Le Monde de L'Écriture

Salon littéraire => Salle de débats et réflexions sur l'écriture => Discussion démarrée par: Deofresh le 24 Octobre 2020 à 15:38:59

Titre: Sur la fierté d'écrire
Posté par: Deofresh le 24 Octobre 2020 à 15:38:59
Salut !

J'ai fait une petite recherche pour voir si ce sujet avait déjà été abordé, mais je suis revenu bredouille. Si c'est un doublon, n'hésitez pas à le fusionner (et veuillez m'excuser)

Alors voilà, hier soir, ma colloc' m'a demandé ce que je griffonnais furieusement dans mon carnet depuis quelque temps. Je lui ai expliqué, non sans gène, que je me préparais à écrire un roman pour le Nano. "Super ! Tu es un écrivain, je pourrai lire ?" me rétorqua-t-elle, et me voilà qui rougis, un peu honteux de ma confidence.

En fait, je me rends compte que j'ai une drôle de relation avec l'écriture. Pour moi, c'est un plaisir solitaire, presque coupable. J'ai un peu honte de dire que j'écris à mes heures perdues et je me garde bien d'en parler. Personne dans mon entourage ou presque ne sait que c'est un hobby, ni dans ma famille, ni dans mon cercle d'amis.

Je pense que cette réaction vient du fait que je suis très pudique. J'aborde dans mes textes beaucoup de sujets qui me sont chers et j'y fais part de mes états d'âme pas toujours glorieux. De plus, je construits mes personnages avec les caractéristiques de gens qui me sont proches et j'ai peur que certains se reconnaissent. Du coup, j'ai peur du regard que pourraient porter les miens sur mes textes, de leur jugement. Partager ici mes écrits se fait sans peine puisque vous m'êtes tous inconnus et que je suis anonyme.

Ce n'est pas un problème et je ne cherche pas une solution, je crois que j'aime ce petit secret. En revanche, je suis curieux de savoir la relation que vous entretenez avec le fait d'écrire.

Alors voici mes questions :

Êtes-vous fiers d'écrire, en parlez vous autour de vous ?
Vous faites vous lire par votre famille/amis ?
Avez-vous été comme moi ? Avez-vous évolué ?
Et enfin, pensez-vous être un écrivain.e ?

La bise !


Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: fulgiras le 24 Octobre 2020 à 19:06:34
Salut,
J'ai un rapport à l'écriture très proche du tien et je me demande parfois si c'est pas comme ca qu'on atterrit sur le mde ne voulant partager ses textes à la fois publiquement et à la fois en cachette. Je suis curieux d'avoir les avis des autres.

Je pense qu'il y a un rôle de l'image de l’écrivain intellectuel, cultivé qui débat de sujets de société délicats qui encourage pas trop à dire: j'écris sans cette idée de littérature qui se prend au sérieux. Je me trompe peut-être mais j'ai cette impression que dire je dessine a un coté plus "artiste cool", loisir là ou la littérature beaucoup moins. 
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Loïc le 24 Octobre 2020 à 19:17:54
Oh mais quel bon fil pour justement procrastiner l'écriture :mrgreen:

Je ne me cache pas vraiment, dans le sens où ma famille et une bonne partie de mes amis savent que j'écris, après je suis un peu mal à l'aise de le faire devant ma famille ou de leur montrer. Si un jour je suis publié je le ferai avec fierté, mais en attendant, les trucs en cours (c'est à dire tout :mrgreen:), j'ai pas tellement cette ambition. En même temps j'y vois pas trop d'intérêt ^^
Du coup si quelqu'un me voit écrire, je réponds un peu évasivement parce que la timidité, mais je cache pas le fait que j'écris.

Je suis pas fier d'écrire, mais je suis pas non plus fier de jouer au handball ou de faire de l'escalade ou de jouer aux jeux vidéos. C'est un loisir comme un autre.
Je ne fais lire que sur le MdE, aucun intérêt à le faire lire à quelqu'un d'autre.
J'ai toujours été comme ça je pense (difficile de cacher que t'écris quand t'es gamin ^^)
Je me pose pas la question ^^
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Persona le 24 Octobre 2020 à 22:56:33
Hello,
Question super intéressante :)
Je me reconnais un peu dans ton approche.
J'ai commencé à dire à mes proches que j'écrivais quand c'est devenu régulier. Avant ça ben... j'ai gardé mon imagination pour moi pendant des années, je n'arrivais pas à écrire parce que ça me gênait. Je devais prendre l'imagination pour de l'immaturité je suppose. Et puis le regard des autres :s. A la fac, une connaissance écrivait, il n'a pas forcément pu compter sur la bienveillance des gens puisque c'est plutôt devenu un sujet de plaisanterie. Donc jamais j'aurais osé dire que j'écrivais, même si c'était qu'un peu à ce moment là. Et aussi, il y a une part de "à quoi bon".
Donc assumer d'écrire et assumer d'en parler aux autres, c'est venu ensemble. Maintenant les proches auxquels j'envoie mes textes sont très encourageants, ça me fait beaucoup de bien.
Et donc oui, il y a une part de fierté d'avoir passé le cap, de se dire qu'au fond ce qui compte c'est d'aimer ce qu'on fait.
Se dire écrivain par contre noooon. C'est comme se dire artiste, non ? Ca peut passer pour de la prétention.
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Dot Quote le 25 Octobre 2020 à 02:21:59
hey oui, sujet parlant !
bon heu désolé je me suis étalé je voulais faire court, mais vous savez ce que c'est...



EN REACTION
y'a de la substance avec toi fulgiras qui reconnais cet aspect super-génial du forum qui est le suivant : ici on existe dans un autre monde, ce qui fait qu'on est quelqu'un et personne à la fois, public et caché, mais affiché et intime
je te rejoins Loïc sur sa remarque à tendance euphémisante, comme quoi y'a pas vraiment de fierté, dans le sens mal placée, à faire ce qu'on fait ; moi aussi j'écris, et en dehors du fait que c'est un désir infantile qui se réalise, je ne suis pas non plus dans la valorisation psycho-capitaliste de ce qui pourtant génère en moi de la satisfaction
enfin persona je remarque le constat que tu fais et qui n'est pas singulier : on se fait vite railler lorsqu'on écrit, c'est un phénomène oui... inexplicable avec des mots pour moi, encore now ; par contre je m'offusque de ton deuxième constat universel, celui à propos de prétention : comme si dès qu'on a envie de faire un truc intellectuel ou psychique, ça évoquait aux autres l'envie de houspiller contre un crime moral... la créa, un crime ? 'sont juste jaloux ou quoi ?

EN INTERVENTION
ma petite pensée : on soulève la dichotomie fierté/honte, et outre le fait qu'aujourd'hui dans notre monde à influence chrétienne mal tournée, il est difficile d'avoir de l'ego, même si celui-ci se justifie comme par exemple par le travail de nos qualités naturelles ou de goût ; eh bien je vais plutôt souligner ma remise des causes du sujet...
je crois que tout ceci nait justement de la honte : je crois qu'écrire se fait à défaut de parole ; que ce soit sur un sujet qui peut blesser, que parce que les mots oraux sont moins complexes, que parce que psychologie ou autre, à chaque fois j'imagine que le goût pour la littérature se développe par frustration du réel et fuite vers l'imaginaire... il n'est pas rare de qualifier les littérateurs de timides, réservés, introvertis : ça dit bien ceci, en quoi si on a parlé avant d'écrire et si pourtant ce sont deux modes d'expression distincts, eh bien l'écriture est ce lieu un peu subsidiaire qui ne s'éloigne pas des chemins de la honte, autant que d'une fierté qu'on aurait facilement à associer à des autres quaalités...

