-
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Paris. En ce 17 novembre, Jimmy court dans la rue Vaugirard en essayant d’éviter les gouttières débordantes et les flaques d’eau allègrement projetées sur le trottoir par le passage des voitures. Il soupire de soulagement en tournant dans sa rue, applique son badge sur l’interphone de l’immeuble et se retrouve tout dégoulinant dans le hall, tout près des boîtes aux lettres.
– Damn it ! This fucking rain will never end !
– Ah… Monsieur Johnson… Je me doutais bien que vous alliez bientôt rentrer. Les cours sont finis à cette heure-ci.
Jimmy se retourne prestement et se retrouve face à son voisin d’immeuble. Balai et serpillière à la main, le vieil homme éponge le passage humide des résidents.
– Oh. Bonjour, monsieur Legrand. Quel temps n’est-ce pas ?
Malgré dix années passées en France, l’accent britannique de Jimmy est encore très prononcé et il ne fait rien pour le perdre : il est si utile pour continuer à être crédible face à ses élèves. D’ailleurs il retourne régulièrement dans sa patrie d’origine pour se remettre à jour sur ce point.
– Ah, ça oui, il y a bien longtemps qu’on n’a pas eu un temps pareil. Réchauffement climatique qu’ils disent… Mais ça doit vous rappeler l’Angleterre, non ?
Jimmy ôte son chapeau et son imperméable en tentant de limiter les dégâts sur le tapis déjà bien imbibé.
– Monsieur Legrand. Je vous rappelle que je suis écossais et même irlandais par ma mère.
Le vieil homme hausse les épaules.
– Anglais, Ecossais, Irlandais… C’est bien tout pareil pour moi. Vous causez anglais quoi.
Jimmy secoue la tête. Mélanger Ecossais et Anglais est déjà un blasphème mais les Anglais et les Irlandais…
– Quand vous êtes arrivés en 44, on ne faisait pas la différence. Vous étiez tous des angliches. Ca me rappelle d’ailleurs que…
Jimmy laisse son voisin déblatérer sur la guerre. Lui ne l’a pas connue, bien évidemment. Du haut de ses trente-sept ans, tout cela est bien loin de lui. Bien sûr, son père lui a raconté son après-guerre de petit garçon mais rien à voir avec les souvenirs vivaces ou plus certainement romancés ou enjolivés du vieil homme. Jimmy regarde sa montre. Déjà dix-huit heures trente-cinq. Il ne sait pas trop comment mettre fin à la conversation poliment.
– Et votre télé, monsieur Legrand ?
L’homme se redresse en grimaçant un peu.
– Oh… Elle marche très bien. J’ai remercié votre ami à l’instant justement.
Jimmy écarquille les yeux.
– Antoine est rentré ?
– Oui. Il y a un petit quart d’heure je crois. Il n’était pas très causant. Ça m’a étonné d’ailleurs. Lui qui…
– Merci, monsieur Legrand. Bonne soirée.
Jimmy passe devant son voisin et monte quatre à quatre les marches de l’escalier grinçant en bois verni jusqu’au deuxième étage.
La porte est en effet déverrouillée. Il pénètre dans l’appartement, enlève aussitôt ses chaussures et également ses chaussettes humides tout en appelant son compagnon.
– Antoine ? Tu es là ?
– Dans la cuisine.
Il dépose en vrac ses affaires mouillées dans la baignoire et rejoint le jeune homme.
Antoine est assis à la petite table de la cuisine et son air est sombre, bien différent de celui que Jimmy lui connaît. Il s’approche de lui et lui dépose un baiser sur la joue. Antoine tressaille.
– Il y a un problème ? Tu rentres bien tôt.
– Je n’ai pas travaillé cet après-midi.
– Ah bon ? Tu ne me l’avais pas dit. J’aurais travaillé ici si j’avais su.
Jimmy se dirige vers la cafetière, se sert un plein mug et le pose dans le micro-onde.
