Soyons clairs : cette histoire n'a aucune espèce d'intérêt. J'aurais dû essayer d'en faire autre chose, mais là ça voudrait dire repartir de zéro, et j'aime pas faire ça. Je l'ai écrite d'une traite, sans réfléchir beaucoup, et à part témoigner que j'ai abusé d'un certain dessin animé dans mon enfance, elle n'a aucun, mais aucun intérêt. Faudrait que je la mette en revers, un jour.
On me dit souvent que mes histoires semblent à destination de la jeunesse - pour celle-ci, on va dire que c'est assumé (et encore, je ne suis pas sûre que ça intéresserait le moindre enfant, mdr).
Bref, après cette présentation fort flatteuse, voici le début (en tout ça fait 9 pages Word). Lisez ou ne lisez pas, commentez ou ne commentez pas... :huhu:
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Mémoires d'une idée à la retraite
Livrez-moi, livrez-moi, livrez-moi, livrez-moi…
- Halte ! Qui va là ?
Livrez-moi, livrez-moi…
Le garde ne bouge pas d’un pouce.
Livrez-moi, livrez-moi, livrez-moi…
- Qui es-tu ? répète-t-il.
Son collège et lui se sont placés côte à côte pour me bloquer le passage. Mais je dois, je dois, je dois passer ! Livrez-moi, livrez-moi ! S’il vous plait !
- Attends, attends, tempère le deuxième garde, qui semble moins rigide dans sa façon d’être que le premier. Je comprends que tu sois pressée, mais tu sais bien qu’on ne peut pas laisser passez n’importe qui. Hein ?
Savoir, oui je sais, je sais, je sais, mais je dois passer, passer vite, vite !
- Ho là !
C’est le premier garde qui s’est de nouveau interposé. Il ne veut pas me laisser passer ! Il ne veut pas ! Comment je vais faire ? Je dois passer ! Passer, passer, passer, passer !
- D’accord ! reprend le deuxième garde en voyant que je commence à paniquer. Calme-toi ! Dis-nous d’abord où tu comptes aller comme ça.
A l’hypothalamus, je dois arriver au plus tôt à l’hypothalamus ! Livrez-moi ! Vite !
Le deuxième garde émet un sifflement. Son compagnon n’a pas bronché, tout imbu de sa position supérieure de gardien de synapse.
- L’hypothalamus ? s’exclame l’autre. Rien que ça ?
Il a l’air de réfléchir. Lentement. Trop, trop lentement !
- Ecoute, ma petite, fait-il enfin. On ne peut pas laisser n’importe qui aller là-bas, juste parce qu’il est pressé. L’hypothalamus, c’est quand même le centre de commandes des comportements du Proprio ! Il faut montrer patte blanche pour y accéder. Et puis c’est à une trotte d’ici. D’abord, qui t’envoie ?
Qui m’envoie ? Moi ? Je…
Je ne sais pas.
Je dois, dois, DOIS être livrée !
- Oui, j’entends bien… (Il semble partagé entre sa compassion à mon égard et son devoir de sécurité) Mais une idée qui ne sait pas d’où elle vient, ce n’est pas bon signe. Tu pourrais être une idée folle, une idée mutante, qu’est-ce que j’en sais ! Bob, du noyau accumbens, il dit qu’une fois il a même vu une idée télépathique. Elle serait arrivée de nulle part, comme ça, paf ! dans sa synapse.
- On raconte beaucoup d’histoires stupides, et particulièrement aux gens crédules comme certains, ronchonne le premier garde avec dédain. Ce n’est qu’une légende cérébrale, ça.
- Ah oui ? s’emporte le deuxième garde. Parce que toi, tu as vu le monde, bien sûr ? Tu as déjà assisté à une infiltration de nicotine dans un neurone dopaminergique, toi ? Non ! Alors je ne vais pas laisser une idée perdue qui n’a même pas été plus loin que le cortex cérébral me faire la morale ! Si Bob a dit qu’il avait vu une idée télépathique, c’est qu’il en a vu une. Point barre.