EN REPONSE
du coup pour répondre :
- je suis "fier" d'écrire, mais la honte autant que la fierté m'enjoignent à rester humble également bref encore une dicthotomie axiologique que j'ai du mal à ne pas scinder... ; j'en parle un peu autour de moi, mais là c'est très bizarre je crois '-'
- certains de mes entourages lisent, mais je sais pas qui et quoi car je n'ai que peu de retour, tout étant public et sans remise en forme : je m'aperçois que tout en étant ouvert, je reste bien hermétique... art free total !
- ahoui, je voulais répondre à ce fil par cette anecdote, j'étais gamin et j'avais gardé un cahier de la rentrée scolaire en me disant que j'essayerais bien d'écrire un peu, avec toutes ces questions d'ici dans ma tête... je ne crois même pas avoir écrit dedans, ou alors quelques pages à peine pour essayer sans conviction, mais toujours est-il que je suis tombé un peu dans un panneau désagréable quand par projection, j'ai cru que mon frère écrivait lui aussi quand j'ai vu un cahier similaire rangé étrangement ; y'a eut de la question gênante, et puis j'ai décidé, tout honteux et trompé, de garder du scrivage pour moi perso... jusqu'au meud ! ou presque...
- je pense être un artiste avant tout huhu haha, mais dans ma tête quoi, y'a pas de prétention professionnelle à l'artistisme ; j'aime l'esthétique l'engagement la concentration associées à ma vision du concept, et j'aime me dire que je produis du sens et de l'imaginaire, consciemment... j'aurais petetr à une époque voulu que la société me considère en tant qu'écrivain, mais au fond cette étiquette basée sur la reconnaissance sociale, ça me passe par dessus la défonce... donc j'suis écrivain, oui en partie, mais je préfère me penser aujourd'hui comme écrivain par nécessité : j'écris parce que j'aime ça dans mon art, mais surtout parce que j'ai cette auto-culture de l'expression particulière, et par contre l'écriture est l'un de mes outils, et non une finalité en soi ; un de mes outils pour penser, bien sûr, c'est là ma petite liberté perso, là où tout pourrait déluger après moi, j'ai ça : la pensée !


breeeef,
cool lieu qu'ici pour dire ce qu'on pense de ce qu'on écrit, y'a moyen que de l'échange d'ego soit plutôt accointant ici, sans que cela passe pour de l'étalage frustré !

byou
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Xeraphia le 25 Octobre 2020 à 02:37:55
Hm… pour moi, ce n’est pas une question de fierté ou de honte, c’est une question d’intimité. Non, je ne dis pas aux gens que j’écris, simplement parce que ça ne regarde personne. Ma sœur le sait, parce qu'elle écrit aussi, mes parents parce qu'ils me voient faire. Et j’écris depuis trop longtemps pour qu’on ne le sache pas. Et c’est tout. Et ils n’ont jamais rien lu, et n’ont jamais demandé.
On met trop de nous-mêmes dans nos écrits pour que je trouve normal de dire aux gens que je le fais. Je ne suis pas là pour partager, je suis là parce que j’ai besoin d’aide. Si j’étais capable d’écrire sans aide, je n’aurais jamais mis les pieds sur le MdE.
Depuis que je suis ici sur le MdE, je me suis fait deux copines qui m’ont parfois comparée à mes persos : tu réagis comme Machin, tu penses comme Truc, fais pas ton Chose, en fait tu ressembles beaucoup à Bidule. Ce qui est normal, il y a de moi dans chacun ; mais c’est hyper bizarre, presqu’intrusif, que, du coup, elles voient la ressemblance.

Quant à la fierté… euh, zut, oui, un peu que je suis fière de ce que je fais, et j’espère bien que c’est le cas de tout le monde ici ou ailleurs :D Je travaille trop fort à mes écrits, je dépense trop d’énergie et trop de temps pour eux, j’y mets tout ce que je sais, tout ce que je connais, tout ce que j’ai vécu, j’y consacre trop de moi-même pour ne pas être fière de mon travail. J’ai le droit d’être fière, je le mérite, et c’est le cas de n’importe qui qui crée quelque chose de toutes ses forces.
La qualité ? Ce n’est pas ça qui me rend fière, parce que j’en sais fichtre rien, de ce que ça vaut. Mais c’est l’effort qui me rend fière.

Par contre, fierté ou pas, intimité ou pas, j’irais jamais me prétendre écrivain. Parce que quand je vois ce que les écrivains que j’admire produisent, la qualité de leur travail, leur style, leur créativité, leur imagination, leur efficacité, je me sens dans mes petits souliers… et je me rends compte que c’est inaccessible. On n’est pas écrivain parce qu'on a publié un livre, on est écrivain parce qu'on sait écrire, et la différence est énorme.
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Dot Quote le 25 Octobre 2020 à 03:42:55
Mmmah c'est cliché ce mythe du profesionnalisme productif et forcement reconnu, pour justifier un titre
Écrivain pour moi se résume a l'activité, t'es écrivain si t'écris, par principe et etiquetage pratique, ya pas de valeur morale a susciter auprès de la qualité universelle ou de la reussite sociale pour prétendre faire ce qu'on fait, faut arrêter la fausse modestie euphemiste et mieux être humbles de ce qu'on fait fierement... Non ?

Si c'est pas ton métier ok, mais comme je dis c'est réducteur je trouve de limiter le terme écrivain a son métier ; ce peut être une passion, une catharsis, autre chose, tu es toi mm dans l'activité d'écrire, donc on va pas tortiller du cul pour chier droit, moi jtrouve t'es une fière ecrivzin qui a de quoi :)

Mais chacun ses defs et usages des mots...
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Deofresh le 25 Octobre 2020 à 10:04:07
Haaa, je me disais bien que je ne devais pas être tout seul. C'est rigolo je trouve, de comparer nos ressentis sur la chose.

Je suis d'accord avec toi Dot que le terme écrivain devrait s'appliquer à quiconque écrit, mais comme le disait fulgiras, il y a une espèce d'aura autour de la chose. Du coup, moi je ne me considère pas écrivain parce que je n'ai pas l'impression d'en avoir la légitimité. Et puis j'aurais peur de paraître prétentieux si je le disais.

Maintenant Loïc, je pense que l'écriture est un peu différente de l'escalade (que je pratique aussi, et j'ai pas peur de le dire  :D), parce qu'on créé et comme le disait Xeraphia, on met une grosse part de nous même dans nos textes, c'est donc une sorte de mise à nu.

Et sinon, pour prolonger un peu le débat :

Pensez-vous qu'être publié.e changera (ou a changé, si vous avez la chance de l'être) votre relation à l'écriture ?
Feriez-vous de l'écriture votre métier  si vous en aviez l'occasion ?
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Loïc le 25 Octobre 2020 à 10:38:13
Citer
Maintenant Loïc, je pense que l'écriture est un peu différente de l'escalade (que je pratique aussi, et j'ai pas peur de le dire  :D), parce qu'on créé et comme le disait Xeraphia, on met une grosse part de nous même dans nos textes, c'est donc une sorte de mise à nu.

Encore un  :aah:
Et sinon, moi je suis pas trop d'accord avec ça. Je crois pas mettre une grosse part de moi (pas non plus rien, mais pas tant) dans mes textes, et je crois pas que ce soit une mise à nu.
Du coup je persiste : l'écriture, c'est un loisir comme un autre, ni plus, ni moins. Dans lequel, à l'échelle de ma vie, je n'ai même pas investi tant de temps que ça.