– Je n’étais pas là.
La tasse fumante entre les mains, Jimmy prend place face à son compagnon et baisse la tête pour essayer de capter son regard.
– Are you alright ? You look so sad.
Antoine tourne la tête vers la fenêtre, regarde la pluie battante s’abattre sur les carreaux, et soupire.
– Je ne sais pas comment t’annoncer ça.
Jimmy fronce les sourcils.
– M’annoncer ?
Jimmy blêmit.
– Non ! Pourquoi veux-tu me quitter ? On est heureux, non ? Huit ans ! Ce n'est rien pour toi ?
Antoine écarquille les yeux et ouvre la bouche sans pouvoir prononcer un mot.
– J'ai bien vu que ça n'allait pas fort. Je pensais que c'était ton boulot. Ce concert, la fatigue, mais vraiment... Non ! Tu ne peux pas...
Antoine pose un doigt sur la bouche de son compagnon.
– Arrête. Tu te trompes totalement. Je n'ai pas du tout l'intention de te quitter.
Jimmy soupire de soulagement.
– Oh. Je suis désolé. Je... J'ai cru que...
Antoine secoue la tête.
– Tu as si peu confiance en moi ?
– Non, mais, tu es si beau et jeune... Je... Je...
Il lève son bras d'un geste théâtral.
– So. Forget il. Vas-y. Qu'est-ce-que tu voulais me dire ?
Antoine se tord la bouche, respire profondément plusieurs fois puis pose ses mains bien à plat sur la table avant de les remettre à l'abri entre ses cuisses puis de les ressortir une nouvelle fois. Jimmy regarde le manège d'Antoine d'un air inquiet.
Antoine se lance alors d'un coup.
– Je vais devoir arrêter mon traitement.
La mâchoire de Jimmy s'affaisse. Il la referme, recule, puis se met à bafouiller.
– What ? How ? Je ne comprends pas. Il marche bien. Tu en es content. Non ?
– Oui. Mais il y a… des conséquences, dirons-nous.
– Des conséquences ? What consequences ? I don’t understand.
Le jeune homme fait de nouveau face à Jimmy et plante son regard bleu azur dans celui, brun, de son compagnon.
– J’ai un cancer.
– What ?
– Un cancer des testicules.
Il a un petit sourire en coin.
– Ce serait presque amusant si ce n’était pas grave.
– Crivvens ! Mais ce n’est pas possible !
Jimmy attrape sa main fine et blanche.
– Mes parents voulaient que je sois plutôt une fille. Ils avaient peut-être raison finalement.
– No, no ! Tu as toujours été un homme dans ta tête. Ce n’est pas une erreur.
Antoine secoue la tête et lui présente alors un sourire triste.
– Camille va être de retour.
– No !
Jimmy se lève violemment, fait les cent pas dans la petite cuisine. Antoine le regarde faire sans intervenir. Il sait qu’il réfléchit à toute allure. Jimmy pointe soudain un doigt rageur dans la direction du jeune homme.
– I’ll never give up !
Et il sort précipitamment de l’appartement.
Antoine reste abasourdi puis se lève, hésite à courir après lui et décide finalement de se réfugier dans la salle de bains : la pièce où il se sent en sécurité. Il ne sait pas pourquoi parce que la présence de tous ces miroirs devrait plutôt le mettre mal à l’aise, surtout qu’il a toujours eu un souci avec son corps. Une réminiscence de son enfance peut-être… Les temps joyeux passés dans la baignoire à faire le fou avec son petit frère y sont sûrement pour beaucoup. Son frère qui l’a toujours accepté comme il est et qui continue à être d’un soutien sans faille.
Il allume le robinet, se recroqueville entre la baignoire et le lavabo et attend les yeux fermés en écoutant l’eau couler. Le menton posé sur ses genoux, il se dit qu’il a mal présenté la chose, qu’il a peut-être été trop direct. Il ne veut pas que Camille revienne. Mais a-t-il le choix ?
