Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Meilhac le 24 Juillet 2020 à 00:30:21
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‘Paraîtrait que Nakamura ne parle pas bien français. Et 'paraîtrait que parler comme Nakamura dans ses chansons, ça serait mal.
Il paraît pourtant, aussi, que le français est une langue vivante. Et il paraît même qu’une langue vivante, ça vit. Et que la vie d’une langue vivante, c’est un peu comme la vie d’un être vivant : ça consiste, entre autres, à évoluer. Et il paraît même que ce qui fait évoluer une langue, c’est entre autres les usages que les gens qui utilisent cette langue font de cette langue. Nakamura se sert de la langue. Elle s’en sert pour faire des trucs. Des trucs baroques, singuliers, loufoques, drôles, bizarres. Nakamura se sert de la langue, et, ce faisant, Nakamura sert la langue. Et Nakamura, accessoirement, sert même aux vieux qui ont envie de se faire de nouvelles connexions neuronales, et ainsi de repousser l’arrivée de la maladie d’Alzheimer et de la décrépitude.
Nakamura fait ce qu’on devrait tous faire. Elle prend ce qu’il y a. Et elle fait sa sauce avec. "Appuyez vous sur les principes : ils finiront par céder". c'est ce que prônait à juste titre Oscar Wilde. Et c'est ce que Nakamura fait avec la langue. Aya s’appuie sur la langue française, et la fait craquer de partout. Et c’est jouissif. Et c’est savoureux.
Et Nakamura me fait penser à Proust. Proust qui disait, dans une fameuse lettre à madame Strauss, « pour défendre la langue, il faut l’attaquer ». Proust qui disait que les poètes (et y a de la poésie dans Nakamura) parlent une langue étrangère. Nakamura attaque la langue, et, ce faisant, la défend. La défend contre l’inertie. La défend contre l’immobilité. La défend contre la stagnation. La défend contre la mort.
J’adore les phrases de Nakamura où on ne comprend pas trop, à la première écoute. Ça me rappelle quand j’étais petit, quand ma mère me lisait Le petit chaperon rouge, et que tombait dans mes oreilles d’enfant cette phrase mystérieuse, Tire la chevillette et la bobinette cherra. Tire la chevillette et la bobinette cherra. J’y comprenais R. Je m’en foutais. J’aimais bien. Je trouvais ça mystérieux, singulier, envoûtant. Incompréhensible. Poétique. Tire la chevillette et la bobinette cherra. Crache encore y a R. Une phrase de Nakamura que je comprends du premier coup je suis presque déçu.
Et Aya se sert tellement bien de la langue, et sert tellement bien la langue, qu’elle mélange des mots de dans longtemps avec des mots d’il y a longtemps. Par exemple Aya remet 'nana' dans le jeu, alors que depuis vingt ans on dit meuf. Et Aya a fait un tube avec catin dedans - ouais, catin, comme dans Brassens. Continue, Aya.
Et de toute façon Aya va continuer. Les langues vivent, comme les arbres poussent et comme les êtres persévèrent dans leur être. Aya va continuer. Et ceux qui n’aimez pas, c’est pas grave : crachez encore : y a R.
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Merci de partager ton texte. Je sais que c'est pour donner un style, mais le fait de toujours répéter les mots et des expressions, donnent l'impression que le narrateur est un peu bébête.
Après, je dis juste ce que j'ai ressenti à la lecture de ton texte. Je ne suis pas spécialiste du tout la dedans.
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haha mais si le narrateur est effectivement bête, c'est bien que le texte en rende compte :--)
merci pour tes impressions de lecture
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Bonjour Meilhac,
J'ai trouvé ton texte... utile.
Oui, j'ai rejeté en bloc cette artiste, sans animosité mais avec, je l'avoue, une sorte de mépris qui s'est rapidement mué en indifférence : sa musique, son propos, son univers, ses admirateurs... Rien ne me plaît, rien ne me parle. Affaire de goût. Et je pensais de génération. Mais on semble avoir approximativement le même âge, et ton enthousiasme m'a donc interpellé.
Tu disposes en fait d'une curiosité intelligente qui te permet (bien mieux que moi) d'extraire une belle moëlle de ce qui pour moi est un os sec et sans intérêt, et ton texte la partage (la moëlle) très bien. "Tordre la langue", la muscler en grimaçant. Éviter la consanguinité qui condamne l'évolution et donc la pérennité. Ne pas se contenter des néologismes académiques que des élites linguistiques fabriquent, pour sauver la langue de l'envahisseur anglo-arabo-hispano-saxon, en grattant des papiers jaunis de leurs vieilles mains tremblottantes. Comme on ferait une maquette d'avion, qui trônera quelques mois sur la commode du salon sans attirer l'attention, de personne, puis rejoindra un carton au garage, en attendant un jour le vide-grenier, puis un autre la déchetterie.
Enfin... Tout ça pour dire que n'étant ni adepte du wesh, ni du seum, je dois plutôt faire partie des poussiéreux, et que ton texte m'incite à voir et entendre les mots d'une autre oreille. Je me tordrai donc la langue en te disant que j'ai kiffé ton texte, merci gros.