Hum-hum. Je ne veux pas déranger, mais c’est urgent, urgent, urgent. Je dois passer ! Livrez-moi !
Le garde est embêté. Le deuxième. Parce que le premier s’est simplement renfrogné et ne semble pas disposé à me dégager le passage. Oh lala, lala, lala, comment je vais faire ? Je suis mal partie ! Si je n’arrive pas à bon port, je… je… Je ne sais pas. Il faut que j’y aille ! Que j’y aille, que j’y aille, que j’y aille !
- Bon, grommelle le deuxième garde. On va faire quelque chose, vu que tu es si pressée. Je vais t’accompagner. Ça te convient ? Comme ça, je t’aurai à l’œil, mais tu pourras arriver à destination.
- Tu n’as pas le droit de faire ça ! s’insurge le premier garde, qui n’apprécie pas que son autorité soit remise en question, même par un collègue.
- Alors on va prendre le gauche !
Un silence.
- Ha ha ! Elle était bonne, non ? Le gauche ! nous demande le garde, hilare.
Le premier garde ne rit pas, et moi je suis trop préoccupée. L’hypothalamus, vite, vite, par pitié !
- Hum, oui, désolé, se reprend le deuxième garde. C’est que je suis né dans la zone du cortex cérébral responsable du rire, je ne peux pas m’en empêcher... Bon allez, on y va. Salut, Gustave !
- Je devrais te dénoncer au contrôle de Conscience pour ça ! menace le premier garde, exaspéré.
Le deuxième adopte une expression désinvolte et s’écarte pour me céder le passage dans la synapse. Merci, merci… C’est très important que j’arrive à destination ! Je ne sais pas pourquoi, mais il le faut !
Le garde ne répond pas. Je le sens perplexe.
Nous dépassons le poste de contrôle et rejoignons l’extrémité du neurone. Les idées que l’on croise sont des boules lumineuses, un peu comme les étoiles formées par la réverbération du soleil sur une vitre. Par commodité, la plupart se dotent de membres par mimétisme avec le propriétaire des lieux. Moi je me contente de flotter, comme l’impulsion électrique que je suis.
Sitôt grimpés sur un neurotransmetteur de course, nous sommes happés par la synapse et nous retrouvons dans le neurone suivant. Le garde flatte l’encolure du neurotransmetteur pour le remercier de sa diligence, et nous reprenons notre chemin à pieds tandis que notre monture s’installe en s’ébrouant dans l’attente des passagers suivants.
- Alors, dis-moi, lance le garde pour amorcer la conversation, tu es une idée amnésique ? C’est quand même le comble ! Une idée amnésique… Je trouve le concept très amusant.
Il semble aimer discuter. Ça ne me dérange pas, maintenant qu’on est en route. Je ne sais pas si je suis amnésique. J’ai l’impression que j’ai été formée si vite que je ne sais rien, à part ma destination. Je ne sais même pas ce que je contiens !
- Ça c’est normal, m’explique le garde. Aucune idée ne sait vraiment ce qu’elle contient. Moi-même, je pense que je suis une idée imaginative, une idée artistique. Je n’ai pas l’arrogance de penser que je contiens un « Eurêka ! », mais je nourris quelques espoirs sur ma valeur… Tu me diras, c’est ce qu’on rabâche toutes, nous, les idées perdues. Le Proprio nous a eues un jour, puis nous a oubliée, et depuis, on erre dans le Cerveau en cherchant à nous occuper, attendant qu’Il se rappelle de nous. On forme le comité des Gardes Synaptiques, pour nous assurer que tout fonctionne bien. (Un silence) Il ne s’agirait pas qu’une idée suicidaire s’échappe de la zone du rêve pour aller, par exemple, vers l’hypothalamus, ajoute-t-il, soudain méfiant. Tu n’es pas une idée suicidaire, toi, hein ?
