Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes mi-longs => Discussion démarrée par: John Lucas le 26 Septembre 2020 à 15:24:15

Titre: Cerbère : mordre la main qui nourrit - Terminé
Posté par: John Lucas le 26 Septembre 2020 à 15:24:15
Je me lance dans une nouvelle nouvelle du genre horrifique, épouvante : Cerbère

(https://image.noelshack.com/fichiers/2020/38/5/1600433930-cover.jpg)

Synopsis :
Luc Bousquet avait bien profité de son dernier jour de cure de remise en forme à Vichy. Cela lui avait fait un bien fou car il s'était beaucoup laissé aller depuis son divorce l'année passée. Sur la route qui le ramenait dans sa petite commune, il vit un chien gésir sur le bord de la route. Celui-ci paraissait mal en point, si bien qu'il décida de s'arrêter pour aller s'en occuper. Il l'embarqua dans la voiture et se rendit chez le vétérinaire dans le village voisin du sien. Malheureusement, ce dernier ne put rien faire pour lui. Il était tard et Luc décida de le ramener à la maison, il se serait occupé de prévenir la mairie le lendemain. À son réveil, une surprise l'attendait. À partir de ce moment, rien ne se déroula comme il l'aurait imaginé et son geste, rempli de bonnes attentions, l’entraîna dans une série de péripéties dont il ne pût être que triste spectateur.


Cure thermale (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=35632.msg565145#msg565145)
Sur la route (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=35632.msg566569#msg566569)
Chez le véto (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=35632.msg567790#msg567790)
À la maison (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=35632.msg568659#msg568659)
Un drôle de réveil (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=35632.msg569615#msg569615)
À la SPA (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=35632.msg570688#msg570688)
De retour chez le véto (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=35632.msg573151#msg573151)
Un petit tour en forêt (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=35632.msg573151#msg573151)
Bis repetita (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=35632.msg574329#msg574329)
Révélations (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=35632.msg575425#msg575425)
Angoisses (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=35632.msg576374#msg576374)
Jamais deux sans trois (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=35632.msg577240#msg577240)
Encore ? (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=35632.msg578025#msg578025)
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: John Lucas le 26 Septembre 2020 à 15:25:17
Cure thermale

 L'esthéticienne faisait danser ses mains douces sur le dos charnu, autrefois plus musclé, de Luc Bousquet. Cela faisait bien des années qu'il n'avait pas pris soin de lui. Au lieu de ça, il s'était laissé consumer par le divorce. Sa femme, son ex-femme – il avait tendance à l'oublier – était partie du jour au lendemain avec son professeur de yoga. Cliché ? Et pourtant, cela faisait bientôt trois ans que c'était la triste réalité pour lui. Depuis, son seul petit bonheur était les moments qu'il pouvait passer avec son fils un weekend sur deux. Il se laissa emporter par les effluves du baume de massage et l’extase que lui procuraient les caresses de la praticienne, se promit qu'à partir de demain, lorsqu'il serait de retour chez lui, il reprendrait sa vie en main et s'endormit, paisible, un large sourire aux lèvres.

 « Mr Bousquet, réveillez-vous » lui susurra-t-on à l'oreille.

 Il émergea dans un léger sursaut et piqua un fard, tel un gamin qui aurait été surpris en train de faire une bêtise, ce qui ne manqua pas d'amuser la jeune fille.

 « Oh, désolé, mademoiselle. C'était tellement agréable que je m'en suis assoupi » bafouilla-t-il.

 L'esthéticienne retenu un petit rire dans sa main et le salua avant de le quitter. Il se leva, remit son peignoir aux manches trop longues, dû à sa petite taille, mais tendu au niveau de son ventre, qu'il se tapota en se disant que ça aussi, il allait y remédier. Mais cela attendra demain. Pour le moment, un buffet à volonté l'attendait au restaurant asiatique à côté du centre de Thalasso. Après tout, il avait été plus que sérieux durant les trois semaines de sa remise en forme, il avait bien le droit de se faire un petit plaisir. Il retourna donc à sa chambre pour se préparer et finir sa valise, avant son départ.

 Lorsqu’il sortit de la douche, il observa son reflet dans le miroir et il eut du mal à reconnaître le Luc négligé qu'il était en arrivant à Vichy. Il avait déjà commencé à perdre quelques kilos et ça se voyait. Il avait également profité de ces moments de détente et de cette envie de renouveau pour couper court ses cheveux bruns, qu'il avait laissés pousser en désordre depuis sa séparation et se faire tailler sa longue barbe touffue. Il enfila un pull-over marron, dont il fit dépasser le col de son polo du même bleu clair que ses yeux, ainsi qu'un pantalon beige et une paire de bottillons marron. Il mit ses dernières affaires dans son grand sac de voyage, passa son anorak puis quitta, l'air enjoué, l'institut, qui lui avait insufflé un nouveau souffle et redonné la joie de vivre. Son meilleur ami avait eu raison de le pousser, cette cure lui avait fait le plus grand bien.



 Luc avait choisi une place assez éloignée du buffet pour éviter de sentir la bonne odeur de toute cette orgie de nourriture qui lui faisait de l’œil. Il regardait par la vitre, la nuit tombait déjà, rien d'étonnant pour un mois de décembre. Ce qui l'était plus, c'était cette grêle qui dégringolait depuis quelques minutes. Il aperçut un chien qui rôdait près de sa voiture à la recherche d'un abri quand un serveur vint débarrasser son assiette vide, ce qui le sortit de son état mi-léthargique. Lorsqu'il fut à nouveau seul, il jeta un regard à son automobile, mais la bête avait disparu. Il adorait les animaux et cela lui avait fait de la peine de le voir ainsi errer sur le parking, tout trempé.

 Il alla se servir en sushi, maki, gyoza et toute autre sorte de spécialités asiatiques. Il ne supportait pas de voir des gens, tout du moins des adultes, manger des nuggets, frites dans ce type d'établissement. Il enchaîna ensuite avec un wok de légumes et du poulet au curry.

 « Se faire plaisir tout en étant raisonnable » dit-il à voix basse alors qu'il posait son assiette sur la table, tout sourire.

 Il était si fier de lui. D'habitude, il se serait servi cinq ou six assiettes bien remplies. Mais il était un nouveau Luc, motivé plus que jamais à changer. Après une petite coupelle de fruits en guise de dessert, il se rendit au comptoir pour payer son addition.

 « Un petit saké, monsieur ? lui demanda l'employé.

 — Non, merci. »

 L'alcool était bien une chose qui ne faisait pas parti de ses vices, si nombreux soient-ils, pensa-t-il.

 « Un petit biscuit chinois alors ?

 — Ah, ça, je veux bien. »

 Il choisit un biscuit dans un plat sur le bar qu'on lui indiqua du doigt. Il le mit dans sa poche, il le mangerait dans sa voiture.

 Une fois installé au volant, il ne démarra pas tout de suite et sorti le gâteau de son emballage. Il le cassa en deux et en tira un petit papier qu'il s'empressa de déplier et de lire. Il était fan des fortune cookies depuis son plus jeune âge. Celui-ci indiquait : Mordre la main qui nourrit. L'origine de cette expression serait en effet chinoise et serait apparue dans le volume 6 du livre de l'Ancien Han où l'on relate l'histoire de l'empereur Xuan qui sacrifia le gouverneur Zhang Chang qui avait pourtant beaucoup fait pour la cité.

 Il jeta le papier dans sa boîte à gants, déçu que ça ne soit pas une prédiction mais juste une information dont il se fichait. Il engloutit les morceaux qu'il lui restait et se mis en route. Dans une bonne heure, il sera de retour à la maison.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: John Lucas le 03 Octobre 2020 à 11:57:20
Merci. Voici la suite :)

Sur la route

 « Et maintenant écoutons un morceau de celui qu'on surnomme l'iguane, j'ai bien nommé Monsieur Iggy pop, annonça l'animateur radio. C'est parti pour I Wanna Be Your Dog ? Let's rock ! »

 Luc tourna le bouton pour augmenter le volume, il était friand du rock des années soixante, soixante-dix. De la stéréo de mauvaise qualité, la musique grésillait et les vitres tremblaient sous l'effet des basses. Il pensa un instant à son ex-femme, fan comme lui de ce genre de musique, si bien qu'ils s'étaient offert un juke-box vintage, qui traînait au grenier depuis le divorce. Il avait bien l'intention de le descendre au salon pour égayer sa nouvelle vie.

 Il approchait tout doucement de Hyds, où il avait déménagé après le départ de Mélanie. Les grêles avaient cessé de tomber peu après son départ de Vichy à son plus grand soulagement. Il détestait conduire sous la pluie. Par habitude, il fit un détour par l'étang de la Corre, bien qu'il fît nuit. C'était devenu l'échappatoire à son désespoir depuis sa séparation. Ici, au milieu de la nature, il pouvait s'évader de la morosité qui dévorait sa vie. Il se gara le long de la route et alla faire le tour de l'étendue d'eau. Ça éliminera une partie de ce qu'il avait mangé, songea-t-il. Il marchait sans se presser et listait dans sa tête les choses qu'il avait changées et ce qui lui restait à entreprendre. Barbe et cheveux, O.K. Style vestimentaire, O.K. Régime, c'était sur la bonne voie. Maintenant, il restait à renouer avec les copains, trouver un travail et faire les démarches pour voir son fils plus souvent. Il était satisfait de lui-même et son sourire en témoignait. Il décida alors qu'il ne viendrait plus ici, et laisserait cet endroit au passé avec les trois années qui venaient de s'écouler. Ce lieu était trop chargé de mauvais souvenirs et de moments à se ronger les sangs quant à son avenir. Il arracha quelques feuilles et les jeta à l'eau comme s'il jetait des fleurs sur le cercueil de l'ancien Luc.

 Un courant d'air le fit frissonner et il s'arrêta, sortie de ses pensées par un bruit dans les fourrées. Il n'eut aucun affolement, il avait l'habitude de finir ses parties de pêche à la tombée de la nuit et savait qu'il y avait souvent des animaux nocturnes qui se baladaient dans le coin. C'était sûrement un petit rongeur ou autre chauve-souris. Néanmoins, il estima qu'il serait plus sage de rentrer. Il faisait froid et le ciel était toujours menaçant.

 Il reprit le chemin vers son véhicule et il entendit un râle qui se faisait plus rauque à chacun de ces pas. Malgré lui, son cœur s'emballa un peu, ses mains devinrent moites et la peur s'empara de lui petit à petit. Il accéléra le pas, puis se mit à courir sentant la chose se rapprocher de lui. Il était hors d'haleine quand il arriva à sa voiture. Vite la clé, et zut elle ne rentrait pas dans la serrure.

 « Crac... Rrrrr... Crac... Rrrr... »

 Ah, c'était bon, la portière s'ouvrit. Luc se précipita sur son siège et referma derrière lui à toute hâte. Le bouton de verrouillage ! Ouf, il avait failli oublier. Il regarda au dehors et ne vit rien. Il reprit son souffle en se disant qu'il manquait encore d’exercice et se mit à rire, tout d'abord de manière retenue puis à gorge déployée.

 « Quel trouillard tu fais, Luc Bousquet. Wha ha ! Ha ! »

 Il fit un sacré bon lorsqu'une gueule surgit des buissons, si bien qu'il se cogna la tête au plafond. Il eut d'abord du mal à discerner de quel animal il s'agissait car celui-ci n'avait passé qu'un demi-museau à travers les feuilles. Un chien ? Ou alors un loup, un chacal, un coyote ? Non il n'y avait pas ce genre de spécimen dans la région. La bête se faufila hors de la végétation et vint se planter devant la voiture. C'était un chien, ou du moins ce qu'il en restait. En effet, celui-ci avait la truffe arrachée et la mâchoire inférieure pendante. Il s'en écoulait un mélange de bave et de sang à moitié coagulé. Il lui manquait également une patte arrière et son flanc était creusé du côté droit. Il avait dû se faire renverser et éjecter dans les arbustes pensa Luc, tiraillé entre l'envie d'aller ramasser l'animal pour l'amener chez un vétérinaire et la peur qui ne l'avait pas quitté.