Citer
Pensez-vous qu'être publié.e changera (ou a changé, si vous avez la chance de l'être) votre relation à l'écriture ?
Feriez-vous de l'écriture votre métier  si vous en aviez l'occasion ?

Non à la question deux, therefore non à la question un.
Faire de l'écriture un boulot, ça veut dire devoir écrire, même quand j'ai pas envie.
Des trucs qui plairont aux éditeurs, si possible, au public, surtout.
J'aime pas assez (ou trop ?) écrire pour ça ^^
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Dot Quote le 25 Octobre 2020 à 14:54:39
en vrai j'en viens vraiment à me questionner suite à ton propos Loïc, car effectivement tu donnes l'impression cosmopolite, dans tes écrits, de parvenir à un degré d'objectivité que j'admire énormément alors que je n'avais pas fait ce lien là que tu effectues, celui de la distanciation d'un propos artistique depuis son ambition : en gros, je te crois quand tu dis que tu ne mets pas tant que ça de toi dans tes textes, et d'une part je trouve ça respectable, mais surtout d'autre par je me demande comment tu fais, et si c'est un absolu seulement atteignable ; ne serait-ce que par ton filtre de choix artistiques, écrire est un travail d'extériorisation, il y a donc bien cette notion d'exploiter un jardin privé afin de le rendre partagé... j'ai d'ailleurs, d'où mon intrigue, toujours considéré qu'il vallait mieux avoir conscience de ce fait pour mieux être pertinent, mais tu me prouves qu'une ambition altruiste ou du moins subjective, est tout aussi valable, ne serait-ce que pour ton amour de l'écrit qui se libère donc ainsi, à sa manière, et franchement j'admire car, bin voilà, je pense que c'est une difficulté antagoniste à mes prérogatives artistiques, mais qui a toute sa place dans l'équilibre dichotomique du phénomène individuo-social qu'est la culture de l'écrit !

Deofresh oui pour la crainte d'une prétention, pour ça il faut se la jouer Nietzsche  mwajdi : créer des valeurs quitte à renverser, comme je le disais, les christiannités de pities de sacrifices, de je suis une taupe dieu a le marteau, de tout le monde est mieux que moi quoique aujourd'hui à voir... bref, j'espère que le monde change et que les individus prennent conscience de leur écrasement passé, et qu'on assumera de plus en plus autre chose qu'un chèque en fin de mois et ce qu'il nous permet, dans les futurs classements de valeurs humaines ! t'façon tu mens Déofresh ahah, jamais vu d'énormité pareille : tu es toi aussi un fier écrivain je suis sûr, j'ai moi la prétention de te le dire ! comme tout un cchacun ici, mais faudrait pas que la fréquentation du meud fasse de quiconque y vient un écrivain, si ? CV social contre CV professionnel ? à creuser, genre moralement déjà, c'pas les mêmes buts, y'aurait aucune prétention à ne pas  être un truc qu'on fait comme si, alors qu'il y a à ne pas être ce qui est marqué sur le papier officiel ; dans le second on trompe la société, dans le premier on ne trompe que soi, j'ai l'impression, d'où qu'un écrivain pas de métier, est pour moi valable vraiment, en dinitive !

sinon, à propos de publication :
https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=35583.0
un petit tournage en boucle sans heurter l'absence de bords

:)
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Xeraphia le 25 Octobre 2020 à 15:06:37
Ben en fait euh, au risque de froisser quelques egos, non, n’est pas écrivain qui écrit, ce n’est pas aussi simple.
On n’est pas cavalier parce qu'on pose ses fesses sur une selle deux fois par semaine. On n’est pas randonneur parce qu'on grimpe une montagne de temps en temps (de préférence quand il fait beau).
Et y a pas de mal ou de mépris à ça. On peut arriver à un niveau très correct et avoir beaucoup de plaisir et plein de beaux souvenirs, à poser ses fesses sur une selle deux fois par semaine ou à grimper des montagnes quand l’envie nous prend. Mais ça s’arrête là.

Ce qu’on est, nous, est un mot qui a disparu et c’est bien triste : on est des écriveux, donc des gens qui aiment écrire et qui écrivent, tout simplement. Sans (nécessairement) prétention, sans (nécessairement) vouloir en faire un métier, sans (nécessairement) rechercher la qualité. Ou bien avec, hein, chacun son truc. Perso, par exemple, j’ai pas les deux premiers mais j’ai le troisième.
(Moi j’aime dire scribouillard, ‘fin voilà :mrgreen: )
(Et des scribouillards fiers de leur travail, hein. Again, pas de mal ou de mépris à « n’être que » des scribouillards)

Il n’en reste pas moins qu’un écrivain, c’est un professionnel. C’est quelqu'un qui a les connaissances, la technique, la capacité et l’intimité avec la langue que le scribouillard lambda n’a pas.
Parfois le professionnel est publié, parfois il ne l’est pas. Y a pas nécessairement de rapport.
Et parfois, y a des carrément pas professionnels qui sont publiés, et eux non plus ne sont pas écrivains, ne leur en déplaise :-¬?

Alors oui, je crois que c’est une très mauvaise idée de dire aux gens « Je suis écrivain ». Parce que si tu le dis, tu ferais mieux d’avoir un sacré pilier sur lequel t’appuyer.

Et c’est un peu pareil pour n’importe quel hobby, finalement. Les gens ne disent pas « Je suis peintre », ils disent « Je peins ». Et c’est logique.

Quant à ta nouvelle question, Deo, pour moi, c’est par excellence le genre de question qui n’a pas de réponse. La vérité est qu’on ne s’imagine jamais réagir de la façon dont on finit par réagir. Je m’imagine haïr l’écriture et mes personnages si je devais en faire quoi que ce soit d’autre que ce que j’en fais maintenant, mais… qui sait ? :D

@ Loïc : Je veux bien parier que tu y mets beaucoup plus que tu ne le crois. Je crois qu’on ne se rend pas compte de combien il y a de nous dans nos créations, littéraires ou autres. Je veux bien parier que si quelqu'un qui te connaît très bien et qui a bon esprit d’analyse lisait tes textes, il ferait beaucoup plus de rapprochements que tu ne le penses ^^

… L’est difficile, le café du dimanche matin, dites donc :o
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Dot Quote le 25 Octobre 2020 à 15:27:52
arf j'avoue que dans un monde où le CV seul compte pour compter les sousous des valeurs, monde dans lequel on vit malgré nous, y'a une distinction à faire entre l'activité professionnelle et l'activité qui ne l'est pas... mais mwa j'dis tout ça c'est du coinçage qu'une révolution aurait bien tôt fait de venir libérer huhu

quand y'aura plus du 'ah ouais t'es publié ? dis m'en pluss j'arrive pas à te juger juste en te lisant'
mais plutôt du 'ahouais t'as écrit ça ? viens on en parle'

genre moi la plus grosse honte si j'étais professionnel...
ce serait de m'adresser à des gens que je vais jamais connaitre !
le mec entre dans une librairie, il peut compter que sur le système pour te lire
et ça salit tout
même Zola étout, ok il font de la qualidad, ok ils sont reconnus, ok la plupart étaient payés et faisaient cette activité scrupuleusement, ok même, ils en tiraient du bénéfice personnel... mais tout ça pour le sacrifice de la construction humaine ; alors que quand tout sera construit, on vénérera toujours Zola, mais y'aura plus besoin d'être lu par des millions de gens pour prétendre à la simplicité de lien que peut, en vrai, se permettre l'écriture ; n'oublions pas qu'à la base c'est de l'expression, pas du capitalisme de valeurs...

