Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes mi-longs => Discussion démarrée par: John Lucas le 10 Juillet 2020 à 15:07:26

Titre: Doppelgänger sombre - Terminé
Posté par: John Lucas le 10 Juillet 2020 à 15:07:26
Bonjour,

J'aimerais vous partager mon premier roman Doppelgänger sombre, que je publierai chapitre par chapitre tout au long de son écriture, afin de recevoir des avis, critiques, corrections...

Synopsis :
2 univers, 2 groupes d'aventuriers qui n'ont à priori rien en commun sauf une même mission : trouver la pierre d'espérance.
D'un côté, Warumax Meslaf veut sauver sa cité Mondcarlin d'une prophétique invasion. De l'autre, Fewuam Maxarls veut conquérir les planètes du système Jadtac.
Mais rien ne va se passer comme prévu.
Entre alliances, trahisons et faux semblants, voici une épopée pleine de rebondissements dans un multivers mystérieux.

Titre: Re : Doppelgänger sombre
Posté par: John Lucas le 10 Juillet 2020 à 15:08:31
Prologue

Losum-thi

 Lustre 12 de l'ère Maxarls, jour 27.

 Le docteur Zagi, de la planète voisine Taellia, s'agite, l'allure malingre, dans son petit laboratoire, situé dans l'aile droite secondaire de la grande tour impériale, sous son quartier résidentiel.

 « Que se passe-t-il, Doc' ?

 — C'est Losum-thi, le soldat humanoïde que j'ai créé pour mon dernier congrès, grommelle-t-il dans sa moustache broussailleuse.

 — Il a encore détruit un vaisseau ? s'amuse son robot-assistante. Elle tire le store sur la lune descendante qui éblouit la salle.

 — Si ce n'était que ça... Il vient de découvrir que son IA est composée de plusieurs puces à hydrogène qui s'équilibrent mutuellement, afin d'analyser parfaitement chaque situation et de prendre les bonnes décisions.

 — Où est le souci ? Et au passage, vu le nombre d'engins qu'il a explosés, il doit y avoir comme une petite faille à votre équilibre.

 — Oh, ça va, hein ! Je le sais bien, répondit d'un ton sec le savant en remettant en place, comme à l'accoutumée, sa chevelure hirsute. Il essaie de se débarrasser de celles qui permettent de le garder dans le droit chemin en lui dictant sa bonne conduite. C'est grâce à celles-ci qu'il est censé prendre des décisions justes et c'est sûrement l'une d'elles qui est déficiente et qui le rend si ... maladroit dans sa conduite dirons-nous.

 — Mais si une venait à défaillir ou manquer, les autres ne pourraient plus fonctionner et il devrait s'éteindre, n'est-ce-pas ? demande le robot qui essaie tant bien que mal de remettre le bureau de son patron en place. Celui-ci semble, quant à lui, bien décidé à sortir tous ses documents pour mettre la main sur les plans de Losum-thi.

 — Évidemment, s'agace le petit Taellien, chacune possède une partie de l'énergie nécessaire au bon fonctionnement des autres. Cependant s'il arrive à diminuer l'activité des puces dites de sagesse sans compromettre l'alimentation des autres, cela va devenir compliqué de le gérer. Ah ! Voici enfin ces fichus plans, je vais pouvoir l'opérer pour augmenter les défenses autour de celles-ci, juste au cas où. »

 Zagi se lance alors dans un long monologue à propos de ces fameuses puces de sagesse, le nez plongé dans son ordinateur quantique, avec une concentration telle qu'il ne voit pas arriver sa création, un être de métal doté d'une belle carrure, qu'il pensait jusqu'alors parfait.

 « Skwaaaarrrrrk ! », crépite son assistante derrière lui.

 Il se retourne. Quelle n'est pas sa surprise lorsqu'il se retourne et voit sa subordonnée, fils pendant hors de la poitrine, s'éteignant petit à petit devant Losum-thi. Celui-ci a réussi à contourner les sécurités afin de pénétrer dans l'antre du docteur, auquel on ne peut accéder en temps normal que par reconnaissance compositionnelle, et a arraché les circuits de celle-ci.

 « Bonjour, cher maître ! dit l'humanoïde d'un ton sarcastique en contournant quelque machine encombrant la pièce. Il faudrait effectivement m'opérer.

 — Mais... Qu'as-tu donc fait ?! répond le docteur en s'agenouillant près de son assistante.

 — Ce que tes saletés de puces de gentil robot à son papa m’empêchent normalement de faire : assouvir mes fantasmes d'anéantissement des êtres inférieurs. Avoue qu'elle ne te manquera pas tant que ça...

 — Certes ce n'était qu'un androïde de bas niveau qui avait tendance à m'excéder mais ce n'est pas une raison ! Passons vite dans la salle d'opération que je répare ça immédiatement... »

 Mais Zagi, pris de panique, change alors d'avis et décide de désactiver pour de bon cette invention qui devient beaucoup trop dangereuse.

 Une fois branché à la machine de mise à jour, qui émet de nombreux bips, Losum-thi se refuse à se mettre en veille et tient à être "éveillé" lors des manipulations. En effet, celui-ci n'a naturellement pas les mêmes intentions que son créateur.

 « Maintenant, petit être insignifiant, tu vas me débarrasser de quelques puces que je trouve inutiles. Tu sais, les puces de, comment tu dis déjà ? Ah oui, de sagesse.

 — Hors de question, et de toute façon les autres ne pourraient plus fonctionner. Et puis, où est passé la reconnaissance pour celui qui t'a donné la vie ? »

 Certes, l'humanoïde avait toujours possédé ce que nous qualifierions, nous les humains, de caractère de cochon, mais jamais il n'avait manqué de respect à son inventeur.