 Il resta derrière son volant à observer la pauvre bête pendant ce qu'il lui sembla être une éternité avant de se décider à sortir de son véhicule. Lorsqu'il ouvrit sa portière, le chien s'affala de tout son long. Et mince, il était sûrement trop tard. Luc s’avança avec prudence et toucha l'animal du bout de la chaussure. Absence totale de réaction. Il alla chercher la couverture qu'il laissait toujours dans son coffre et enveloppa la bête dedans. Pendant la manœuvre il sentit la respiration et surtout l'haleine horrible du chien, mais qui au moins, indiquait qu'il était toujours vivant. Il le déposa avec précaution sur sa banquette arrière et se réinstalla à sa place du conducteur. Il vit dans le rétroviseur la bête qui essaya de se relever, sans succès. Il sortit son smartphone pour chercher sur internet où trouver un vétérinaire de garde.

 « Aaaaarrh, foutu cambrousse, il n'y jamais de 4G » pesta-t-il.

 Tant pis, il fit "à l'ancienne", il appela la police qui l'informa que le vétérinaire de garde était le Dr. Tarrus de Commentry. C'était le village juste à côté du sien.

 « En route. Tiens bon mon gars. »
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: Deofresh le 03 Octobre 2020 à 14:21:56
Salut John Lucas,

Une nouvelle fantastique ! Chic ! J'adore ça.

Et je dois dire que je ne suis pas déçu, j'aime le décor que tu nous présentes. J'allais faire une remarque sur le registre que tu emploies, que je trouvais un peu étrange avec des mots comme "balader" ou "piquer un fard", mais au final, tu l'utilises avec beaucoup de cohérence et cela créé une proximité avec le perso principal que j'aime bien. Le seul truc qui m'ait vraiment sorti du récit, c'est cet aparté sur l'origine de l'expression dans le fortune cookie.

Sinon j'ai repéré quelques lourdeurs et/ou maladresses :

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.



Voilà, voilà. Merci pour ce partage, je lirai la suite avec intérêt.

À plus !

Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: John Lucas le 10 Octobre 2020 à 13:06:15
Merci pour ces retours :)
Je garde tout ça de côté pour la réécriture (oui oui j'ai à peine commencé que je pense déjà à réécrire^^)

Chez le véto

 Luc parcourut les quelques kilomètres qui le séparaient du cabinet vétérinaire à bonne vitesse. De nature très prudent et d'habitude respectueux du code de la route, il n'aurait jamais osé rouler à une telle allure. Mais lorsqu'il s'agissait d'animaux, ses priorités se bousculaient dans sa tête. D'un côté, la raison lui dictait de ralentir et de l'autre le cœur qui, dans la grande majorité des cas, l'emportait, l'incitait à accélérer derechef. Après tout, le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. Il appuya de plus belle sur la pédale.

 La lumière du cabinet éclairait deux silhouettes lorsqu'il arriva. Et zut, il y a déjà quelqu'un. Il sonna à l'interphone et le vétérinaire lui pria d'attendre sur le porche le temps qu'il en terminât avec un chat blessé par les os de l’oiseau qu'il avait avalé. Il ne faisait entrer qu'une personne à la fois pendant ses gardes. Cela mit Luc hors de lui et il se mit à tambouriner à la porte.

 « Dépêchez-vous ! Il va mourir. Il y a vraiment urgence.

 — Chaque cas est une urgence, mon vieux ! » lui cria le vétérinaire, d'un ton dédaigneux.

 Après une longue et interminable attente qui n'avait, en réalité, duré qu'une dizaine de minutes, une jeune fille sortit avec un gros matou gris dans les bras. Luc la fusilla du regard et se précipita dans le cabinet sans y être invité par le docteur. Il déposa le chien sur la table d'examen et retira la couverture avec soin. Quelques mouches s'en échappèrent.

 Le visage du vétérinaire était tiré par la fatigue et ses yeux cernés se remplirent d'un mélange d'indignation et de peur. Il porta le bras à son visage et eut un haut-le-cœur. L'odeur qui se dégageait du pauvre animal était insoutenable. Luc en prit alors conscience et se plaqua un mouchoir sur le nez. Comment ne s'en était-il pas rendu compte ?

 « Mais il est déjà mort depuis un moment votre chien. Il a même commencé à se décomposer.

 — Ne racontez pas n'importe quoi, il gémissait encore à l'instant, lorsque je l'ai posé. »

 Le Dr. Tarrus tronqua sa blouse blanche maculée de sang – sans doute de chat et d'oiseau – pour une autre de couleur bleu ciel. Il enfila un masque et des gants en latex, et avança une main timide vers la bête. Il prit son pouls. Rien, comme il s'y attendait. Il commença un examen plus approfondi et grimaça de dégoût chaque fois qu'il le touchait. L'animal n'eût évidemment aucune réaction.

 « Désolé mon vieux. Je ne peux plus rien pour lui. »

 Les épaules de Luc s’affaissèrent et il se laissa choir sur une chaise, la tête dans les mains.

 « Vous êtes sûr ? demanda-t-il sans conviction.

 — On ne peut plus certain. Et je vous répète qu'il est mort depuis au moins plusieurs heures, si ce n'est plusieurs jours. »

 Luc, au bord des larmes, ne répondit pas. C'est vrai, maintenant que le docteur le disait, la bête semblait morte depuis un bail. Mais, avait-il halluciné, alors ? Il entreprit de replier la couverture dans laquelle il avait enveloppé le chien.

 « Oh, vous avez fait tomber ceci. »

 Le vétérinaire ramassa un collier et lorsqu'il vit la médaille, son teint devint plus pâle. Il le donna à Luc puis se rapprocha de l'animal et l'observa une nouvelle fois. Pas de doute c'est bien lui. Il jeta son masque et fut saisit d'un bâillement. Il enleva ses gants laissant apparaître une main droite bandée.

 « Mais, ce chien, il est à vous ? Car une dame de la SPA est venue très tôt ce matin me demander de l'examiner. Il était très agité, je n'arrivais pas à l'ausculter. Il m'a même mordu, là, tenez, dit-il en montrant son pansement.

 — Non, je l'ai trouvé sur la route.

 — Et vous dites qu'il était vivant ?

 — Mais puisque je vous le dis. »

 Luc commençait à s'agacer que le vétérinaire ne semblât pas le croire.

 « C'est très étrange monsieur. Vous m'avez l'air sincère et j'ai moi-même vu ce chien vivant ce matin. Mais là, après ce deuxième examen, je peux vous affirmer qu'il est mort depuis au moins deux bonnes journées. Ce qui est tout à fait impossible. »

 Les deux hommes se regardaient sans rien dire puis Luc se leva, s'approcha de la table et enroula la bête dans sa couverture. Celle-ci eut alors un sursaut accompagné d'un gémissement. D'un mouvement vif, Luc dévisagea le docteur, dont le teint était devenu livide.

 « Je croyais qu'il était mort et depuis longtemps.

 — Je... euh... Je dirais bien que ce n'est qu'un spasme musculaire post-mortem. Cela se produit fréquemment lorsque le décès est brutal. Vu son état, il a été renversé, donc ceci explique cela. Mais c'est tout de même très étonnant au vu de son stade de décomposition. Ce genre de spasme n'intervient que dans les premières heures qui suivent la mort. »

 L'animal gémit à nouveau et se remit, avec une grande difficulté, sur ses pattes avant de s'écrouler dans la flaque de vomis qu'il venait de régurgiter. Le vétérinaire repassa masque et gants pour l'examiner encore une fois, d'une main tremblante. Mais rien n'y faisait, toujours aucun signe de vie. De surcroit, l'odeur se faisait de plus en plus nauséabonde. Il commençait à être très mal à l'aise et la peur l'envahit. Pris de panique, il désigna la sortie à Luc.

 « Je n'ai jamais rien vu de tel. Un animal mort qui semble reprendre vie de manière sporadique. Je suis vraiment désolé mais je ne peux rien pour vous et je vais vous demander de prendre votre chien et partir. »

 — Mais attendez, vous avez bien vu ce que j'ai vu, non ?

 — Écoutez, je travaille non-stop depuis près de dix-huit heures. Ma garde devait se terminer il y a une heure. Je suis crevé et je n'ai plus les yeux en face des trous... À vrai dire, je ne sais même pas ce que j'ai vu... Allez, prenez ce chien et partez. De toute façon moi je ne peux plus rien pour lui. J'aimerais, croyez-moi. Mais là, ce soir, tout ce que je veux c'est rentrer chez moi... »

 Luc, blasé, prit le chien dans ses bras d'un geste doux et sortit. Il hésita un instant puis déposa l'animal sur sa banquette arrière et prit le chemin de son domicile.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: Xeraphia le 11 Octobre 2020 à 04:58:46
Salut John o/

Une petite ambiance à la Stephen King pas désagréable du tout. Ça va plutôt vite à mon goût, mais d’accord. J’aime beaucoup l’introduction et la présentation de Luc, qui s’étoffe doucement au fur et à mesure.

Par contre, j’aime beaucoup moins le passage chez le véto, pour deux raisons.
Un : la réaction de Luc. Je comprends que tu aies voulu le peindre en homme compatissant et aimant des animaux, mais le résultat est un adulte immature ; c’est très puéril de traiter les vétos de sans-cœur parce qu'ils ne s’effondrent pas sur chaque animal en mauvais point dans leur clinique.
Deux : il y a un profond manque de sens et de logique dans ce passage. Le véto reconnait le chien qu’il a traité le matin même après avoir dit à Luc qu’il était mort depuis plusieurs jours, même qu’il voit l’animal en état de décomposition, mais ne se pose pas plus de questions que ça. Luc se rend compte que le chien est mort depuis longtemps, pourtant il sait bien, lui, que ce n’est pas le cas – et il ne trouve rien de mieux à faire que de reprocher au véto son manque de compassion. Ils sont confrontés à une situation profondément anormale mais la balaient aussi sec.
Passage à revoir urgemment, à mon avis.

À la prochaine :)
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: John Lucas le 11 Octobre 2020 à 10:06:03
Merci pour ce retour.
Effectivement il y a un petit soucis  :D
Je vais revoir ça très vite.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: John Lucas le 15 Octobre 2020 à 16:58:51
J'ai revu un peu le chapitre "chez le véto" qui souffrait effectivement de gros soucis^^
J'espère que cela sera mieux ainsi.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: Cendres le 16 Octobre 2020 à 09:18:07
Merci pour ton texte,
C'est le premier texte que je lis de toi.

Je ne suis pas trop dans l'horreur, car en général dans le début de l'histoire, 1/3 du texte, il ne se passe rien. C'est une longue présentation ennuyeuse des personnages et des enjeux.
Ton texte n'est pas comme ca, et j'aime bien.
Dans ton troisième chapitre, l'histoire débute sur un mystère.
Le chien zombie putréfié couvert de mouche.... Ceci dit plus le temps passe, plus il pourrit et plus il est bouffe par les asticots. A la longue il restera rien de lui et son corps va se démembrer ^^

Je ne vais pas te conseiller sur ton écriture vu mon niveau.
Tu as fait une faute de frappe ici  avec le mot "chien" du chapitre "Sur la route" :
"...La bête se faufila hors de la végétation et vint se planter devant la voiture. C'était un chient, ou du moins ce qu'il en restait..."
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: John Lucas le 17 Octobre 2020 à 12:43:56
À la maison

 Luc roulait cette fois plus lentement qu'à l'accoutumée. Il se refaisait le film de ces dernières heures et se demandait s'il n'avait pas imaginé certaines choses. Le vétérinaire avait raison, impossible que ce chien eût été vivant ces dernières heures vu son état de décomposition et son odeur putride. Pourtant il était bien certain de l'avoir vu bouger sur la table d'examen et le médecin avait également réagit donc il l'avait forcément vu, lui aussi. Pourquoi avait-il fallu qu'il ramassât ce chien. Ces derniers jours avaient été tellement fabuleux et sa nouvelle vie était sur le point de commencer, il n'avait pas besoin d'un tel mystère. Il allait se débarrasser de l'animal et oublier cette étrange soirée au plus vite.

