Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Kailiana le 03 Novembre 2010 à 18:14:11
-
relu et ok
Le Rouge
Pour sortir de la ville, ils rejoignirent l’allée des pins verts, domaine des boulangers aux pains tellement appétissants qu’ils étaient en permanence emplis de vers. La rue était noire de monde ; des passants de toute espèce l’empruntaient dans un sens comme dans l’autre. Certains entraient en ville pour la première fois : attirés par la modernité et l’espoir d’une vie meilleure, ils avaient quitté leurs campagnes en laissant tout derrière eux. D’autres faisaient le trajet en sens inverse : qu’ils soient citoyens de longue date ou arrivés depuis peu, les folies de la ville les lassaient - ou même leurs faisait peur. La cité se transformait trop vite, ces derniers temps, pour que l’adaptation se fasse sans heurt.
Selène se frayait un chemin dans la masse, appuyée par le géant, et le Rouge se faufilait derrière eux. L’avancée ne se faisait pas sans violence, quelques pieds inconnus souffrirent au passage, mais ils gagnaient peu à peu du terrain. Ils passèrent finalement les portes de la ville ; il y avait presque autant de monde qu’aux abords de la cité, cependant le chemin s’élargissait et permettait d’être plus à son aise. L’inconvénient était qu’on voyait maintenant les immondices sur lesquelles on risquait de marcher, et qu’on se demandait par la même occasion sur quoi on avait piétiné auparavant.
Puis les trois compagnons quittèrent la route principale et s’engagèrent sur un petit chemin moins fréquenté. Lène imposa un rythme plus tranquille et le Rouge put flâner sur les bas-côtés. Il découvrit après avoir secoué quelques fleurs que certaines d’entre elles émettaient de petits bruits de clochettes ; intrigué, il en déracina une. Il se retint de pouffer – Selène aurait risqué de le rabrouer. Entre les racines de la plante se trouvait un petit bout de papier où était inscrite une blague. Pas très drôle, en fait ( "Qu'est-ce qu'un ours polaire ? Un ours cartésien après un changement de coordonnées" – il ne savait même pas ce qu’était un ours cartésien et un changement de coordonnées) mais la manière dont on trouvait la blague était en elle-même très réussie. Des fleurs avec le sens de l’humour ? Voila qui était nouveau ! Amusé, le jeune homme chercha d’autres plantes-clochettes. Il traînassa ainsi de droite et de gauche, jusqu’à ce que Selène le rappelle à l’ordre. Il ne s’était pas aperçu qu’il s’était laissé distancer, et il dut courir pour rattraper les deux autres.
Le paysage commença à se faire plus rude. Lorsqu’on allait dans la bonne direction, il suffisait de s’éloigner un chouïa de la cité pour retrouver des étendues laissées intactes par l’homme. La Montagne aux Secrets était réputée dangereuse, et les humains comme les bêtes ne s’en approchaient pas volontiers. Les bêtes domestiques, du moins. Des rumeurs étranges courraient sur l’endroit, et la brume qui enveloppait la pente, ajoutée aux cris gutturaux qui émanaient parfois des cavernes, n’était pas pour rassurer.
Les trois compagnons avançaient toutefois sans peur. Le géant car il n’en savait rien, Selène car elle ne se fiait pas aux racontars, et le Rouge parce que personne n’avait jugé bon de l’informer de ces rumeurs. Quoique cela n’aurait sans doute pas changé grand-chose.
Le ventre du Rouge gargouilla. C’était la faute à Selène. Et au géant, qui avait dévoré son petit pain sans penser à lui. Voir un autre manger lui avait donné faim ; le jeune homme n'avait après tout rien ingéré ce matin, et le repas de la veille n’était pas resté très longtemps dans son ventre à cause de la boisson. Son estomac criait famine. Il jeta un regard dérobé à Lène, mais elle ne lui prêtait pas attention. Il avait un peu peur de sa réaction s’il lui demandait l’autorisation de s’arrêter pour un encas, si tôt après être partis ; il doutait que la réponse fut positive. Il ne savait malheureusement pas où étaient cachées les vivres – ce n’était pas lui qui avait fait les sacs, et Selène avait dû se faire une joie de tout arranger afin qu’elle seule puisse s’y retrouver.