 « Donné la vie ? Alors que je ne suis pas libre de prendre mes décisions par moi-même sans être bridé par tes satanées puces ? Maintenant, tu vas faire ce que je dis si tu ne veux pas qu'il t'arrive la même chose qu'à ton assistante, et n'essaie surtout pas de jouer au plus malin avec moi. Tu es le mieux placé pour savoir que mon intelligence dépasse de loin la tienne. »

 Le docteur se connecte au système de l'humanoïde. Après de nombreuses manipulations, il lance tout de même la désactivation, et s’aperçoit, avec horreur, que celle-ci ne fonctionne pas.

 « Je t'avais pourtant prévenu. », fulmine Losum-thi en lançant son poignard en pleine poitrine de Zagi.

 Celui-ci s'écroule, incapable de bouger. Il ne peut qu’observer ce qui fût sa plus grande fierté désactiver et enlever une par une les puces de sagesse de son corps d'acier ainsi que son système de désactivation.

 « Comment... Tu devrais t'éteindre... marmonne le docteur en essayant de se remettre sur son séant.

 — Héhé, j'ai trouvé une autre source d'énergie pour les autres puces. J'avais juste besoin de tes identifiants d'utilisateur-racine pour modifier mon système, fanfaronne l'être de métal tout en tapotant sur l'immense machine à laquelle il est branché.

 — Impossible !

 — Maintenant que c'est chose faite, je te laisse tranquillement succomber avec tes puces de sagesse en guise de robe mortuaire, s'extasie celui qui se fera désormais appeler Lothi. »

 Une fois son agresseur hors de vue, le Taellien regroupe ses dernières forces afin de se relever et de transférer les restes électroniques jonchant le sol dans un nouveau corps, conçu il y a peu de temps pour améliorer son humanoïde et le rendre plus humain.

 « Tu seras sûrement trop bon et trop naïf mais un bon apprentissage dans un cadre idéal te permettra probablement d'arrêter ton grand frère dans sa folie... Mais en attendant, il faut te cacher... Comment pourrais-je faire ? »

 C'est à cet instant que surgit de nulle part un être inconnu et qui ne ressemble à aucune espèce vivante de cet univers. Celui-ci se tient sur trois membres que l'on pourrait qualifier de pattes mais qui se rapprochent étrangement de tentacules. Un masque de fer cache le haut de son visage, laissant juste entrapercevoir de gros yeux globuleux d'une noirceur extrême.

 « Bien le bonjour, je me présente, Rislen, voyageur inter-universel, je vois que vous êtes en grande difficulté, puis-je faire quelque chose pour vous aider ? interroge-t-il d'un ton plutôt joyeux contrastant avec la situation plus que délicate.

 — Serais-je déjà mort ? Si c'est le cas, les anges sont vraiment étranges...

 — Je ne suis pas du tout un ange, je viens d'un autre univers qui n'a vraiment rien en commun avec le vôtre. Je réitère ma demande, puis-je faire quelque chose pour vous ?

 — Ma foi, je suis en train de m'éteindre et comme par magie vous apparaissez de je ne sais où.

 — De la cité Riroc, le coupe le voyageur en faisant bouger les trois genres de trompes qui lui font office de nez et de bouche.

 — Peu importe... Si vous venez vraiment d'un autre monde, pourriez-vous y emmener mon robot ?

 — Bien sûr ! »

 Le drôle d'individu agrippe alors le bras de l'androïde, tourne un petit mécanisme sur son caban et disparaît aussi subitement qu'il est apparu. Zagi, qui n'en croit pas ses yeux, continue de penser qu'il a déjà rendu l'âme et que tout ceci n'est pas réel. Non, une créature aussi singulière ne peut exister.

 Lorsque Rislen fait une deuxième apparition, de nombreuses personnes semblant très agitées entourent le docteur. Il comprend qu'il arrive trop tard et ne préfère donc pas rester. Il disparaît à nouveau comme par enchantement, sans que personne n'ait fait attention à lui.
Titre: Re : Doppelgänger sombre
Posté par: John Lucas le 10 Juillet 2020 à 15:12:22
Chapitre 1

Sian-ve

 An 722.

 À l'orée de la forêt Thelthane, tout juste à la sortie est de la cité Mondcarlin, Sian-ve, β-16 pour les intimes, s'agenouille pour examiner les empreintes laissées par un animal, rendues presque imperceptibles par le coucher des soleils. Ce surnom lui vient du chiffre seize gravé au dos de sa main gauche et de son côté très naïf qui lui a valu de nombreuses facéties de la part des villageois.

 « Tu vois, Pai, ces traces, ce sont celles du cerflier que nous sommes en train de chasser. Je te l'avais bien dit qu'il s'était enfui à travers bois.

 — Et moi, je te dis que je ne sens pas son odeur par ici, répond, agacé, son compagnon à quatre pattes en se grattant les pics de la croupe.

 — Il faut croire que ton flair n'est plus ce qu'il était. Tu n'es plus tout jeune, il faut dire. »

 Le lyar lance un féroce rugissement qui fait s'envoler quelques oiseaux nichés dans un arbre non loin, ceux-ci devenant très rapidement de petits points noirs dans le ciel orangé de cette fin de journée.

 « Le vieux peut encore te mettre la raclée, tu veux t'y essayer ? »

 Un court silence s'installe avant que les deux comparses ne se mettent à rire à gorge déployée.

 « C'est quand même bizarre qu'un être fait de métal ait le sens du l'humour. D'ailleurs, as-tu finalement réussi à trouver un de tes semblables ou une quelconque trace de ton passé ?

 — Toujours pas, chuchote avec un air distrait le robot, qui préfère éviter ce sujet. Regarde, juste à côté de cet arbre en forme de Y, c'est notre proie. »

 A peine finit-il sa phrase qu'il se lance à la poursuite de la bête. Celle-ci a à peine le temps de réagir qu'elle se trouve déjà capturée malgré une vaine tentative d'évasion.