Il ne comprend toutefois pas la réaction de Jimmy. Est-il en colère contre lui ?
Un bruit dans l’escalier le ramène à la réalité. Jimmy est de retour.
Antoine examine rapidement son visage dans le miroir, remet un peu d’ordre dans sa coiffure en pétard indiscipliné-discipliné comme il aime à le dire pour taquiner son homme puis retourne s’asseoir dans la cuisine. Il hésite quelques instants puis décide de boire le café encore tiède abandonné.
La porte claque. Antoine se redresse, inquiet.
C’est un Jimmy dégoulinant de la tête aux pieds qui vient vers lui. Les cheveux trempés, la chemise et le pantalon collés sur son corps athlétique, il goutte sur le sol de la cuisine. Antoine regarde avec inquiétude les pieds nus de son compagnon et la tache rouge qui s’étale sous son gros orteil droit alors qu’il s’arrête face à lui.
– Tu es blessé.
Jimmy baisse les yeux.
– Oui, j’ai attaqué une pauvre poubelle et je me suis coupé le pied mais ce n’est pas grave.
Sous le regard affolé d’Antoine, Jimmy s’agenouille et lui prend la main.
– Mais qu’est-ce-que tu fais ?
– J'ai réfléchi.
– Et ?
Jimmy semble chercher ses mots. Antoine sent son cœur battre la chamade. Il ne va quand même pas faire sa demande dans des conditions aussi pourries ? Il ne l’acceptera pas. Il est malade, oui, mais pas mourant ni désespéré.
– Je serai toujours avec toi. Always. Dans la pauvreté comme dans la richesse. Dans la santé comme dans la maladie. Tu le sais. You know that ?
Antoine le regarde de travers et hoche doucement la tête.
– Et ?
– Et je t’aime. Que tu sois Antoine ou Camille, je t’aime. Rien de plus.
Antoine soupire de soulagement puis sourit en passant sa main dans la tignasse mouillée de Jimmy.
– Tu as toujours été là. Je n’ai aucun doute là-dessus. Tu l’étais quand j’étais un pauvre junkie paumé, tu l’étais quand je ne savais pas qui j’étais, tu l’étais quand j’ai commencé ma transition. Je suis triste de redevenir plus hermaphrodite qu’homme mais je vais me battre, je te le promets
-
bonjour Earth son,
Je viens de lire ton texte. J'ai bien aimé. Il est fluide et agréable à lire mais je pense qu'il mériterait un autre titre..
Par ailleurs, je ne suis pas sûre que le verbe "dégringoler" soit approprié pour décrire la mâchoire, dans cette phrase:
"La mâchoire de Jimmy dégringole de plusieurs centimètres"
et il me semble qu'il y a un "ed" à "happen", dans "What happen", (what's happened ou what happened"?)
Aussi, il y a peut être un léger problème de formulation dans cette phrase ou de temps (devrait), j'ai eu un peu de mal à associer les idées...
"la pièce où il se sent en sécurité. Il ne sait pas pourquoi parce que la présence de tous ces miroirs devrait plutôt le mettre mal à l’aise, surtout qu’il a toujours eu un souci avec la nudité".
Concernant la chute, c'est bien amené, je trouve. Je pensais que Camille était une ex petite amie...
Voilà, ce fut une bonne lecture pour moi.
à bientôt!
-
Salut Earth Son,
J'ai bien aimé ton texte. Je n'ai pas trouvé le rythme particulièrement choquant.
Pour les détails, je n'ai pas grand chose à dire. C'est bien écrit et fluide.
Jimmy passe devant son voisin et monte quatre à quatre les marches de l’escalier en bois verni grinçant jusqu’au deuxième étage.
Escalier grinçant en bois verni, je pense. Enfin, ça dépend de ce qui grince :D.
What happen ? You look so sad.
What’s happening ou what happened.