mais je te rejoins qmm, parce que en effet se dire écrivain ici dans notre planète, c'est synonyme officiel de 'j'ai un métier, celui d'écrire, et si je l'ai et le garde, c'est pour des raisons valables', et si Zola a pluss le droit que moi de se revendiquer tel, j'avoue y témoigner la valeur de respect idoine, car oui qui suis-je, sinon ce petit écriveux j'adore le terme, ce scribouillard, cet écrivaillon comme j'ai écrit deux trois fois, cet écrivain raté, comme je le pense lorsque je suis pessimiste, cet écrivain free comme j'aime à le penser lorsque je suis optimiste...?

mais tout ça pour dire que je rêverais de vivre comme dans Dragon Ball à propos de l'écrivain ; dur à retranscrire ce monde libre qui est décrit surtout dans les disons 10 premiers tomes du livre, où chaque dinosaure est fier d'être un dinosaure, où chaque scientifique est fier d'être un scientifique, chaque aventurier ou ermite, bref, dans un monde pluriel où, par le biais de l'enfant Goku, on peut regarder plein de candeur toute la liberté à être ce qu'on est dans la vastitude du monde, sans avoir besoin que la planète sache notre existence, ce monde étrange de Dragon Ball qui se perd bien vite avec l'adulterie de Goku...
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: MoonAngel le 25 Octobre 2020 à 16:16:09
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"Super ! Tu es un écrivain, je pourrai lire ?" me rétorqua-t-elle, et me voilà qui rougis, un peu honteux de ma confidence.
Purée, moi tout mon entourage sait que j'écris, mais jamais personne pour me demander de lire des extraits :D
Par contre, je déteste absolument qu'on me regarde écrire, qu'on regarde les phrases que je suis en train de pianoter sur le clavier, parce que je voudrai alors les tourner de façon à ce qu'ils ne fassent pas de remarque dessus, ou je me sentirai obligée d'expliquer chacune de mes phrases. (Et j'ai un don qui fait que mes explications à l'orale ne sont jamais crédibles ._. )

Pour tes questions :

Êtes-vous fiers d'écrire, en parlez vous autour de vous ?
Oui, plutôt. 'Faut dire aussi que c'est un passe-temps qui est beaucoup mieux perçu que si je disais par exemple jouer aux jeux vidéo à longueur de journée. Et les gens sont un peu plus intéressés si tu leurs dis "ouais j'ai fini mon chapitre aujourd'hui" que "ouais j'ai battu un boss super dur aujourd'hui" :D

En parler, ben si ça vient sur la table, en fait.
Mais après parfois tu as ceux qui le disent limite en même temps que leur prénom quand ils se présentent. Du coup j'ai déjà eu des cas où on disait à l'autre personne "Han, mais donc t'es l'écrivain du groupe ?" et moi à côté en mode "Heu... Je... ._. ". Et peur de donner l'impression de vouloir "faire mon intéressante" si j'interviens.

Vous faites vous lire par votre famille/amis ?
Ma famille c'est archi-compliqué. Ils sont à l'ancienne donc ils ne liront que si c'est sur papier :D
(Du coup il faudrait que je prenne un jour le temps pour aller dans une librairie avec photocopieuse pour le sortir sous papier et mettre les feuilles dans un support propice à la lecture. Ça coûte de l'argent, ça pollue la planète, et ça me demande de partir longtemps de chez moi et d'avoir du contact social, brrrr :D )

Puis là avec TP j'ai un peu de réticence. J'ai décidé de totalement me lâcher et d'écrire sans penser à autre chose que de raconter mon histoire, sans chercher à plaire ou à tourner de belles phrases. Ce qui m'a fait entrer malgré moi en contact avec des sujets vachement sensibles (handicap, harcèlement scolaire, abus sur mineurs, viol), que je redoute un peu plus de montrer à ma famille. J'ai peur qu'elle croie que je vais mal et que j'ai besoin d'un suivi psychiatrique :D

Sinon j'ai ma meilleure amie pour faire bêta-lectrice "jugement-free", mais elle a souvent la flemme. Mais comme je ne suis pas plus motivée à lire d'autres trucs, je ne lui en veux pas :D

Avez-vous été comme moi ? Avez-vous évolué ?
Alors pour ma part j'ai toujours aimé me faire lire, alors que je suis une très grosse timide et que j'ai vraiment peu d'estime de moi.
Mais il faut que je fasse confiance au lecteur pour oser lui montrer mes textes.
Je pense par contre que si mes harceleurs du lycée l'avaient un jour vu et montré à tout le monde en se moquant, j'aurais aujourd'hui eu beaucoup plus honte de mon activité et de mes textes. Grand heureusement, ça ne s'est jamais produit.

PS : Quand je dis "toujours", je veux dire depuis que j'ai commencé à écrire des petits textes, vers mes 13-14 ans ^^

Oh par contre je viens de me souvenir qu'une de mes profs m'a un jour cramée en train d'écrire en classe. Je pense une lettre avec comme narrateur une mère dont le fils avait disparu, et qui décrivait sa tristesse de ne pas savoir s'il allait bien ou pas. Heureusement, elle ne l'a pas lu devant la classe, mais m'a dit "la prochaine fois, c'est poubelle" tellement violemment que je l'ai quand même jeté moi-même à la poubelle après les cours :(Oh par contre je viens de me souvenir qu'une de mes profs m'a un jour cramée en train d'écrire en classe. Je pense une lettre avec comme narrateur une mère dont le fils avait disparu, et qui décrivait sa tristesse de ne pas savoir s'il allait bien ou pas. Heureusement, elle ne l'a pas lu devant la classe, mais m'a dit "la prochaine fois, c'est poubelle" tellement violemment que je l'ai quand même jeté moi-même à la poubelle après les cours :(
(Puis à côté j'avais mon merveilleux prof de français qui voulait bien me lire et qui m'encourageait à continuer :coeur: )

Et enfin, pensez-vous être un écrivain.e ?
Lol, malgré tout ça, nope. Pour moi, être écrivain, je l'entends dans le sens professionnel du terme, donc sous contrat avec une maison d'édition ou sachant gérer ses manuscrits de manière autonome (et donc en fait avoir obligatoirement des revenus de son activité).
En vrai, j'ai un diplôme en Écriture Multimédia, donc je suis Écrivain Multimédia diplômée. Cela fait-il donc de moi un écrivain professionnel, maintenant ? 👀
Bref, je trouve que dire "ouais je suis écrivain ouais" fait un peu trop "prétentieux". Je préfère dire que j'aime bien écrire ^^
(Oui et puis aussi va te prétendre écrivain quand les écrivains que tu lis sont à des années-lumière de ton niveau :D )

Pensez-vous qu'être publié.e changera (ou a changé, si vous avez la chance de l'être) votre relation à l'écriture ?
Heu... Je ne sais pas.
Mais c'est très probable.
Déjà il faut savoir ce qu'on entend exactement par "relation". Il y a plein de scénarios possibles :
- Tu as été publié mais tu as fait un flop complet. Est-ce que ça ne démoraliserait pas ne fût-ce qu'un peu ? Est-ce que tu vas te remettre dans un nouveau texte aussi facilement que si tu n'avais pas vécu ça ?
- Tu as été publié et maintenant ton éditeur veut un autre livre pour l'année prochaine. Ça va forcément changer ton rythme et ta liberté d'écrire. + L'ajout du stress de la performance parce que tu entres dans un marché avec une concurrence rude.
- Tu as été publié et ça fait carton plein, des producteurs viennent chez toi pour te parler d'une adaptation en série Netflix (quoi ? laissez-moi rêver :s ). Ne serais-tu pas tenté de faire une suite à ton histoire que tu voyais pourtant clôturée à cause de la pression de ton audience ?