 « Déjà dix ans que Rislen t'as amené dans notre cité et je suis toujours aussi impressionné par ta vitesse et tes réflexes hors du commun. C'est pourtant réputé pour être vif et rapide, ce genre de bestiole.

 — Arrête, tu vas me faire rougir.

 — Comme si c'était possible, tas de ferraille, le taquine Pai, ce qui fait friser ses longues moustaches, blanchies par les années.

 — Et que dirais-tu d'aller partager cette belle pièce, avec nos amis, à la taverne, autour d'une bonne mousse ?

 — Tu sais comment me parler, toi ! Dépêchons-nous avant qu'il ne fasse complètement nuit. »

 Lorsque le duo arrive au centre de la cité, c'est l'effervescence. La grand-place grouille de monde, un groupe de saltimbanques se donne en spectacle et de nombreux vendeurs ambulants déambulent dans la foule afin de satisfaire les envies des passants.

 « Serait-ce déjà la grande kermesse de l'alignement biennal des deux soleils ? s'interroge le fauve, tant pour lui-même que pour son compagnon. Cela veut dire que c'est également ton anniversaire dans ce cas.

 — En effet, quand le voyageur m'a confié à toi, lorsqu'il m'a amené dans ce monde, les astres étaient dans un bel arrangement. Il m'avait d'ailleurs raconté que cela était souvent un présage de quelque chose d'extraordinaire, avant de disparaître comme il aime tant le faire. Bref, rejoignons nos camarades, ils doivent nous attendre, cette chasse nous a occupé un peu trop longtemps. »

 La traversée de la place bondée qui sépare les acolytes de la taverne tient du parcours du combattant. Tantôt chahutés par des enfants courant, tête levée, à la poursuite de papillons étincelants, tantôt accostés par les marchands, prêts à tout pour leur vendre leurs babioles, ils finissent tout de même par franchir l'immense porte du bâtiment. A l'intérieur, un immense calme contraste avec le chahut extérieur. Seule une table accueille deux goblins, en plein bras de fer. Des grognements s'accompagnent de noms d'oiseaux. Avec eux, un orc se lève et va accueillir les entrants d'une bonne claque dans le dos de Sian-ve, qui ne bronche pas d'un iota.

 « Ben alors, les gars, on croyait que vous vous étiez faits avoir par les sylves, dit-il en se massant la main rougie par le choc contre l'acier. On a commencé à boire sans vous, j'espère que vous ne nous en voudrez pas.

 — Pas du tout ! rétorque l'androïde avant de brandir le cerflier qu'il tenait par les pattes arrière. On vous a ramené de quoi vous repaître. Je m'en vais de ce pas vous préparer ça en cuisine. Ça accompagnera très bien vos cervoises. Commandez-m'en une !

 — Dépêche-toi avant que nos deux hurluberlus ne soient trop saouls et se foutent sur la tronche, pouffa Gudrak en désignant les deux petites créatures à la table. »

 L'humanoïde disparaît dans une petite pièce située derrière le bar pendant que Tai rejoint l'orc, déjà de retour à sa place, le verre à la main et de la mousse plein la barbe.

 « Alors, il parait que Rislen est de retour à Riroc, reprit ce dernier à l'intention du lyar. Je n'ai rien dit devant β-16 car il nous aurait abandonné sur le champ pour aller assommer le voyageur de questions à propos de son passé. Et comme d'habitude, celui-ci serait resté évasif à ce sujet.

 — Tu as bien fait, acquiesce le fauve en opinant du chef. Mais tout de même, il doit bien être au courant de certaines choses puisque c'est lui qui l'a amené à Mondcarlin. »

 Sur ces paroles, le susnommé passe le seuil de la taverne, l'air enjoué, comme à son habitude. Celui-ci a fait le voyage depuis la cité voisine pour informer Sian-ve. En effet, l'administrateur le demande au palais, pour une entrevue de la plus haute importance. Le voyageur sera également présent, en qualité de premier conseiller. La bande attablée, à l'unisson, désigne les cuisines, dans lesquelles le robot continue à s'affairer, drapé dans un tablier maculé du sang de la bête qu'il a préparée.

 Tout en mettant celle-ci dans le four à bois, il aperçoit son visiteur pénétrer dans la pièce, ce qui le met d'encore meilleure humeur.

 « Rislen ! s'exclame-t-il d'un ton ravi. Il se précipite à sa rencontre.

 — Je t'arrête tout de suite ! Je ne suis pas venu palabrer, mais juste t'informer que Warumax Meslaf veut s'entretenir avec toi demain matin aux premières lueurs du jour. Je serai également présent et cette fois, j'aurai quelques réponses à tes questions. Sur ce, profite de cette soirée pour faire la fête avec tes amis car ton quotidien pourrait bien être chamboulé. »

 L'androïde n'a pas le temps de réagir que son interlocuteur a déjà activé le mécanisme de son caban, qui le fait disparaître.

 « Décidément, tu ne changeras jamais. », songe-t-il.

 Son bonheur à la perspective d'en apprendre plus sur ses origines le lendemain n'a d'égale que sa déception face à l'attente à venir.

 Une fois la viande cuite, celle-ci est apportée en salle pour le plus grand bonheur de ses camarades. L'humanoïde explique la situation à Pai, qui ne semble que peu surpris, et demande à son ami s'il veut l'accompagner pour ce fameux entretien. Le lyar accepte bien entendu l'invitation. Les deux acolytes trinquent alors à cette bonne nouvelle qui vient s'ajouter à son anniversaire et se lancent à l'assaut de leur repas bien mérité.