Jimmy blêmit. Il ne veut quand même pas le quitter ? Huit ans qu’ils sont ensemble. Antoine n’avait que vingt ans à l’époque. Leur histoire est belle, leur amour véritable et leur vie, heureuse. Enfin, il le pense. C’est vrai que ces derniers temps Antoine était un peu taciturne mais Jimmy avait mis ça sur le compte du gros concert qu’Antoine préparait. Alors, non, il doit y avoir une erreur.
Je n’aime pas trop cette explication en exposition à peine masquée. Je pense que tu peux l’enlever et laisser les lecteurs imaginer leur relation de 8 ans (c'est mon avis perso). Même d'un point de vue scénario, si Antoine est taciturne depuis quelque temps, est-ce que cela veut dire qu'il est au courant pour sa maladie depuis quelque temps ? Dans ce cas, pourquoi le dire à Jimmy aujourd'hui ?
Voilà voilà. J'ai beaucoup apprécié ma lecture.
À bientôt !
-
Bonjour à vous deux et merci pour vos remarques. Je dois avouer que j'ai failli enlever le texte peu de temps après l'avoir déposé pensant qu'il ne parlerait pas à grand monde et j'étais très peu satisfaite de moi. Me voilà un peu rassurée :oxo:
J'ai fait la modif pour l'escalier et pour happen (je ne suis pas trop bonne en anglais, j'avais vérifié avant mais si vous êtes sûrs, OK).
@Lilyofthewest
Dégringoler n'est pas forcément la meilleure formulation mais je ne trouve pas trop d'autre mot qui exprime ma pensée. Je vais réfléchir. Edit : J'ai tenté "s'affaisse". C'est mieux ?
Pour le passage de la salle de bains, je ne trouve pas d'erreur de temps. Peux-tu développer ?
Pour le titre, je l'aime bien : temps de merde / journée de merde mais à voir
@Deofresh
Le blabla sur la relation entre Jimmy et Antoine est peut-être lourde en effet. Par contre, d'un point de vue scenario, dans ma tête, Antoine savait depuis quelque temps que quelque chose clochait et il était en attente des résultats. Résultats qu'il a eu l'après-midi même (raison pour laquelle il n'est pas allé au boulot because RDV médical).
-
Un texte très agréable à lire. Il y a là un véritable talent pour nous immerger dans la situation, nous présenter les personnages et la situation. Tout est fait subtilement et habilement, ce qui fait qu’on s’identifie très vite à Jimmy. Une histoire très ancrée dans un quotidien, avec beaucoup de détails çà et là. J’ai beaucoup aimé le style, super efficace.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
A te lire.
-
Bonjour Mathieu,
Ton commentaire me touche beaucoup. Je n’en attendais pas autant. Quand je pense que je trouvais mon texte trop mauvais (j’avoue que j’ai fait ensuite plein de petites corrections pour mieux coller à ce que je voulais). Apparemment j’ai bien fait d’insister. :)
En effet, j’espère que la transition de Melle/M Bettens (que je ne connais pas) se passera sans accroc.
Il faut avouer qu’Antoine partait avec une situation déjà difficile à la base. Mais je suis sûre qu’il va réussir à surmonter ça avec Jimmy. :calin:
Pour le titre, je vais voir car tu es le deuxième à me faire la réflexion.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Encore merci
-
Bon, j’ai fait quelques petites modifs sur les dialogues en anglais sur les conseils de mon fiston (beaucoup plus meilleur que moi) mais il bloque sur le « Oh My God » qu’il trouve trop ricain.
Une suggestion ?
Merci
-
Bonjour Earth Son,
Le verbe "s'affaisser" convient mieux, je trouve pour parler de la mâchoire qui tombe.
concernant la phrase: "décide finalement de se réfugier dans la salle de bains : la pièce où il se sent en sécurité. Il ne sait pas pourquoi parce que la présence de tous ces miroirs devrait plutôt le mettre mal à l’aise, surtout qu’il a toujours eu un souci avec la nudité": c'est peut être un problème de ponctuation, une virgule après "pourquoi"? ... je ne sais pas , c'est une simple suggestion.
