Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Jimmy le 06 Décembre 2020 à 13:30:38

Titre: De chaque côté de la fenêtre
Posté par: Jimmy le 06 Décembre 2020 à 13:30:38
De chaque côté de la fenêtre il y a des enfants.
Un rayon de soleil frappe les carreaux, illumine de son reflet les petites frimousses des garçons qui jouent à la guerre, des filles qui jouent à la dînette.
Un rayon de soleil pénètre dans la grande chambre noire, frappe la porte close, enflamme sur son passage les poussières qui dansent.
En silence.
Une faible lueur nuance à peine le visage figé du petit bonhomme assis dos au mur, en tailleur.
Il n'a pas d'amis. Il fait des origamis à sa façon. Il plie et replie des petits bouts de papier, pendant des heures.
C'est l'idée qu'il se fait du bonheur.
On dit qu'il n'est pas normal. Il le sait.
Ça lui fait mal.
Les années passent, le petit fantôme devient un homme.
Il a gardé avec lui sa fenêtre ; il l'oriente vers le soleil et capte les rayons. Il observe les poussières qui dansent. Ça lui rappelle son enfance, celle qu'il n'a pas eue.
Ça virevolte, ça va dans tous les sens.
De l'autre côté de la fenêtre il y a des ouvriers, des secrétaires, des gens qu'on admire, d'autres qu'on méprise, des gens qui se font la guerre et qui rentrent le soir se remplir le ventre d'une bonne soupe bien chaude.
Les années passent encore. Une faible lueur nuance à peine les marques du temps gravées sur le visage du petit rien du tout. La poussière s'est déposée sur sa fenêtre, il ne sait plus où est le soleil.
Son cœur épargné par la guerre ne reçoit plus de chaleur.
Il n'est pas normal, le petit rien du tout. Personne ne le lui dit plus, mais il le sait et il en est heureux.
Quelqu'un a lancé un caillou vers sa fenêtre.
Un rayon de soleil traverse le carreau cassé, et vient illuminer ses yeux pour la première fois.
Titre: Re : De chaque côté de la fenêtre
Posté par: Cendres le 07 Décembre 2020 à 08:39:00
Merci pour le partage de ton texte qui est une poésie. Je ne vais pas te donner des conseils pour l'écriture en raison de mon côté médiocre.

Tu racontes l'histoire d'un garçon solitaire, qui continue a l'être une fois adulte.
Pourquoi il est toujours dans cette pièce ? Tu ne le précis pas, je suppose que ca doit être une image (L'enfermement de son esprit).

A la fin quelqu'un casse la fenêtre et fait rentrer le soleil. C'est certainement une image pour dire qu'on lui casse sa bulle et qu'il va en sortir.
Sinon une fenêtre, c'est transparent "Un rayon de soleil traverse le carreau cassé, et vient illuminer ses yeux pour la première fois", je pense que c'est une image, car sinon même non brisé la lumière passe au travers.
De plus, ca signifie qu'il n'est jamais sorti de cette pièce. Il a été enlevé enfant et enfermé ou quoi ?^^


Ton texte est agréable a lire et je pense qu'il fait référence a l'isolement de ce garçon.
Titre: Re : De chaque côté de la fenêtre
Posté par: Jimmy le 07 Décembre 2020 à 10:27:11
" La poussière s'est déposée sur sa fenêtre, il ne sait plus où est le soleil."

C'est une façon de dire qu'il s'était complètement coupé du monde extérieur. Dans ce texte je parle d'une forme méconnue d'autisme, qui n'a rien à voir avec celle que nous connaissons qui serait un trouble mental (ce dont je doute, mais c'est tout un débat). Cette forme d'autisme dont je parle ici est sociétale, et elle n'est pas irréversible; je sais de quoi je parle... le caillou peut représenter un choc émotionnel.
Je conçois que ce texte est très difficile à comprendre. Je te remercie de t'être laissée embarquer par sa poésie

Autre chose: tu n'es pas médiocre, et ne laisse personne dire que tu es médiocre.
Titre: Re : De chaque côté de la fenêtre
Posté par: Chjara le 07 Décembre 2020 à 10:53:11
J'ai aimé ton texte qui est très facile à lire. Tu abordes un sujet difficile avec assez de légèreté pour ne pas tomber dans le mélo dramatique. L'alternance de phrases courtes et longues je trouve que cela peut refléter son état psychologique donc c'est une bonne idée !

Juste deux bémols: petite faute d'orthographe "celle qu'il l'a eue" --> tu accordes pas ici parce que c'est une tournure impersonnelle, règle de grammaire très chiante je le conçois.

Et quand tu parles des garçons et des filles, je trouve que c'est un peu stéréotypé de dire que les uns jouent a la guerre les autres jouent à la dinette. Je pense qu'en ce moment on lutte suffisamment contre ça mais ce n'est qu'un avis personnel.