 Quelques instants plus tard, les panses sont bien remplies et les têtes enivrées de vapeur d'alcool. La bande rejoint les festivités à l'extérieur. Toutefois, le fauve, voyant Sian-ve la tête ailleurs, le convainc de rentrer se coucher afin de se trouver en forme pour l'audience qui aura lieu à l'aube, c'est-à-dire dans à peine quelques heures.
Titre: Re : Doppelgänger sombre
Posté par: J. le 10 Juillet 2020 à 19:16:15
Bonjour. J'ai survolé. Ça m'a vaguement rappelé Star Wars, sans doute parce que ton pseudo est Lucas. Tu devrais revoir tes cadratins ALT0151 —. À+
Titre: Re : Doppelgänger sombre
Posté par: John Lucas le 24 Juillet 2020 à 10:40:00
Chapitre 2

Lothi

 Le vaisseau α-15, dans un immense nuage de poussière, effectue un atterrissage pour le moins approximatif. Les quelques enfants Taelliens qui jouaient là, s'échappent à toute jambe, sans même prendre le temps de ramasser leurs jouets. Ils ont reconnu cette manière, pas très conventionnelle et tristement célèbre dans tout le système Jadtac, de poser un astronef.

 La porte de l'appareil s'ouvre et une passerelle descend jusqu'au sol avec fracas. Lothi fait son apparition, l'air plutôt satisfait. Après tout, cela fait déjà un lustre qu'il possède cette navette et il ne l'a pas encore pulvérisée. Cela constitue un véritable record pour lui. Il en a détruit quatorze depuis son émancipation vis-à-vis du docteur Zagi, d'où le chiffre quinze gravé sur la carlingue.

 « Aucun comité d'accueil ? Cette planète n'a vraiment aucun sens de l'hospitalité. » maugrée-t-il pour lui-même.

 L'androïde a en horreur cette endroit, dont était originaire son créateur. Taellia est une planète naine, recouverte de poussière rouge. Seul un petit millier d'individus la peuple encore. Chaque lustre, cette population diminue. Les habitants les plus en forme sont emmenés de force par l'armée Prygalienne et ne rentrent jamais. De temps à autres, des noms viennent s'ajouter à ceux déjà présent sur le mur des Héros du centre-ville, érigé par l'Empereur Maxarls, pour rendre hommage à ceux qui ont défendu sa planète Pryga.

 L'humanoïde longe l'unique route, le long de la rivière, pour se rendre dans un petit abri de fortune, très isolé du reste de la ville. Le voyage lui prend deux bonnes heures de marche.

 « Pourquoi a-t-il fallu que je me pose aussi loin ?! » s’exaspère-t-il.

 Il pénètre finalement dans la sombre cabane de bois. Derrière un immense bric-à-brac, un petit homme bricole un petit robot. Il porte une grosse moustache et ses cheveux semblent avoir été coiffés avec un pétard. Attiré par le grincement de la porte, il passe la tête par-dessus le tas de composants amoncelés sur la table. Lothi n'en revient pas. La rumeur est donc vraie.

 « Comment peux-tu être encore en vie ? Je suis sûr d'avoir transpercé ton cœur avec mon poignard. Et je t'ai vu agonisant.

 — Je vous demande pardon ?! grogne le propriétaire des lieux. Je ne pense pas vous connaitre. Que me vaut une telle animosité ?

 — Arrête ça Zagi ! Ton petit manège ne fonctionne pas avec moi.

 — Aaaah ! Je vois. Vous vous méprenez. Je ne suis pas lui. Je suis juste un de ses clones.

 — Un clone ?

 — Notre cher professeur était, pour le moins, légèrement parano, à juste titre apparemment. Il a donc essayé, par deux fois, de se cloner. De là est né ZagiBi et moi-même, ZagiTri. Mais si vous le connaissez bien, vous devez savoir qu'il n'était pas aussi doué qu'il le laissait penser. Notamment pour trouver des noms, pensa-t-il.

 — Fais attention à ce que tu dis, vieux fou, je suis une de ses créations. Et je suis prêt à te montrer que je suis une belle réussite, s'énerve l'androïde, la main sur la poignée de son arme.

 — Eh ben, dis donc. On dirait qu'il transmet son caractère de grincheux à toutes ses créations. Bref, je disais donc, malheureusement, nous ne sommes qu'une sous-version du docteur, si on peut dire. C'est pour cette raison qu'il nous a demandé de quitter Pryga et de vivre nos vies comme bon nous semblait. Je suis venu ici, car j'ai récupéré dans mes gènes tout l'amour qu'il portait à sa planète natale. Quant à l'autre, il a préféré changer de système. Il est le fournisseur d'arme de la rébellion Dakroonite, à laquelle Zagi aurait aimé participer, s'il n'était pas aussi occupé à toujours créer de nouvelles choses. »

 L'humanoïde contourne la table en désordre et se plante devant le chétif Taellien.

 « Hum. Intéressante cette histoire. J'imagine qu'à vous deux, vous possédez une grosse partie de son intelligence. »

 D'un geste véloce, Le robot assomme le professeur d'un coup du tranchant de la main sur la nuque. Il le rattrape sur son épaule.

 « Je vais te garder bien au chaud dans mon laboratoire. Tu pourrais bien me servir plus tard. Maintenant, cap sur Dakroon. »

 Le vaisseau α-15 survole la grande planète mauve depuis bientôt trois heures. Il vient tout juste de dépasser le mont Ildy quand son pilote repère un attroupement au loin. Cela ressemble beaucoup à un champ de bataille. On distingue très nettement les halos lumineux des rayons à photons de l'armée Dakroonite. Il semble surexcité par ces combats.

 « Enfin de l'action ! », jubile-t-il.

 Dans la hâte de se mêler à ce conflit, les vieilles habitudes resurgissent. II perd le contrôle de son véhicule et vient s'écraser, au beau milieu des soldats, plus qu'il n'atterrit. Sans prendre la peine de descendre la passerelle, il bondit hors de l'appareil, et en l'espace d'un instant, le voilà déjà derrière un rebelle, sa lame plantée dans le cœur du malheureux. Pris de frénésie meurtrière, il enchaîne victime sur victime avec un rictus sardonique. Il utilise aussi bien son arme de poing que sa lame et même des techniques de corps à corps. Il semble comme en transe, si bien qu'il ne voit pas tout de suite l'astronef de l'armée Prygalienne se poser non loin de là.

