Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: jocelyne le 28 Juillet 2020 à 13:57:04
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Frère et sœur
Charles et Jeanne étaient frère et sœur.Un lien étroit les unissait. Mais le lien de Jeanne était plus fort car aucun homme n'avait su susciter l'admiration sans bornes qu'elle portait à Charles. Elle était restée vieille fille à force de n'avoir pu trouver la copie de son frère pour mari.
Il était son prolongement, la réplique de son âme, le clone de ses pensées, l'imitation gémellaire de son physique au mimétisme troublant. Ce qui affectait Charles l'atteignait directement au plus profond d'elle-même.
Dans leur enfance, ils avaient souvent désiré percer le mystère des différences qui les avaient fait naître homme ou femme en interprétant des rôles de sexe opposé.
Charles avait revêtu les vêtements de sa sœur et Jeanne les siens.
La pièce de théâtre qu'ils avaient jouée les avait transportés bien au-delà des frontières du réel, derrière le miroir des certitudes et des apparences, dans une perte identitaire de leur sexe où le sol s'était dérobé sous leurs pieds.
Charles, dans cette mutation chromosomique, avait perdu ses repères masculins pour s'approprier certains des aspects féminins avec un talent insoupçonné de lui avant l'expérience.
Jeanne, dans cette confusion des genres, avait ressenti les mêmes sensations en libérant les tendances masculines qui avaient toujours sommeillé en elle depuis sa tendre enfance. En changeant de sexe, ils s'étaient lancés dans une quête androgyne de l'appropriation vertigineuse de l'autre qui avait débouché sur une compréhension plus affinée de leurs personnalités respectives.
Oui, Jeanne admirait son frère mais pas seulement pour son intelligence et sa sensibilité.
Charles avait aussi un corps d'athlète, La jeune femme l'avait vu fendre l'eau bleue de la piscine olympique dans d'innombrables allers-retours à la vitesse de l'espadon. Elle passait de longs moments assise dans les tribunes, à admirer cet homme-poisson sillonner l'eau satinée de sa nage silencieuse. Comment parvenait-il à bloquer sa respiration aussi longtemps sous l'eau?
Un jour, Charles avait fait le pari insensé d'approcher le record mondial d'apnée statique qui atteignait, à l'époque, sept minutes trente-cinq secondes. (Aujourd'hui, il a dépassé les vingt-deux minutes!) Les vives protestations de sa sœur n'avait pas réussi à le faire renoncer au défi qu'il s'était lancé. Le «Grand Bleu» avait marqué les esprits quelques années auparavant ...
A ce moment, elle avait maudit le genre masculin toujours en quête de challenges et de reconnaissance, alors qu'elle n'y voyait qu'orgueil, folie et prétention.
Elle attribuait ce désir de prouesses à l'incapacité des hommes à enfanter, ce qui les lançait dans le dépassement de soi ou l'accomplissement d’œuvres majeures pour combler ce vide et étancher leur soif de démesure. Au pire, ils faisaient la guerre.
Les femmes n'avaient nul besoin de se risquer dans des entreprises extrêmes, car le devoir de protection de leur progéniture était plus fort que tout. A défaut de gloire et de triomphe, seules, les affres de l'angoisse leur étaient réservées, dès que leurs fils, frère ou mari se mettait en quête d'impossible. Jeanne n'avait pas échappé à la règle quand elle avait assisté, impuissante, à l'immersion volontaire de Charles dans le fond de la piscine.
D'abord confiante, elle s'était contentée de fixer la tâche sombre tremblotant au fond de l'eau jusqu'à s'en user les yeux. Après tout, Charles s'était entraîné ...
Puis l'impatience de voir son frère remonter à la surface s'était transformée en vive inquiétude. Il avait dépassé trois minutes, ce qui lui semblait largement suffisant. Il était temps de réapparaître.
Jeanne avait fixé, avec appréhension, le défilement des minutes sur sa trotteuse et s'était dit que Charles était peut-être en proie à un malaise. N'y tenant plus, elle avait jeté des regards paniqués autour d'elle pour alerter le maître- nageur.
A sa vue, elle avait souhaité qu'il fût aussi angoissé qu'elle pour porter secours à son frère aussi vite que possible. Haletante, elle avait accompagné ses propos saccadés de gestes affolés en direction du grand bain.
- Vite! Vite! Dépêchez-vous! avaient été les mots qu'elle avait répétés inlassablement jusqu'à l'arrivée des secours sur les lieux de l'accident.
Puis, elle avait dû attendre, pendant un moment qui lui avait paru éternel, la remontée du corps de Charles à la surface de l'eau. L'air avait eu du mal à atteindre les poumons oppressés de Jeanne et son cœur avait envoyé ses battements effrénés résonner jusque dans sa gorge.