 À chaque secousse provoquée par la route abîmée, il regardait dans son rétroviseur, s'attendant à voir le chien bouger ou à l'entendre gémir. Contre toute attente, celui-ci n'eut plus aucun signe de vie semblable à ceux du cabinet. Il n'y avait plus d'incertitude, l'animal avait bel et bien rendu son dernier souffle. Luc et le vétérinaire avait sans doute été victime d'hallucinations dues à la fatigue ou peut-être à un quelconque gaz toxique qui se dégagerait de la bête et serait responsable de ces effluves horribles. Luc commençait à se raconter des histoires absurdes dans sa tête. Le chien était en train de se transformer en zombie et le vétérinaire allait suivre puisqu'il avait été mordu. Les deux le pourchasseraient pour le manger...

 « Non, mais, arrête, Luc. Tu deviens cinglé » dit-il à son reflet dans la vitre.

 Il arriva chez lui et laissa le chien dans la voiture le temps d'aller chercher une bâche dans sa cave. Il remonta également une pelle, une pioche et une bêche. Il déposa tout l'attirail dans son jardin à l'arrière de sa demeure et alla chercher l'animal qu'il déposa à côté du matériel. Il faisait très sombre, il alluma donc la lumière de la terrasse pour bénéficier d'un peu d'éclairage. Il commença à creuser un trou à l'aide de la pioche mais le sol avait commencé à geler et ce n'était pas chose aisée. Après quelques coups peu utiles, il prit la décision d'attendre le lendemain. Il arroserait la terre avec de l'eau chaude pour la rendre plus molle. Il n'avait pas le courage d'entreprendre un si dur labeur ce soir, il était épuisé tant physiquement que mentalement. La soirée avait été trop éprouvante pour lui. De plus, il était tard, il allait déranger les voisins. Il enveloppa le corps de la bête dans la bâche avec le même soin dont il avait fait usage ces dernières heures, et rangea ses outils sur la terrasse.

 Il rentra dans sa maison, passa à la salle de bain faire un brin de toilette et se mettre à l'aise, c'est-à-dire en caleçon et t-shirt à l'effigie du groupe de Hard-Rock Alice Cooper et se posa dans son fauteuil avec un livre de Stephen King, Cujo.

 « Hum, mauvaise idée, ce livre. » dit-il tout haut sans s'en rendre compte.

 Il posa le bouquin sur la table basse et alla se chercher une bière. Ce n'était pas très sérieux, mais vu sa soirée, il estima la mériter. Il l'a bue devant la télévision qui rediffusait un énième épisode des Experts. Il se dit qu'il aurait bien besoin d'eux pour éclaircir le mystère de ce chien. Rattrapé par sa fatigue, il finit par s'assoupir dans son salon.

 « Gratt-gratt... Gratt-gratt »

 Luc se réveilla en sursaut, le front moite de sueur. Qu'est-ce que c'était ? Il a entendu un bruit. Encore une hallucination ?

 « Gratt-gratt »

 Cette fois, il en était certain. C'est comme si on grattait à la porte. Un frisson le parcourut et il lui fallut bien deux bonnes minutes avant de réussir à se rendre d'un pas lent à la porte donnant sur la terrasse. Et si c'était encore le chien ? Il entrouvrit la porte et une branche vint lui gifler le visage. Elle s'était détachée de son pommier au bord du jardin et était venue se coincer entre le volet à peine fermé et la porte. Décidément, ce n'était pas sa soirée. Il profita de cet instant incongru pur jeter un œil à la bâche et il devina la forme de l'animal sous celle-ci. Cette fois, il semblait bien vouloir rester mort une fois pour toute. Il referma volet et porte et alla se coucher dans son lit. Le salon était confortable mais rien ne vaut son bon vieux matelas à mémoire de forme.

 Il était déjà trois heures du matin et malgré la fatigue, Luc ne parvenait pas à retrouver le sommeil. Le vent qui s'était levé, faisait claquer les persiennes et produisait des hurlements inquiétants. Il ne manquait plus que ça.

 « Wouaf ! »

 Là, c'était un aboiement. Mais non, encore ton imagination Luc, se dit-il. Ce n'était que la tempête.

 « Wouaf ! »

 Encore ? Luc voulut en avoir le cœur net et se leva de son lit, ouvrit sa fenêtre puis lutta contre une bourrasque pour ouvrir son volet. Le vent était violent et froid mais ce n'était pas ça qui le pétrifia sur place. Son regard était médusé par ce qu'il voyait là en bas sur sa terrasse. Le chien était debout, en lambeau et dégoulinant de sang. Celui-ci remarqua qu'il était observé par la fenêtre et leva la tête. Là, Luc aurait pu en jurer, il vit une espèce de rictus se dessiner sur ce qu'il restait de museau à la bête. Pris de panique, Il se calfeutra rapidement dans sa chambre. La journée a été éprouvante, son esprit lui jouait sans doute un mauvais tour, il avala deux somnifères. Ce n'était qu'un affreux cauchemar et tout irait mieux le lendemain.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: Cendres le 18 Octobre 2020 à 10:25:37
Merci pour la suite de ton texte.

Je trouve qu'il y'a trois éléments qui ne vont pas.

" À chaque secousse provoquée par la route abimée, il se retournait, s'attendant à voir le chien bouger ou à l'entendre gémir"

S'il se retourne à chaque secousse, c'est extrêmement dangereux. Pourquoi ne regarde-t-il pas plutôt dans le retro, ou le bouger afin de voir le chien?

"« Non, mais, arrête, Luc. Tu deviens cinglé » dit-il à son reflet dans le rétroviseur."

S'il voit son reflet dans le rétroviseur, cela indique qu'il est mal réglé. Normalement on voit la route pas sa tête. On ne le règle pas comme un miroir.

"Pris de panique, Il se calfeutra rapidement dans sa chambre et avala deux somnifères"

Si il est pris de panique je ne pense pas qu'il chercherait à prendre des somnifères car il a peur. Devant un danger, on ne cherche pas à dormir, mais à se protéger.

Voilà pour mes remarques sur ton histoire.  Ceux sont des avis personnel qui n'engagent que moi.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: John Lucas le 24 Octobre 2020 à 10:14:47
Merci pour tes retours. J'ai un tout petit peu modifié du coup.
Et voici la suite.

Un drôle de réveil

    Le réveil indiquait dix heures quarante-trois au moment où Luc ouvrit ses yeux, encore embrumés par le sommeil profond dont il sortait. Il n'avait pas imaginé commencer sa nouvelle vie par une grasse matinée, mais les somnifères avaient fait leur effet pour éclipser les événements de la veille et lui faire passer une nuit agréable. Il fut d'ailleurs surpris de ne pas avoir eu de cauchemar.

    Il écarta les couvertures, glissa ses pieds dans ses pantoufles et alla ouvrir le volet pour constater que seuls ses outils reposaient dans le jardin. Un mouvement attira son attention et il vit une masse noire indistincte se glisser de l'autre côté du lit. Effet secondaire des narcotiques ? Jeu d'ombres malvenu ? Il se frotta les yeux puis, un genou sur le matelas, se pencha pour mieux voir. Son cœur fit un bond dans sa poitrine quand un animal grimpa sur le lit. Il eut un vif mouvement de recul, si bien qu'il faillit tomber de sa couche, qu'il quitta pour s'appuyer au mur derrière lui. D'un bref coup d’œil, il constata que la porte de sa chambre était toujours fermée. Comment la bête avait-elle pu entrer ?

    Un silence s'installa. La sueur perla sur son front et ses membres se mirent à trembler. Il avait devant lui un chien. L'homme et la bête s’observèrent en chien de faïence – c'était le cas de le dire – pendant de longues minutes. L'animal ressemblait à celui de la veille mais n'affichait plus aucune blessure. Luc identifia un Tamaskan au pelage propre et luisant. Un collier cerclait son cou avec une médaille gravé du nom de Cerbère. Son museau était en parfait état et ... Mais qu'est-ce là donc dans sa gueule. Non, impossible... Le chien vint déposer son butin aux pieds de son nouveau maître, qui pris d'un haut-le-cœur, envoya valser la main offerte par l'animal, éclaboussant de sang les draps. Celui-ci se dressa et posa ses pattes sur le torse de l'homme et lui lécha le visage. Luc le repoussa en douceur, de peur de se faire mordre. Le chien sauta par-dessus le lit pour aller récupérer la main et revenir s'asseoir, la queue toute frétillante. Cette fois, l'homme se saisit du membre qu'il enveloppa dans un mouchoir puis, s'assit sur le lit et caressa machinalement la tête de l'animal, comme pour le féliciter d'avoir ramené un bâton qu'on lui aurait jeté. Il le regarda dans les yeux. Aussi incongru que cela ait pu paraître, il en était certain, il s'agissait bien de la pauvre bête, supposée morte, qu'il avait laissé dans son jardin.

    Il examina la main, espérant qu'il se soit agi d'un jouet, et grimaça de dégoût. Ce bandage... Ce ne serait tout de même pas... En fin de compte, le cauchemar n'était peut-être pas terminé... Un frisson lui parcourut l'échine.

    Luc était terrifié à l'intérieur et se donnait beaucoup de mal pour le masquer. Il savait que les chiens sentent la peur, ce qui les effraie à leur tour et tend à les rendre agressifs. Il se leva, enfila sa robe de chambre et déposa la main, avec précaution, dans sa poche. Un bon café bien fort l'aiderait à y voir plus clair. Il descendit à la cuisine. Derrière lui, Cerbère trottait la tête haute, fier de lui.

    Son mug rempli, il se posa dans son fauteuil et le chien vint s'allonger à ses pieds. Quelle brave bête. Brave bête, brave bête... Elle a sûrement arraché cette main au vétérinaire, tout de même. Que devait-il faire, maintenant ? Il but une gorgée de son lungo forte et fit une grimace. En réalité, il n'aimait pas le café mais ça avait le mérite de le réveiller et de le stimuler.

    Il devait tout d'abord se débarrasser de ce membre qui ne lui appartenait pas. En plus, ça commençait déjà à sentir mauvais. Ensuite, il ne pouvait pas garder ce chien. Dangereux ou pas, il avait des plans pour sa nouvelle vie et élever un animal n'en faisait pas partie. Enfin, il rendrait visite au médecin. Avec un peu de chance, celui-ci serait toujours capable d'effectuer un revers à deux mains.

    Une fois sa tasse terminée, Luc alla ouvrir le grand volet de la terrasse et sortit dans le jardin, muni d'une bouilloire, pleine d'eau chaude. Il s'accroupi là où il avait laissé ses outils et versa le liquide fumant afin de rendre la terre plus molle. Il attaqua le sol à coup de pioche puis creusa à la pelle un trou d'une trentaine de centimètres de diamètre et profond d'un bon mètre. Il prit la main du bout des doigts dans le mouchoir et la laissa tomber à l'intérieur. À côté de lui, le chien l'imitait et labourait le terrain de sa gueule et de ses pattes. Pendant ce temps-là, il ne faisait de mal à personne, pensa Luc. Après un bref passage par son garage, il vida dans la cavité les quelques bouteilles d'acide qu'il avait trouvées. Acide chlorhydrique, nitrique, sulfurique, acétique, tout y passa. Il n'avait aucune idée de ce que cela ferait mais c'était tout ce qu'il avait trouvé. Il reboucha avec soin et mit un pot de fleurs par-dessus. Comme si cela suffirait si on venait à le soupçonner.

    Luc rentra chez lui et monta à la salle de bain prendre une douche bien chaude. Se balader dehors en robe de chambre en plein hiver, ce n'était pas une super idée. Il passa rapidement des vêtements qu'il avait achetés à Vichy – il était décidé, malgré tout, à poursuivre sa reprise en main – puis regagna le salon où l'attendait Cerbère, allongé sur le paillasson de la porte d'entrée, endormi. Luc l'observa avec tendresse. Impossible que cette adorable bête ait pu faire du mal à qui que ce soit.

    — Allez mon vieux, on y va. Tu vas voir, là où je t'emmène, tu auras plein de petits copains avec qui jouer.

    Le chien se leva et remua la queue, heureux d'aller promener.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: Cendres le 25 Octobre 2020 à 07:17:44
Merci pour la suite de ton texte où tu crées des liens entre l'animal et l'humain.

Je vais faire quelques remarques comme d'habitude ^^:

-Je me doute que dans la suite de l'histoire tu expliqueras l'origine de cette main. Mais je pense que le personnage serait plus écœuré et la prendrait dans un chiffon. Et j'imagine qu'il changerait les draps de son lit vu qu'elle est allé dessus. En plus, je ne sais pas l'état, mais elle doit tout salir ou donner cette impression.