à bientôt!
-
Hello Earth.
D'abord du pinaillage...
– Oh. Bonjour monsieur Legrand. Quel temps n’est-ce-pas ?
n'est-ce pas
– Anglais, écossais, irlandais… C’est bien tout pareil pour moi. Vous causez anglais quoi.
Jimmy secoue la tête. Mélanger écossais et anglais est déjà un blasphème mais les anglais et les irlandais…
Écossais, Irlandais, Anglais (quand il s'agit de la personne on met une majuscule, considéré comme adjectif on n'en met pas)
Un Irlandais, un café irlandais.
Jimmy laisse son voisin déblatérer sur la guerre. Lui ne l’a pas connu, bien évidemment.
connue (la guerre)
– Ah bon ? Tu ne me l’avais pas dit. J’aurai travaillé ici si j’avais su.
J'aurais (conditionnel)
Jimmy blêmit. Il ne veut quand même pas le quitter ? Huit ans qu’ils sont ensemble. Antoine n’avait que vingt ans à l’époque. Leur histoire est belle, leur amour véritable et leur vie, heureuse. Enfin, il le pense. C’est vrai que ces derniers temps Antoine était un peu taciturne mais Jimmy avait mis ça sur le compte du gros concert qu’Antoine préparait. Alors, non, il doit y avoir une erreur.
J'ai un peu de mal ici avec l'imparfait, mais je ne suis pas sûre d'avoir raison. Et aussi, il y a beaucoup d'Antoine et de Jimmy dans cet extrait. Il y a peut-être moyen de simplifier ?
Antoine regarde avec inquiétude les pieds nus de son compagnon et la tâche rouge qui s’étale sous son pied droit alors qu’il s’arrête face à lui.
Peut-être éviter la répétition de pied - tache sans accent (salissure et non travail).
Après lecture puis relecture, j'ai apprécié ce texte pour plusieurs raisons.
- Il est fluide et écrit simplement.
- Il avance avec précision, amenant le lecteur petit à petit à comprendre l'histoire. Les détails s'enchaînent parfaitement, on chemine vers une chute assez inattendue et c'est chouette.
- L'histoire est belle et tu la contes avec délicatesse.
Le négatif (bah oui !) pas grand chose à dire.
Il y a beaucoup de Jimmy et Antoine et quelques répétitions mais à part ça tout est bien.
Ah et enfin, My God ! (j'ai lu sur le fil dédié au bout de la langue). Après avoir replacé la phrase dans son contexte, je ne sais pas si je n'aurais pas été plus crue "Shit" par exemple ou Goddammit ?
Voili, voilou
-
Bonjour Claudius,
Merci de ton passage.
Alors j'ai corrigé les fautes (Ah les accords de participe passé, ma bête noire... Et tâche, je fais la faute systématiquement, niark)
Jimmy blêmit. Il ne veut quand même pas le quitter ? Huit ans qu’ils sont ensemble. Antoine n’avait que vingt ans à l’époque. Leur histoire est belle, leur amour véritable et leur vie, heureuse. Enfin, il le pense. C’est vrai que ces derniers temps Antoine était un peu taciturne mais Jimmy avait mis ça sur le compte du gros concert qu’Antoine préparait. Alors, non, il doit y avoir une erreur.
J'ai un peu de mal ici avec l'imparfait, mais je ne suis pas sûre d'avoir raison. Et aussi, il y a beaucoup d'Antoine et de Jimmy dans cet extrait. Il y a peut-être moyen de simplifier ?
En fait, je me posais la même question à chaque relecture (pour le temps) et j'ai finalement changé. Pour la répétition des Antoine et Jimmy, c'est vrai mais pas évident de simplifier tout en sachant qui fait quoi (quelle idée de faire une histoire avec uniquement des hommes ::) mais bon, j'ai tenté un nettoyage)
Antoine regarde avec inquiétude les pieds nus de son compagnon et la tâche rouge qui s’étale sous son pied droit alors qu’il s’arrête face à lui.