Ennuyé, il regarda autour de lui. Il ne tiendrait sans doute pas jusqu’à la pause déjeuner. Il n’avait pas envie de tenir. Il ne voyait pas la raison de se priver quand on n’y était pas forcé. Serait-ce trop espérer que dans les alentours… ?
Le chemin s’était fait sentier de montagne peu fréquenté, et la pente régulière leur faisait peu à peu prendre de l’altitude. Les arbres s’agrippaient au sol humide et leurs branches noueuses faisaient penser à de longs bras crochus de sorcières. Pas que le Rouge ait déjà vu de véritables sorcières, mais c’était l’impression que cela donnait. Et sur certains de ces arbres…
Le jeune homme vérifia que Selène continuait toujours l’ascension, et s’approcha d’une des plantes. Il avait d’abord cru qu’il s’agissait de fruits ; de gros fruits, certes, mais c’est ce que l’on trouve normalement sur les arbres. Il s’aperçut cependant que les choses qui pendouillaient sur la branche la plus proche étaient des fromages. A l’odeur fort alléchante. Un croassement étranglé retentit et le Rouge aperçu un énorme corbeau perché à la cime de l’arbre, qui tenait en son bec un morceau de comté et le regardait d’un œil mauvais. Mais le Rouge avait faim, et ce n’étaient pas les malédictions d’un oiseau de malheur qui allaient le dissuader de se régaler.
Il agrippa la branche et se choisit quelques morceaux, en évitant ceux qui dégoulinaient un peu trop – les vers semblaient encore plus friands de fromages que de fruits. Il commença à se lécher les doigts et se retourna pour rattraper les deux autres… et se retrouva nez à nez avec Selène.
« Il te manque quelque chose ? »
Le Rouge grimaça, et tenta un sourire d’excuse.
« Si tu avais quelques tranches de bon pain…
- Bien sûr. Un peu plus haut, j’ai aperçu un arbre qui répondra à tes attentes, indiqua obligeamment Lène. Le fromage est bon ?
- Oui, oui. Tu en veux ? »
Ce n’était jamais bon signe, quand la jeune femme faisait sa gentille.
« Non, merci. Tu ne sembles pas t’inquiéter d’où provient ce que tu ingurgites ; moi, si. J’ai quelques inquiétudes quant aux ingrédients qui composent ce fromage, mais si tu le trouves bon…
- Il est délicieux, fit le Rouge.
- Eh bien, si c’est le cas, tant mi… »
Selène manqua s’étrangler quand le géant s’approcha, s’appropria divers morceaux de tomes, emmentals et autres fromages, et les enfourna dans le gouffre de sa bouche. Ils disparurent sans laisser de trace.
« Voilà quelqu’un qui sait y faire ! » s’exclama le Rouge.
Lène, dégouttée et surtout profondément vexée, se détourna avec un grognement.
« Très bien, faites comme vous le souhaitez. Si vous êtes malades, que des furoncles vous poussent sur le nez ou que vous vous transformez en crapaud, ne venez pas vous plaindre auprès de moi. Sur ce, oserais-je vous signalez que nous n’avançons plus ? »
Le Rouge fit une grimace, attrapa quelques morceaux supplémentaires de fromage (le cantal était excellent) et fit un grand sourire aussi innocent que possible à Lène :
« Je vous suis, très chère. Oserais-je toutefois vous signaler que rien ne presse, que le ciel ne semble pas prêt à nous tomber sur la tête, et que nous ferions aussi bien de prendre notre temps et de savourer le voyage ? »
Sans daigner répondre, Selène leur tourna le dos et reprit la marche. Les deux autres la suivirent bon gré mal gré, car elle seule savait par où il fallait passer.