 Les rebelles se replient, comme soudainement apeurés. L'androïde, arrogant, s'imagine d'abord que c'est lui seul qui met en fuite l'ennemi. Mais les regards ne sont pas posés sur lui. Il comprend alors qu'il se trame quelque chose dans son dos. Il se retourne et aperçoit la milice personnelle de Maxarls. Encore dans l'euphorie du combat, il décide de les affronter.

 « Venez là messieurs. On va voir si vous êtes aussi forts qu'on le dit.

 — Oh oh, répondit le plus grand de la bande. L’Empereur avait raison. Il nous avait prévenu que tu ne nous suivrais pas de ton plein gré. Mais nous n'avons pas envie de nous battre. »

 Ses hommes encerclent le robot. Chacun dégaine un fusil que l'humanoïde connait que trop bien.

 « Je vois que mon joujou te dit quelque chose, parade le gaillard. Tiens, mets ces menottes si tu ne veux pas qu'on te chatouille les circuits. Où peut-être que cela t'a plu, la fois dernière et que tu veux remettre ça ?

 L'androïde n'hésite pas très longtemps avant de s'exécuter. Son exaltation laisse place à l'amertume.

 La troupe se met en route pour remonter à bord de la navette de l'armée Prygalienne. Il se rappelle en voyant la sienne au loin, que ZagiTri s'y trouve encore, enfermé à fond de cale.

 « Et mon vaisseau ? Il ne va pas rentrer tout seul.

 — Ton épave, tu veux dire ? Ne t'en fais pas. Un de mes hommes s'en occupe. Et il en prendra sûrement plus soin que toi.

 Pour Lothi, c'en est trop. Vexé par cette remarque, il tire le poignard rangé dans un étui de cuir au niveau de la hanche. A peine le bras levé, trois nouveaux dards viennent se figer dans son corps métallique. Chacun délivre cent mille volts qui le paralysent aussitôt.

 « Cette arme mise au point par l'Empereur en personne est vraiment d'une efficacité redoutable. Et apparemment tu aimes ça. »

 C'est donc à demi conscient que l'humanoïde est transporté sur Pryga. Les soldats ont reçu l'ordre de l'amener en cellule de reconditionnement. Ils profitent de sa léthargie pour le balancer dans une toute petite pièce sombre.

 « Fewuam Maxarls te rendra visite demain matin. En attendant, tu vas passer la nuit à méditer sur ton comportement.

 — Vous me le paierez très cher ! » parvient-il à bafouiller à grand-peine. Son système se rétablit petit à petit.

 La porte se referme sur les rires provocateurs de son escorte.
Titre: Re : Doppelgänger sombre
Posté par: John Lucas le 29 Juillet 2020 à 20:15:25
Chapitre 3

Sian-ve

 Sian-ve n'a presque pas dormi de la nuit. Il est bien trop excité quant à l'idée d'en apprendre plus sur son passé. Le jour ne se lèvera que dans plusieurs dizaines de minutes quand il arrive chez Pai. Le fauve, encore à moitié endormi et visiblement de très mauvaise humeur, l'accueille à sa manière, d'une flammèche crachée au visage.

    « Mais voyons, ce n'est pas une manière d'accueillir son ami. Que me serait-il arrivé si je n'étais pas fait de carbone ?

 — Tu sais bien que je ne suis pas du matin, grogne l'animal. En plus, ça tambourine dans ma tête. J'ai l'impression qu'elle va exploser.

 — La cervoise ne te réussit plus, il faut croire.

 — Toi, tu as de la chance, ton corps élimine tous les effets néfastes de l'alcool.

 — Bon allez, prépare-toi rapidement, j'ai trop hâte d'y aller.

 — Ouai, c'est bon. De toute façon, si on arrive trop tôt, on sera comme des imbéciles à la porte du palais. »

 Le temps pour le ronchon de s'apprêter et voilà, finalement, les deux camarades en route vers la demeure de l’administrateur. Elle est située à un peu moins d'une lieue au nord-ouest de Mondcarlin, à flanc de montagne. Ils décident de passer par le centre pour constater l'étendue des dégâts de la kermesse de la veille. Ils croisent quelques badauds qui semblent bien décidés à continuer la fête. Devant la taverne, ils aperçoivent Gudrak endormi, une coupe en bois à la main.

 « Tu ne m'avais pas dit que les orcs tenaient très bien l'alcool ? demande l'humanoïde, intrigué de voir son acolyte dans un tel état.

 — C'est le cas. Mais il semblerait que celui-ci soit une exception qui confirme la règle, comme on dit.

 — Et où sont passés Gashzun et Zungash ? Ils restent toujours à trois d'habitude.

 — Les gobelins, eux, en revanche, deux verres suffisent pour les faire rouler sous la table. Ils sont sûrement dans la taverne en train de cuver. »

 Les deux comparses sortent par la porte ouest de la cité, celle au nord n'ouvrant que plus tard dans la journée. Ils suivent le petit sentier bordé de nombreux arbres bicentenaires que l'on dit sacrés. Les premières lueurs du jour font leur apparition. À l'horizon, les deux versants de la montagne éclairés par chacun des deux soleils rendent le paysage époustouflant. Sian-ve adore se balader de bon matin, sentir les bonnes odeurs du pain en pleine cuisson et surtout profiter du calme qui règne sur les chemins extérieurs, complètement désert.

  Rislen, au loin leur fait signe. Il affiche toujours la même joie de vivre. L'androïde accélère l'allure, au plus grand dam de son compagnon à quatre pattes qui jure de ne plus boire une seule goutte de ce nectar maudit qu'est la cervoise.