Peut-être éviter la répétition de pied - tache sans accent (salissure et non travail).
Mmm, en effet. Faut que j'y réfléchisse car un pied est un pied. Je pourrais peut-être jouer sur les orteils.
Après lecture puis relecture, j'ai apprécié ce texte pour plusieurs raisons.
- Il est fluide et écrit simplement.
- Il avance avec précision, amenant le lecteur petit à petit à comprendre l'histoire. Les détails s'enchaînent parfaitement, on chemine vers une chute assez inattendue et c'est chouette.
- L'histoire est belle et tu la contes avec délicatesse.
Merci. C'est très agréable à entendre (enfin, lire).
Le négatif (bah oui !) pas grand chose à dire.
Il y a beaucoup de Jimmy et Antoine et quelques répétitions mais à part ça tout est bien.
Je vais essayer de faire la chasse. Mais à part "il", "jeune homme", "compagnon"... je ne vois pas trop.
Ah et enfin, My God ! (j'ai lu sur le fil dédié au bout de la langue). Après avoir replacé la phrase dans son contexte, je ne sais pas si je n'aurais pas été plus crue "Shit" par exemple ou Goddammit ?
J'ai opté pour le très écossais (apparemment) Crivvens mais merci ;)
(J'avais mis Shit au tout début que fiston m'a fait remplacer par Damn it)
-
Hello Earth Son :)
Je concentre mon commentaire sur ce que tu m’as demandé de regarder, et, en gros : exercice réussi. En tout cas bien, bien, BIEN mieux que sur Arthur.
Tu as beaucoup plus pris ton temps, en décrivant de petites actions (par exemple le coup du café deux fois, quand Jimmy enlève son manteau et son chapeau dans l’entrée puis dans l’appart, etc.) qui rythment le récit et qui nous donnent de petites infos sur Jimmy, mine de rien.
Par exemple, Jimmy n’est pas du genre à faire la fine bouche vu qu’il réchauffe du café, crime de lèse-café pour beaucoup de gens, mais il est assez soigneux pour essayer d’éviter des dégâts dans l’immeuble quand il retire son manteau mouillé et très soigneux chez lui, vu qu’il dépose ses affaires dans la baignoire. Par contre, une fois la mauvaise nouvelle reçue, au diable le soin, Jimmy sort sans manteau, sans chapeau, et revient, trempé et dégoulinant et même qu’il goutte sur le sol de la cuisine. Et là, sans rien dire, rien qu’à travers ces détails, on a l’ampleur du choc, on se rend compte que, face à une crise, Jimmy réagit d’abord et réfléchit ensuite, il est impulsif, presque hagard (revenir blessé sans même s’en rendre compte). Ce n’est pas le fait qu’il soit parti puis revenu qui nous le dit, non, c’est le fait qu’au début il se déshabille en faisant attention et que maintenant, il fout de l’eau partout. Et bim. En prenant ton temps, en posant ce show, tu nous as expliqué en long, en large et en travers comment Jimmy fonctionne.
Un autre exemple, mais où ça fonctionne moins bien, c’est quand Antoine se réfugie dans la salle de bain. Again, un super détail, la salle de bain qui est la pièce où il se sent en sécurité. Mais ce détail-là n’est pas développé : tu nous le racontes sans rien nous en montrer, donc on ne sait pas d’où il vient, où il va, ni à quoi il sert. Surtout avec le coup de la nudité, tombé de nulle part et sans aucun but, finalement. Ça aurait été plus intéressant si, par exemple, Antoine était apaisé par le dallage froid des salles de bain ; ou s’il avait fait couler de l’eau et ça l’aurait calmé ; ou s’il s’était carrément, lui-même, mis sous la douche pour se calmer, même habillé, tiens, ça aurait mieux dessiné son angoisse. Il y a pas mal d’éléments dans une salle de bain qui peuvent expliquer qu’elle est apaisante, mais nous, on ne sait pas pourquoi ça marche sur Antoine.