Citer
Feriez-vous de l'écriture votre métier  si vous en aviez l'occasion ?
Alors, ça peut surprendre mais je ne pense pas. Être h24 sur ses propres heures, je pense que ça ne me permettrait pas de me "vider l'esprit". Utopiquement, j'aimerais un mi-temps ou 3/4 temps pour un métier où je peux être en contact avec le monde extérieur, avec d'autres sources d'inspiration, avec des sensations de la vie quotidienne, mais tout en gardant un créneau horaire suffisant pour écrire, que ne permet pas trop le temps plein 40h/semaine.
(Mais c'est un peu utopique comme je disais, va payer tes factures avec un mi-temps ._. )
Par contre j'aimerais bien être bêta-testeuse de jeux vidéo 3/4 temps ou à temps plein ^^


Pis pour finir, la fierté, ça va, ça vient.
Un coup tu es fier de relire cette phrase que tu avais réussi à parfaitement tourner tu ne sais trop comment, un coup tu relis une description de personnage totalement foirée et tu pars chialer dans ton lit :D
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Deofresh le 25 Octobre 2020 à 17:44:03
Écriveux, ouais, je crois que j'aime bien. Je ne connaissais pas du tout Xera.

En tout cas, je vous rejoins Loïc et Moon. L'écriture serait pour moi bien moins sympatoche si c'était un devoir. Pourtant, je l'avoue, j'ai envoyé des manuscrits à des ME, j'ai participé à des AT. Donc au fond de moi, j'ai quand même envie d'avoir une certaine reconnaissance (mon ego qui parle sûrement). Après, je ne vais pas arrêter d'écrire même si je ne suis jamais publié, ce serait un plus, c'est tout. Donc oui Dot, je pense que tu as raison, je suis quand même un peu fier de ce que je gribouille.  :mrgreen:

Je pense que j'aimerais être un écrivain (au sens pro du terme, puiqu'on est à peu près tous d'accord là dessus), parce que j'idéalise la chose. Quand j'y pense, je ne me vois pas faire des salons ou remplir des bulletins d'URSSAF, mais plutôt écrire à mi-temps, en voyage ou dans un van (je suis grave un bitnick dans l'âme  :D). Donc ouais comme toi Moon, un p'tit mi-temps m'irait bien. Je pense qu'en fait, je n'aime pas trop l'idée de faire des semaines de 40h dans un taf qui ne m'excite qu'à moitié toute ma vie.

En tout cas c'est sympa de voir qu'on partage presque tous une certaine pudeur litteraire, je trouve ça mignon.
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: fulgiras le 25 Octobre 2020 à 17:46:09
Tiens c'est amusant personne voudrait faire de l'écriture un métier plein temps. J'ai le même avis que les autres pour ce qui est de publier régulièrement :avec toutes les contraintes que ca impose je me verrais pas en faire mon quotidien.

Par contre si un de mes romans était publié (mais pour ca il faut que j'arrive a écrire plus que trois pages et qu'il soit accepté  :-\ )  je crois que je serais fier surtout d'être considéré comme écrivain du point de vue d'un éditeur, que je me poserais moins la question en suis-je un et que je pourrais continuer plus tranquille, confiant. Maintenant l'expérience du mde m'a fait pas remarquer qu'entre juste un brouillon dans un coin chez soi et best-seller il y a des tonnes de nuances qui peuvent tout aussi bien nous convenir.
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Cendres le 25 Octobre 2020 à 19:05:58
J'écris égoïstement, pour moi en premier lieu. Je sais que mon orthographe et ma grammaire sont des vrai obstacles a mon écriture pour quelle ne soit pas trop bancale.

Du moins, en fonction de mes textes, j'écris soit des "expériences" ou des récits imaginaires. Pour ce deux genres de textes, mon "processus" d'écriture sont très diffèrent.

Je ne suis pas fier de ce que j'écris. La plus par des gens s'en foutent de ce que j'écris et ca ne les intéresse pas. De toute façon certain je ne les fait pas lire, ou seulement a ma sœur, si ca l'intéresse

Ici, on peut publier anonymement ses textes, ce qui donne une forme de liberté.

En voyant mes anciens écrits, je vois mon évolution, mais pas toujours positives en certain point.

Je ne me considère pas comme une écrivaine. Juste quelqu'un qui écrit des textes. Je sais très bien que jamais mes textes auront une importance et ni une utilité.
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Loïc le 26 Octobre 2020 à 09:49:54
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@ Loïc : Je veux bien parier que tu y mets beaucoup plus que tu ne le crois. Je crois qu’on ne se rend pas compte de combien il y a de nous dans nos créations, littéraires ou autres. Je veux bien parier que si quelqu'un qui te connaît très bien et qui a bon esprit d’analyse lisait tes textes, il ferait beaucoup plus de rapprochements que tu ne le penses ^^

Bah oui, mais deux cas de figure :
- soit effectivement la personne me connait assez pour le voir, du coup j'ai rien à lui cacher ;
- soit non, du coup pas de problème d'intimité hahaha.

(Pis je suis pas sûr que cette personne existe, et si elle existe, elle est sur le MdE anyway).
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: derrierelemiroir le 26 Octobre 2020 à 12:14:57
C'est rigolo, je pense que j'aurais répondu très différemment l'année dernière. Parce que depuis l'année dernière, j'ai commencé à dire à plus de gens que j'écrivais, et j'ai fait lire mes textes à des ami.es.

Mais sinon, je crois que dans ma famille, comme on écrit tous, ca n'a jamais été un secret. Enfants, on se lisait souvent nos productions entre frères et soeurs, et parfois, on produisait ensemble. Je fais encore souvent lire mes textes à une de mes soeurs, et vice versa, et aussi à un de mes frères et vice versa. Je crois que mes parents ont du lire un ou deux textes de moi, genre celui de mon Travail de Maturité, écrit au lycée (je me souviens de ma maman, disant un truc comme: "Oh, elle comprend plus de choses que je ne pensais" ><).

Pourquoi est-ce que depuis l'année dernière, j'en parle plus à mon entourage non-familial ? Ben, parce que j'ai passé cette dernière année sans emploi, et donc, mon activité principale est devenue l'écriture. Et d'une manière ou d'une autre, il m'était souvent plus facile de dire: "J'écris" quand on me demandait ce que je faisais, que de ne pas répondre. Comme quoi, un projet d'écriture, meme si non-lucratif, est toujours plus facile à assumer qu'aucun projet. Avant ca, ce n'est pas que je n'en parlais pas, mais uniquement si on me demandait précisément : "quels sont tes hobby ?". En fait, quand j'y pense, je crois que j'en parle aussi plus depuis que je suis sur MdE. Simplement parce que le forum, et certaines personnes qui y sont inscrites, sont devenues assez importants pour que je ressente le besoin d'en parler :)

Est-ce que je suis fière d'écrire ? Pas spécialement d'écrire. Mais si je produis quelque chose que j'estime de bonne qualité, alors oui, j'en serai fière. Comme pour tout.

