça, on est dans une région où les clandestins sont nombreux, nombreux à revenir le long de cette route dans la nuit. Y'a qu'à se baisser pour en ramasser un, surtout celui qu'est trop fatigué pour continuer à pied et qui commet l'imprudence de faire du stop ! C'est pas anodin ça, de la part d'un clandestin, il se met carrément en danger... C'est signe qu'il est p'tre encore plus faible qu'un autre...

Mais pour le reste, c'est vraiment de l'excellent boulot. De plus, tu as réussi à obtenir l'effet voulu (si j'ai bien deviné), faire réfléchir sur ce sujet !
Titre: Re : Le strapontin
Posté par: arwen le 07 Janvier 2011 à 13:55:23
Ben, je crois que pas mal d'éclaircissements viennent avec le reste des nouvelles et j'ai pas envie non plus de faire un traité géo-politique... et le fait que ce soit une région avec de nombreux réfugiés, c'est dit au tout début, entre les lignes certes, mais c'est dit. Y'a pas besoin d 'un cours magistral je pense pour quiconque suit un peu l'actualité. C'est ce qu'on appelle l'intertextualité, je crois... J'aime pas l'idée de prendre le lecteur par la main pour qu'il comprenne tout ça. C'est dit en filigranne dans le texte... Y'a des lecteurs qui le saisissent très bien, d'autres non... mais ça, à moins de faire un cours, j'y peux rien. Ou j'ai pas envie et je demande un minimum de connaissances au lecteur...
Bon, l'argument contraire se défend, j'dis pas le contraire.  C'est juste pas mon choix...

Après c'est une fiction, que ce soit pas fréquent en France, n'empêche pas que ça peut être réaliste.

Merci encore  :)
Titre: Re : Le strapontin
Posté par: Natascha le 28 Février 2011 à 23:34:00
Je trouve tres intéressante la chute de cette nouvelle.... Justement parce que le texte sollicite la sensibilité, l'empathie du lecteur pour le personnage alors que le même personnage va commettre un acte tres violent et qu'il ne fera pas vraiment preuve d'empathie.  Qu'il sauve une parmi tous finalement me parait anecdotique ( c'est la sensibilité de l'écrivain qui ne peut être totalement cynique?) Ce qui est militant c'est le parti-pris de ne pas poser de jugement... De poser un fait de société, la capacite de certains à se transformer en bombe humaine, comme une conséquence naturelle d'une histoire personnelle. Comme si, finalement, l'acteur ne portait pas de responsabilité, comme s'il était un outil, manipulé par la puissance de l'argent, rendu manipulable par la force du désespoir. Je crois effectivement que c'est sans doute l'enjeu des prochaine décennies. Dans certains pays, des parents vendent leurs enfants, et ceux-ci sont transformés en bombe humaine. Les parents se doutent que l'enfant va mourir, mais l'argent permettra aux 7 ou 8 autres de survivre, donc c'est le meilleur choix possible pour eux... La morale n'a pas grand chose à voir là de dans....
Titre: Re : Le strapontin
Posté par: arwen le 28 Février 2011 à 23:42:09
Merci Natasha . Ta lecture et on interprétation est intéressante...
La femme épargnée sert aussi l'empathie, je crois... ( enfin pas pour tout le monde ! Certains y ont vu du sexisme ! :noange: )
ps: avant de te faire taper sur les doigts, un p'tit coucou dans la partie présentation ? C'est toujours plus agréable de savoir à qui on parle, non ?  ;)
Titre: Re : Le strapontin
Posté par: Clem le 02 Mars 2011 à 17:30:11
Texte inattendu par rapport au titre, mais: waouh, je suis soufflée  :) Un récit très humain, poignant, qui pourrait expliquer les attentats suicides. Ce personnage est touchant, ça pourrait être toi ou moi, tout n'est qu'une question de lieu de naissance...Je trouve que ça montre tout à fait le désespoir, ou plutôt la fatigue qui habite les clandestins et qui les réduit à n'importe quoi pour survivre ou faire survivre une partie de soi ici...Tu as des liens avec les réalisateurs de Welcome et No comment?  ::)
Titre: Re : Le strapontin
Posté par: arwen le 03 Mars 2011 à 09:22:59
Merci clem :)
Euh non, pas de lien avec ces réalisateurs. Juste une sensibilité sur le sujet ;)
Titre: Re : Le strapontin
Posté par: Kathya le 06 Mars 2011 à 21:15:53
J'ai trouvé le texte vraiment prenant et la décision extrême du personnage, à défaut d'être défendable à mes yeux (moi, Kathya et la fille derrière le pseudo) se "comprend" dans la logique du texte, dans le fait que le personnage n'a plus rien à perdre et plus rien à gagner sinon pour ce fils qu'il espère aider mais non par sa présence. J'aime beaucoup le passage avec la jeune femme enceinte, et j'aurais aimé qu'elle reste un arrêt de plus, pour que le narrateur se retrouve en proie à ses démons, piégés entre ses convictions, ses engagements et ses rêves bafoués. Sans quoi la fin est presque trop simple.

Mais lorsqu'il est question de tourmenter de pauvres personnages fictifs, je suis une grosse sadique. *sort* ::)

Et très jolie plume. ^^