Pour Emmanuel Kant, dans Critique de la faculté de juger (1790), le goût est la « faculté de juger » du beau. Une faculté subjective, mais dont le jugement a pourtant une valeur universelle.
Donc j'ai le sentiment que ce que tu cherches Ariane ce serait une méthode pour discerner si objectivement une écriture est de qualité sans que le jugement affectif entre en jeuxNon pas du tout, au contraire ; comme je l'avais précisé dès le début, dans ce topic, je considère cette notion de qualité comme subjective. J'ai bien conscience que certaines normes, les études littéraires ou autres, ont une grille de lecture objectivable de ce qui relève pour eux de l'ordre des qualités ou non d'un texte, mais dans ce topic en tout cas, je souhaitais vraiment oublier ces normes et ne parler qu'à la subjectivité de chacun (influencée ou non par ces apprentissages).
j'aime quand le propos est jamais vu, parce que ce que je vois tous les jours, c'est pas assez agréable pour que ce soit durable, donc il faut que l'écriture se réinvente tant qu'elle a quelque chose à dire, ce quelque chose de l'expression universelle, trouvera-t-on un jour ?Ce serait plutôt de ce côté là que je partirais : il faut que l'écriture me déroute quelque peu. Il faut que l'auteur.e est un monde propre non seulement dans son histoire mais aussi et surtout dans son approche formelle... Une certaine force d'évocation... ce que dit Gage est extrêmement juste : la précision, le désir obsessionnel de l'auteur.e à vouloir être compris.e (sur ce point j'admire Pessoa qui a toujours tout mit en œuvre pour paraître le plus lisible possible, tout en nous emmenant très profondément en lui/nous même).
Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, comme la terre sans être soutenue se tient en l’air, un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible, si cela se peut.Et ce livre serait mon idéal aussi, et j'aimerais le lire plus que tous les autres.
Qu'est-ce qui, à vos yeux, caractérise une écriture de qualité ?En ce qui me concerne ce n'est pas la qualité d'écriture, mais l'originalité de l'histoire , le rythme, les émotions que l'auteur à réussi à faire passer :coeur:.
Une écriture peut tout à fait être objectivement de qualité et ne pas me plaire pour des raisons indépendantes de la qualité de l'écriture.Une écriture que l'on juge mauvaise, obligatoirement, elle ne nous plait pas. Ca tombe sous les sens :???:
Pour moi, une belle plume respecte la langue. Si ça m'écorche les yeux, et à moins que ce soit un choix artistique justifié et compréhensible, j'appelle pas ça une belle plume.Combien d'artistes et de poètes ont été fustigés puis lapidés par les censeurs gardiens de la morale et de l'éthique avec pour gardes-chiourmes la bible et les textes de lois. " Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. - Et je l'ai trouvée amère. - Et je l'ai injuriée."
Et je rejoinds Don quote et Safrance sur le fait que, pour dire vraiment qu'une plume est belle, il faut en plus que je la remarque. Donc il ne faut pas, (et je crois que mon avis s'oppose là à d'autres), il ne faut trop pas que ça "coule de source", sinon, c'est juste une plume qui fonctionne.Oui, je suis assez d'accord avec ça. Je n'aime pas qu'elle prenne toute la place (donc là-dessus mon avis diverge beaucoup de celui de Safrande), mais il faut qu'elle existe tout de même, pour pouvoir dire qu'elle est belle. "Sinon, c'est juste une plume qui fonctionne" => c'est un bon résumé.
Après, la précision s'applique aussi à l'adaptation de la plume au propos.Je suis d'accord avec ça aussi. Et chez moi la levée d'incrédulité ne se fait pas facilement, alors même d'un point de vue presque "technique", je sors vite du récit si par exemple le champ lexical ou les métaphores choisies ne me paraissent pas adaptées. En science-fiction notamment, je trouve ça difficile de créer une plume riche et crédible ; certaines comparaisons ou métaphores semblent anachroniques. Parfois les auteurs essayent d'introduire ça en en tenant compte ("...comme ces animaux que l'on m'a dit qu'il y avait sur la terre"...) mais ça peut vite paraître forcé. Un autre truc qui me gêne parfois c'est le vocabulaire technique qui n'est pas spécialement adapté au personnage : ça enrichit la langue et apporte des termes très précis, mais si le personnage n'est pas spécialisé dans le domaine en question, c'est étrange qu'il emploie des termes trop spécifiques (ex : termes techniques pour décrire l'architecture d'un bâtiment ; termes médicaux qui ne font pas partie du langage courant ; etc etc ; il faut que ça colle avec le narrateur).
pour dire vraiment qu'une plume est belle, il faut en plus que je la remarque
Qu'est-ce qui fait (à vos yeux car je considère cela comme forcément subjectif) que vous aimez la plume d'un auteur ? Qu'est-ce qui vous émerveille, vous impressionne, ou juste, vous est agréable ? Je parle plutôt de la forme, ou bien, s'il est question du fond, plutôt de la manière dont ce fond est amené.