Est-ce que je suis écrivain ? J'arrive facilement à répondre : "Non (ou pas encore  :mrgreen:)", par contre, il m'est plus difficile d'expliquer ce qu'est un.e écrivain.e. Parce qu'il n'y a pas de formation spécialisée, pas de diplomes. Xéra parle de "Professionel de l'écriture", mais comment on distingue un professionel d'un amateur dans ce cas ? Au final, un professionel, c'est quelqu'un qui a une certaine profession, non ? Mais on connait tous des écrivains dont l'écriture n'est pas la profession...

Franchement, à mon humble avis, est considéré comme écrivain qui se fait publier. C'est juste une question de preuve : "J'ai écrit et j'ai été lu". Ce n'est pas un gage de qualité, juste une marque de réalité.
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Xeraphia le 26 Octobre 2020 à 22:34:29
@ Loïc, quand je parle d’intimité, je ne parle pas nécessairement de secrets que je voudrais garder secrets. Je parle plus de quelque chose de tellement personnel que ça en devient intime. C’est vraiment de moi-même à moi-même, pas parce que j’ai des choses à cacher, mais vraiment parce que ce n’est pas quelque chose que j’ai envie de partager.
Comment ça, c’est pas clair ? :mrgreen:

@ DLM
Avant ca, ce n'est pas que je n'en parlais pas, mais uniquement si on me demandait précisément : "quels sont tes hobby ?"
Anecdote : l’année passée, j’ai passé un été à travailler avec une équipe où personne ne se connaissait. Alors on est assis autour d’un feu de camp et on fait connaissance et quelqu'un lance « OK, on parle de nos hobbies » et on fait un tour de table. Et là, ma coloc et la fille avec qui j’allais passer tout l’été sort « J’écris des fanfics ». Et je me souviens avoir été choquée de la façon tellement simple dont elle l’annonçait, sans aucune pudeur, sans aucune réserve, comme si elle disait qu’elle aimait aller à la gym, alors que pour moi c’est tellement intime, justement. Limite elle aurait dit « J’aime coucher avec tout ce qui bouge », j’aurais trouvé ça beaucoup plus normal, good for her, have fun in the sheets.

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Est-ce que je suis fière d'écrire ? Pas spécialement d'écrire. Mais si je produis quelque chose que j'estime de bonne qualité, alors oui, j'en serai fière. Comme pour tout.
:coeur:

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Est-ce que je suis écrivain ? J'arrive facilement à répondre : "Non (ou pas encore )"
:D

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Franchement, à mon humble avis, est considéré comme écrivain qui se fait publier. C'est juste une question de preuve : "J'ai écrit et j'ai été lu". Ce n'est pas un gage de qualité, juste une marque de réalité.
Là, je suis pas d’accord du tout. Quelqu'un de publié et de lu, c’est un auteur, tout simplement, ce n’est pas un écrivain.

Parce que, justement…
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par contre, il m'est plus difficile d'expliquer ce qu'est un.e écrivain.e. Parce qu'il n'y a pas de formation spécialisée, pas de diplomes. Xéra parle de "Professionel de l'écriture", mais comment on distingue un professionel d'un amateur dans ce cas ? Au final, un professionel, c'est quelqu'un qui a une certaine profession, non ? Mais on connait tous des écrivains dont l'écriture n'est pas la profession...
(Par pitié, les filles, cet accent, faut arrêter, quoi :mrgreen: )
J’aurais peut-être pas dû employer le mot « professionnel » parce qu'en effet, ça veut dire « quelqu'un dont c’est la profession » et ce n’est pas ce que je voulais dire. Je voulais parler d’un pro dans le sens de quelqu'un qui maîtrise.
Parce que quelqu'un qui publie un livre dont l’histoire est bancale, le scénario truffé de trous, les personnages incohérents ; un livre qui compte quatre erreurs de langue par paragraphe et qui ignore les règles de ponctuation et de syntaxe ; eh bien je suis désolée, mais ce quelqu'un n’est pas un écrivain, parce que ce quelqu'un n’a pas les connaissances techniques pour se prétendre écrivain. C’est quelqu'un qui ne sait pas construire une histoire ou bâtir des personnages, qui n’a pas la maîtrise suffisante des outils (linguistiques, scénaristiques et autres) pour se prétendre écrivain. Par contre ce quelqu'un est un auteur, oui.
Ça, c’est pour le qualificatif objectif d’un écrivain.
Après, j’admets qu’il y a une part de subjectivité qui entre en jeu par la suite. Objectivement, je suis bien obligée de dire que oui, Guillaume Musso et Jack London sont tous les deux écrivains ; subjectivement, par contre, ça me fait mal à un niveau intrinsèquement profond de moi-même de mettre Musso et London dans le même panier.

Et, du coup, est-ce qu’on appartient, nous, dans le même panier ? Moi, en tout cas, je ne m’y vois pas... que ce soit aux côtés de London ou de Musso :D
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Paf le 27 Octobre 2020 à 09:06:51
Team Scribouilleur ici ! J'aime bien les décoctions d'idées.  :mrgreen:

Par contre, Xeraphia (sans accent  :mrgreen:), London a aussi écrit des belles crasses. (Après la série du grand nord, il a eu une baisse de régime. Il a écrit notament sur "les mers du sud", et dedans, il y a des trucs où à la fois le contenu et le style sont vraiment pourris.)
Donc est-ce qu'on peut "régresser" du stade d'écrivain au stade de scribouillard ? ^^

Personnellement, je suis assez d'accord avec DLM qu'un écrivain est quelqu'un qui a été publié, sans aucune notion de qualité (surtout avec l'auto- et la cyber-édition). Annoncer "je suis un auteur publié" ou "je suis un écrivain", c'est la même chose pour moi : c'est la prétention d'avoir écrit quelque chose de publiable (au point de l'avoir publié vraiment) qui fait le titre, je pense.

Ceci dit, j'aime pas le mot "écris-vains". Pour moi, ça sonne Goncourt-qui-se-la-pète plus que l'envie de s'amuser avec les mots et de raconter des histoires. Mes excuses à tous les wanna-be écrivains du forum ! ^^


Êtes-vous fiers d'écrire, en parlez vous autour de vous ?
Ma môman a trouver ma première nouvelle quand j'avais à peu près 9-10 ans (fin de primaire), et elle avait des étoiles plein les yeux en lisant. (pas que c'était bon, hein, mais...) Du coup, déjà ma famille sait forcément que j'écris, et puis la fierté, je l'ai eu en héritage, je dirais. C'est THE truc à Paf, dans la famille, alors...  Je laisse la pudeur de coté, et puisque qu'on me dit qu'il y a de quoi en être fière, ben... ok ^^

Par contre, ça a ses limites : pas hors cercle familiale.
Déjà, les adeptes de l'accomplissement personnel, les choristes du "écrire c'est se chercher, se trouver", bref, tous les philosophes qui mettent des montagnes dans l'acte d'écrire, je ne dis rien. Je déteste penser l'écriture comme une fin en soi ; pour moi, c'est l'histoire qui compte, jouer avec les mots, et ça m'horripile quand les gens bavent d'admiration (j'éxagère un peu) parce que j'agite un stylo sur un carnet.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Dans le village ou je vis, les gens commencent à savoir que j'écris parce que j'ai vécu en colocation et que mes colocs ont parlés (ou alors que j'ai emprunter un livre sur l'écriture à la bibli, ou que j'ai laissé échapper, ou ...) , mais ils ont aucune chance de lire quoi que ce soit pour le moment. Je ne suis pas particulièrement fière d'écrire, ici de toute façon, si tu ne peints/écrit/filmes/joues/chantes/sculptes/danses pas, tu passes pour un alien. ^^  (Les mushers ou les sportifs extrèmes qui n'ont aucun talent artistique sont une race d'alien connue et acceptée, mais plutôt rare.)
Et ici, j'ai justement un effet assez marrant : quand je vois quelqu'un dans une periode "sans", j'ai un peu le syndrome de l'usurpateur qui ressort. Du coup je réponds "oui, bien sûr, j'écris toujours" mais ma petite voix interne hurle "menteuse ! t'a rien écrit depuis une semaine !" ^^
(mais aussi, si je dis que j'écris plus en ce moment, je me fait recruter d'office pour la prochaine soirée peinture/bricolage ou pour le burlesque, alors...  :putainlafaute:)