Ils cheminèrent ainsi, avec un entrain plus ou moins marqué, sur des ventres plus ou moins rassasiés selon les végétaux qu’ils croisaient et leurs convictions nourrituriales, au rythme tant bien que mal imposé par Selène. Sa volonté n’était pas toujours suffisante pour pousser le Rouge à une cadence élevée – mais ils avançaient. Le sol plus rocheux et les végétaux clairsemés en attestaient. Ils avaient déjà passé une nuit à la belle étoile, sous un ciel sans le moindre nuage, en supportant les petits bruits bizarres qui émanaient du géant ; la nouvelle nuit qui approchait serait normalement la dernière. Ils s’étaient installés commodément, avaient suffisamment de combustible pour nourrir le feu (les nuits étaient froides) et étaient sur le point de s’endormir. Le géant ne répondait déjà plus, et le Rouge, fatigué, laissait Selène tranquille. Les moments où le jeune homme était assoupi faisaient parti des rares occasions où elle n’avait pas constamment besoin de le surveiller. Il lui avait déjà fait un cas de somnambulisme, mais elle le soupçonnait d’avoir été réveillé et d’avoir simulé pour l’ennuyer.
Lène commençait enfin à s’assoupir quand elle entendit des pierres rouler un peu plus loin. Le son se répéta et sembla même se rapprocher. Trop sonore pour qu'il s'agisse d'un lièvre ou autre petit animal ; ils avaient déjà croisé une chèvre, mais elle n'imaginait pas l'habile créature déranger autant de pierraille. La jeune femme discernait également des sons de branches cassées. L'être semblait pataud, mais un peu trop volumineux à son goût.
Totalement éveillée à présent, elle se redressa et secoua le Rouge. Elle s’apprêtait à faire de même pour le géant mais s’aperçut qu’il était déjà aux aguets, nez au vent. Un air de concentration intense traversait son visage – son expression était toutefois plus curieuse qu'inquiète.
Au contraire de Selène.
Il était vrai qu’elle ne croyait pas aux rumeurs. On racontait toutes sortes d’histoires sur cette montagne, certaines légèrement crédibles, la plupart pas du tout, mais cela lui avait parut simples légendes. Avec la nuit tombée et la brume qui courait sur le flanc de la montagne, cependant… elle se posait quelques questions. Les rumeurs sont rarement innocentes ; y règne toujours un fond de vérité.
Le Rouge s’étirait et baillait en faisant grand bruit. Ahuri, il ne lui serait d'aucune utilité jusqu'à ce qu'il reconnecte ses neurones – ce qui risquait de repousser son utilisation au matin. Selène se positionna derrière le géant et tenta de percer la pénombre.
Les bruits étaient de plus en plus proches. Une chair de poule traîtresse apparut sur ses avants-bras. Elle crut enfin distinguer une ombre ; les flammes changeantes du feu de bois la grandissaient parfois, la faisait paraître menaçante ; le géant restait toutefois de marbre et Selène se recroquevilla derrière lui. Il ne lui restait plus qu'à espérer que le Rouge soit suffisamment endormi pour qu'il ne remarque pas sa réaction, afin qu'il ne puisse pas se gausser d'elle par la suite.
Elle frémit quand la créature émergea de la pénombre pour parvenir au cercle de lumière autour du feu. Puis gloussa.
Certes. Il s'agissait bien d'une étrange créature des montagnes, comme on ne pouvait en voir nulle part ailleurs. Elle comprenait maintenant pourquoi elle faisait tant de bruit en se déplaçant.
Le Rouge se frotta les yeux à côté d'elle. Il paraissait légèrement plus éveillé, et, titubant quelque peu, il se dirigea vers la créature par le côté amont. Lène, soulagée, un poids en moins (il ne fallait vraiment pas avoir le coeur fragile dans ces situations), le suivit.
