Bonjour à tous,
Voici mon texte-réponse au défi qui m'a été lancé par Claudius il y a deux semaines Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
J'ai essayé l'amusant mais ne garantis pas le succès : ce n'est pas ce que j'écris d'habitude.
Bonne lecture !
J’étais tranquille, j’étais peinard, accoudé au comptoir, attendant des clients, désespérément, quand un monstre est entré dans le restaurant.
- Ah ! ai-je crié d’une voix suraiguë
Il était grand. Il était laid. Il sentait bon le lait caillé. Mais il était bleu. Tout bleu. Deux petites antennes, qui lui servaient d’yeux, se dressaient, mouvantes, sur sa tête. Il bavait et ne semblait pas avoir de dents. Il ne portait rien, pas même un slip. Son entrejambe était lisse comme le crâne d’œuf de mon horrible patron bedonnant. En même temps, il avait trois jambes…
J’ai eu un mouvement de recul. Il s’est approché malgré tout de moi et a hurlé d’une voix nasillarde, comme filtrée ou numérique :
- Une table pour dif, f’il vous plait !
Comment refuser ? La salle était vide. Totalement. Il faut dire que la nourriture proposée était loin d’être fameuse. Mon boss était persuadé que tout avait commencé avec mon arrivée il y huit mois à cause de ma faible capacité à être souriant et courtois mais j’avais goûté une fois ses lasagnes et avait cru les dégobiller direct sur le zinc.
- Bien sûr, Monsieur, ai-je répondu d’une voix blanche, balayant la salle d’un revers de la main droite.
- Appelez-moi Glurp, a-t-il ajouté en hochant la tête, faisant se dodeliner ses yeux.
On n’aurait pu imaginer meilleur sobriquet.
Il s’est dirigé en claudiquant vers la rangée de tables placée juste devant la vitrine, s’est assis face à cette dernière, histoire de bien faire fuir tous les autres clients potentiels… Je suis resté au bar, à l’observer, attendant que les autres convives n’arrivent. Je m’attendais au pire. Qu’est-ce qu’un truc dans ce genre pouvait bien avoir comme amis ou collègues ? Il ne pouvait venir de notre planète. Son irruption m’avait plongé en plein « Men in black » en un claquement de doigts. Un – ou plusieurs ! - autre monde s’ouvrait à moi. Ou alors, bah, je devenais fou... Je me suis quand même pincé, pour vérifier. Et j’ai eu mal, tout simplement.
J’ai attendu cinq minutes environ. Lui tripatouillait les serviettes, les couverts, les changeant de disposition et de place, regardait le menu en le tenant à l’envers. Puis il s’est tourné vers moi et a braillé :
« Vous ne venez pas prendre ma commande ?
- Vous n’attendez pas d’autres personnes ? ai-je demandé, surpris.
- Non, a-t-il rétorqué sèchement.
- Ah… je croyais que…
- Et puis, on ne répond pas à une queftion par une autre queftion. »
Il est retourné à l’auscultation de son menu, toujours tenu à l’envers, et je me suis enfin décidé à l’approcher, pas trop vite non plus, calepin et crayon à la main, pour prendre sa commande.
- Que désirez-vous ?
Il a sursauté, comme s’il m’avait oublié, et a répondu, dégoulinant de bave :
- Un verre.
- Un verre de quoi ?
- Un verre ! Il n’y en a pas fur la table !
Il s’énervait vaguement, si tant est que l’on puisse s’en rendre compte puisqu’il ne savait que crier.
Je suis donc allé au bar lui chercher un verre et une carafe puis les lui ai déposés sur sa table. Il m’a regardé et a hoché la tête faisant encore bringuebaler ses yeux.
- Je prends le reste de votre commande ? lui ai-je demandé, crayon à la main.
- Ve ne veux rien d’autre, merfi !
Puis il m’a congédié d’un revers de la patte.
Je suis retourné m’accouder au comptoir pour l’observer en toute discrétion. Et là, après l’avoir reniflé, il s’est mis à manger le verre, le faisant crisser sous ses gencives, bavant comme un ours en rut ou en rage. Je me suis alors précipité pour m’assurer de sa santé.
- Délifieux fe verre ! m’a-t-il dit, la gueule encore pleine de bris.
Je ne savais plus quoi faire. J’étais empêtré dans ma stupeur. Je ne bougeais pas. Il a dû le sentir car il a reniflé puis a ajouté, une fois tout avalé :
« L’addifion, f’il vous plait !
Etrangement, il souriait.
- Vous ne voulez pas manger quelque chose ? Des… euh… lasagnes, par exemple ?
- Mais z’ai déza manzé ! Et puis, fans mentir, les lavagnes, ifi, sont dégueu ! La dernière fois, v’ai failli les vomir fur la table !...
Alors, j’ai ri. À n’en plus finir. J’ai réussi à lui dire, malgré tout, que le verre était offert, cadeau de la maison, et à le raccompagner jusqu’à la porte en lui tenant l’épaule. Je riais encore lorsqu’il s’est retourné avant de quitter les lieux pour me lancer :
« À l’année profaine ! »