Vous faites vous lire par votre famille/amis ?
Les amis, non.
D'une part je suis un peu trop pudique pour ça, et puis ce n'est pas forcément ce qu'ils liraient de base -quand ils lisent. Du coup, je n'ai pas forcément envie de leur mettre dans les mains un texte qui, de toute façon, même super bien écrit, n'aurait que peu de chance de leur plaire...
J'ai fait lire à certains des textes d'AT, à l'époque ou j'en faisait beaucoup. Mais sans attendre de réaction du tout ; tu lis si tu veux, je ne veux rien savoir de ce que tu penses.

Par contre, ma famille...
Si on enregistrait mes coups de téléphone ou mes conversations avec mon père, on aurait des "carnet de bord" sacrément complet sur la plupart de mes projets. Il a lu tous mes textes d'AT, et il est un bêta-lecteur vachement exigeant. ^^
Ma mère accroche beaucoup moins au genre (j'écris de la SFFF à 80%) , mais elle saute quand même sur tout ce que je lui donne (pas tout. Si je suis pas contente de moi, j'envoie pas). Elle corrige les fautes d'orthographe ( :coeur:) et elle me dit invariablement que c'est super.  ^^ Et ça ne m'énnerve pas.
Ma soeur a généralement accès à ce que j'envoie à mon père (j'héberge sur internet et j'envoie les liens au deux), mais elle lit beaucoup moins par manque de temps, et parce qu'elle aime moyennement la SFFF. Mais c'est quand même elle qui m'a mis une bonne"baffe" il y a quelques années quand elle m'a fait une remarque et que j'ai répondu "oui mais ça c'est mon style" : Elle m'a dit que j'étais en train d'attrapper la grosse tête. Message reçu, j'ai perdu la mauvaise habitude qu'elle m'avait pointé !  :coeur:

Et est-ce que je me vois en faire mon métier ?
... J'vais déjà essayer sur un mois avec le nano de cette année, hein. Si j'arrive à finir mon projet, on en reparlera. Et le coté "relations publiques" en salon voudrait vite m'épuiser.
Mais sinon... conteuse ?  :-[ faudrait vraiment que je m'y remette, à ça. Et plus seulement pour les enfants.
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Julien-Gracq le 29 Octobre 2020 à 04:56:19
Êtes-vous fiers d'écrire, en parlez vous autour de vous ?

Mon rapport est ambivalent, je ne sais pas vraiment si ça tient à ma situation professionnelle et sociale, mais je dirais que c'est même une honte que d'écrire, que je me sentirais ridicule d'en parler en public, pour la simple et bonne raison qu'il y a quelque chose de risible à ce qu'un type qui a constamment échoué dans son projet d'avenir perde son temps à écrire des choses que personne ne lira.
Dans la tête des gens en face, je passerais au choix pour un marginal sympathique mais couillon, au choix pour François Pignon dans le "Dîner de cons". Je ne dis pas que leur manière de me considérer serait juste, j'y trouve cependant une certaine légitimité : l'écrivain en herbe, encore au statut d'embryon, qui brade son avenir et préfère écrire des navets, est quelque part un enfant qui mérite de petites claques pour le forcer à grandir ; petites claques vivifiantes comme le jugement des pairs.

Donc je n'en parle que dans un cercle très restreint d'amis, qui sont un peu dans mon cas.

D'un autre côté, je demeure persuadé que l'écriture, parmi tous les arts, est l'art supérieur, en ce qu'il est le mieux à même de faire jaillir Psyché : le conscient, l'inconscient, les différents états mentaux successifs et, en fait, l'âme en tant que telle, pour reprendre une conception plus ancienne.
Ce devrait donc être la plus glorieuse des choses à faire, que de faire " jaillir son âme "... mais je suis un être social et me conforme au jugement hypothétique de mes pairs : écrire demeurera une honte tant que je n'aurais pas obtenu des gages de reconnaissances (édition).

Vous faites vous lire par votre famille/amis ?

Seulement par un ami, et très rarement. En fait cet ami en question est un véritable personnage dont les déboires m'intéressent beaucoup, il le sait et c'est pourquoi quand j'écris en m'inspirant de son vécu, j'ai tendance à lui faire lire, parce que c'est furieusement drôle et qu'on se marre bien quand il relève les exagérations de ma part.

Avez-vous été comme moi ? Avez-vous évolué ?

Oui, mais pas tout à fait pour les même raisons.
Cela dit, si j'obtiens des " lettres de noblesse " un jour, je demeurerai un minimum dans le secret vis-à-vis de ma famille, sur laquelle j'ai déjà écrit certaines choses qui seraient très mal interprétées, notamment sur ma mère... Je ne veux pas qu'ils aillent se faire des idées.

Et enfin, pensez-vous être un écrivain?

Non, bien que j'ai des idées très nietzschéennes quant au sublime de la création artistique, bien que je trouve ça supérieur à absolument tout ce qu'il est possible de réaliser sur cette terre, je ne sais si c'est humilité ou rigidité d'esprit, mais je ne me considérerais écrivain que lorsque je serais effectivement reconnu comme tel, demeurant jusqu'au bout un animal social et institutionnel.
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: fulgiras le 02 Novembre 2020 à 22:42:00
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Mon rapport est ambivalent, je ne sais pas vraiment si ça tient à ma situation professionnelle et sociale, mais je dirais que c'est même une honte que d'écrire, que je me sentirais ridicule d'en parler en public, pour la simple et bonne raison qu'il y a quelque chose de risible à ce qu'un type qui a constamment échoué dans son projet d'avenir perde son temps à écrire des choses que personne ne lira.
Dans la tête des gens en face, je passerais au choix pour un marginal sympathique mais couillon, au choix pour François Pignon dans le "Dîner de cons". Je ne dis pas que leur manière de me considérer serait juste, j'y trouve cependant une certaine légitimité : l'écrivain en herbe, encore au statut d'embryon, qui brade son avenir et préfère écrire des navets, est quelque part un enfant qui mérite de petites claques pour le forcer à grandir ; petites claques vivifiantes comme le jugement des pairs.

ouch quelle vision négative de ce que tu fais. Pour ajouter une question à ton avis concernant les pairs : ne te dis-tu jamais que tu pourrais - rêvons un peu- faire partie de ces artistes qui sont décriés toute leur vie durant  pour devenir célèbre, que le public passe parfois à cote de perles cachées ? Il y a des écrivains qui se sont vus rejeter par plusieurs maisons d'éditions et une fois publiés sont classés best-seller. Tu parles d'un écrivain immature qui doit grandir mais n'y a-t-il pas aussi une possible immaturité du public ?
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: LeChatMagique le 03 Novembre 2020 à 21:58:37
J'ai jamais dis a qui que ce soit que j'écrivais de la poésie, et à une personne je lui avais fais lire un début de roman
C'est pour moi quelque chose de très personnel, notamment en raison du sujet de mes écris