A la vue de son frère inanimé au visage bleui et boursouflé qu'elle avait à peine reconnu, elle avait perdu tout contrôle d'elle-même. Son angoisse trop longtemps réprimée avait jailli en cris hystériques et vaines gesticulations. Elle s'était jetée sur la forme allongée devant elle, empêchant toute aide efficace d'intervenir.
- Pas toi, Charles ! s'était-elle entendue répéter dans des pleurs secoués de hoquets.
Le maître-nageur avait dû arracher Jeanne au corps inerte pour lui prodiguer les secours d’urgence.
Soudain, le champ de vision de Jeanne s'était obscurci. Comme éblouie par les projecteurs d'un théâtre, elle avait fait face à un public indistinct noyé dans la pénombre. Seul, le lieu du drame était éclairé. Et sans voir l'attroupement qui grossissait peu à peu autour d'elle, elle était tombée sans force, accroupie sur les genoux, les poings crispés sur les tempes.
Si Charles était entre la vie et la mort, elle, n'était plus aussi sûre d'exister. Bien que non croyante, elle s'était entendue psalmodier de ferventes prières pour le salut de son frère.
Elle avait dû être entendue, car Charles avait ouvert faiblement les yeux après l'acharnement des hommes à expulser l'eau de ses poumons et à faire repartir son cœur par de laborieux massages cardiaques.
Le ciel avait déchiré alors le voile sombre qui avait terni l'existence de Jeanne pendant la durée de son cauchemar. Elle s'était approchée du miraculé, le visage éperdu de reconnaissance envers le sort qui avait bien voulu épargner son frère.
- Charles! Charles! J'ai eu si peur! A-t-on idée d'être aussi bête!
En guise de réponse, Charles avait adressé un sourire chargé de tendresse à sa sœur en témoignage de son affection.
JK
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Un texte original. Au début, tu parles de ce qui nous fait de nous un homme ou femme.
Ca me fait penser à un texte un peu LGBT.
Le passage de la piscine, je ne vois pas trop le rapport. Peut être que c'est une allégorie que je n'ai pas saisie(dans les doubles sens je suis nouille).
Cela n'est que mon avis personnel qui ne remet pas en cause ton texte.
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Merci pour ton commentaire.
La piscine c'est pour illustrer l'attachement profond de Jeanne pour son frère et aussi pour marquer l'attrait spirituel ET physique.4
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Bonjour Cendres,
Est-ce plus clair de cette façon?
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Bonjour Jocelyne :)
Elle attribuait ce désir de prouesses à l'incapacité des hommes à enfanter, ce qui les lançait dans le dépassement de soi ou l'accomplissement d’œuvres majeures pour combler ce vide et étancher leur soif de démesure. Au pire, ils faisaient la guerre.
Ah ! Ce passage m'a beaucoup plu. Oui, les hommes souffrent de ne pouvoir être, quelque part, au moins un peu des femmes.
Ton texte est joliment écrit. C'est avec plaisir que je lirai autre chose de toi ;)
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Un texte qui se lit très bien, mais qui, à mon sens, s'éparpille peut-être un peu trop. Il y a en gros deux parties : celle sur les relations entre ces frères et sœurs et des considérations sur le genre et l'accident de la piscine, qui ressemble plutôt à un fait divers angoissant. Les deux parties sont intéressantes et bien écrites je trouve, mais pour moi, il manque un lien, un fil conducteur au texte. Cela dit, ces deux personnages ont du potentiel !
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Bonjour Jocelyne,
Ce n'est pas mon style de predilection, donc je commenterai uniquement des details.
Si l'objectif est de depasser le record d'apnee, de sept minutes et quelques, il n y a pas lieu de s'inquieter au bout de trois minutes et de se dire que c'est suffisant (surtout que s'il s'est entraine avant et qu'il considere que sept minutes, c'est possible, c'est pas la premiere fois qu'il reste plus de 3 minutes en apnee).
Quand tu ecris " - Vite! Vite! Dépêchez-vous! avaient été les mots qu'elle avait répétés inlassablement jusqu'à l'arrivée des secours sur les lieux de l'accident.", ca semble faire reference a des pompiers ou ce genre de chose. Mais s'il y a un maitre nageur juste a cote, pas besoin d'attendre les pompiers pour sortir le corps de Charles, comme ce qui est suggere par la phrase suivante : " Puis, elle avait dû attendre, pendant un moment qui lui avait paru éternel, la remontée du corps de Charles à la surface de l'eau. "
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Merci à tous ceux qui ont fait un commentaire.Je ne sais pas comment répondre individuellement.
Jocelyne
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Merci à tous.
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Me revoilà... ;)
La noyade semble être un sujet sensible pour toi.
Je trouve que tu écris bien et tu sais accrocher le lecteur.
alors merci Jocelyne!
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Encore merci Spiritalique.