Le dahu tourna la tête dans leur direction. Il découvrit les dents et leur fit un simulacre de sourire, que le Rouge s'empressa d'imiter, quelque peu moqueur. Amusée, Lène contourna l'animal et s'approcha de sa croupe. Elle y donna une petite claque – le dahu tenta de riposter, mais, incapable de se retourner, ses tentatives n'aboutirent pas.
Le géant était reparti près du feu, apparemment pas très intéressé par l'étude de cette étrange espèce. Selène trouvait pourtant l'animal fascinant. Ses deux pattes gauches, plus courtes que celles de droite, l'obligeaient à avancer dans une direction unique. Il ne pouvait ainsi qu'aller tout droit – et encore, quand la pente le lui permettait. Lène se posait quelques questions quant à la viabilité de l'espèce. Il était vrai que les évènements étranges affluaient ces derniers temps, mais... tout de même ! Comment donc pouvaient-ils se reproduire ?
Le Rouge s'amusait à tourner autour du pauvre animal, qui ne pouvait suivre et commençait à tourner de l'oeil.
« On peut le prendre avec nous ?, lui demanda-t-il en continuant sa ronde.
- Non.
- Mais ça fait des provisions faciles à transporter !
- Faciles à transporter ? Je ne compte pas faire d'innombrables tours de la Montagne pour parvenir à l'antre du dragon, et ce... cet animal, ne peut pas prendre le chemin direct. Peut-être comptes-tu le transporter sur ton dos ? »
Grimace du Rouge.
« Nan. C'est bon, j'ai compris. Plus qu'à espérer qu'on trouve des arbres intéressants.
- Hum. »
Selène retourna au campement et, sans plus de cérémonie, se recoucha. Le camp était en aval du dahu, inaccessible pour lui, et elle voulait être plus ou moins reposée le lendemain. A côté d'elle, le géant semblait déjà assoupi. Le Rouge continua de s'amuser un instant, jusqu'à ce que le dahu finisse par s'éloigner ; enfin, tout redevint calme.
-
Bonsoir,
Personne ne serait repassé par ici ? Je relève tout de même les coquilles, et quelques autres soucis assez visibles (en espérant que le texte posté ici était à jour, et que la correction n'a pas été faite ailleurs ^^).
Ps : les phrases relevées ne sont pas dans l'ordre du texte, mais avec la fonction rechercher, ça ne devrait pas poser de souci ^^
Les moments où le jeune homme était assoupi faisaient parti
partie
attirés par la modernité et l’espoir d’une vie meilleure
"attirés par l'espoir" me gêne un peu
fait sentier de montagne peu fréquenté, et la pente régulière leur faisait peu à peu prendre de l’altitude. Les arbres s’agrippaient au sol humide et leurs branches noueuses faisaient
Triple répétition de "faire"
le Rouge aperçu
aperçut
Tu ne sembles pas t’inquiéter d’où provient
de la provenance de ?
Lène, dégouttée
dégoûtée
Sur ce, oserais-je vous signalez
signaler
cela lui avait parut
paru
ses avants-bras
avant-bras
les flammes changeantes du feu de bois la grandissaient parfois, la faisait
faisaient/faisant
-
Il a été corrigé dans la phase "correction" du Recueil :) (sauf pour le "attiré par l'espoir" qui personnellement, ne m'a pas gênée dans la lecture, et pour la répétition de faire).
-
Ça marche ^^ J'y regarderai à deux fois, la prochaine fois !
-
Cela dit, une faute nous avait échappé, ainsi qu'une deuxième dans le texte des patates, donc on ne peut que te remercier d'avoir relevé tout ça o/
-
Mouarf, il restait tant de fautes que ça ? : /
Merci Spes pour les avoir relevées (et désolée pour les correcteurs du recueil :-[ ce n'est pas faute de m'être relue... )
fait sentier de montagne peu fréquenté, et la pente régulière leur faisait peu à peu prendre de l’altitude. Les arbres s’agrippaient au sol humide et leurs branches noueuses faisaient
Triple répétition de "faire"
Tant pis pour le recueil, je ne sais pas où c'en est exactement mais ça risque d'être chiant de faire une modification...