Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: True Duc le 10 Décembre 2020 à 22:24:32
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Le phare de la C3 pendouille. Il fait entrer la clé dans la serrure de la portière. Sur le siège, il pose un devis. Phare avant droit + clé électronique + main d'œuvre... Total = 725 €. Il le relit, souffle, le froisse et le jette sur la banquette arrière, entre un emballage du macdo et un siège enfant. Il démarre.
W.LC.M. En s'essuyant les pieds énergiquement, il vient d'arracher la dernière voyelle du paillasson. Il ouvre la porte, un chat noir s'évade, suivi par un labrador qui essaye de manger ce qu'il reste du E. Il lui arrache de la bouche, difficilement, la déchiquette et laisse les confettis dans le vide-poche, à coté d'une bouteille de Martini et d'un tas de courrier. En haut de la pile, on peut y lire "Juge des...". Il fixe une photo où on le voit souriant, entouré d'une femme et d'une petite fille d'environ deux ans. Il avait une barbe bien taillée.
Il entre dans le lit, règle son radio-réveil sur 6 h 00, prend un livre, lit une moitié de page et le repose. Il éteint la lampe de chevet. Il bouge dans tous les sens, se gratte. Quelque chose semble l'irriter au niveau du caleçon. L'étiquette ! L'étiquette d'un très vieux caleçon ! Il se lève, se contorsionne pour essayer de l'arracher. Avec les mains, avec les dents. En se retournant, rageux, son regard s'arrête sur l'image que lui renvoie le miroir psyché. Il reste dans cette position de longues secondes. Et grogne.
Subitement, en trombe, il entre dans la salle de bain, ouvre le meuble miroir, s'empare d'un petit ciseaux, enlève son caleçon (sous le regard postérisé d'un Garfield accroché de travers). Méthodiquement, le bout de la langue coincé entre les lèvres, découpe juste au-dessus du 95% coton. Il jette l'importun appendice dans les toilettes, remet son caleçon, et tire la chasse.
Il retourne dans la chambre en sifflotant un air victorieux et s'engouffre dans les draps, le visage apaisé.
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C'est cela l'optimisme : quand tout va mal, il suffit d'une toute petite victoire pour vous remettre sur pieds.
J'ai aimé
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En effet, toute cette accumulation de petites misères, c'est bien sympatoche.
Il y a par contre cette histoire de caleçon que je trouve un peu bizarre...
"Il se lève, se contorsionne pour essayer de l'arracher. Avec les mains, avec les dents. "
???
Soit il a de graaaaaandes dents, soit c'est son caleçon qui est immense et qui lui arrive au menton. Ou alors c'est vraiment un contorsionniste hors pair; et puis si c'est vraiment un très vieux caleçon, l'étiquette est sacrément résistante pour rester irritante après moult et moult lavages...
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Bonjour True Duc
Sympathique cette histoire mais je suis d'accord avec Jimmy. Les étiquettes qui grattent c'est sur les vêtements neufs normalement. Quand c'est vieux et usé, ça ne gêne plus (en tout cas ça se passe comme ça chez moi ;))
Merci pour cette petite histoire
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Ton texte décrit des tracas du quotidien.
Tu écris beaucoup sur le thème ou le narrateur est agacé d'une situation et a envie de tout "envoyer valser".
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Bonjour,
C'est la loi de l'emmerdement maximum.
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@DC85: Merci. C'est tout à fait ça.
@Jimmy: en effet, l'histoire du caleçon donne un aspect burlesque. Je ne peux pas m'en empêcher;)
@Eart son: Le sujet de l'étiquette est autobiographique. Des étiquettes rebelles même au bout de plusieurs années, parfois avec une double étiquette, parfois avec un petit bouton de remplacement...il fallait que j'en parle, un vrai sujet de société !!!;)
@Cendres Ah oui, bien vu, il est vrai que le thème "tout envoyer valser" est récurrent. Mais là, j'y vois beaucoup d'optimisme dans ce coup de ciseaux. C'est implicite, certes. Merci.
@rigolote Ah oui, on est carrément dans la Loi de Murphy là. Bien vu.
Merci pour vos retours. Genèse de ce petit exercice : je suis parti de rien, en roue libre et j'ai essayé d'écrire à la troisième personne, de manière descriptive (sans ne jamais rentrer dans la tête du protagoniste).