Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Paloma le 02 Septembre 2020 à 18:13:11
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Bonjour, :)
Je poste ici l'un de mes textes, que j'ai écrit il y a quelques mois, dans le cadre d'un exercice littéraire où il fallait écrire en quelques heures une nouvelle sombre (c'était en pleine période d'Halloween) sur le thème "La porte". Je souhaiterais le retravailler, toute aide étant la bienvenue (dans les limites du civil, cela va sans dire ^^)
Merci à ceux qui le liront et à ceux qui le commenteront. :)
La fillette se recroquevilla dans le coin du placard, tremblante. Elle sanglotait sans bruit, les yeux grand ouverts sur l’obscurité, l’oreille attentive. La nuit était revenue au calme, et seuls résonnaient en elle les battements affolés de son cœur.
Des bruits de pas résonnèrent au loin – quelqu’un montait l’escalier. L’enfant se réfugia davantage contre le mur froid, la respiration courte, sa poitrine prête à exploser. Papa cria son nom à plusieurs reprises. Elle voulait répondre, mais elle savait qu’elle ne le devait pas. Papa n’était pas là pour la protéger.
Il avait d’abord pris Maman, dans le salon. Une dispute avait éclaté plus tôt dans la journée, dont elle n’avait saisi que des bribes incompréhensibles. Des portes avaient claqué, puis le silence était retombé sur la maison. Papa allait partir, pour toujours, disait Maman. Des sentiments confus avaient suivi cette annonce, un mélange de tristesse et de soulagement.
La nuit tombée, alors que la fillette jouait avait sa sœur aux pieds de la télé, et que Maman lisait un magazine sur le canapé, Papa avait fait irruption dans la pièce, une hache à la main, qu’il avait abattu sur la tête de Maman. Du rouge avait éclaboussé les murs, le tapis, les fenêtres, et même le pyjama de la fillette. Sa sœur avait hurlé, brièvement, avant que la lame ne la fauche à son tour.
La lumière du plafonnier avait alors éclairé le visage de Papa, révélant ses traits déformés comme lorsqu’il se mettait en colère. Une tache de sang lui barrait la joue, ses cheveux collaient sur son front, et une lueur malfaisante brillait dans son regard. Il n’était plus celui qui la bordait le soir, ou qui lui offrait une glace à la kermesse alors que Maman ne voulait pas. Il était le Père Fouettard venu pour la punir.
Ses jambes l’avaient portée malgré elle, juste à temps pour éviter le coup qui lui était destiné. Elle avait couru, le plus vite possible, sans savoir vers où. Son père ne l’avait pas suivi – pas tout de suite, se contentant de rire de sa pitoyable fuite. L’enfant avait galopé dans l’escalier, franchi la porte de la chambre qu’elle partageait avec sa sœur. Dans la pièce faiblement éclairée par la pleine lune, une forme sombre avait capté son attention : celle du placard entrouvert, ce placard profond où elle aimait parfois se cacher lorsque Papa criait trop fort.
Elle s’y était réfugiée sans réfléchir et avait fermé la porte.
La fillette entendait son père s’approcher, l’appeler, dire les gros mots qu’il lançait à Maman avant de la frapper. Soudain, un filet de lumière nocturne se glissa dans le refuge sombre. L’enfant retint son souffle, n’osant refermer la porte qui venait de légèrement s’entrouvrir. Ses yeux, habitués aux ténèbres, distinguaient les détails du bois, dont les sinuosités évoquaient des pupilles la fixant en retour, témoins silencieux de sa détresse.
Un pas résonna, plus fort que les autres. Papa était dans la chambre.
« Je sais que tu es là, p’tite conne. Allez viens ! Papa est calmé, il ne va pas te faire de mal. »
Le plancher grinçait sous ses pieds, comme des gémissements. L’enfant voulait fermer les yeux, fuir ce cauchemars éveillé, mais elle ne pouvait détacher son regard de la porte entrouverte, son dernier rempart, dont l’embrasure lui laissait voir le lit de sa sœur. Le souffle haletant de son père se rapprocha, puis elle le vit se pencher, la hache luisant dans sa main, et écarter les draps qui tombaient en rideau jusqu’au sol.
« Petite connasse ! Où tu es ?! »
C’est alors que, se tournant vers le placard, le père croisa le regard apeuré de sa fille, et dans la nuit épaisse perça le cri de sa victoire.
