Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Murex le 09 Septembre 2020 à 10:48:52

Titre: Les valises
Posté par: Murex le 09 Septembre 2020 à 10:48:52

     Valise que l’on attend avec une pointe d’angoisse devant le tapis roulant d’un aéroport, guettant la bouche noire qui tout au bout décide, souveraine, indifférente. Est-ce la nôtre qu’elle recrache ? Elle lui ressemble, elle à sa taille et sa couleur, et puis non, on devra attendre. Plus le temps passe et plus augmente l’inquiétude, mais ça y est, elle est là, on la reconnait à un détail, à sa poignée par exemple, ou à une babiole qu’on y a accrochée. Soulagé, on la serre dans ses bras, on l’embrasserait presque. Quant aux valises des autres, qu’elles arrivent ou non, c’est le dernier de nos soucis.

     Valise où l’on s’assoit dans les couloirs bondés d’un train de nuit. Et voilà qu’un inconnu passe et vous réveille à l’instant même où vous découvriez la mer au bout d’un promontoire après avoir longtemps marché, à l’instant même où une jeune fille ôtait son peignoir et se glissait dans la chaleur de vos draps, à l’instant même où redevenu un tout petit garçon vous voliez dans le ciel sur un cheval de bois… Le rêve est perdu, vous vous levez, vous avez mal aux fesses, des courbatures au dos, vous avez mal partout, et il est seulement trois heures du matin !

     Valises en partance pour les Maldives ou pour Bora-Bora mais auxquelles reste attaché inexplicablement, malgré le bonheur attendu, on ne sait quel relent de tristesse.

     Valises diplomatiques, d’une honnêteté douteuse. Valises mafieuses bourrées de liasses de billets de banque… ou de papier journal si l’on s’est fait floué !

     Valises reléguées au grenier, où l’on retrouve sous de vieilles étoffes, un cahier de poèmes. On en relit des passages, amusé, attendri, on rougirait presque de leur naïveté, mais enfin c’était nous, on y a mis notre cœur, nos peines, nos attentes. On était donc poète quand on avait dix ans ! Comme la vie nous l’a fait oublier!

     Valise abandonnée au-dessus d’une armoire parce que l’on est trop vieux et qu’on n’a plus envie.
 
     Valises où l’on traîne sa misère, derrière soi, comme un chien triste. Valises des pauvres, des clochards, que ferme une ficelle. Valises capitonnées comme de petits cercueils.
Titre: Re : Les valises
Posté par: RatataDeSasha le 09 Septembre 2020 à 18:39:33
J'adore le côté misérable du poème, surtout la fin qui est le meilleur. Vraiment pas mal !  :meeting:
Titre: Re : Les valises
Posté par: Claudius le 11 Septembre 2020 à 18:39:25

Modération :

Ce texte a été déplacé de poésie à texte court.

Il n'est pas acceptable de jouer des deux sections pour transgresser la règle de deux textes par semaine.