Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Murex le 26 Novembre 2020 à 10:38:01
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Vieux beau, il finissait sa carrière d’artiste au piano-bar d’un bateau de croisière. Il en habillait les apéritifs et les fins de soirées avec des airs surannés, vieilles rengaines usées jusqu’à la corde, chansons oubliées auxquelles il redonnait un souffle de vie.
Très digne et très droit, les cheveux gominés, dans un smoking un peu râpé, des chaussures de cuir blanc lui donnant un air un peu maffieux, cet homme m’émouvait. On l’écoutait à peine. On l’applaudissait parfois maigrement à la fin d’un morceau, alors, tout en gardant un air recueilli, il inclinait la tête en guise de remerciement, comme s’il était acclamé dans une grande salle de concert.
Sur un petit présentoir, il proposait quelques CD à la pochette jaunie auxquels nul ne prêtait attention. Et je me demandais quel avait pu être le passé de cet homme, quelles furent ses ambitions, car tout artiste en a, quel long chemin l’avait conduit à cette impasse, un bateau de croisière pour vieux, car il n’y a que des vieux dans ces croisières…
Jamais je ne l’ai vu échanger un mot avec les passagers. Il se tenait parfois, mais toujours à l’écart, fumant une cigarette, accoudé à la balustrade. Que regardait-il dans le miroir de l’eau ? Sa vie d’artiste raté, ou bien était-ce sa façon de cacher son mépris pour tous ces vieux qui s’inventaient un succédané de bonheur en se payant une croisière de nanti ?
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Bonjour. Texte très agréable et très visuel : le pianiste fané et dépassé on l'imagine sans peine. J'ai bien aimé.
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Merci pour ton texte.
La narrateur critique la carrière raté du musicien le faisant échouer dans un bateau de vieux
Mais celui qui l'observe est lui même un voyageur, donc un vieux.
En fait, en lisant ton texte, on dirait une personne qui critique une autre, mais elle est juste le reflet de ses échecs.
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Bonjour
Il a quelque chose de poignant ton texte. On est tellement entouré d'illusions perdues.
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Ce texte me fait penser à la chanson d'Aznavour: "Je m'voyais déjà". Si la chanson se termine sur une note d'espoir, dans ce texte l'amertume a fait place au mépris.
A présent c'est fichu.
Ne terminez pas comme ça les amis, nos lecteurs ne sont en rien méprisables et ne le seront jamais. Lorsqu'on n'a plus de considération envers son public, la motivation s'en va et on ne peut produire rien de bon.
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Heureux que vous ayez été sensibles à ce texte. Il s'agit d'une situation vécue évidemment, une croisière à partir d'Amsterdam.
Pour répondre à Cendres, je tiens à lui dire que je ne critique absolument pas la carrière ratée de ce musicien ( à supposer qu'elle le soit), loin de moi cette pensée ! Je ne fais que transcrire mon ressenti dans l'espoir de le faire partager.
Merci à vous quatre
Murex
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Bonjour Murex
J'ai beaucoup apprécié ce texte, que j'entends aussi comme un hommage à tous ces musiciens qui jouent dans l'indifférence. Réussir ou rater une carrière tient tellement à des choses qui n'ont rien à voir avec le talent (il suffit d'allumer la radio pour s'en convaincre), qu'on peut aisément comprendre et excuser l'aigreur de ce pianiste dans sa maison de retraite flottante.
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Bonjour,
Merci pour ce beau texte plein de réflexions. Tu dépeins la vie et les sentiments de cet artiste. On pourrait se demander qui a réellement du mépris envers qui et lequel peut être justifier.