Heu, non, je ne pense pas. Je… je l’ignore en fait. Mais je dois aller là-bas.
- Oui, répond-il lentement. Je t’aime bien au fond, tu sais ? Franche, nette. Tu ne fais pas de différence entre ce que tu penses et ce que tu communiques aux autres. Tu te livres tout entière. Après tout, nous ne sommes que des pensées, on ne devrait pas l’oublier !
Merci… Je rougis.
- Pas de quoi ! Et puis, ce petit voyage ne pourra me faire que du bien. On ne va pas tous les jours à l’hypothalamus ! Oh, non ! s’écrie-t-il soudain en désignant un neurone devant nous.
C’est un tout petit neurone, tout rose et tout frais, qui n’a pas encore la teinte grise de ses congénères adultes. Une troupe d’idées se dirige vers lui à travers une synapse pas encore complètement formée et sans surveillance.
- C’est un bébé neurone, me souffle le garde en accélérant le pas et sans détacher son attention de la troupe d’idées. Tout juste sorti de la zone sous-granulaire, je pense. Vite, il faut arriver avant elles !
Mais… je dois… l’hypothalamus !
- Il attendra ! Tu ne vois pas ce qui se passe ? Ce sont des idées noires ! Si elles s’emparent de ce neurone, c’est le début de l’infection. On va droit à la dépression chronique, je te le dis !
Je force mon regard. En effet, les idées sont toutes sombres et ricanent méchamment. Mais plus nous nous approchons, plus je remarque leur forme biscornue, écrasée, torturée…
- Elles ont été broyées, m’explique le garde en accélérant encore. Parfois, le Proprio broie du noir, et les idées qui en ressortent ont toujours envie de se venger. Hé ! les apostrophe-t-il en élevant la voix. Garde Synaptique ! Arrêtez !
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J'avais, euh, comment dire ? Totalement oublié que je devais poster la suite, lol.
Bon, la voici. Attention les yeux, elle est carrément... au-dessous de tout !
Maintenant que j'ai fini de poster, je vais pouvoir la mettre en Revers, lol.
Merci d'avoir suivi ! :)
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Une sensation indéfinissable m’envahit. J’ai l’impression de grandir, de m’élargir, de prendre forme, enfin. Autour de moi tout est lumineux, les signaux électriques crépitent dans tous les sens, les neurones frémissent, les nerfs palpitent, et, soudain, mon contenu se libère. C’est une véritable explosion, un panache coloré, des gerbes de dopamine fusent de tous côtés en pétaradant pour englober mon message. Frémissante, je le lance de toutes mes forces en direction de la synapse la plus proche. Il tournoie un moment, comme au ralenti, et j’ai le temps de lire les lettres rouges écrites à la hâte qui le composent. Mon message clame :
« Attention le chien ! Vite, FREINE ! »
Je retiens mon souffle. Le message est aspiré par un nerf, et redistribué à l’ensemble du corps en une fraction de seconde. D’ici, j’imagine les mains se crisper, le volant tourner, les roues crisser. Je me contracte, nerveuse au possible. C’est envoyé, livré, livré, mais… était-ce à temps ? Je repense avec culpabilité au bébé-neurone. Si je suis arrivée trop tard, le sauver tout à l’heure n’aura eu aucun sens. Si seulement j’avais su ce que je transportais !
L’activité de l’hypothalamus s’est brusquement apaisée. La dopamine est revenue à un niveau normal, les neurones sont attelés à leurs tâches, personne ne prête plus attention à moi. Exténuée, je retraverse la paroi pour rejoindre mon point de départ, où le garde m’attend impatiemment. Il a l’air inquiet. Autour de nous, la foule des idées n’a plus rien du calme affairé qu’elle inspirait lorsque je l’ai quittée, elles s’agitent, se hèlent, se lamentent – certaines noircissent. Des idées de peur commencent à surgir ici et là, faibles lueurs palpitantes sorties du néant et dégageant des rayons d’électricité qui contaminent les autres. Je me rappelle que le temps va beaucoup plus vite pour nous que pour le Proprio. Si l’accident a eu lieu, quand le saurons-nous ? Quand nous commencerons à nous éteindre ? Je lance un regard désolé au gentil garde, qui me sourit pour me réconforter.
