Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: HELLIAN le 20 Novembre 2020 à 10:19:05
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Le poète et la page
Blanche restait la page à lui flanquer la frousse.
Y porter un seul vers lui semblait périlleux.
Il n’était poésie ni cantate assez douce
Pour oser maculer cet espace précieux.
Son art n’en était digne, eût-il été parfait.
Le moindre mot surgi de sa pensée brouillonne
Vaudrait profanation sur le papier défait
Comme aux vitraux sacrés une mouche souillonne.
Longtemps il hésita, la plume en bandoulière,
Prêt à traquer le verbe en sa geste première
Pour le saisir au vol de la bouche des dieux.
Mais il se convainquit de n’en coucher aucun
Sur le drap de sa feuille au vierge baldaquin,
Car le plus beau poème est le plus silencieux.
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Bonsoir Hellian,
Quel joli paradoxe d'écrire un sonnet sur un poète décidant de ne rien écrire "Car le plus beau poème est le plus silencieux." !
J'apprécie celui-ci, tout comme l'éloquence et la maîtrise de la versification dont tu fais preuve.
Toutes petites propositions : j'enlèverais le caractère spécial inséré par mégarde dans le deuxième vers et j'ajouterais, pour ma part, une virgule entre "digne" et "eût-il" (qui est sûrement un subjonctif donc devrait s'écrire avec le circonflexe, si je ne m'abuse) dans le premier vers du 2è quatrain. Je pense aussi, puisque ton écriture me donne l'impression que tu es un peu tatillon, que l'on dit "se résigner à" et non "de".
Merci pour le partage : j'ai aimé ton poème !
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Merci de votre passage et surtout pour vos pertinentes observations auxquelles,, Peut-être l'auriez-vous noté, j'ai immédiatement satisfait.
Oui, étonnamment, ma petite expérience de l'écriture poétique semble m'orienter vers une écriture plus classique que celle que je pratiquais naguère. Souvent, le mouvement est inverse comme le veut d'ailleurs l'histoire de la poésie elle-même. Mais, j'éprouve plus de plaisir à me jouer des contraintes que de m'abandonner à ce qu'il est convenu d'appeler le vers libre. En réalité, cette liberté n'est qu'une pseudo liberté car une poésie qui n'est pas assujettie à la règle classique n'est pas pour autant exempte de contraintes tout aussi rigoureuses.
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Bonsoir Hellian,
Changements relevés !
Il n'y a aucun jugement de ma part sur votre (ta ?) manière d'écrire. Je conçois que l'on suive la versification tout autant que l'on veuille s'en extraire. Je vous (te ?!) rejoins : toute écriture, même romanesque, suit/subit des contraintes, que pour ma part j'affectionne ! Je pense qu'il en est de même pour vous/toi puisque tu es là ;) !
Bonne soirée
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Je remonte ce poème, d'abord parce que je l'aime bien, ensuite parce que j'ai omis de répondre à l'amical commentaire d'acollias.
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Bonjour Hellian,
Je trouve l’idée d’écrire sur la page blanche très intéressante. Le concept, en mode Big Bang, que quelque chose naît de rien reste pour moi toujours aussi troublant.
J’aime beaucoup ton poème et je me retrouve aussi un peu dans ton style. De plus, j’aime le sonnet, ses règles et son format qui me semble ni trop court ni trop long. Finalement, il reste tout aussi indémodable que le haïku.
Utilises-tu parfois la forme AAB CBC plutôt que AAB CCB ?
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Une ode à la page blanche et au silence. Cela me plait beaucoup. C'est contraire à ce que l'on nomme parfois la crainte de la page blanche et l'angoisse de celui qui attend que s'apprivoisent les mots. J'aime aussi le rythme et la rigueur de la versification.
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Bonjour
Quel joli texte, j'ai pris plaisir à relire
Merci à toi
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J'ai omis de répondre à trois de mes lecteurs
Qui m'avaient honoré, croisant dans le secteur,
D’un aimable propos. Qu'ils ne voient de ma part
Aucune indifférence à n’être point bavard.
C'est que je suis distrait contents chaque syllabe
De mes Alexandrins en quelque chiffre arabe
Où peut-être romain, je ne sais plus très bien,
Car vous écrire en vers me donne un mal de chien !
Me pardonnerez-vous de remonter ce texte,
S’il est vrai que je n'ai qu'un bien maigre prétexte,
Pour me faire excuser cette piètre insolence :
C'était i voilà cinq ans que vous passiez gaiement
Au pied de mon poème aimant mon boniment
Qui n'avait pour objet que louer le silence.
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Le thème classique de l’échec ontologique de la poésie (de l’écriture). L’échec serait la règle, par définition. Toutefois, et votre texte le confirme, il nous revient de contredire, ou de tenter de le faire, ce postulat.
Vous le faites avec grâce et superbe.
(La diérèse du v.4 ne me convainc qu’à moitié… Oui, je sais, j’ai la diérèse qui foire...)
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Ton poème revisite le thème du vertige de la page blanche et du rapport du poète à l’écriture.
Sa tension est claire :
D’un côté, la terreur sacrée : écrire serait profaner (« maculer l’espace précieux », « mouche souillonne »).
De l’autre, l’aspiration au verbe divin (« la bouche des dieux »).
La conclusion renverse l’enjeu : le silence est présenté comme le véritable accomplissement poétique (« le plus beau poème est le plus silencieux »).
J'ai kiffé !
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Prune ! Ma chère prune,
Tu es venu me visiter et j'étais demeuré indifférent.
Sache bien que tes passages sont toujours pour moi une marque d'amitié.