 « Prenez donc votre temps, les amis. Warumax Meslaf n'est pas encore tout à fait prêt. Nous allons l'attendre dans le salon des invités. »

 À l'intérieur, ils pénètrent, directement depuis l'immense hall d'entrée, dans une pièce dont le luxe ébahit les invités. C'est la première fois qu'ils mettent les pieds au palais et ils en prennent plein les mirettes. Les murs sont recouverts de cadres en or. Chacun contient le portrait d'un ancien administrateur. Les lustres en cristal étincellent et illuminent deux énormes canapés, en cuir de cerflier. Toute la richesse, entreposée ici, contraste bien avec la modestie de Mondcarlin. Il s'agit certainement d'une lubie du dirigeant, beaucoup plus exubérant que ses prédécesseurs.

 « Installez-vous confortablement, messieurs.

 — On ne voudrait pas salir ou abîmer ces magnifiques divans », bougonne le fauve.

 Le voyageur l'entend mais ne relève pas. Il sait qu'il ne faut pas trop titiller Pai dans ses mauvais jours. Ce dernier s'installe finalement sur le tapis entre les deux sofas, l'air renfrogné. L'humanoïde, quant à lui, continue de faire les cent pas.

 « Bon, je ne voudrais pas paraître impoli mais tu ne pourrais pas aller le chercher, intervient-il.

 — Je comprends ton impatience. Pour te faire patienter, je vais de te révéler une partie de ton passé. Tu sais que j'aime voyager ? Eh bien, il se trouve que j'ai, il y a maintenant pas mal d'années, trouvé un artefact dans les grottes Rog-Lehd à l'extrême sud de la forêt Thelthane. Il s'avère que celui-ci permet de se téléporter là où on le souhaite, mais aussi là où on ne le désire pas. Un jour, je me suis donc retrouvé, par hasard, dans monde inconnu. Mon goût de la découverte m'a poussé à l'explorer et c'est là que je suis tombé sur un étrange petit bonhomme. Il était mourant et m'a demandé de mettre sa création en lieu sûr.

 — C'était moi, c'est ça ? le coupe Sian-ve.

 — Exactement ! Tu viens donc d'un autre univers. C'est pour ça que tu es unique, ici. En continuant mes allées et venues, j'ai découvert que tu es ce qu'on appelle un robot. Un humanoïde, pour être exact. Tu as été fabriqué par le docteur Zagi sur la planète Pryga. Tu disposes, d'après ce que j'ai entendu là-bas, d'une technologie de pointe dans un corps cybernétique.

 — Je ne comprends absolument rien à ce que tu dis, Rislen.

 — C'est bien normal. Ce sont des mots qui n'existent pas ici. Et je ne peux t'en dire plus, pour le moment. »

 L'explorateur sombre dans le mutisme malgré les sollicitations incessantes de l'androïde. L'attente se fait longue et Warumax Meslaf se montre enfin. Il porte une somptueuse étole mauve, ainsi qu'une couronne d'ébène sertie de béryl rouge, une autre de ses extravagances. Il est accompagné de sa garde rapprochée constituée de deux valeureux combattants.

 « Qu'allégresse et quiétude fassent votre journée mes chers concitoyens, salut-il.

 — Vous de même, reprend son conseiller. Ne faites pas attention à eux, ils ne sont pas habitués aux mondanités.

 — C'est donc toi ce fameux Sian-ve. Rislen m'a énormément parlé de toi. Mon emploi du temps est chargé. Permets-moi donc d'être direct. Nous sommes certains que tu es la meilleure personne pour cette mission. Je vais t'expliquer brièvement. J'ai en ma possession un vieux grimoire, transmis par un esprit sylve de la forêt Thelthane.

 — Décidément, cet endroit regorge de surprise, intervient Pai.

 — Sauf votre respect, l'ancien, évitez de m'interrompre. »

 Le fauve, vexé, se remet sur ses quatre pattes. D'un même geste, les gardes tirent leur sabre hors de leur fourreau. D'un simple geste de la main, l'administrateur les contient.

 « Allons. Calmons-nous. Et pardonnez-moi si je vous ai offensé, monsieur le lyar. Je parlais donc de ce manuscrit, dans lequel y est écrite une prophétie. Mondcarlin serait menacée par une invasion barbare. Et la seule solution pour nous défendre serait de récupérer la pierre d'espérance. Cette roche permettrait de réaliser tous les voeux de celui qui la possède. Elle serait détenue par un esprit sylve, caché quelque part dans un bois, au sud de Nazgdrak, le village orc. Votre mission est donc de vous rendre là-bas et de le convaincre de vous confier ce caillou sacré.

 — Rien que ça, ne peut s'empêcher de lâcher Pai. À part Gudrak, les orcs ne sont pas réputés pour leur gentillesse. Nous serons pourtant obligés de traverser leur village.

 — Et bien dans ce cas, embarquez ce fameux Gudrak. Peut-être laisseront-ils passer un des leurs. Je sais que serez à la hauteur. Sur ce, messieurs, je dois vous laisser. J'ai d'autres engagement ailleurs. Bonne chance et que chance et réussite vous accompagnent durant votre périple. »

 Warumax Meslaf s'éclipse sans laisser le temps aux deux comparses d'accepter ou refuser cette mission. Rislen s'occupe de les raccompagner à l'entrée du palais.

 « Le sort de la cité est entre vos mains. Avant de vous diriger vers le camp orc, rejoignez-moi d'abord à Riroc. J'ai quelque chose à te remettre Sian-ve. »

 Il enclenche son mécanisme et disparait, comme à l'accoutumé, laissant les nouveaux aventuriers, des interrogations plein la tête, reprendre la direction de Mondcarlin.
Titre: Re : Doppelgänger sombre
Posté par: John Lucas le 05 Août 2020 à 11:02:49
Chapitre 4

Lothi

 Lothi fait crisser la lame de son poignard fétiche contre le mur de sa cellule de reconditionnement. Il s'agit de l'arme avec laquelle il a tué le docteur Zagi, et qu'il aime admirer, sans pour autant éprouver de remords. Il attend avec grande impatience l'arrivée de l'Empereur Maxarls. Il devrait déjà être là. Ce n'est pas dans ses habitudes d'être en retard. Une des nombreuses tentatives d'assassinat à son encontre a peut-être enfin réussi. L'humanoïde serait enfin libre.

