Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: Murex le 16 Août 2020 à 10:20:08
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À le voir si petit et si effiloché on sentait bien qu’il ne parviendrait pas à traverser le ciel. Il était égaré dans l’immensité bleue… unique, improbable, un petit nuage de pas grand-chose.
Et le ciel impitoyable le tiraillait de toutes parts ; ressemblant vaguement à un chien, il lui tirait les poils, puis la queue toute entière, il disloquait ses pauvres oreilles, son cou, de sorte que bientôt, il ne ressembla plus à grand-chose… à un mouton qu’on pousse du pied sous un meuble, au halo de buée qu’on exhale dans le froid, à un peu d’écume peut-être.
Mais bientôt, il se reprit, se tassa sur lui-même, plus petit bien sûr, mais plus dense à présent, plus apte à s’opposer.
C’est alors qu’émergeant de l’avancée de la toiture, et donc invisible jusque-là, une masse autrement plus imposante fit irruption : c’était le nuage-mère, lui n’étant à l’évidence que le tout petit, sacrifié en éclaireur, celui qui avec tout son courage était allé au devant du danger, tâtant le terrain, jugeant du soleil et du vent.
Alors, le gros nuage le ramena à lui sans pitié, l’absorba, le phagocyta, en sorte qu’il perdit cruellement toute identité.
Un petit nuage qui n’avait échappé au soleil que pour aller se perdre dans sa propre matière.
Eh ! reviens à la réalité, il est indécent de s’apitoyer sur le sort d’un nuage quand il y a tant de malheurs de par le monde. Oui, oui, c’est certain, mais quand même… quand même.
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Murex,
J'ai beaucoup aimé te lire. Un texte sur le thème des nuages est très intéressant je trouve, ça sort des classiques. D'autant plus que ça résonne étrangement dans ma tête vu le drôle de temps maussade actuel, tantôt caniculaire, tantôt la mousson... Je ne suis vraiment pas resté insensible.
Merci à toi.
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Un petit bijou de poésie en prose.
Il est vraiment dommage qu'une réflexion un peu relou vienne au dernier moment gâcher l'ambiance un peu magique et le plaisir du lecteur.
Un petit coup de gomme et ton poème sera super.
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Salut Murex,
e… à un mouton qu’on pousse du pied
à un mouton qu’on pousse du pied sous un meuble, au halo de buée qu’on exhale dans le froid, à un peu d’écume peut-être.
Je te suggère de penser à un ‘parallélisme de construction’ dans ton énumération de ressemblances (un truc oublié par moi que m’a rappelé Quaedam).
Genre « un peu à un mouton peut-être, qu’on…» ou mieux je trouve mon exemple un peu hâtif.
Je pense aussi que tu peux mieux amener ces deux dernières lignes, sans pouvoir te proposer quelque chose de concret.
Toujours, j’aime le tranchant acéré et concis, nettement aiguisé d’ailleurs par la brièveté du texte (un bon choix à mon avis), qui caractérise plusieurs de tes productions.
Bon dimanche.