-Le chien va dans la chambre. J'ai peut-être oublié des détails, mais il ne me semble pas que le personnage a laissé une porte ouverte.


Voici mes quelques remarques. Je ne te conseillerais pas pour l'écriture vu mon niveau.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: John Lucas le 31 Octobre 2020 à 10:57:26
Comme la dernière fois, j'ai fait de très léger ajustements. Merci pour les retours.

À la SPA

 Luc sortit de chez lui, referma sa porte à clé et faillit tomber à la renverse quand il se retourna pour se diriger vers sa voiture. Le chien, tout excité, ne cessait d'aboyer et de se faufiler dans ses jambes. Il paraissait de plus en plus jeune au regard de l'homme. Son poil se voulait plus soyeux et fourni. Ses muscles apparaissaient plus saillants rendant sa peau moins plissée. L'animal était d'humeur taquine et mordillait les mollets de son nouveau maître avant de s'écarter pour ne pas se faire attraper. Luc, attendri et oubliant un peu cette situation absurde, se prit au jeu et ramassa un morceau de bois pour lui jeter. Cerbère se précipita et l'attrapa au vol avant de le ramener au pieds de l'homme et de s'éloigner à nouveau pour que celui-ci recommence.

 Après quelques lancés de bâton, Luc ouvrit la portière arrière de sa voiture et fit signe au chien de monter. Tel un animal dressé de longue date, Cerbère grimpa à bord et se coucha sur la banquette, le museau entre les pattes.

 — C'est bien, gentil toutou !

 Luc s'installa à son tour, mit le contact et rentra l'adresse de la SPA de Montluçon dans le GPS. Il jeta un coup d’œil dans le rétro, le chien s'était endormi.

 Après une bonne demi-heure de route, l'homme gara la voiture sur le grand parking qui jouxtait le grand bâtiment aux nombreux graffitis d'animaux. Le chien se réveilla à l'instant même où le moteur cessa de faire trembler l'habitacle. Il retroussa ses babines et émit un grognement peu rassurant.

 Lorsque Luc ouvrit à l'animal et l'invita à descendre, il n'eut pas le même résultat que lors du départ. Cerbère se roula en boule à l'autre bout de la banquette, pris de forts tremblements, et gémit. Décidément, il était impossible que cette pauvre bête ait fait du mal à quiconque. L'homme posa un genou sur le siège et prit le chien dans ses bras et le caressa avec tendresse. Il réussit à le calmer et reçu quelques coups de langue en signe de remerciement.

 — Là, tout doux mon brave.

 Une vieille dame, noire de peau, les accueillit à la porte avec un large sourire aux lèvres.

 — Bonjour, monsieur. Bonjour chien-ch...

 Elle eut un geste de recule quand l’animal qu'elle venait de caresser sortit la tête des bras de son porteur. Ses yeux lancèrent des éclairs et sa voix partit d'un coup dans les aiguës.

 — Encore lui ?! Ah non !

 — Que vous arrive-t-il, madame ?

 — Il m'arrive qu'hier, on nous a déposé ce chien sur le pas de la porte, de manière anonyme. Nous l'avons gentiment emmené chez le vétérinaire de garde et ce cabot l'a mordu à la main pendant qu'il essayait de l'ausculter.

 — Il devait avoir peur. Rien de plus.

 — Rien de plus ? Ah si ! Car ça ne s'arrête pas là. Lorsque nous sommes revenus ici, nous l'avons laissé dans un enclos avec d'autres chiens et il a été pris de furie. Cinq, qu'il nous en a blessé ! Il y en a même un que nous n'avons pu sauver.

 — Après ce qu'il s'est passé chez le docteur, vous l'avez mis avec d'autres animaux ? Avouez que ce n'était pas une bonne idée.

 La dame fit des gros yeux à Luc. Elle n'en revenait pas qu'il ose défendre ce clébard. En même temps, elle cachait un peu sa honte car il n'avait pas tout à fait tort. Ses joues s'étaient empourprées et ses mains commençaient à trembler. L'homme remarqua son énervement et tenta de la calmer.

 — Ecoutez, madame. Ce chien est adorable depuis que je l'ai retrouvé. Je suis moi-même allé chez le Dr. Tarrus qui la reconnu et tout s'est bien passé, mentit-il, sans savoir pourquoi.

 Il mit de manière volontaire de côté les événements de la veille et surtout la main que la bête lui avait ramenée. La dame remit ses grosses lunettes carrées en place sur son nez et s'essuya le front qui commençait à luire de sueur.

 — Si vous le dites. Et je suppose que vous voulez nous refiler ce gentil toutou ? persifla-t-elle.

 — Exactement. Vous n'aurez qu'à le mettre seul dans un box, si vous avez peur qu'il s'en prenne à vos bêtes.

 — Désolé mon bon monsieur, mais nous n'avons aucun box qui ne soit pas occupé. Sur ce, au revoir, j'ai du boulot.

 Luc bloqua du pied la porte que la dame tentait de refermer. Au même moment le chien sauta au sol et se mit à grogner et aboyer sur l'employée de la SPA. De la bave se mit à couler de sa gueule qui dévoilait ses crocs prêts à déchirer. Le changement soudain d'attitude ramena l'homme à la raison. Cette bête était bel et bien dangereuse et il devait s'en débarrasser à tout prix. Il approcha la main pour le caresser et Cerbère claque les mâchoires à quelques centimètres de ses doigts qu'il a tout juste eu le temps de retirer. Il recula d'un pas et ramassa un bâton qu'il tendit en direction de l'animal.

 — Qu'est-ce qui t'arrive, mon beau ? Tu veux rejouer comme tout à l'heure ?

 Le chien se calma aussi vite qu'il s'était mis en rogne et remua la queue, la langue pendante. Luc lança le jouet improvisé aussi loin qu'il le pu et détala à toute jambe vers sa voiture. Dans sa course, il se retourna pour voir si le chien le suivait mais celui-ci était occupé à chercher le morceau de bois dans des broussailles. Il vit également la dame rentrer dans le bâtiment et s'enfermer à double tour, les larmes aux yeux, et toute tremblante. Il verrouilla, par réflexe, ses portières et démarra en trombes pour s'éloigner le plus vite possible de ce satané cabot.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: Cendres le 31 Octobre 2020 à 17:40:42
Merci pour la suite de ton texte.
Contrairement aux autres chapitres, je n'ai pas grand chose à dire, hormis le comportement contradictoire du chien, mais cela est fait volontairement pour ton histoire, je suppose.

La seule remarque que je ferais, c'est :
"L'homme posa un genou sur le siège et prit le chien dans ses bras et le caressa avec tendresse. Il réussit à le calmer et reçu quelques coups de langue en signe de remerciement."
Si le chien a peur, même si son "maître" le rassure, je ne pense pas qu'il va le lécher pour le remercier, car ne voulant pas aller là-bas.
Je ne vois pas pourquoi il serait content au point de vouloir lui montrer sa reconnaissances. Il l'a juste calme et rassuré.

Ceux sont des remarque personnels qui n'engage que moi ;)
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: John Lucas le 07 Novembre 2020 à 12:48:07
Comme d'habitude, merci pour ton retour.

De retour chez le véto

 Luc n'était pas très fier de ce qu'il venait de faire mais, à bien y réfléchir, il s'agissait sans doute de la meilleure décision à prendre. La noirceur dans les yeux du chien lors de son excès de rage l'avait définitivement convaincu. L'animal avait certes été adorable avec lui mais, il avait aussi essayé de lui arracher la main. Il repensa alors à celle offerte par le canidé le matin même et il n'y eut plus de place pour le doute. C'était bel et bien Cerbère qui l'avait arraché et ramené. Il ne lui restait plus qu'à savoir si elle appartenait au vétérinaire, même s'il avait déjà sa petite idée.

 À l'approche du cabinet, il aperçut des gyrophares et un attroupement de personnes. Quand il fut assez proche, il constata que la police avait établi un périmètre de sécurité. Il dut s'éloigner un peu et se garer à bonne distance. Après quelques minutes de marches, il vint se placer derrière le cordon aux côtés des voisins curieux. La foule était agitée et les rumeurs allaient bon train. L'un parlait de suicide, l'autre de crime passionnel. Des plus raisonnables évoquaient un simple malaise. Chacun allait de son hypothèse.

 Luc essayait tant bien que mal de voir ce qu'il se passait mais un géant lui cachait la vue. D'une tape timide sur l'omoplate, il invita l'homme à se retourner. Ce dernier avait les cheveux longs mal peignés et une grosse barbe rousse comme sa crinière. Son haleine sentait l'alcool bien qu'il ait été assez tôt et ses vêtements étaient sales.

 — Excusez-moi monsieur. Sauriez-vous me dire ce qu'il se passe ? demanda Luc.

 Il se hissa sur la pointe des pieds, pour scruter en direction du cabinet, par-dessus l'épaule de l'individu, mais n'y voyait toujours pas grand-chose.

 — C'est le véto. La femme de ménage l'a retrouvé zigouillé, répondit le sans abri.

 — Zigouillé ? Quelqu'un l'a tué, vous voulez dire ?

 — Pas quelqu'un. Quelque chose.

 Le rythme cardiaque de Luc s'accéléra et une sueur froide lui coula dans le dos. Il profita que l'homme s'était un peu écarté pour se faufiler et jeter un œil à la scène. Il aperçut une femme aux cheveux sel et poivre, assise à l'arrière d'une ambulance. Elle pleurait toutes les larmes de son corps et tremblait comme une feuille malgré la couverture qu'un infirmier avait posé sur ses épaules. Un jeune policier se tenait debout devant elle, un calepin à la main, prêt à noter tout ce qu'elle pourrait lui dire. La façon dont il tapotait du pied trahissait son impatience.

 — Qu'entendez-vous par quelque chose ? interrogea Luc en se retournant vers le géant.

 Il connaissait la réponse mais espérait encore se tromper. La sentence ne se fit pas attendre longtemps.

 — Le doc aurait été déchiqueté par une bête sauvage. Parait que c'est un vrai carnage là-dedans. Enfin, c'est ce que j'ai entendu que la femme disait au flic.

 — Une bête sauvage ?

 — Ouais. Je suis sûr que c'était un loup. Ah non, un ours. Ouais, voilà, c'était un grizzli.

 L'homme imitait en même temps la bête dont il parlait. Cette saynète absurde eut le mérite d'arracher un sourire à Luc.

 — Quand bien même il y aurait ce genre d'animaux dans le coin, je ne pense pas qu'ils s'aventureraient en ville et encore moins dans une maison.

 — Je n'en sais rien, moi. Je ne suis pas expert en animaux. C'était peut-être un grizzli apprivoisé d'un cirque.

 Las d'écouter cet homme éméché fabuler, Luc reporta son attention sur le cabinet du vétérinaire. La porte ne semblait pas voir été forcée. Après tout, Cerbère était bien entré dans sa chambre comme par enchantement. Il aurait très bien pu faire de même ici.

 Des médecins sortirent du bâtiment. Le plus jeune avait le teint pâle. Luc l'entendit dire qu'il n'avait jamais assisté à une telle scène, tandis que le plus âgé essayait, de manière bien maladroite, de le rassurer en lui affirmant qu'il en verrait sûrement d'autre dans sa carrière. Derrière eux, les ambulanciers portaient un brancard avec le corps de la pauvre victime, recouvert d'un drap blanc. Ils descendirent les escaliers et déployèrent les roues afin de terminer les quelques mètres qui les séparaient de leur véhicule. Quand ils heurtèrent un caillou en chemin, la secousse fut suffisante pour que le bras de la victime s'échappa de sous le tissu. Comme Luc se l'était imaginé, aucune main au bout de ce membre ballant dans le vide, que le brancardier se pressa de remettre sous le drap.

 — Eh, t'as vu ça, mec ! Y'avait pas de main ! s'excita barbe rousse.

 Luc resta figé sur place sans répondre. Sa crainte était confirmée. Un coup dans l'épaule le sortit de sa torpeur.

 — Eh, je te cause ! On dirait que t'as vu un fantôme.

 — Excusez-moi, je ne me sens pas très bien.