Sauf si (mais bon là je vais sans doute trop loin) sauf si tu joues sur la contradiction dans la salle de bain entre les miroirs/nudité/souvenirs d’enfance/son corps qu’il n’aime pas parce qu'il veut être un homme versus le fait que c’est quand même sa pièce préférée, la contradiction d’un homme né femme, etc. Si c’est ça, ça mérite d’être développé (et ça peut être très intéressant, même si je t’avoue que je crois l’exercice difficile).
Et ce passage, là, « Jimmy blêmit. Il ne veut quand même pas le quitter ? Huit ans qu’ils sont ensemble. Antoine n’avait que vingt ans à l’époque. Leur histoire est belle, leur amour véritable et leur vie, heureuse. Enfin, il le pense. C’est vrai que ces derniers temps Antoine est un peu taciturne mais Jimmy a mis ça sur le compte du gros concert qu’il prépare. Alors, non, il doit y avoir une erreur. » Il mérite un bout de dialogue plutôt que ce tell.
J’ai beaucoup aimé ta façon de brosser Jimmy, l’accent, les cours, le petit accrochage avec le voisin (« Je suis Écossais et Irlandais, pas Anglais »), le café et les habits (je me répète, mais c’était bien trouvé). J’aurais aimé avoir la même chose avec Antoine, surtout considérant le fait que tu lui as quand même donné tout un passage de son point de vue, donc il méritait de prendre un peu plus de ton temps ;)
Globalement, j’ai bien aimé ce texte. Perso, la chute, je l’ai comprise quand Antoine parle de ses parents qui voulaient une fille (mais je n’avais pas capté qui était Camille, surtout que c’est un prénom masculin et féminin, bien joué là-dessus) mais ça n’a pas gâché la fin pour moi. Le texte est très court, mais tu y rends bien leur relation et l’angoisse de Jimmy à l’idée qu’Antoine soit malade, plus encore qu’à l’idée de le perdre. Antoine a l’air un peu plus passif ; l’impression est renforcée par leur différence d’âge et sa dernière déclaration dans laquelle Jimmy apparaît un peu comme son sauveur, et on se dit qu’Antoine est encore, finalement, un peu paumé…
Bref, tu as beaucoup mis dans très peu de mots, et ça, c’est toujours une réussite :)
Il reste quelques coquilles, je te mets les plus « graves » là-dedans :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Voilà, hope it helped :mafio:
Ah, PS : Pas fan du titre non plus, mais euh comme ça, je n'ai pas vraiment de proposition...
-
Bonjour Xeraphia,
Merci beaucoup de ton passage. Je réponds rapidement car la semaine a été un peu rock'n roll et je n'ai pas trop le temps de revenir en détail sur ta longue intervention (je reviens dès que j'ai le temps de me poser).
En tout cas, je suis contente que tu aies apprécié mes efforts sur ce texte, je suis donc, a priori, sur la bonne voie.
Je reviens juste sur quelques points :
- tu as tout à fait compris l'état d'esprit d'Antoine. Il devrait en effet être mal à l'aise dans la salle de bains car il est fâché avec son corps (je rappelle qu'Antoine n'est pas né fille mais hermaphrodite (vrai ou pseudo, j'ai pas précisé et j'en sais rien, ce n'est pas le plus important)). Je devrais en effet préciser le pourquoi du comment. Il est également plutôt passif : c'est donc que j'ai plutôt réussi à montrer ça.
- pour le coup des habits, j'ai en effet fait exprès de montrer que Jimmy est bouleversé par ce biais mais je n'avais pas pensé que son côté soigneux au début accentuerait le décalage :)
Je reviendrai pour les détails un peu plus tard mais merci encore. A bientôt ;)