Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Lester le 27 Octobre 2010 à 19:21:17
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Les femmes sont plus à craindre parce qu’elles ont le cœur plus large, qui sait devenir un cœur plus meurtri. Blanche elle aussi voulait connaître l’amour. Elle n’a de vie que pour ça. Elle a pour les préoccupations communes un regard de mépris. Mais l’amour, l’amour. Comme ils peuvent être décevant les gestes de l’amant, quand une fois donnée elle perçoit la laideur qui émane d’eux ; la déception qui émane d’elle. C’est une étrange chimie. Caprices des hommes, enfantins et méchants. Elle est lassée d’être un suicide perpétuel. Un jour elle gagner sa vie et on la respectera de l’avoir gagnée, de la laisser ainsi faite, comme un trophée contre son sein. Chaque homme à qui elle se donne la rapproche un peu plus de sa mort, a ce parfum qui l’enivre. Comme cela est doux, pense-t-elle, comme cela est doux. Je dissous mes étoiles, dans un baiser au mensonge. Blanche ! plus personne ne répond. Blanche ! On a perdu Blanche. Il est temps de vivre comme une pièce lancée au hasard.
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« Je ne laisserai aucune nuit me passer à son épine», je dis. Parce que j’ai des passions qui ne brûlent que pour la flamme des alcools exotiques. Je ne veut pas mourir, je ne veux pas mourir, parce que j’ai trop gouté la mort ici-bas, elle rend la langue pâteuse, et sale. Elle laisse un parfum de peau morte et de sable mouillé. Je ne veux pas mourir, parce que je voudrais vivre des nuits différentes, avec des mains de sel qui me font un corps inconnu. Je le connais trop, ce corps. Je voudrais briller autrement, j’ai toujours trop brillé qu’on dirait maintenant que je suis si pâle. Je voudrais briller d’un corps différent, un corps qui serait un objet soumis.
J’avais parlé a Marie, mais Marie me dégoute, avec ses yeux qui gémissent tout le temps, qui trainent des refus, des pitiés au bout des lèvres. Je voudrais lui faire mal, mal, mal, qu’elle cesse de geindre pour vraiment crier. Elle me dit « je t’aime, tu sais, je t’aime », et j’ai envie de lui arracher sa bouche, de la jeter au sol et de la fouler de milliers de pas cruels, de lui dire arrête Marie. Dans la nuit tu rends mon front si lourd qu’il traverse l’oreiller sans atteindre le sommeil. Je ne peux plus dormir, je ne peux plus dormir. Tout ça me pèse. Blanche, elle, je voudrais prendre tout son corps liquide, en emplir ma taie et poser ma joue contre la sienne, y enfoncer mes doigts pour en extraire des cris. Blanche ! Blanche ! Blanche ! Comme ce nom m’enivre, comme ce nom m’emmerde. Blanche ! Les hurlement de mes yeux qui n’en peuvent plus de ne pas dormir, avec deux succubes qui me grignotent les appétits, qui gorgent mon corps de ses propres liquides : l’une avec son amour de putain et l’autre avec ses refus de reine. Marie ! Marie ! Blanche ! Il y a Jean aussi qui me dit que je ne pourrais jamais écrire, et plus j'écris plus je me dit qu’il a raison : la réalité se dérobe sous mes mots. Ils échouent à l’atteindre, à la clouer de grammaire, à la réorganiser et la déplier avec mes verbes, mes mots… Imiter, je ne sais qu’imiter, je n’ai pas de voix propre. Billie Holliday chante… Et pourquoi je ne peux pas écrire comme elle chante Billie Holliday ? C’est cliché, mais on s’en fout, mais qu’importe. Je parais porte arabe. Je suis mol et affaissé. Où est-ce que je vais trouver un peu de raideur, un peu de plomb à suspendre aux distances ? Où ? Blanche ! Ce n’est pas elle qui me les donnera, elle me retire les mets que je contemple les jambes prises dans le fleuve, Blanche ! Et Marie avec son amour si sale et si laid, son amour de putain.
Je ne désire parler que de poésie.
La poésie est la façon la plus noble de parler de soi-même ; la voir chanter les yeux des autres.
J’envie les poètes parce qu’ils ont toutes ces femmes.
L’amour n’est pas niais. L’amour n’est pas bête. Certains hommes le sont.
Et pourquoi on ne pourrait pas parler que d’amour ? Je ne vois pas d’autre intérêt. Dans ma vie, je n’ai jamais vu d’autre intérêt que cette quête : il n’y a d’amour que du concret.
La poésie elle aussi relève du concret.
Je vous laisse aux fumées, aux distances.
On me reproche souvent de faire trop de cas de moi-même.
On ne fais jamais trop de cas de soi-même. Qui le ferais sinon ?
On n’a jamais été plus juste que le jour où l’on m’a traité d’escroc.
J’ai des grands yeux noirs qui semblent nier la vanité. Mais approchez vous un peu, mesdemoiselles, fixez, dans ces deux grands yeux noirs, mon envie, fixez, ces deux grands yeux noirs, caressez : touchez donc, vous ne ferez pas meilleur usage de vos mains.
Je contemple mes humeurs, mes pupilles. Parfois cela me fait horreur. L'iris de feu, comme cela est commun.
Ma vérité, elle se dit dans mon visage. A me voir on sait que je suis faible. Il faut masquer tout ça.
Quand on me demande pourquoi je dis des cruautés, je réponds que je m’habille.
J’aimerais bien être raide. Être dur. Avoir le corps et l’esprit noble, droit. Une épigée fière. Je n’ai de vie que pour ça. Voulez vous mesdames, etc.
Il n’y a de poésie que de l’homme. C’est la seule psychologie que je ne trouve pas vulgaire. J’invente. Blanche est douce, Blanche est belle, etc.
En littérature le narrateur est toujours le type qui s’ennuie. Ais-je déjà dit combien ma vie était ennuyeuse ?
J’aimerais tracer une ride qui condense mon amour des personnes.
La vérité, c’est que l’amour est follement amusant.
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Attention aux zaccords!
On ne fais jamais trop de cas de soi-même. Qui le ferais sinon ? deux s pour deux taies ?
Sinon, non, je n'ai pas percuté.
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Quelques fautes par-ci par-là que j'ai la flemme de relever.
Pour le texte en lui-même, cela reste dans la lignée de ce que j'ai pu lire de toi. Certaines phrases me charment, d'autres me laissent perplexe, d'autres s'entassent et tissent une trame qui ne serait pas déplaisante si je n'avais pas tant l'impression de l'avoir déjà lue et vue dans d'autres de tes textes. Cela dit, cela m'a semblé plus facile de lecture et moins décousu dans le fond que d'autres de tes textes mais peut-être plus dans la forme.
Avis mitigé, mais sûrement pas mon préféré de toi...