Bulots mayonnaise
Pirou sème son nom entre pont, église et plage comme on sème les maisons et les hotels au jeu de Monopoly. Eclatés de pierre et de béton disparates.
Les bulots règnent à Pirou. Je n’en mange jamais. Dans la catégorie fruits de mer je ne mange jamais autre chose que les huîtres. Je n’aime pas les manger seul. Je veux manger des huîtres avec la femme que j’aime sinon elle n’ont pas la même saveur parce que la saveur des huîtres est toute entière contenue dans la conversation que j’entretiens avec celle que j’aime. Celle que j’aime s’appelle Garance et n’en mange jamais ; elle préfère la saveur des bulots et de la mayonnaise qui chez Brautigan est un peu comme la vie naissant d’une émulsion toujours improbable.
Le nom de Garance est graphé quelque part sur un mur ailleurs qu’à Pirou. Un village de l’Ourcq où nous avons vu un jour dans une venelle « Garance je t’aime » mais cette Garance était une inconnue et celui qui avait griffonné ce message définitif était lui aussi un inconnu.
A Pirou, j’ai vu un liseron blanc posé sur le sable de la plage que découvrait largement la marée. La piscine de mer était encore couverte par les flots. Je suis allé m’asseoir près du liseron blanc qui recueillait avec sérieux les conversations muettes de cailloux aux formes évocatrices.
Puis le liseron a ôté sa corolle blanche et j’ai vu alors que c’était une femme et non un liseron. Je n’ai pas été si surpris que ça de cette transformation soudaine. La mer a des vertus anciennes qui métamorphosent les liserons des sables en ondines ; du moins je le crois. Rien ne nous prépare à cela car hélas, nous sommes peu clairvoyants des choses qui arrivent autour de nous.
Salut Augustin,
Je suis comme Garance, je préfère aux huîtres les bulots avec de la mayonnaise ! Au Tréport, à Binic, à Perros-Guirrec, je peux m'en croquer 500 grammes quasi en apnée ! :)
Nonobstant, pour quelqu'un qui se vante presque de ne pas savoir écrire et de proposer des textes qui ne valent pas grand chose, j'aimerais te complimenter pour ton délit de post, comme j'ai trouvé tes gastéropodes marins fort comestibles, lesquels m'ont rappelés ces plaisirs minuscules narrés par Philippe Delerm dans son ouvrage "La première gorgée de bière", où il évoque tour à tour, sous forme de petites séquences, la satisfaction immense qu'il tire tantôt de petits gestes insignifiants, tantôt d'une bienheureuse absence de gestes. Toutes les saisons sont évoquées dans ce petit ouvrage délicieux qui s'apparente presque à un manuel du bonheur à l'usage des gens trop pressés.
On dit que la vie n'est pas simple et que le bonheur est rare. En cela, j'ai apprécié tes bulots, même si tu leur préfère les huîtres.
Pour ce texte, je te mettrais donc "huître et demi sur dix" ! :)
Je te dis à plus tard pour un texte tout aussi goûteux et je l'espère un rien plus consistant de type choucroute au champagne ou petit salé aux lentilles, saucisses et lardons fumés.
Bien à toi !