Si j'ai commencé à écrire de la poésie, c'était pour exprimer des émotions que je ne pouvais pas exprimer sereinement justement, parce que soit je préfère garder mes émotions pour moi avec la plupart des gens (>99%), et pour les quelques personnes avec qui c'est ok, ce n'est pas non plus extensif ou alors elle est en lien avec le sujet et fallait mieux pas qu'elle lise
Partager en ligne c'est déjà une grande étape avant de peut-être un jour partager à certaines personnes; si le sujet arrive j'en parlerais peut-être (de là a laisser lire c'est encore un autre problème :) )
Et sinon, j'ai beaucoup évolué sur mes poème en eux-même, avec le temps j'ai osé écrire davantage de choses sur lesquelles je bloquais au début


Mon début de roman je l'ai partagé mais uniquement à 1 personne (2 en vrai, mais l'autre la pas lu je crois)pour qui j'avais beaucoup d'affection. Une autre personne en a entendue parler et çà ne me dérangeait pas plus que ça parce qu'elle aime bien écrire aussi et que je l'appréciais qd même

Après en soit, ça ne me dérange pas de dire que j'aime écrire (et j'apprécie moyennement quand on me dis que en tant que scientifique c'est normal que j' "écris mal", parce que mon truc ce serait les rapports factuels; et donc je peux faire remarquer sans gêne qu'on ma déjà fais des bonnes remarques sur mon écriture), ou que peut-être un jour j'écrirais un roman ou des nouvelles, mais de la à explicitement dire que j'écris je ne sais pas; parler de roman c'est plus facile que de poésie je trouve, a poésie étant très personnelle (je fais des efforts pour changer mes sujets mais actuellement 80% doit tourner autour du même sujet) et il y a aussi un certain regard perçu je pense qui peut freiner

Et je ne me considérerais écrivain que si je publie un roman je pense

EDIT: ah et par rapport à si on envisagerais d'en faire son métier si possible: non. Je peux toujours changer d'avis, mais je me vois mal faire ça à plein temps (bien trop peur de ne plus savoir quoi écrire et puis j'aime bien diversifier quand même, passer des journées à écrire c'est beaucoup pour moi)
Titre: Re : Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Julien-Gracq le 04 Novembre 2020 à 20:08:43
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Mon rapport est ambivalent, je ne sais pas vraiment si ça tient à ma situation professionnelle et sociale, mais je dirais que c'est même une honte que d'écrire, que je me sentirais ridicule d'en parler en public, pour la simple et bonne raison qu'il y a quelque chose de risible à ce qu'un type qui a constamment échoué dans son projet d'avenir perde son temps à écrire des choses que personne ne lira.
Dans la tête des gens en face, je passerais au choix pour un marginal sympathique mais couillon, au choix pour François Pignon dans le "Dîner de cons". Je ne dis pas que leur manière de me considérer serait juste, j'y trouve cependant une certaine légitimité : l'écrivain en herbe, encore au statut d'embryon, qui brade son avenir et préfère écrire des navets, est quelque part un enfant qui mérite de petites claques pour le forcer à grandir ; petites claques vivifiantes comme le jugement des pairs.

ouch quelle vision négative de ce que tu fais. Pour ajouter une question à ton avis concernant les pairs : ne te dis-tu jamais que tu pourrais - rêvons un peu- faire partie de ces artistes qui sont décriés toute leur vie durant  pour devenir célèbre, que le public passe parfois à cote de perles cachées ? Il y a des écrivains qui se sont vus rejeter par plusieurs maisons d'éditions et une fois publiés sont classés best-seller. Tu parles d'un écrivain immature qui doit grandir mais n'y a-t-il pas aussi une possible immaturité du public ?

C'est un piège dans lequel j'évite de tomber, celui de me dire que je serai reconnu un jour, car j'ai remarqué que ça n'aide aucunement à soutenir l'activité d'écrire, bien au contraire ; ça donne trop de confiance, trop de complaisance, vaut mieux éviter.
D'autant que dans mon entourage très proche, en fait, je sais que si j'en parlais je recueillerais au contraire un certain intérêt et peut-être même des mots dithyrambiques ; mais ce n'est pas d'eux que j'attends des louanges, pas à eux que s'adresse ce que j'écris, mais bien à cette foule obscure qui me ressemble mais est exigeante en matière littéraire, et qui sera sans pitié.

Aussi, concernant l'immaturité possible du public, j'ai tendance à croire que du point de vue de l'écrivain, le public n'est jamais immature ; que s'il y a un souci de communication entre l'écrivain et son public, c'est unilatéralement de la faute de l'auteur.
La raison est simple : l'auteur choisit irrémédiablement son public, consciemment ou non, tout le long de l'écriture de son roman (par les thèmes abordés, la manière dont ils sont abordés, la qualité et la particularité de la plume...). S'il ne plait pas au public qu'il est censé séduire, le public qui aurait pu être sensible à son art, c'est qu'il a échoué dans son oeuvre elle-même, qu'il n'était pas assez maître, pas assez mature.

Puis au-delà de ça, dans mon cas, c'est immature d'avoir des rêves et de les poursuivre en sacrifiant potentiellement le substrat qui aurait au moins garantit un avenir confortable.
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Aizenmajnag le 26 Janvier 2021 à 17:48:05
Être écrivain ou poète de nos jours ?? Mais c'est une honte !
Titre: Re : Sur la fierté d'écrire
Posté par: Scriba6 le 26 Janvier 2021 à 18:14:06
Êtes-vous fiers d'écrire, en parlez vous autour de vous ?
Vous faites vous lire par votre famille/amis ?
Avez-vous été comme moi ? Avez-vous évolué ?
Et enfin, pensez-vous être un écrivain.e ?

Pour la première question, je crois qu'effectivement la question de la fierté ne se pose pas. Écrire est quelque chose que je fais plus par nécessité que par fierté. C'est une activité qui est quasiment vitale pour moi. Pas autant que respirer, mais presque... En tout cas, je ne pourrais pas vivre sans écrire. D'ailleurs quand je n'écris pas pendant trop longtemps, je ne me sens pas bien. Je ressens un manque. Donc rien à voir avec la fierté. Au contraire, je crois qu'il faut plutôt garder une profonde humilité quand on écrit. Je n'en ai pas honte non plus et ne m'en cache pas.

Pour ce qui est d'en parler autour de moi, je dois dire que mes proches le savent, puisque je fais cela depuis des années et que j'y consacre beaucoup de temps. Quand aux autres amis, collègues et connaissances, cela dépend un peu du type de relations que j'entretiens avec eux. Je ne le cache pas, sans le mettre en avant non plus.

Je fais peu lire autour de moi. Sauf à la seule personne qui m'est très proche, à savoir la compagne qui partage ma vie. Mais sinon, je me méfie beaucoup des avis des proches, car ils ne sont pas objectifs. Trop d'affectif rentre en ligne de compte, dans un sens comme dans l'autre.

Je n'ai pas beaucoup évolué sur ce point. Même si je me dis parfois qu'il faudrait peut-être plus que j'assume le fait d'écrire, et par conséquent peut-être de le dire plus souvent. Mais je ne vois pas ce que cela changerait.

Si l'écrivain est quelqu'un qui vit de ses livres, je ne suis pas écrivain. D'ailleurs je n'aime pas ce mot "écrits-vains". Car, pour moi les écrits ne sont pas vains, ou alors tous les actes humains le sont. Je me considère plus comme un auteur, un créateur de mondes et de récits. Et pour moi l'écriture est bien plus qu'un loisir. C'est une passion dévorante.