C’est alors que surgit de la foule une idée essoufflée avec un sac en bandoulière, qui agite un journal en tentant de retrouver une respiration normale.
- Oyez, oyez ! toussote-t-il. Ici le Service Info Intra-Cortical !
Toutes les têtes se tournent dans sa direction. Le silence se fait brutalement, interrompu seulement par ses crachotements laborieux.
- Flash info direct en provenance de l’aire visuelle ! annonce-t-il alors dans un filet de voix. Le chien a été évité ! Je répète : le chien a été évité ! La voiture n’est pas tombée dans le ravin ! Tout va bien !
Un « ouf ! » collectif de soulagement s’élève de la foule. Le garde et moi échangeons une bourrade amicale. On l’a échappée belle ! Ça m’apprendra, à me disperser. J’étais une idée si urgente que le cortex préfrontal qui m’a envoyée n’a pas pris le temps de me donner mes accréditations ! C’est malin. Je soupire, libérée d’un grand poids.
La foule se disperse lentement après les cris de joie et les embrassades, et le gardien qui a essayé de m’empêcher de passer les barrières m’accorde un hochement de tête de remerciement avant de tourner les talons. Je me sens toute vide, à présent.
- Alors ? me lance timidement le garde avec un regard jaloux vers l’hypothalamus. C’est comment, de délivrer son idée ?
- C’est fatigant, j’avoue en me remémorant la confusion qui régnait à l’intérieur. Mais ça doit dépendre des idées : moi j’étais une idée un peu farfelue.
Il brille un peu moins fort, mélancolique. Être une idée perdue ne doit pas être facile tous les jours.
- Qu’est-ce que tu vas faire, maintenant ? me demande-t-il.
- Je ne sais pas trop.
- Tu pourrais rejoindre la Garde Synaptique !
- Peut-être… – je ne suis pas très convaincue.
- Ou traquer les idées fixes obsessionnelles ? Bob dit qu’un jour, il en a vu une qui voulait convaincre tous les neurones que la belle-mère du Proprio essayait de l’empoisonner ! Heureusement qu’on lui a mis le grappin dessus, sinon, bonjour les dégâts.
- Pourquoi pas… Mais la surveillance, ça ne me plait pas trop – j’avoue maladroitement.
J’ai eu assez maille à partir avec les différents points de contrôle aujourd’hui.
- Et si tu écrivais des mémoires ?
- Moi ?
- Oui ! Tu as eu un début de vie palpitant, pour une idée qui ne sait même pas d’où elle vient !
Je rougis.
- Tu intitulerais ça… Je ne sais pas, moi ! « A la recherche de l’idée perdue » ! Non, ça ne colle pas trop… « Mémoires d’outre-hypothalamus » !
- Ça me semble un peu pompeux…
- Ah ? On peut faire plus sobre, alors. « Mémoires d’une idée à la retraite ». Simple, clair, efficace.
- Tu crois vraiment que ça pourrait marcher ?
- Mais oui ! Et je t’accompagnerai même dans le cortex de l’imagination. S’ils le faut, ton scénario sera publié : le Proprio le prendra pour une idée à lui. Tu pourrais leur donner… des idées ! Ha ha ha ! Elle est bonne hein ? Non ?
- Si si…
- Allez, viens. Il faut aller signaler le gang d’idées noires qu’on a croisées tout à l’heure, et puis je t’emmènerai voir les paysages bucoliques de l’enfance du Proprio dans l’hippocampe qui enregistre les souvenirs. Ça vaut le détour, foi de Garde Synaptique !