Il s'agit de la première courte nouvelle que je présente ici!
Je n'imagine pas vraiment la retravailler, mais je prendrai en compte tous vos retours pour les prochaines!
Chez Jade,
C’était un grand appartement, pour une étudiante. Jade avait quitté la Méditerranée pour ses études et occupait l’appartement qui fut celui de sa grand-mère. Un grand une-pièce avec une mezzanine et un balcon, en plein Montmartre. Quand on entrait, on était tout de suite surpris par la lumière que laissait passer l’immense baie vitrée. Les murs étaient blancs, le plafond haut, et l’appartement entier changeait d’humeur selon la couleur du temps. Violet-rose les après-midi d’hiver, rouge pastel le matin et orange vif les soirs d’été.
La cuisine, ouverte sur le salon avec un bar, était modeste bien que fonctionnelle. Elle avait tout une collection d’épices orientales, et les plats qu’elle préparait sentaient le soleil. La partie salon de la pièce se résumait à un canapé et une table basse, quelques tableaux impressionnistes achetés à des peintres sur la place du Tertre habillaient les murs, et Jade avait installé des rideaux qu’elle ne fermait jamais : elle avait vue plein Est sur les toits de Paris. La mezzanine lui servait de chambre, et la vue qu’elle offrait le matin des beaux jours nourrissait son esprit en ondes positives. De son lit, on pouvait voir le soleil se lever, et chaque matin était comme une surprise lumineuse.
On s’y sentait bien. Il y faisait bon. Un appartement calme, idéal pour les amoureux.
Jade était blonde. Elle avait les yeux clairs. Ses cheveux étaient fins et s’éclaircissaient avec les saisons. Son regard était rieur, chaud, et bienveillant. Sa voix était douce mais assurée. Elle sentait la lavande. Elle était solaire. Elle se réveillait avec les premières lueurs matinales et s’endormait avec le soleil, été comme hiver. Pétillante les beaux jours, calme pendant la pluie. Elle rayonnait l’été, hibernait l’hiver.
On s’était rencontrés il y a un an, devant le Sacré cœur. J’attendais un ami, elle se baladait. J’ai croisé ses yeux, et les quelques secondes qui ont suivi m’ont paru comme des heures. J’avais eu chaud tout d’un coup. Son sourire franc et instinctif avait fini de me faire fondre, mais mon manque de courage m’avait empêché de faire un pas vers elle.
Deux jours plus tard, je l’avais revue au même endroit, et encore le même sourire, toujours le même regard. « Si tu la croises encore vas lui parler ou je le fais pour toi. Non mais c’est vrai quoi ! Elle t’a souri. Ces choses-là ça se commande pas : si t’y vas pas tu vas le regretter, je te le jure ». Alors je m'étais décidé.
J’étais revenu tous les jours à la même heure au même endroit pendant une semaine, mais ma détermination n’était pas assez. Le huitième jour, je la croisais enfin. J’avais des crampes au ventre, j’avais la gorge sèche, et j’avais peur. « Salut ! Euh… Je sais pas bien comment dire ça, mais enfin… Je t’ai vue l’autre jour, et… Ben je me demandais si… tu voulais bien qu’on marche un peu, histoire de discuter ». Fidèle à son habitude elle m’avait souri, et m’avait répondu « On va où ? ».
Nos rendez-vous s’étaient enchaînés, et mes chevilles avaient doublé de volume. On marchait, longtemps, jusqu’à épuisement. Balades d’été dans les parcs ou sur les quais, promenades nocturnes dans les rues étroites du centre de Paris. C’était comme une évidence. Du salut de loin, à une bise simple, à la bise où on se tient les coudes, jusqu’à la bise au ralenti : celle où on n’a pas vraiment envie de se dire au revoir, ou alors si, mais on ne sait pas trop comment. Ce jour-là, après un long silence je lui ai dit que je l’aimais, et elle m’a laissé l’embrasser, lentement, ses mains dans les miennes, et j’étais comme dans un nuage.
Tout s’était ensuite passé à la vitesse de la lumière. Le premier cinéma en amoureux. Le premier dîner. La première nuit chez elle et le premier réveil aux aurores, et de sa fenêtre le soleil qui se levait sur nous comme une bénédiction ; tout était rose.
Un an après j’y suis toujours.
Sur le bar de la cuisine une carte pour son anniversaire :
Ton regard de braise,
Ta peau brûlante,
Ton souffle chaud ;
Mon soleil !