La violence est en chaque chose ;
Dans la colère bien-sûr,
La maîtrise par la force,
Mais aussi,
Dans le geste et le mot dit,
La pensée qui est mot non dit,
Mais encore,
Dans le laisser-aller,
Et les émotions diverses.
Comme la peur, le désir,
Ou la tristesse...
Elle est partout, excepté,
Dans l'écoute.
Celle qui conçoit au-delà
De la main qui frappe ou caresse,
Où l'objet touché n'est pas objet,
Mais l'espace en l'objet.
Sur le chemin des égarés on rencontre des gens
Qui sont convaincus de devoir changer le monde.
Sur le chemin des moins égarés on rencontre des gens
Qui se changent et qui croient que se faisant,
Ils changent le monde.
Enfin, sur le chemin sans chemin, on rencontre "personne",
Car ils sont devenus le chemin.
Contrôler ses gestes, ses pensées, ses mots et ses émotions
N'est pas la maîtrise de la violence ;
Car maîtriser, quand ce n'est pas le fruit de notre volonté,
N'est pas faire la paix sur un sol en guerre,
Mais effacer les germes de la guerre.
Alors, la paix n'a plus besoin de soutien.
Elle est.
Bonjour Eivor,
Premier retour dans la section poétique de ce monde, section que je trouve plus audacieuse et intime. J'ai l'impression de marcher sur un champ de fleurs délicates et éphémères.
"Mais l'espace en l'objet" jusque là, j'étais bien, même très bien. Après je me suis senti mené sur un chemin plus balisé, plus normé, normal, peut-être même avec une morale finale.
Enfin, sur le chemin sans chemin, on rencontre "personne",
Car ils sont devenus le chemin.
J'ai trouvé cela très vrai, mais quelque chose m'égare. On ne rencontre personne ou bien on rencontre "personne". Si c'est "personne" qu'on rencontre, comment se peut-il qu'ils soient devenus le chemin et non pas qu'il soit devenu le chemin ?
Les derniers phrasés m'ont lâché, étrangement je les ai sentis plus violents dans leur message justement ; plus délibérés, moins dans la caresse des premiers temps. C'est comme si un geste commençait spontané et finissait plus forcé. Peut-être parce qu'il faut bien finir, et que ça aussi, ça peut faire violence.
Bonsoir Eivor,
On peut certainement en parler plus en détails.
Donc, si je comprends bien, personne est un concept, ou plutôt, une abstraction, une vue de l'esprit. C'est ainsi que je l'avais lu, mais le "ils" suivant m'avait interpellé.
Mais est-ce vraiment une fin ?
En tout cas c'est la fin du texte.
Je trouve qu'il y a un ton plus argumenté dans la seconde partie qui me demande, en tant que lecteur, de me positionner en oui, je suis d'accord, ou non, je ne le suis pas. Or, l'écoute telle qu'elle est sous-entendue dans la première partie, l'écoute fondamentalement non-violente, est une écoute, à mes oreilles, non disposée à adhérer, ou pas, au discours. Juste à écouter, à recevoir. Mais envisager une paix durable, un effacement des germes de la guerre, me renvoie à la violence de l'utopie. Je ne sais clairement pas dire s'il vaut mieux, "faire la paix sur un sol en guerre" ou bien "effacer les germes de la guerre", mais je sens que je suis amené dans le terrain de la pensée et donc, selon ce texte, que je tombe dans la violence. Je ne suis pas certain d'avoir trouvé les mots justes pour analyser ce qui n'était qu'un ressenti à la lecture de ton texte ; mais comme tu le dis, ce n'est peut-être pas encore la fin.
Bien respectueusement.