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Bonjour. Pourquoi n'utilises-tu pas le présent ? "la fillette se recroqueville... elle sanglote sans bruit..." etc. Ça rendrait ton récit plus vivant, le lecteur y pénétrerait plus facilement, de spectateur tu l'inciterais à devenir acteur.
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Bonjour :)
C'est vrai, je n'y avais pas pensé jusque là... Ce serait assez pertinent ! J'ai choisi le passé plus par défaut, car je suis habituée à écrire avec ce temps, que par choix conscient...
Je vais réfléchir à la question. Ce serait intéressant de réécrire le texte au présent, ne serait-ce que pour voir ce que ça donne.
Merci pour ta suggestion. :)
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Bonjour Paloma,
Merci pour ce partage.
Je me permets qq suggestions :
la fillette jouait avait sa sœur
avec sa sœur
aux pieds de la télé
perso, je n'utiliserait pas aux pieds de la télé, je dirais tout simplement devant la télévision. ton langage est assez soutenu alors pourquoi utiliser une abréviation ?
Il n’était plus celui qui la bordait le soir, ou qui lui offrait une glace à la kermesse alors que Maman ne voulait pas.
Je trouve que la dernière partie de la phrase "alors que Maman..." est inutile. Je trouve que l'intensité de cette phrase mériterait d'être relevée en invitant l'image d'un père tendre ou aimant peut être en rajoutant un adverbe ?Il n’était plus celui qui la bordait tendrement le soir, celui qui lui offrait des glaces avec un large sourire ? A voir...
Il était le Père Fouettard venu pour la punir.
Ouais... il est plus qu'un Père Fouettard...
ce cauchemars éveillé
sans s
Je suis d'accord avec Jonathan, j'utiliserai le présent ça renforcerai ton texte, dont j'ai apprécié la lecture.
Au plaisir de te relire.
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Merci pour ton récit que j'ai lu avec intérêt.
Ce qui manque dans ton texte, c'est la raison de la "colère" du père. Pourquoi il tue toute sa famille à la hache comme ça ?
Même s'il est un homme violent, je ne comprends pas trop sa raison. Surtout qu'en général dans les disputes familiales, le mari va utiliser ses poings/pieds ou des objets plus courant, comme un couteau.
On dirait un film d'horreur romancer.
Cela n'est qu'un avis personnel qui ne remet pas en question ton travail ;)
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Merci GeGinger et Cendres pour votre retour et vos remarques pertinentes. :)
Par rapport à ta remarque Cendres, l'idée était que le père tuait sa famille après une rupture. C'est malheureusement un scénario très fréquent dans les féminicides, où le mari passe à l'acte quand sa victime décide enfin de partir. J'ai cependant évité de trop développer car j'essayais de retranscrire le vécu d'une enfant, que ce genre de choses dépasse un peu...
Pour l'arme... C'est vrai qu'une hache, ce n'est pas présent dans tous les foyers. Mais on peut imaginer que la maison comporte une cave ou un garage avec un atelier... Que ça se passe en pleine campagne... J'ai aussi voulu faire un petit clin d'oeil (pas du tout subtil je te l'accorde :mrgreen:) à Shinning ! ;p
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Bonjour,
Je suis d'accord pour l'utilisation du présent, et aussi peut-être pendant les phases d'action de phrases courtes, qui pourraient donner un rythme. Merci pour ton texte
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Voici une version remaniée au présent (j'espère ne pas m'être plantée, je ne suis pas du tout à l'aise avec ce temps :mrgreen:).
N'hésitez pas à me dire si vous préférez cette version ou la précédente, si là encore vous pensez qu'il y a des trucs à remanier... :)
Et merci à tous pour vos retours et vos conseils !
La fillette se recroqueville dans le coin du placard, tremblante. Elle pleure sans bruit, les yeux grand ouverts sur l’obscurité, l’oreille attentive. La nuit est revenue au calme, et seuls résonnent en elle les battements affolés de son cœur.
Des bruits de pas retentissent depuis le couloir – quelqu’un monte l’escalier. L’enfant se réfugie davantage contre le mur froid, la respiration courte, sa poitrine prête à exploser. Papa crie son nom à plusieurs reprises. Elle veut répondre, mais elle sait qu’elle ne le doit pas. Papa n’est pas là pour la protéger.