 Pris de nausée, Luc s'éloigna à pas vif, et vomit au pied d'un arbre. Il s'essuya la bouche d'un revers de la manche puis retourna à sa voiture.

 — P'tite nature, pouffa le géant au loin.

 Luc se posa derrière le volant puis prit une grande inspiration. Il resta là quelques minutes à trembler et transpirer avant de parvenir à se calmer suffisamment pour reprendre la route. Il alluma le moteur et jeta un dernier coup d'œil dans le rétroviseur. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il vit Cerbère qui se tenait au pied de l'arbre à vomis. Par réflexe, il se retourna et il n'y avait plus de chien. Encore son esprit qui lui jouait un tour. Dans le doute, il engagea sa voiture sur la chaussée et se pressa de rentrer chez lui.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: Cendres le 08 Novembre 2020 à 07:49:33
Coucou,

Voici mon avis, d'une personne qui est loin de savoir écrire et ne maîtrisant pas le Français aussi.
Comme pour la le reste de ton texte, il se lit facilement et il est agréable.

Je n'ai rien relevé de gênant, hormis le fait de la main arrachée. Je ne pense pas que d'un, ou plusieurs, coups de dents le chien aurait réussit à arracher la main d'une 'coupure' nette.

J'imagine bien un crocodile, mais il avalerait la main tout crue. Mais un chien, il devrait l'attaquer en angle droit le poignet, et je pense que ca prendrait du temps.

Je ne suis pas experte là-dedans, mais une main ca ne se coupe pas comme ca me semble-t-il. Il y a les os et les ligaments.  Je pense que le bras serait fort abimé a cause de cela.


Je pense que tu utilises cette main afin de faire comme un morceau de puzzle ^^ pour ton histoire.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: John Lucas le 14 Novembre 2020 à 19:55:50
Pour la main, il n'est pas dit que c'est coupé net... Et la suite de la nouvelle donnera peut-être du sens à cela...
Comment je tease  :D Genre si tu veux comprendre il faut lire la suite  :D
Sinon, je te remercie de continuer à lire et me faire tes retours.

Un petit tour en forêt

 À quelques rues de chez lui, Luc était toujours agité. Pauvre Docteur Tarrus. Il avait essayé d'aider une bête qui, pour le remercier, l'avait mis en charpie. Luc ne pouvait s'empêcher de penser qu'il était en partie responsable. S'il n'avait pas amené Cerbère au cabinet, peut-être que le vétérinaire aurait encore été vivant. Il essaya de se remémorer leur rencontre mais se rendit compte que ses souvenirs étaient assez vagues. Il se rappelait uniquement que le praticien n'avait rien pu faire car l'animal était déjà mort, et depuis un moment selon lui. Oubliée le reste de leur discussion, oubliés les soubresauts du chien sur la table d'examen.

 Il stoppa la voiture dans l'allée de son garage et l'espace d'un instant, hésita à rentrer chez lui. Et s'il allait plutôt se saouler au bistro du coin ? En plein après-midi ? Que diraient les voisins qui avaient déjà une piètre opinion de lui depuis son laisser-aller de ces derniers mois. Et sa décision de reprendre sa vie en main, qu'en faisait-il ? Bon, d'accord, les circonstances étaient particulières. Mais tout de même les choses allaient bien finir par s'arranger. Il décida pour finir de retrouver le confort de son fauteuil avec une bonne bière. Un bon compromis.

 Il poussa la porte d'entrée et pénétra dans le hall. Il laissa son blouson au porte-manteau et ses chaussures sur le paillasson. Alors qu'il se dirigeait vers son réfrigérateur, un bruit dans son dos attira son attention. Il eut à peine le temps de se retourner que deux pattes se plaquèrent contre sa poitrine et le firent tomber à la renverse. Il laissa échapper un cri de terreur lorsqu'il vit la gueule de Cerbère approcher. Le chien entreprit de lui lécher le visage puis laissa l'homme se relever. Il continua à lui tourner autour en remuant la queue.

 Luc regardait l'animal lui faire la fête, le corps tremblant et le cœur battant si vite qu'il eut cru qu'il allait bondir de sa poitrine. Il inspecta toute la maison, de la cave au grenier, son plus fidèle compagnon flanqué à ses basques. Comment celui-ci avait-il pu s'introduire dans la maison alors que toutes les portes et fenêtres étaient fermées ? L'homme était de plus en plus pâle et avait du mal à respirer. Il était au bord de la crise de panique. Il alla chercher la bouteille de whisky qui trainait dans son bar et se servit un bon verre. La bière ne suffirait pas à la calmer, il avait besoin de quelque chose de fort.

 Après quelques lampées de spiritueux, Luc retrouva peu à peu un semblant de calme. Cerbère était lové à ses pieds. Sans trop savoir pourquoi, l'homme caressa l'animal avec tendresse.

 — Bah alors, mon brave, je te manquais ? Moi aussi, je t'aime bien, mais ce que tu as fait au vétérinaire, ce n'est pas possible. Comment peux-tu faire ce genre de chose alors que tu es adorable quand on est que tous les deux ?

 Cerbère le regardait en inclinant la tête, ce qui lui donnait un air attendrissant.

 — Me regarde pas comme ça. Tu ne peux pas rester ici. Tu veux aller te promener ?

 Le chien se redressa sur ses quatre pattes et fonça droit sur la porte d'entrée, où il attendit son maître en sautillant sur place. Luc termina son verre d'une traite et le rejoignit.

 — Un petit tour en forêt, ça te va ?

 Luc fit grimper le chien dans la voiture et se rendit, pour commencer, dans une animalerie. Il laissa l'animal qui dormait, le temps d'aller faire ses quelques achats. Lorsqu'il revint, Cerbère somnolait toujours sur la banquette arrière. Luc s'était procuré le collier le plus solide que le magasin vendait et une laisse tout aussi résistante. Il reprit la route et parcourut les près de deux cents kilomètres qui le séparaient de la Forêt des Vaseix. Il aimait s'y promener lorsqu'il était étudiant à Limoges.

 Il ouvrit la portière et le chien s'élança à toute vitesse et slaloma entre les arbres pour pénétrer dans la forêt. Luc se dit qu'au moins, il n'aurait pas à ruser pour l'y attirer. Il attrapa les accessoires qu'il avait acheté plus tôt et se pressa de s'enfoncer au milieu de la végétation. L'animal revint de lui-même aux pieds de son maître qui en profita pour lui passer son nouveau collier en lieu et place de l'ancien et y attacher la médaille avec son nom. De sa patte arrière, Cerbère gratte le cuir autour de son cou.

 — Ça ne te plait pas ? Il est quand même mieux que l'ancien, non ? Allez, viens là que je mette la laisse.

 Le chien ne se fit à nouveau pas prier et Luc, une fois l'opération effectuée, enroula la corde autour d'un arbre et la noua fermement. Il enlaça son compagnon et commença à sangloter.

 — Je suis vraiment désolé mon beau, mais je n'ai pas le choix...

 Tandis qu'il s'éloignait, il voyait le malheureux chien tirer sur sa laisse et japper, la langue pendante. Cela le révulsait de faire une chose pareille mais cet animal était bien trop dangereux pour qu'il le garde, même si pour le moment, il ne s'en était pas pris à lui. Qui serait assez fou pour garder un chien tueur revenu d'entre les morts ? Malgré tout, il éprouvait de la peine pour lui.

 Luc reprit la route pour rentrer chez lui. Lorsqu'il passa devant un fast-food, il se rendit compte qu'il n'avait pas encore mangé de la journée alors que c'était déjà le milieu d'après-midi. Cependant, il n'avait pas envie de trainer, alors il décida de passer par le drive.

 Lorsqu'il réceptionna sa commande et redémarra, il aperçut un chien sur le parking. Un frisson lui parcourut l'échine et sa respiration devint plus difficile. Très vite, l'animal monta à l'arrière d'une voiture et une jeune femme referma la portière derrière lui. Luc aurait-il maintenant peur à chaque fois qu'il verrait un chien ?

 Le reste de la route se passa dans le calme et Luc arriva chez lui, rassuré d'avoir mis autant de distance entre l'animal et lui, d'autant plus que la nuit commencé déjà à tomber. Il détestait l'hiver juste pour ça.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: Cendres le 15 Novembre 2020 à 08:20:00
J'ai lut la suite de ton texte. Je ne vais pas te conseiller pour le français ou l'orthographe vu mon niveau

Du moins, j'ai relevé trois choses ou deux choses et demi ^^

-Le héros inquiet va boire du whisky pour se calmer au lieu d'une bière. Déjà, je ne bois pas d'alcool, donc il se peut que c'est pour cela que je ne comprends pas. Mais est ce parce que l'on a peur et qu'on est stressé que boire plus d'alcool va calmer ? Je ne sais pas du tout.

-"Après quelques lampées de spiritueux..." Je trouve étrange l'expression "lampés de spiritueux". Pourquoi ne pas dire "après avoir vidé son verre ou ses verres"?  Ca sonnerait mieux selon me gouts. Mais bon, je ne suis pas spécialiste.

-Le chien qu'il attache a un arbre. Tu expliques qu'il va acheter tout son matériel à l'animalerie. Tu dis qu'il utilise une corde. En générale dans les animaleries, on ne vend pas de corde, et j'imagine une de taille normale.

Un chien, et je te parle d'expérience, genre croisé de bichon, peut a force de mordre arracher une corde ou une laisse, par simple jeu. La vu que le chien va vouloir se détacher, il va être encore plus rapide car voulant se sauver et ayant plus de force dans la mâchoire vu la taille du chien.

Si j'étais le héros j'achèterais une laisse en métal de qualité pour être sur que le chien ne puisse pas l'arracher.

Surtout que ton chien a de la force dans sa bouche vu qu'il a déjà tué violement.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: John Lucas le 21 Novembre 2020 à 11:12:45
L'alcool permet bien des choses selon les alcooliques :D
J'aime bien mon expression lampées de spiritueux^^
Quand je dis corde je parle de la laisse, c'est pour ne pas faire de répétition. Et je mentionne plus haut qu'il a choisit le collier et la laisse les plus solides possibles. J'essaierai peut-être de revoir un peu cette partie.
En tout cas, merci de ta lecture et de tes retours.
Voici la suite.

Bis repetita ?

 Luc passa une fin de journée plutôt agréable au vu des circonstances. Pour se changer les idées, il visionna une série humoristique britannique dont il raffolait. Cela fut efficace et il ne vit pas l'heure passer. Il alla se coucher vers deux heures du matin après avoir regardé la saison complète. Aucun évènement terrifiant ou quelconque bruit inquiétant provenant de l'extérieur ne le dérangea et le sommeil l'emporta sans difficulté, sans nul besoin de somnifère.

 À huit heures du matin, son réveil le sortit d'une nuit sans rêve, et surtout sans cauchemar. Il se sentait en pleine forme et prêt à commencer enfin sa nouvelle vie. Au programme de la journée : chercher du travail. Avant de lever, il fouilla tout de même la pièce du regard et ne trouva aucun chien, ni aucune main, au pied du lit ou sur le pas de la porte. Il ne put retenir un petit rire, qui se prolongea lorsqu'il se rendit à la cuisine, toujours sans trace de Cerbère dans la maison. Le cauchemar était terminé, place aux rêves.

 Il prit un petit déjeuner équilibré composé de pain aux céréales, confiture bio et jus d'orange, puis s'installa dans son fauteuil devant les informations régionales, à la télévision. Comme d'habitude, rien de très intéressant ne se passait dans ce coin pommé, si ce n'était une énième grève de la SCNF ou un mari ivre qui avait frappé sa femme. La présentatrice lança le dernier sujet, et Luc reconnut le cabinet du Dr. Tarrus. Il mit un peu plus de son et suivi le récit avec attention, se décomposant petit à petit.

 Un vétérinaire avait été retrouvé sans vie par sa femme de ménage, sur son lieu de travail, à Commentry. Le décès serait intervenu deux nuits plus tôt et aurait été causé par une strangulation. Fait marquant de cette histoire : la victime présentait la particularité d'avoir eu une main tranchée, cette dernière n'ayant pas été retrouvée. La rumeur évoquait déjà l'apparition possible d'un tueur en série qui garderait le membre coupé en guise de trophée. Une enquête avait d'ailleurs été ouverte car un cas similaire avait déjà eu lieu un jour plus tôt. En effet, une esthéticienne d'un centre de remise en forme à Vichy avait également été retrouvé étranglée et une main coupée. Bien que les victimes ne semblassent posséder aucun lien, la manière de procéder était la même et cela ne pouvait être ignorer.