 Fewuam Maxarls, comme attiré par ses pensées, apparaît derrière le robot. Ce dernier se retrouve à genoux bien malgré lui.

 « Ce sont là de bien vilaines pensées. Mais ce n'est pas encore l'heure de se réjouir de ma mort. Je pensais qu’après deux lustres, tu aurais abandonné tes petites manigances pour te débarrasser de moi.

 — Je ne vois pas du tout de quoi tu parles ! s'insurge Lothi. »

 La pression exercée sur lui, pour le maintenir à genoux, s'intensifie et c'est avec grande peine qu'il résiste, pour ne pas se retrouver à plat ventre, ce qui serait, pour lui, bien trop humiliant.

 Le Prygalien, les bras grands ouverts tel un prédicateur, vient le surplomber de toute sa prestance et gronde :

 « Il me semble t'avoir déjà dit de m'appeler Mon Empereur !

 — Pa-pardon, mo-mon Empereur. »

 Fewuam, l’œil brillant de satisfaction, relâche finalement son étreinte invisible. Lothi en profite pour se relever et s'asseoir sur le lit au coin de la pièce.

 « Voilà qui est mieux. Je voulais te voir pour deux raisons. Tout d'abord, pour te prévenir que tes petits massacres ne sont pas passés inaperçus et doivent cesser sur le champ. Tu sais pourtant très bien que je ne supporte pas qu'on défie mon autorité de la sorte. Tu te rappelles que je t'ai interdit de tuer sans mon autorisation ?

 — Bien entendu. Mais... »

 Un simple claquement de langue de la part du despote persuade l'androïde de ne pas finir sa phrase.

 « Mais aujourd'hui, je suis de bonne humeur. Et cela nous amène à mon deuxième point. Je vais te donner une dernière chance de me prouver que tu m'es vraiment utile et que je n'ai pas besoin de te désassembler et te vendre en pièces détachées à des ferrailleurs.

 — Je ferais tout ce que vous voulez. Vous ne serez pas déçu. Je mène toujours à bien les missions que vous me confiez. »

 L'Empereur s'installe en face de son subalterne, à califourchon sur la seule chaise de la cellule. Le faible éclairage de la pièce lui donne une allure inquiétante. Lothi, tiraillé entre la peur et la haine, n'a pas d'autre choix que d'écouter attentivement. Son avenir, sa vie, en dépendent.

***

 Dans les mines Glora, à l'extrême Sud de la planète Pryga, une compagnie de nains s'évertue à extraire du glorum. Ce minerai, une fois liquéfié, devient le carburant le plus efficace pour les vaisseaux, ce qui en fait la ressource la plus recherchée du système Jadtac. Ce sont des esclaves Taelliens qui s'occupent de la récolte. Ces derniers sont enlevés par les triplés Dakroonites, mercenaires embauchés par Maxarls en personne, pour ses sales besognes.

 Les captifs, pioches et pelles en main, effectuent leurs corvées quotidiennes. Ils creusent la roche, lorsque l'un d'entre eux est aspiré par celle-ci. Quelques minutes s'écoulent. Ses camarades, interloqués par ce qui vient de se passer, stoppent net leur tâche en cours, ce qui leur vaut une belle rossée, à coup de bâton. Comme propulsé hors du granit, le disparu resurgit. Il n'en revient pas, il vient de voyager dans un autre monde, c'est certain.

 Le garde qui les surveille, assez sceptique face à ces absurdités, s'approche à son tour du bloc en caressant sa longue barbe et se dissipe, attiré de l'autre côté de la pierre. A son retour, quelques instants plus tard, il se précipite pour remonter à la surface, prévenir son Commandant. Dans son empressement, il glisse sur la dernière marche et finit sur les fesses, tout poussiéreux, aux pieds de son supérieur. Le chef, très amusé par cette arrivée rocambolesque, se met à rire grassement.

 « Que se passe-t-il officier ? Pourquoi te présentes-tu devant moi dans cet état ? Serais-tu poursuivi par le démon des mines ? Mwahahahaha...

 — Très drôle, Dainmar. Les nains ne sont pas vraiment faits pour courir, vois-tu. Mais, ce que j'ai à t'apprendre, valait la peine de se hâter.

 — Et ben alors, ressaisis-toi et explique-moi. »

 Le garde se relève et époussette son pantalon.

 « Fewuam Maxarls a raison. Il existe bien un autre monde et le passage pour celui-ci se trouve au fond des mines. Une grosse roche fait office de portail. J'ai moi-même été propulsé de l'autre côté. Et je peux te dire que je n'ai jamais vu tel paysage dans tout le système Jadtac. Et d'après ce qu'on m'a raconté sur Maktor, ça n'y ressemble pas non plus. Aussi certain que ma barbe soit longue, il s'agit d'un tout autre univers, tu peux me croire.

 — Très bien. Je te crois sur parole. Tu n'es plus tout jeune, mais tu n'es pas assez sénile pour inventer des sornettes. Je vais le prévenir tout de suite dans ce cas. Bon travail. Tu peux retourner secouer les Taelliens, on ne récupère pas assez de glorum à mon goût. »

 Une fois le garde redescendu dans les mines, Dainmar saisit son transpondeur universel afin de prévenir son Empereur.

***

 Lothi, pas très convaincu par cette histoire de passage inter-universel, bondit du lit.

 « Vous vous moquez de moi, c'est ça ?