Il a d’abord attrapé Maman, dans le salon. Une dispute avait éclaté plus tôt dans la journée, dont elle n’avait saisi que des bribes incompréhensibles. Des portes avaient claqué, puis le silence était retombé sur la maison. Papa allait partir, pour toujours, disait Maman. Des sentiments confus avaient suivi cette annonce, un mélange de tristesse et de soulagement.
La nuit tombée, alors que la fillette jouait avec sa sœur aux pieds de la télé, et que Maman lisait un magazine sur le canapé, Papa avait fait irruption dans la pièce, une hache à la main, qu’il avait abattu sur la tête de Maman. Du rouge avait éclaboussé les murs, le tapis, les fenêtres, et même le pyjama de la fillette. Sa sœur avait hurlé, brièvement, avant que la lame ne la fauche à son tour.
La lumière du plafonnier avait alors éclairé le visage de Papa, révélant ses traits déformés comme lorsqu’il se mettait en colère. Une tache de sang lui barrait la joue, ses cheveux collaient sur son front, et une lueur malfaisante brillait dans son regard. Il n’était plus celui qui la bordait le soir, ou qui lui offrait une glace à la kermesse avec un grand sourire. Il était le Père Fouettard venu pour la punir.
Ses jambes l’avaient portée malgré elle, juste à temps pour éviter le coup qui lui était destiné. Elle avait couru, le plus vite possible, sans savoir vers où. Son père ne l’avait pas suivi – pas tout de suite, se contentant de rire de sa pitoyable fuite. L’enfant avait galopé dans l’escalier, franchi la porte de la chambre qu’elle partageait avec sa sœur. Dans la pièce faiblement éclairée par la pleine lune, une forme sombre avait capté son attention : celle du placard entrouvert, ce placard profond où elle aimait parfois se cacher lorsque Papa criait trop fort.
Elle s’y était réfugiée sans réfléchir et avait fermé la porte.
La fillette entend son père s’approcher, l’appeler, dire les gros mots qu’il lançait à Maman avant de la frapper. Soudain, un filet de lumière nocturne se glisse dans le refuge sombre. L’enfant retient son souffle, n’osant refermer la porte qui vient de légèrement s’entrouvrir. Ses yeux, désormais habitués aux ténèbres, distinguent les détails du bois, dont les sinuosités évoquent des pupilles la fixant en retour, témoins silencieux de sa détresse.
Un pas résonne, plus fort que les autres. Papa est entré dans la chambre.
« Je sais que tu es là, p’tite conne. Allez viens ! Papa est calmé, il ne va pas te faire de mal. »
Le plancher grinçe sous ses pieds, comme des gémissements. L’enfant voudrait fermer les yeux, fuir ce cauchemar éveillé, mais elle ne peut détacher son regard de la porte entrouverte, son dernier rempart, dont l’embrasure lui laisse voir le lit de sa sœur. Le souffle haletant de son père se rapproche, puis elle le voit se pencher, et écarter les draps qui tombaient en rideau jusqu’au sol. Un rayon de lune révèle la hache dans sa main.
« Petite connasse ! Où tu es ?! »
C’est alors que, se tournant vers le placard, le père croise le regard apeuré de sa fille, et dans la nuit épaisse s'élève le cri de sa victoire.
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Bonjour Paloma :)
Je passe ici rapidement pour repérer les lieux et savoir où te trouver. Je viendrai approfondir mon investigation, te lire et te commenter plus tard. Car là, j 'ai plein de choses à faire. La douche, le thé matinal etc...
A bientôt !
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Bonjour. J'avais bien aimé le fond du texte et là, avec le changement de temps, je ressens encore plus ce rythme qui amplifie la crainte et l'angoisse de la fillette au fil des lignes. À +
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Ton texte est bien mieux ainsi, mais je vais faire un reproche qui est un jugement personnel et qui ne remet pas en question ton travail.
Je le trouve trop pleins d'effets de violences. L'effet du sang qui gicle partout, les effets de terreurs sur l'enfant...
Sinon ce n'est pas qu'un féminicide, puisqu'il tue toute sa famille le père. Est ce que c'est pour être sûr d'hériter de tout ce qu'avait sa femme sans devoir le partager avec ses enfants ? ^^
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Merci pour vos retours :)
Pour ta remarque Cendres, je suis désolée que les effets violents t'aient dérangée :(
Concernant le meurtre de toute la famille (et pas que de la mère), dans beaucoup de meurtre dits "passionnels" (gros guillemets je précise, aucune passion ne diminue l'horreur d'un meurtre) le conjoint tue non seulement son ex compagne mais aussi les enfants parfois... J'ai vu plusieurs cas passer sur internet, ce qui m'a inspiré pour cette histoire.