 Alors que la chaine affichait les photos des défunts, Luc était devenu plus que livide. Il avait reconnu la jeune fille qui lui avait prodigué ses derniers soins lors de sa cure et bien entendu le vétérinaire qu'il avait vu deux jours plus tôt. Il ne savait plus quoi penser. Le médecin était bien mort et il avait bien sa main. Mais le sans-abri lui avait parlé d'un animal qui l'aurait mis pièce. D'ailleurs, le sang sur le drap qui le recouvrait en témoignait. Et l'esthéticienne ? Là, en revanche, il n'était au courant de rien. Elle était bien vivante lorsqu'il avait quitté le centre. Et elle n'avait aucun rapport avec Cerbère. Il n'avait pas non plus sa main.

 Un bruit dans son dos le sortit de ses réflexions. Cela provenait des escaliers. Il se retourna mais ne vit que les marches et il n'entendait plus rien. Il reporta son attention sur la télévision. La présentatrice clôturait l'édition du matin en lançant la météo qui serait clémente pour toute la semaine. Il éteignit l'écran et monta à la salle de bain. Après une douche rapide, il entra dans sa chambre pour prendre ses affaires et quelle ne fut pas sa surprise quand il vit Cerbère confortablement installé dans son lit au milieu d'une tâche rouge sur les draps. Il mâchouillait une main de couleur noire, comme il l'aurait fait avec un vulgaire jouet en plastique.

 — Putain de merde ! s'écria Luc. Ce n'est pas possible, ça ne s'arrêtera donc jamais.

 La panique le gagna et sans réfléchir, il descendit les escaliers quatre à quatre et sortit de chez lui à toutes jambes, laissant la porte ouverte en grand. Il prit sa voiture et d'instinct, il se dirigea à grande vitesse vers la SPA. Cette main... Il en était certain, il l'avait reconnue et elle appartenait à la dame qu'il avait rencontré la veille. Il devait en avoir le cœur net. Le cauchemar était reparti de plus belle.

 Sur la route qui le conduisait au refuge, il lui semblait apercevoir le chien à chaque coin de rue, à chaque borne de la départementale. La folie était en train de le gagner petit à petit et il sombrait dans le désespoir. Comment arriverait-il à se débarrasser de ce fichu cabot. Mort, il était revenu à la vie. Attaché à un arbre dans une forêt à deux cents kilomètres, il était réapparu par enchantement. Oui par enchantement, car il n'était pas la maison et surtout pas dans la chambre, il aurait mis sa main à couper. Mais pourquoi avait-il penser à cette expression ?

 Arrivé aux abords de la SPA, il assista au même spectacle que la veille. Voiture de police et ambulance se battaient dans un duel de gyrophare. Il passa à vitesse réduite et regarda par sa vitre mais la foule était plus dense que chez le vétérinaire et il ne vit rien. Mais la simple présence des forces de l'ordre lui suffit pour le convaincre que cette malheureuse dame avait été tuée et qu'il lui manquait sans doute une main. Il fit demi-tour et repartit, à regret, chez lui. Il avait un deuxième trou à creuser et il fallait qu'il trouve le moyen de se débarrasser de ce chien du diable. Qu'il portait bien son nom.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: Cendres le 21 Novembre 2020 à 17:48:52
Pour cette partie je n'ai rien a dire de particulier.

Par contre, vu ce que tu as déjà tout écrit et que j'ai lu, ton histoire est un "face a face"(je ne sais pas si c'est le terme) entre ton héros et le chien.
 La vie du héros est basé sur ce chien. D'ailleurs c'est l'unique intrigue sans histoire secondaire.
Attention, je ne dis pas que c'est mal, c'est juste une constatation.

Sinon je pense que le chien est peut être une simple projection de son esprit et que c'est lui qui commet tous les crimes.
La suite de ton histoire me dira si j'ai raison ou tord.

Mes avis sur ton histoire prend les avec distance, je ne suis pas spécialiste.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: Earth son le 21 Novembre 2020 à 17:53:28
Bonjour John Lucas,

J'ai lu le début de ton histoire il y a quelques jours et je viens aujourd'hui en dire ce que je pense (j'avoue, du coup, je n'ai pas lu ton dernier post).

Alors, j'aime bien l'ambiance et l'idée est particulièrement originale.
Jusqu'à présent, il y a une seule chose qui me chiffonne, c'est la réaction de Luc face à la main coupée que Cerbère lui a apportée. Je la trouve bien trop aseptisée. S'il m'arrivait la même chose, c'est clair que je ne la rangerait pas tranquillement dans la poche de ma robe de chambre, c'est bien trop dégueu. Cette réaction ne me paraît pas du tout naturelle.

"Il se leva, enfila sa robe de chambre et déposa la main, avec précaution, dans sa poche. Un bon café bien fort l'aiderait à y voir plus clair. Il descendit à la cuisine. Derrière lui, Cerbère trottait la tête haute, fier de lui."

Pour le reste, ça me va bien.
Je reviendrai certainement pour la suite
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: John Lucas le 28 Novembre 2020 à 10:36:42
Merci pour vos retours.
Ce nouveau chapitre vous éclairera peut-être un peu plus :)
Pour le fait que ce soit un face à face sans intrigue secondaire, c'est juste qu'il s'agit d'une nouvelle et non d'un roman. Le principe est donc de se concentrer sur une seule histoire.

Révélations

 Tandis que Luc gara sa voiture devant chez lui, une dame, aux cheveux grisonnants et lunettes avec verres en cul-de-bouteille, se précipita à sa rencontre. C'était sa voisine de droite. Elle paraissait déboussolée et se tordait les mains en attendant que l'homme sortît de son véhicule.

 — Bonjour, Monsieur Bousquet, bafouilla-t-elle.

 — Bonjour, Madame Vérin. Que se passe-t-il ? Vous avez l'air toute chamboulée.

 — C'est que vous m'avez fichu la trouille. Vous êtes parti de chez vous comme un fou furieux en laissant votre porte ouverte. Ça ne vous ressemble pas. Je me suis permise de la fermer et de surveiller que personne n'entre. J'ai cru que quelque chose de grave était arrivé. Ce n'est pas le cas, dites ? Et s'il y avait eu un voleur ? Franchement, je vous pensais plus précautionneux.

 Une fois lancée, il était difficile de stopper cette commère du quartier, mais Luc, qui n'était pas d'humeur à palabrer des heures durant, la coupa net. Il savait qu'autrement, il aurait tout le mal du monde de s'en débarrasser.

 — Rassurez-vous, tout va bien. Je suis de retour, maintenant. Merci beaucoup pour votre bienveillance. Passez une bonne journée. Au revoir.

 Il rentra sans lui laisser le temps de réponde. Le calme régnait dans la maison et il ne trouva pas Cerbère au rez-de-chaussée. Il alla examiner l'étage et n'y décela aucune trace de l'animal, ni aucune tâche de sang sur les draps de son lit, ce qui au point où il en était, cela ne le choqua même pas.

 Lorsqu'il redescendit, il s'imagina que le chien avait dû partir, puis pensa que la voisine, qui avait guetté une éventuelle intrusion, aurait remarqué sa sortie et n'aurait pas manqué de l'en informer. D'autant plus qu'elle détestait les animaux.

 Luc pénétra dans son salon et eut la mauvaise surprise de retrouver la main dans une flaque de sang sur la table basse, à côté d'un gros couteau de boucher qu'il s'empressa de nettoyer et ranger. Il eût été étonnant qu'elle aussi disparaisse. Il décida alors d'aller l'enterrer dans le jardin avec celle du vétérinaire. Il réitéra ses actions de la veille pour creuser le sol. Un peu d'eau chaude, une pelle et beaucoup d'énergie.

 Quand il eût retiré suffisamment de terre, il découvrit avec une grande déception que l'acide versé n'avait servie à rien. Le membre était toujours intact. En revanche il n'avait plus de bandage. La présence d'une seconde main ajouta surprise et épouvante à ses émotions. Il l'attrapa tout tremblant pour l'examiner. Elle avait appartenu à une jeune fille. Il comprit tout de suite qu'il s'agissait de l'esthéticienne.

 À ce moment, des images lui revinrent en mémoire. Il se revit attendant non loin du centre de remise en forme que la praticienne sorte, puis la prendre en filature et l'entrainer dans une ruelle pour l'étrangler puis lui couper la main à l'aide d'un couteau hachoir présentant des caractères chinois. Il se souvint aussi de lui avoir dit :

 — Non, ma femme ne m'a pas quitté parce que je suis fou.

 Abasourdi par ces souvenirs et dans un élan d'incohérence totale, il saisit la main du vétérinaire, espérant avoir le même genre de flash. Bien lui en avait pris, puisqu'il se revit, là encore, les mains autour du cou du vétérinaire, hurlant :

 — Non, je ne suis pas fou. J'ai bien déposé un chien vivant sur la table d'examen.

 Il avait ensuite découpé le membre avec une scie médicale.

 Le cauchemar de Luc ne faisait qu'empirer. Il poussa la main noire du bout du pied dans le trou. Il n'avait pas besoin d'une vision supplémentaire pour comprendre qu'il perdait la tête. Il alla chercher du journal, du bois, de l'essence et des allumettes dans son garage puis entreprit de mettre le feu aux trois membres. L'odeur de chair brulée lui donna la nausée, si bien qu'il rentra chez lui, laissant les flammes se consumer.

 Lorsqu'il revint pour remettre la terre dans la cavité, il remarqua dans les cendres au fond un point brillant. Il n'arrivait pas à distinguer ce que c'était, il creusa donc encore. Une fois la chose découverte, il lâcha sa pelle et ses yeux s'ouvrèrent en grand. Son teint n'avait jamais été aussi pâle de sa vie. On eût dit un zombie. L'objet scintillant n'était autre que le médaillon de Cerbère. Après quelques minutes à rester figé sur place, il finit enfin de déblayer la terre qui recouvrait les ossements du chien. Mais que se passait-il ? Depuis le début, n'était-ce que des hallucinations ? Il n'avait pourtant jamais pris de drogue, même pas un petit joint. Son divorce l'aurait-il fait perdre la tête à ce point ? Tout se chamboulait dans sa tête. Non, pas lui. Il était incapable de tuer quelqu'un.

 Une pensée l'envahit alors. Et si le fait de toucher ses ossements lui procurait un autre de ses flashs. Après tout, à situation désespérée et incohérente, solution tout aussi désespérée et incohérente. Il avança lentement la main vers le crâne et l'effleura à peine tandis que les images jaillirent dans son esprit.

 Il se baladait à l'étang de la Corre, plongé dans des pensées noires. Il ne parvenait pas à surmonter le départ de son épouse. Il allait remonter dans sa voiture quand il tomba nez à nez avec un chien en triste état. Il l'avait alors ramassé et chargé sur sa banquette arrière afin de l'emmener chez le vétérinaire. Au passage, l'animal l'avait mordu à la main. Sur la route Cerbère, comme l'indiquait son collier, avait rendu son dernier soupir et Luc l'avait emporté chez lui puis enterré dans le jardin. Le lendemain, estimant avoir fait une bonne action, il décida de continuer sur sa lancée et de reprendre sa vie en main. Il commencerait par cette cure dont son ami lui a tant parlé.

 Ses esprits retrouvés ou en tout cas à peu près, il rentra chez lui et s'installa dans son fauteuil, les yeux dans le vide à contempler sa main bandée. Il resta ainsi prostré pendant plusieurs heures.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: Cendres le 28 Novembre 2020 à 18:12:20
Merci pour la suite de ton texte.

Donc le héros serait l'auteur de tous ses crimes ?
Mais s'il retire une main, c'est qu'il y a une raison(un symbole?).
Il s'est peut-être lancé dans une collection de main car trouvant qu'il n'en avait pas assez de deux ?^^

Le fait de concentrer l'histoire que sur lui, renvoi a un personnage solitaire s enfermant dans ses délires. Donc ce n'est pas une mauvaise idée.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: John Lucas le 05 Décembre 2020 à 10:28:56
Merci de continuer à me lire. Voici la suite.