Au plaisir de te lire,
C.
Titre: Re : De chaque côté de la fenêtre
Posté par: Jimmy le 07 Décembre 2020 à 11:15:53
Annulé (Problème d'édition)
Titre: Re : Re : De chaque côté de la fenêtre
Posté par: Jimmy le 07 Décembre 2020 à 11:17:31
Merci pour ton commentaire, Chjara.
Je ne comprends pas trop pour la faute d'orthographe: il n'a pas eu d'enfance, l'enfance qu'il n'a pas eue. dans la deuxième tournure le COD est bien placé devant le verbe, non?


Sinon, je suis complètement d'accord. Moi aussi ça me choque, les garçons qui jouent à la guerre et les filles qui jouent à la dînette. Tu as dû remarquer que je me rangeais du côté de l'enfant. Je ne dirais pas que ce texte est autobiographique, mais presque (les petits bouts de papier je ne les ais pas inventés); et à l'époque où j'étais enfant, c'étaient les années De Gaulle: les garçons jouaient à la guerre et les filles jouaient à la dînette :)
De plus ça m'arrange, car ça me permet justement de faire cette sévère critique de la société machiste un peu plus loin :


"Des gens qui se font la guerre et qui rentrent le soir se remplir le ventre d'une bonne soupe bien chaude." Si on juxtapose ces deux passages, on devine que ces "gens" sont des hommes et qu'ils rentrent le soir profiter de la soupe que Bobonne leur a préparée.
Titre: Re : De chaque côté de la fenêtre
Posté par: Claudius le 07 Décembre 2020 à 11:51:19
Chjara, tu as mal lu la phrase, tu cites : "celle qu'il l'a eue" et non "Celle qu'il n'a pas eue". Cela fait toute la différence

Celle qu'il n'a pas eue... ce n'est pas une forme impersonnelle, il faut bien accorder le eue, puisque conjugué avec l'auxiliaire avoir, le COD est placé avant : il n'a pas eu quoi : que, mis pour enfance.

J'ai lu ce texte et j'avoue avoir bien aimé.

On sent l'enfant peut-être autiste, peut-être juste interverti ou rêveur.
L'image du soleil à travers la fenêtre, cette image qui le suit tout au long de sa vie pour finir par se briser, le caillou sur la fenêtre, une main tendue ? Qui l'ouvrira au monde, c'est ce que je ressens à la lecture.

Je n'ai pas trop grand chose à dire sur la forme, c'est simple et facile à lire. Le fond semble pensé, un texte court qui (pour moi) se suffit à lui-même, tout y est dit en peu de mots.

 ;) ;) ;)




Titre: Re : De chaque côté de la fenêtre
Posté par: Laura CRD le 08 Décembre 2020 à 10:52:49
Très joli texte.
J'ai aussi tiqué comme Chjara sur les stéréotypes mais après tout, cela décrit une réalité même si on essaie de faire évoluer les choses. Et en effet, comme tu le soulignes, la phrase sur la guerre et la soupe résonne parfaitement bien avec les jeux des enfants.
Je n'avais pas pensé à l'autisme pendant la lecture, juste à un enfant timide et cela fonctionne aussi. Ton éclairage apporte donc un enjeu dans le texte plus fort que celui auquel j'avais pensé.
C'est très bien écrit, très parlant, plein d'émotions, poétique. J'ai vu plein d'images et de couleurs.
Merci.
Titre: Re : De chaque côté de la fenêtre
Posté par: HELLIAN le 09 Décembre 2020 à 13:54:56
Un texte juste et pudique. Les évocations sont tout à fait réussies et significatives.  Nous sommes entre poésie et prose. J'ai beaucoup aimé
Titre: Re : Re : De chaque côté de la fenêtre
Posté par: Cendres le 09 Décembre 2020 à 15:02:22
" La poussière s'est déposée sur sa fenêtre, il ne sait plus où est le soleil."

C'est une façon de dire qu'il s'était complètement coupé du monde extérieur. Dans ce texte je parle d'une forme méconnue d'autisme, qui n'a rien à voir avec celle que nous connaissons qui serait un trouble mental (ce dont je doute, mais c'est tout un débat). Cette forme d'autisme dont je parle ici est sociétale, et elle n'est pas irréversible; je sais de quoi je parle... le caillou peut représenter un choc émotionnel.
Je conçois que ce texte est très difficile à comprendre. Je te remercie de t'être laissée embarquer par sa poésie

Autre chose: tu n'es pas médiocre, et ne laisse personne dire que tu es médiocre.

En lisant ton texte, le personnage me faisait penser à un autiste ou a un enfant mal traité. Des fois les gens pensent qu'un enfant mal traité est autiste, alors que cela n'est pas le cas.
Je ne l'avais pas dit car je comprends de travers la poésie, alors que j'avais pas tout a fait tord pour une fois.