Je ne pense pas que ce soit une question d'héritage dans ces situations, mais plus l'idée de posséder l'autre et de ne lui permettre de vivre que sous son joug... Sois tu restes et tu m'appartiens, sois je te tue... C'est une horrible manière de penser, qui peut-être ne se révèle pas de façon consciente, néanmoins je pense que c'est un motif qui sous-tend beaucoup de faits divers de ce genre... :(
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Pour ta remarque Cendres, je suis désolée que les effets violents t'aient dérangée
L'important, c'est d'écrire le texte que l'on aime et qu'on a envie de partager. Ce qui me dérange, c'est le côté film d'horreur, excessif dans les détails. Cela est juste un avis personnel.
Je ne pense pas que ce soit une question d'héritage dans ces situations, mais plus l'idée de posséder l'autre et de ne lui permettre de vivre que sous son joug... Sois tu restes et tu m'appartiens, sois je te tue... C'est une horrible manière de penser, qui peut-être ne se révèle pas de façon consciente, néanmoins je pense que c'est un motif qui sous-tend beaucoup de faits divers de ce genre... :(
En fait, je voulais faire un peu d'humour noir avec cette question d'héritage. Je ne pense pas que cela soit la motivation.
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Ah d'accord^^
Pour le côté film d'horreur, c'est lié au fait que cette nouvelle a été écrite dans le contexte de Halloween. Ils organisaient un exercice sur ShortEdition où il fallait écrire une nouvelle courte en une soirée, sur le thème de "la porte". Et bien sûr, le texte devait être assez sombre. Effectivement, il y avait moyen d'écrire ce texte de façon très différente :)
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Bonjour Paloma,
Un texte bien fait, bien organisé, avec tous les ingrédients de l’horreur et du réalisme requis. Cela me rappelle le récit d’un jeune survivant. À peu près le même contenu. Il n’avait que quelques années de plus que la fillette de ton histoire. Ces choses là arrivent.
Bien écrit. Le sujet est légitime.
Cordialement.
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Bonjour Paloma,
Un texte bien fait, bien organisé, avec tous les ingrédients de l’horreur et du réalisme requis. Cela me rappelle le récit d’un jeune survivant. À peu près le même contenu. Il n’avait que quelques années de plus que la fillette de ton histoire. Ces choses là arrivent.
Bien écrit. Le sujet est légitime.
Cordialement.
Merci pour ton retour :coeur:
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Bonjour Paloma,
Je trouve que tu as bien fait d'user du présent. Cela donne plus d'intensité au texte.
L'intensité dramatique de la scène est fort bien rendue.
En confrontant tes deux versions, j'ai noté une faute (enfin, je pense que c'est une étourderie grammaticale) que tu n'as pas corrigée dans la version 2 .
Son père ne l'avait pas suivi.
Suivie, non ,
Excuse-moi, je ne sais pas mettre les citations dans un cadre bleu.
Et excuse-moi pour le temps que j'ai mis à commenter ton texte.
Bonne journée !
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Hello Paloma,
J’avais lu la première version de ce texte. Je trouve que le passage au présent l’a amélioré. Une belle scène de terreur !
Je trouve par contre que ce n’est pas à proprement parlé une « nouvelle », dans le sens où le texte ne se suffit pas tout à fait à lui-même. Il gagnerait à être insérer (ou à conclure ?) un ensemble plus vaste. En l’état, pour moi, je trouve que le scénario est un peu trop basique, même si je reconnais que la scène est convaincante.
J’espère que tu ne te formaliseras pas de cet avis, ce n’est que mon point de vue personnel, à prendre ou à laisser.
A te lire.
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Merci à vous deux pour vos retours :)
Pour ta remarque Matthieu, je suis d'accord que le texte est assez simple, trop simple pour être considéré en soi comme une nouvelle (je ne l'aurais jamais inclus dans un recueil par exemple).
Il s'agissait plus d'un exercice littéraire, que j'ai fait dans une période où mes études rendaient l'écriture difficile pour moi, du fait de la fatigue, la charge mentale, etc. Maintenant que je suis plus sereine dans ce domaine, je commence à m'aventurer dans des textes plus ambitieux et j'espère plus intéressants :)
Bonne journée à vous !