Angoisses

 La lumière du jour faiblissait et le salon s'assombrissait quand des aboiements sortirent enfin Luc de sa torpeur. Il se leva, s'approcha d'une fenêtre et tira le rideau pour scruter l'extérieur à la recherche du chien qu'il venait d'entendre. Il fut soulagé de voir passer, tout penaud, un voisin qui promenait son fidèle compagnon, un adorable petit bichon maltais.

 — Rien à voir avec ce diable de Cerbère ! se surprend-il à dire tout haut.

 Luc allait quitter son poste d'observation mais un gyrophare attira son attention. Il reconnut très vite un véhicule de gendarmerie qui descendait sa rue en direction de sa maison. La panique le submergea et ses jambes devinrent molles et flageolantes. Il tira une chaise pour s'asseoir avant de défaillir et s'écrouler au sol. Ils venaient pour l'arrêter, il en était certain. Un témoin avait dû le surprendre pendant un de ses meurtres et le balancer aux flics. Ou un voisin avait trouvé son attitude suspecte et l'avait même peut-être vu enterrer les mains dans le jardin. Devait-il prendre la fuite ou méritait-il de croupir derrière les barreaux ? Sa réflexion fut de courte durée puisque le fourgon bleu marine passa devant chez lui sans s'arrêter.

 La peur l'avait vidé de toute énergie et ce fut non sans mal qu'il se traina jusqu'au canapé dans lequel il s'affala de tout son long. La fatigue cumulée au stress eut raison de lui et il s'endormit comme une masse sans même sans rendre compte.

 — Gratt-gratt... Gratt-gratt...

 — Ah non ! Ça ne va pas recommencer ! hurla Luc.

 Il bondit de son nid douillet et franchit d'un bond les deux mètres qui le séparait de sa porte d'entrée qu'il ouvrit d'un geste brusque. Bien entendu, il n'y avait rien, ni personne. Il sortit et examina les environs. Tout était anormalement désert. Pas une voiture en vue, pas de lumière dans les maisons, pas un bruit. En revanche, une légère brume avait commencé à tomber, ce qui lui donna l'impression d'être dans un jeu vidéo d'horreur comme Silent Hill. Pas très rassurant tout ça. Il respira un bon coup et se dit que c'était encore son imagination qui lui jouait un tour. Il avait bien assassiné des personnes sans s'en souvenir et imaginer un chien tueur qui lui ramenait la main de ses victimes...

 Il rentra et prit soin de verrouiller sa porte à double tour et de fermer tous les volets.

 — Toc, toc.

 On avait frappé à la porte reliant le couloir au garage. Luc fit mine de n'avoir rien entendu mais les coups se refirent entendre et cela de manière répétée, de plus en plus rapprochée et fort. Il hésita à appeler la police mais en faisant cela, ne se condamnait-il pas lui-même à la prison ? On ne fait pas venir les forces l'ordre là où on cache des parties de corps humain ayant appartenu à des personnes que l'on a tuées.

 L'homme prit alors son courage à deux mains et entrebâilla lentement la porte. Il faisait sombre et il ne distinguait rien. Il n'entendait rien, non plus. Il glissa sa main et actionna l'interrupteur. Il eut beau chercher, il ne vît que sa voiture et son établi. Était-il en train de devenir encore plus fou ? Après les visions, il entendait des bruits imaginaires...

 Une fois encore, il mit ces événements étranges sur le compte de la fatigue et retourna dans son fauteuil. Là, il remarqua la bouteille de whisky vide sur la table basse. Il n'avait pas souvenir d'avoir bu mais en même temps, s'il l'avait descendu en entier, cela était peut-être normal. Dans ce cas, ça pouvait aussi expliquer ses troubles auditifs. Les vapeurs d'alcool le faisaient délirer.

 Il s'empara du récipient pour aller le jeter et lorsqu'il se retourna, il se retrouva en tête-à-tête avec le vétérinaire, ou plutôt son cadavre, qui posa son moignon sur son épaule. Luc, surpris, lâcha la bouteille qui explosa au sol et dans un élan de rage repoussa le zombie aussi loin qu'il le put. Il constata alors la porte du garage ouverte et vit apparaitre dans l'embrasure la jeune esthéticienne ainsi que la veille dame de la SPA en état de décomposition. D'un coup, une odeur abominable lui donna la nausée.

 Les trois morts-vivants se rejoignirent et s'avancèrent d'un même pas lent vers Luc, paralysé par la terreur. Il voulait courir à la cuisine, attraper un couteau et leur planter dans la tête comme dans tout bon film de zombies qu'il affectionnait tant mais il ne parvenait pas à bouger. Résigné, il se dit qu'après tout, ce ne serait qu'un juste retour des choses et accepta son sort. Le médecin l'attrapa le premier et lui mordit le bras tandis que l'esthéticienne trébucha et s'accrocha à sa jambe qu'elle commença à dévorer. Le troisième zombie restait un peu en retrait. Luc aurait juré qu'elle le regardait dans les yeux en riant, ce qui lui glaça le sang. Sa vision commença à se troubler et à bout de force, il vacilla et tomba à la renverse.

 Luc se réveilla en sursaut. Il était trempé de sueur et tout tremblant. Tout ça n'était qu'un affreux cauchemar. Mais, depuis quand rêvait-il ? Les meurtres en faisaient-ils partis ? Oui, voilà, c'est ça. Il s'est endormi dans le canapé en rentrant de Vichy. Il était encore en extase de sa semaine de cure et s'était laissé séduire par Morphée, puis avait cauchemardé.

 Il alluma la télévision et regarda sa série humoristique britannique préférée. Au bout de quelques minutes, il se rendit compte qu'il avait déjà vu cet épisode. Cela au moins ne faisait pas parti du cauchemar. Il avait bien regardé cette saison la veille. Mais donc, tout ce qu'il s'était passé avant ne peut pas être un mauvais rêve. Décidément, aucune explication rationnelle ne lui venait et il devait se rendre à l'évidence : il avait assassiné trois personnes avant de leur couper une main.

 Dépité, il sorti une autre bouteille d'alcool de son bar, qu'il vida si vite qu'il plongea dans un sommeil profond et sans rêve, ni cauchemar.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: Cendres le 06 Décembre 2020 à 08:30:10
Merci pour la suite de ton texte.
Je n'ai pas grand chose à dire dessus, hormis ceci :

"(...)un voisin qui promenait son fidèle compagnon, un adorable petit bichon maltais."
On reconnaît les aboiements d'un petit chien à celui d'un grand chien. C'est étonnant qu'il peut se tromper. Tu aurais dû choisir un labrador ou un bobtail pour une question de taille.

"(...)Le médecin l'attrapa le premier et lui mordit le bras tandis que l'esthéticienne trébucha et s'accrocha à sa jambe qu'elle commença à dévorer(...)
Ton personnage n'a pas mal, ne souffre pas ? La chose qui le gêne est le regard de l'autre mort.

Sinon ton personnage dés qu'il a un problème boit. C'est un alcoolique, car il veut oublier ses problèmes en étant bourré.

Une remarque, personnelle, qui n'engage que mon avis. Je trouve que l'histoire n'avance plus beaucoup. Ce sont les pensées du héros et la description d'un rêve.

C'est un avis juste de lectrice qui ne remet pas en question la qualité de ton texte et de ton histoire.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: John Lucas le 12 Décembre 2020 à 23:13:27
Hello, merci pour tes retours, comme d'habitude.
Pour le bichon, il ne fait plus trop la différence vu la situation.
Ensuite, il n'a pas mal car il s'agit d'un rêve.
Et oui il devient alcoolique :D
Je garde tous tes retours de côté pour la réécriture, il n'est pas impossible que je modifie certaines choses en fonction.
Voici la suite.

Jamais deux sans trois

 Le réveil fut douloureux pour Luc. Sa tête lui donnait l'impression qu’elle était sur le point d'exploser et son foie lui faisait regretter sa stupidité de la veille. Il se leva tant bien que mal, encore embrumé et la vision un peu floue. Il alla chercher une bouteille d'eau gazeuse dans son réfrigérateur et s'empressa de boire au goulot, sans oublier d'avaler deux aspirines. Il resta figé sur place une dizaine de minutes, regardant par la fenêtre dont le volet était resté ouvert, le temps de retrouver un peu ses esprits et que le voile devant ses yeux se dissipe. Dehors, il neigeait et faisait encore sombre. Il regarda son horloge, il n’était que cinq heures vingt du matin. Il entendit alors le présentateur à la télévision qu'il avait oubliée d'éteindre avant de sombrer. Il rapportait que le « collectionneur de mains » avait fait une nouvelle victime. L'affaire prenait une telle ampleur qu'ils en parlaient même dans l'édition de la nuit...

 Lorsqu'il voulut regagner son fauteuil pour suivre avec attention le reportage, il remarqua au sol une petite flaque de sang dont partait un chemin parsemé de petites tâches rouge, qui le mena à la table de salon, sur laquelle reposait une main et un gros couteau de boucher, juste à côté. Il n'y fit d'abord pas attention, concentré sur l'écran du salon et cela étant devenu assez banal pour finir. Il vit à l'image la SPA de Montluçon et le portrait de la vieille dame noire qu'il avait rencontrée deux jours plus tôt. Il ne put retenir un rire nerveux, rempli d'un mélange de dépit et de dégoût.

 Le journaliste annonça la suite des informations et Luc reporta son attention sur la table basse.

 — Qui ais-je encore tué ? lança-t-il abattu, sur un ton ironique.

 Ses yeux s'agrandirent, son teint devint plus blême et un frisson lui parcourut l'échine quand il reconnut l'alliance qui entourait l'annulaire. Il s'agissait de la sienne... Il se leva d'un bon et d'un geste vif, leva son bras gauche au niveau de son visage et à la vue de son moignon en sang, il perdit connaissance et s'écroula sur le sol.

 L'homme reprit connaissance quelques instants plus tard et examina à nouveau sa blessure après s'être rassis dans son fauteuil. Il ne comprit pas pourquoi cela ne lui faisait pas mal. Certes il s'était fait un garrot pour arrêter le saignement et avait semble-t-il cautériser la plaie – il ne savait d'ailleurs pas comment – dont la chair autour présentait des signes évidents de brûlures, mais il devrait tout de même souffrir. Il remarqua alors sur la table des comprimés de morphines destinés aux animaux, « grands gabarits » selon la boite et il en avait visiblement pris pas mal. En revanche, la main, sa main, avait disparu.

 — Allez, qu'est-ce qui va encore se passer ? Cerbère va débarquer avec ma paluche dans la gueule. Je me suis auto-mutilé ? Sérieux ?

 Luc était désemparé et la folie le gagnait de plus en plus. Il se leva, sa tête lui tourna, il avait dû perdre un peu trop de sang, mais pourquoi n'avait-il pas eu ces vertiges avant ? Plus rien n'avait de sens, tous ce qu'il voulait maintenant c'était...

 — Et voilà ! Qu'est-ce que je disais ?! Regardez qui arrive là du garage me rapportant fièrement ma main comme s'il s'agissait d'une putain de balle que je lui avais lancée.

 L'homme s'était mis à hurler dans sa maison. Il avait définitivement basculé dans l'aliénation la plus totale.

 — Il est gentil le petit toutou à son papa ! Oh, merci ! Tu veux un su-sucre ? Quoique j'ai l'impression que tu préfères les os, et humains si possible !

 Il prit le membre et le jeta avec rage à l'autre bout de la pièce. Il s'écrasa contre le mur et laissa une tâche vermillon. Pendant que le chien courrait après le projectile, l'homme attrapa son blouson et sortit de la maison qu'il ferma à clés. Il monta ensuite dans sa voiture et partit en trombe sans aucune destination particulière en tête. Son but était juste de mettre le plus de distance possible entre lui et ce foutu cauchemar qu'était devenu sa vie ici à Hyds. Mais que s'était-il passé pour que tout parte en cacahuètes comme ça ?

