Salut Clemouchka,
J'ai beaucoup aimé ta verve, l'emballement dans ton dire. Rapidement je me suis imaginée ton texte incarné, porté par la voix. Il y a quelque chose dans cette énumération poétique, voire chaotique, qui se prêterait volontiers à un long monologue théâtral par exemple - à mon sens bien sûr.
Ci et là je soulèverais bien quelques faiblesses, toujours selon moi, qui estompent un peu ce rythme endiablé.
Lorsque tu te veux plus précis, mais sans développer outre-mesure, par exemple la mention du sage et de la lune dans le premier paragraphe. Lorsque tu parles de toi, en conscience auto-réflexive (e.g. "je suis bien conscient de la densité de mon style..."), je trouve que cela fragilise le récitatif, comme si tu pointais toi-même un propre défaut, comme si tu ne voulais pas trop remuer le lecteur et le laisser englué dans toute la fantaisie de ton texte, ses élucubrations ; mais laisse-nous donc là dedans, baignons dans ta mare et ne nous dis pas quelle est la profondeur de ta piscine ou si le taux de chlore est un peu saturé. Lorsque tu dis "moi je", ce n'est pas propre à ton texte mais je trouve que c'est une juxtaposition un peu malheureuse et redondante en général.
Tout le deuxième paragraphe est réjouissant, inventif, fourmillant.
Puis vint Daniel. Pareil, pour moi paragraphe très prenant et touchant dans un style presque tragi-comique. Je trouve une forme d'écriture quasi clownesque, pas dans le sens populaire ou historique du terme, mais dans son sens noble : le clown est celui qui touche le fond de lui-même et le présente aux autres, ceux qui restent à la surface du quotidien.
Retour au je dans la partie suivante ce qui m'amène à me demander si le narrateur n'est pas précisément ce Daniel. Il s'engouffre dans une teneur plus divine sur la fin et je m'interroge sur ce qui le fait taire. La fin me semble un peu abrupte alors qu'à mesure se dessinait un protagoniste et son rapport au monde. Le monde donc s'échoue sur un point ?
J'aime donc beaucoup la langue, sa luxuriance. Je m'interroge davantage sur le déroulé du récit. Notamment la précision première "présentation du style" m'échappe un peu à présent que j'ai tout lu. J'ai pensé à une scène pour accueillir ce texte un peu comme s'il me fallait lui prêter un contexte pour soutenir et donner forme à toute cette mouvance presque organique et à cet effarement de l'imaginaire que tu manifestes dans ton écriture.
Au plaisir d'une lecture future.