(Petit texte inspiré d'une expérience que j'ai "romancé". Je suis toujours ouvert aux critiques, bien que j'emplois uniquement la première personne du singulier, je suis rôdé et entièrement ouvert à ce niveau là! Je l'ai écris en moins de deux heures, donc... soyez sans pitié >:D)
Elle dépose ses lèvres sur ma joue, puis se retire. Caresse mon épaule, sans regard ni mots puis disparaît dans mon dos. Je reviens à moi même seulement quelques instant plus tard. La brise est légère, le ciel est claire, une belle journée ensoleillée. Mes yeux se perdent dans la foule, cette dernière n'est pourtant pas compacte, ni même étouffante, plusieurs individus dispatchés aux quatre coins de l'entrée de cette gare. Les structures varient d'une fontaine, aux œuvres d'art contemporaines, ainsi que plusieurs massifs composés de végétaux verdoyants. Je répertorie toutes les informations, les couleurs, le nombre de personne ce qu'elles font, sans m'attarder réellement je me tourne vers le ciel. Quelques nuages à peine assez gros pour interpréter quoi que ce soit. C'est comme si je venais de m'effondrer alors que mes jambes me soutiennent. J'ai envie de vider mon estomac dans la première poubelle venue. Étrangement son parfum revient me moquer, dispersant le flux de mes pensées. Je réalise alors que je viens de perdre les plus précieuses minutes de ma vie.
Je parviens finalement à me retourner mais je ne la retrouve pas, je balaye le devant de cette gare dans un sens puis dans l'autre inlassablement. Je ressens cette violente sensation de rejet me pourfendre, brisant les sceaux entassés contre mes frustrations dans un fracas de haine. Ce n'est plus du désir, ni même de l'espoir, c'est intangible et pourtant ça me brise. J'ai envie de hurler son nom, l'implorer de revenir, exiger des comptes. Je n'en ai pas finis, je n'ai même pas pus lui dire à quel point je lui en voulais, à quel point son égocentrisme, sa discrétion et ses putains de silences me hante depuis des années. Mes jambes parviennent finalement à bouger, je peux enchaîner les pas, que dis-je je cours. Je me précipite entre les portes coulissantes de la gare, fichues stations autours desquelles nous avions bâti une grande partie de notre relation. Je me revois défiler fièrement devant ces enseignes aux couleurs vives bardées de lumières. Je me revois lorgner sur les vitrines, songeant aux divers présents que j'aurais aimé lui offrir. Quel imbécile, quel innocence, à quel point peut on être stupidement aveuglé par le bonheur ? Doux rêveur que j'étais, j'espérais pouvoir changer à son contact. La bonne blague, toujours aussi lent, laisser la situation me tomber dessus pour réagir, au lieu de prendre les devants et simplement agir.
Encore une fois, ma patience, mon abnégation et mes désirs m'avaient plus enlisé que portés. Je m'étais encore une fois contraint, au lieu de chercher à flamboyer par pure peur de brûler ce que j'aimais. Et voilà qu'elle allait disparaître, rester au plus loin de moi sans jamais chercher à me retrouver. Bien sûr que c'était pour le mieux, mais je veux au moins savoir la vérité et me confier. Je veux qu'elle apaise une dernière fois mes peurs, mes hontes et mes chagrins. Elle me doit … qu'est-ce qu'elle me doit d'ailleurs ? Je foule à peine les quais que je sens mon portable vibrer, une fois puis deux, puis je le dégaine et réalise :
« Laredoute LR, vous offre trois mois de bons d'achats, sur des promotions exceptionnel... »
Je ne lis même pas le reste du message, je soupèse mon téléphone, comme si le poids de ma culpabilité venait de transiter à l'intérieur. Ma paranoïa, mes crises de colères paniques, mes nuits d'ivresses à noyer mon ennui dans les pintes et les whiskys. Faible créature, qu'est l'homme qui se laisse submerger par la jalousie. Ces heures passées à lui hurler dessus au téléphone, ou à me laisser bercer pas sa voix alors que je titube dans les rues de ma ville désenchanté. Je me revoyais, criminel du cœur, tueur de sensations, combien de fois avais-je repoussé ses intentions pourtant si prudes et bien amenées. Ces brefs instants pourtant si violents passés à la menacer de tout terminer. Tout ça pour paraître fort, toujours plus fort et complet. Je l'ai repoussée, c'est ce que je prétendais désirer. Maintenant j'ai gagné, je suis libéré de cette responsabilité. Elle peut partir, vivre heureuse avec celles et ceux qui la font rire. Moi, je n'ai plus qu'à assumer mes délires, ce n'est pas qu'une envie de me punir, c'est sa réponse face à mon emprise. Inconscient du chantage que je lui faisais subir, je n'arrivais pas à entendre autre chose que les voix de ma jalousie. Mes plaies béantes, mes impulsions fragiles, mon imagination noircie, par des expériences extrinsèques à nôtre amour .
Je range mon téléphone dans ma poche, puis soupire, ça fais déjà longtemps qu'elle s'en est allée. Ca fais longtemps que je ne la faisais plus languir, ni sourire. Je n'étais qu'un instrument, une cristallisation de l'amour idéale. Tout comme elle me semblait être trop pure et aimable, beaucoup trop aimante et capable pour que je me sente suffisamment mature et apte . Trop jeune, certains diraient, je ne pense pas, puisque je m'étais jusque là toujours préservé, persuadé que je ne désirais que l'amour vrai. Une seconde fois je me retourne, mais cette fois sans rien chercher. Je m'en vais, résigner et persuadé qu'elle n'aurait jamais mieux fait. Qu'est-ce que j'espérais ? Me préserver pour l'amour vrai ? Quelle absurdité, je m'étais lâchement caché, aux douleurs de l'âme et aux méandres du cœur. Et me voilà maintenant bercé par les remords et le regret. Puisses-tu le trouver, cet être qui saura te compléter. Moi je m'en vais, avec pour seule certitude. Que le seul prix capable de racheter mes pêchés, sera celui de me faire oublier. Quitte à devoir continuer de te repousser, je vais définitivement me refermer. Certes j'aurais d'autres rencontres, d'autres femmes avec qui je vivrais et partagerais des moments biens secrets. Mais cela n'effacera jamais ce fragment de cristal tant aimé. Pour toi je m'évanouirais, pour moi je me restreindrais à nos souvenirs secrets . Seulement ainsi je pourrais vraiment t'aimer à jamais.