 Luc avait parcouru des dizaines, peut-être même des centaines de kilomètres aussi vite qu'il le pouvait. Un panneau sur la route attira alors son attention. Celui-ci indiquait l'étang de la Corre à huit cents mètres. Il pilla net, si bien que sa tête vint heurter son volant. Il aurait sans aucun doute une belle bosse. Il descendit à la hâte de son véhicule et inspecta les lieux. Pas de doute, il était bien prêt de son spot de pêche préféré.

 — Quoi ?! Tu veux dire que je tourne en rond depuis tout à l'heure ? s'énerva-t-il comme un dément.

 Il reprit la route à toute allure et cette fois il entreprit de brancher son GPS. Lorsqu'il releva la tête, un chien se tenait en plein milieu de la route. Dans un réflexe, il mit un coup de volant et la voiture se mit à déraper sur la neige puis vint heurter le rail de sécurité. À cette vitesse, le choc fut tel que le véhicule partit en tonneaux dans le bas-côté et le passager perdit à nouveau connaissance.

 Quand il revint à lui, le première chose à laquelle il pensa fut qu'il aurait mieux fait de lui rouler dessus puisque de toute façon ce n'était que le fruit de son imagination et de sa folie. Au lieu de ça il avait mis sa vie en danger. Il n'arrivait pas à se libérer de son siège et sentait ses forces l'abandonner. Il n'avait plus de sensations dans les jambes et du sang lui brouillait la vue.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: Cendres le 13 Décembre 2020 à 08:30:02
Merci pour la suite de ton texte.
Il se lit facilement.

Sinon voila ce qui me semble ne pas fonctionner :

Avoir un membre de coupé fait mal , et le héros n'a pas trop l'air de souffrir (Il a peut être prit de la morphine) et en plus il a dut cautériser pour éviter l'hémorragie.

Je suppose qu'il est droitier, mais avec une seule main on est handicapé. Déjà conduire sa voiture, j'espère que les vitesses sont au volant , sinon ce n'est pas pratique (faire ses lacets, s'habiller,....) :P

Je relevé ce qui ne va pas, et non ce qui va. Cela ne veut pas dire que ton texte est mauvais, juste que de moi point de vue, cela est inexacte.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: Earth son le 15 Décembre 2020 à 07:32:09
Bonjour John,

Je plussoie la remarque de Cendres : le type a une main en moins et il ne s’en rend pas compte ? C’est quand même difficile à croire.
A part ça, l’écriture est toujours fluide et agréable à lire. Je n’ai pas, a priori, relevé de fautes.

A plus pour la suite
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: Code 44 le 15 Décembre 2020 à 18:02:03
Bonjour bonjour.

Je viens de tout lire d'un bloc donc je te confirme par ailleurs que ton style est fluide et glisse bien. Je suis assez peu client du fantastique que je trouve toujours trop "facile" pour résoudre des intrigues, mais ça se laisse lire sans trop de soucis. Je soutiens quelque peu la remarque sur le fait que tout est très cynocentré, ce qui est d'une part logique puisque c'est l'élément fantastique & le titre de la nouvelle; mais c'est vrai qu'hormis subir les actes bizarres de Cerbère (ou bien les commettre lui même qui sait ? ;) ) Luc est un peu passif.

Y a un côté "bon ce chien tue des gens et me rapporte leurs mains, je me demande ce qu'il y a à la radio ce soir". Du coup, il fait un peu mou, et plus personnage fonction que véritable personnage, on pourrait s'attendre par exemple qu'il s'ouvre sur cette histoire de chien bizarre, du moins avant les premiers meurtres, à son ex-femme, surtout s'il a la garde de leur enfant une semaine sur deux, y a un moment où le gamin et le chien vont se croiser. Tu as sans doute prévu le coup, mais c'est curieux que le personnage ne prépare pas le terrain je dirais.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - En cours
Posté par: John Lucas le 19 Décembre 2020 à 12:12:59
Merci pour vos retours. Je les note et j'en tiendrai compte lors de la réécriture.
C'est vrai qu'il subit pas mal et que c'est très centré sur le chien et lui. Pour la main qui ne le fait pas souffrir j'ai essayé de justifier avec la morphine pour cheval^^ Je vais sûrement revoir ça.
En attendant, voici le dernier chapitre :)

Encore ?

 Luc ne savait pas depuis combien de temps il était coincé derrière le volant de sa voiture retournée. Il repensait à ces derniers jours cauchemardesques, à sa rupture, à son fils qui lui manquait. Il se demandait comment il avait pu en arriver là. Il était un homme tout à fait normal et d'un seul coup, le voilà devenu un tueur en série avec une signature bien particulière. Une lumière surgit dans l'obscurité et une silhouette se dessina dans le halo. Elle vint vers lui à toutes jambes et lui tapota l'épaule d'une main tatouée, à travers la vitre brisée. La lueur vive qui lui brûlait l'iris, si bien qu'il avait la plus grande peine à maintenir ses yeux ouverts, provenait de la voiture de l'individu qui se portait à son secours.

 — Monsieur, vous m'entendez ?

 Lorsqu'il ouvrit la bouche pour répondre, Luc ne parvint pas à émettre quelque son. Au lieu de ça, il cracha un mélange de glaire et de sang sur le tableau de bord. Il vit l'homme avoir un haut-le-coeur et l'entendit ensuite appeler les urgences. Il leur dit de se dépêcher, que ça avait l'air très grave. Sa voix tremblante trahissait sa nervosité.

 — Ne vous inquiétez pas, monsieur, le SAMU arrive, essaya-t-il de rassurer l'accidenté. Ça va aller. N'essayer surtout pas de bouger. Vous ne feriez qu'aggraver vos blessures.

 — Si seulement je pouvais, ducon, pensa Luc.

 Il lui sembla attendre une éternité avant d'entendre la sirène de l'ambulance résonner douloureusement de plus en plus fort dans sa tête. Les médecins se pressèrent autour du véhicule et commencèrent à le questionner, sans succès. Il était trop faible pour parler. Sur ces entrefaites, les pompiers arrivèrent et s’affairèrent à désincarcérer Luc de sa voiture pendant que les premiers soins lui étaient portés tant bien que mal.

 Une fois libéré de la carcasse et posé sur une civière, les docteurs purent poser une perfusion, une minerve et des attelles. Le ton de leur voix lorsqu'ils échangeait ne se voulait pas rassurant. Ils le branchèrent à des machines qui affichaient beaucoup trop de chiffres en rouge. Son rythme cardiaque et sa tension étaient descendus très bas. Une femme vint lui poser un masque pour l'aider à respirer. Les médecins discutaient également de l'absence de main. Ils s'étonnèrent de la cautérisation et de la cicatrisation qui avait déjà débuté.

 Les pompiers le transférèrent et le sanglèrent dans une coque rigide. Luc se sentait de plus en plus partir. Ils avaient dû lui faire une anesthésie. Quatre personnes le soulevèrent pour le transporter dans le camion du SAMU. À cet instant, il vit l'homme qui avait appelé les secours, accroupi près du corps d'un chien qu'il reconnut tout de suite : Cerbère. Celui-ci était dans le même état que la première fois qu'il l'avait vu : la gueule à moitié arrachée, une patte en moins et le flan enfoncé. Le tatoué enveloppa l'animal dans une couverture et le chargea dans son coffre. Un ambulancier vint à sa rencontre mais Luc n'entendit pas ce qu'ils se dirent. Pour finir, l'homme mit en route son véhicule et s'éloigna, emportant son pire cauchemar avec lui.

 — Ne fait surtout pas ça malheureux, ce chien est le diable en personne ! Jamais un animal avait si bien porté son nom essaya-t-il de dire.

 Les médecins remarquèrent juste qu'il s'agitait et n’entendirent que des gargouillis. Les machines s'emballèrent et se mirent à biper. Les sons aigus ne parvenaient plus aux oreilles de Luc.

 — Taux de saturation en baisse et plus aucune fréquence cardiaque, dit le plus âgé. On est en train de le perdre. Préparez-moi le défibrillateur et injectez-lui un milligramme d'adrénaline.

 Le chirurgien en chef de l'équipe fit tout ce qui était en son pouvoir pour le réanimer mais Luc avait sombré à jamais et sa mort fut déclarée en arrivant à l'hôpital.


 Quelques jours plus tard, une autopsie était demandée par la police. L'absence de sa main gauche faisait de Luc une potentielle quatrième victime du tueur-collectionneur. La réglementation imposait une enquête. Le légiste procéda à un diagnostic complet et s'attarda sur la morsure pas très jolie sur la main droite de son patient. Elle datait selon lui de plusieurs semaines au vu de la reconstruction de la peau autour, mais elle présentait une cicatrisation partielle et suppurait encore à certains endroits. Il préleva un morceau d'épiderme ainsi que du liquide qui suintait de la plaie refermée et du sang. Il analysa le tout au microscope et à sa grande surprise, il observa des traces d'un virus très proche de la rage humaine mais présentant plus de similarité avec celle de l'animal, ce qui est en théorie impossible chez l'homme.

 Il organisa une rencontre avec quelques-uns de ses confrères pour en débattre et l'un d'entre eux leur raconta qu'il avait déjà observé un cas similaire au sein d'un peuple aborigène d'Amérique du Sud. Le contaminé avait été pris d'une folie meurtrière et avait assassiné une dizaine de personnes à qui il avait coupé les oreilles. Les autorités avaient alors étouffé l'affaire. L'indigène s'était ensuite suicidé en se jetant du haut d'une falaise et présentait une horrible morsure. L'autopsie avait conclu à un cas de rage.

 Le légiste remit son rapport à la police qui se rendit alors au domicile de Luc où ils découvrirent le couteau de boucher et la main dans une flaque de sang sur la table. Ils trouvèrent ensuite les autres membres dans le jardin grâce au flair de leurs chiens – belle ironie du sort — et purent éclaircir l'affaire sur les meurtres récents.


 L'enquête bouclée, le corps de Luc put enfin être inhumé en la seule présence des employés des pompes funèbres. Personne n'avait fait le déplacement pour assister aux funérailles. Pas de femme. Pas d'enfant. Pas d'ami. Pas de collègue. Personne. L'enterrement était à l'image des derniers jours de sa vie : triste et solitaire.

 Lorsque les croque-morts eurent fini leur travail et qu'ils quittèrent les lieux, un visiteur un peu particulier s'approcha. Il s'assit devant la stèle comme pour se recueillir et déposa un présent sur le sol. Il se releva et s'éloigna à petits pas. Il s'arrêta et jeta un dernier regard à la main tatouée qu'il venait de laissée sur la tombe de son maître et la tête levée vers le ciel, il émit un cri de tristesse.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - Terminé
Posté par: Earth son le 19 Décembre 2020 à 12:35:53
Chouette fin.
J’aime beaucoup.
Sinon, juste un truc en passant : on dit des « croque-morts »
Merci pour cette histoire
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - Terminé
Posté par: Cendres le 19 Décembre 2020 à 17:10:19
Tu nous révèles le secret de cette histoire.

Le chien existait vraiment, mais l'histoire ne dit pas pourquoi lui aussi avait la passion pour collectionner les mains ;)
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - Terminé
Posté par: John Lucas le 19 Décembre 2020 à 20:32:19
Merci pour les retours :)

Le chien existe oui et non, c'est une entité fantastique on va dire^^
Pour la collection de main, je n'ai pas vraiment trouver d'explication du coup j'ai laissé place à l'imagination  ;D
Je pallierai surement à ce manque pendant la réécriture.
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - Terminé
Posté par: Code 44 le 20 Décembre 2020 à 23:24:10
Ah le moment où je rentre dedans c'était la fin en fait.  :D Je suis du coup un peu dubitatif, je trouve cette chute brusque et peu claire (mais je retombe là dans mes réserves habituelles sur le fantastique).

Deux remarques en passant :

Citer
N'essayer surtout pas de bouger.

C'est "n'essayez", pas l'infinitif.

Et aussi :

Citer
Ne fait surtout pas ça malheureux, ce chien est le diable en personne ! Jamais un animal avait si bien porté son nom

Je trouve ça assez ampoulé comme choix de vocabulaire, surtout pour un personnage qui vient de vivre une mutilation et un accident de voiture
Titre: Re : Cerbère : mordre la main qui nourrit - Terminé
Posté par: John Lucas le 24 Décembre 2020 à 11:45:31
Merci, je prend en note tes remarques.