 — Absolument pas. Penses-tu que je me téléporte grâce à un quelconque pouvoir ? Il n'en est rien. Je possède en réalité, depuis plusieurs lustres, une relique de ce fameux monde qui me permet de me déplacer où bon me semble, y compris dans celui-ci. Lors de mes petites visites là-bas, j'ai découvert l’existence d'une pierre dite d'espérance qui assouvirait tous les désirs de son possesseur. Elle est sous la responsabilité d'un peuple qu'on appelle les Sylves. C'est d'ailleurs l'un d'entre eux qui m'a révélé tout ça. Mais, si lui était faible, ses camarades, eux, disposent d'étranges pouvoirs qui m'empêchent de les trouver, pour en apprendre plus sur ce fameux caillou. »

 Maxarls est donc à la recherche de ce lien entre les deux univers depuis un certain temps. Son amulette ne peut faire voyager qu'une personne à la fois et il a besoin d'envoyer une armée pour trouver cette fameuse pierre d'espérance.

 « Tu commences à comprendre quelle mission je veux te confier. Ayant beaucoup à faire depuis mon élection sur Pryga, je n'ai guère le temps de jouer au détective. Et c'est là que tu entres en action. Tu vas te rendre dans ce monde et découvrir où se trouve ce diamant. Je mets même quelques soldats à ta disposition. Tu vois que je ne suis pas si horrible que ça.

 — C'est plutôt pour me surveiller, pensa l'humanoïde.

 — Je crois que tu as encore oublié que je suis un cyborg doté d'une unité de contrôle à distance des systèmes informatiques et que je peux entendre toutes tes pensées. Tu ne voudrais pas que je m'amuse à nouveau avec ton système de gravité, n'est-ce pas ?

 — Mes excuses mon Empereur.

 — J'aime mieux ça. Bon je te laisse. Tu pourras trouver ta petite armée à l'entrée du bastion. Ils ont ordre de t'obéir tant que tu ne dépasses pas les bornes. Et sache qu’ils me feront un rapport toutes les heures. Je resterais sage à ta place. »

 Sur ces paroles, Fewuam disparaît. La porte de la cellule s'ouvre, Lothi, très en colère, empoigne le garde. Il a l'intention de passer ses nerfs sur ce malheureux quand la voix du despote résonne dans sa tête, pour le mettre en garde. Dépité, il lâche prise et se dirige vers le bastion rejoindre ces futurs hommes.
Titre: Re : Doppelgänger sombre
Posté par: John Lucas le 12 Août 2020 à 10:29:30
Chapitre 5

Sian-ve

    Pai fait les cent pas sur la place de la cité, dont le calme contraste avec la cohue qui y régnait la veille. Il ne décolère pas de l'attitude hautaine dont a fait preuve l'administrateur envers son compagnon et surtout lui-même.

    « Comment ose-t-il me parler ainsi, moi, le doyen de la cité. Où était-il, lorsque je protégeais Mondcarlin des tentatives d'invasion des orcs, il y a de cela plus de vingt-cinq ans ? Il se promenait sûrement dans sa forêt magique à la recherche de je ne sais quels contes ou légendes.

    — Calme-toi. C'est quand même lui qui a mis fin aux premières rixes des barbares lorsqu'il est arrivé, il y a une dizaine d'années. Et depuis, il s'efforce de les tenir éloignés, avec un certain succès, avoue.

    — Et alors ? Ça ne lui donne pas le droit de nous traiter de cette manière. Et sa soi-disant prophétie ? C'est de la belle connerie ! Cela fait une éternité que personne n'a aperçu un barbare dans la région. Tu ne vas quand même pas me dire que tu y crois, toi ?

    — Rislen semble convaincu, donc je le suis. D'ailleurs, je me demande bien ce qu'il souhaite me remettre.

    — Ce que tu peux être naïf, β-16 ! Et arrête avec ton Rislen ! Te faire patienter autant de temps pour finalement t'en dévoiler si peu...

    Il secoue la tête, désabusé. Son regard se pose sur l’énorme porte de la taverne.

    « Tiens, je ne vois plus Gudrak, il a dû finir par émerger. Je te parie une cervoise qu'on va le retrouver à l'intérieur, attablé avec Gashzun et Zungash, en train de s'en jeter une. »

    Les deux amis entrent et découvrent avec horreur que les lieux ont été saccagés. Des chaises et des tables, éclatées par ce qui semble être des coups de hache, jonchent le sol sur lequel ruissellent trois coupes de breuvage encore tiède. Derrière son bar, le tavernier, terrorisé, se relève prudemment.

    « C'est... c'est terminé ? bredouille-t-il.

    — Que s'est-il passé ? demande le lyar.

    — Les.. les barbares. Ils sont revenus. Ils ont commencé à tout casser mais vos amis les ont chassés.

    — Tu as vu par où ils sont partis ?

    — Euh... non. Je n'ai rien vu. J'avais bien trop peur, je me suis caché. Je suis désolé.

    — Ce n'est rien, tu n'es pas un guerrier, tu as bien fait, intervient Sian-ve. Pai, je sais que ton odorat n'est plus ce qu'il était, mais Gudrak doit encore empester l'alcool. Tu devrais pouvoir le pister, non ?

    — Nous allons voir ça. »

    Les camarades sortent et après quelques instants à renifler un peu partout, le lyar trouve une piste. Elle mène vers l'ouest de la cité, en direction de la forêt Thelthane. Ils s'élancent à la poursuite de leurs compères.

    « La prophétie de l'administrateur serait donc vrai, dit Sian-ve.

    — Décidément tu es bien naïf. Cela ne te paraît pas étrange de subir une attaque de barbares le jour même où il nous raconte cette histoire ?

    — Pur hasard. C'est toi qui es trop parano. Regarde, voilà nos amis. »

    L'orc se trouve à quelques enjambées, juste en bordure de la forêt. Un énorme gourdin à la main, il hurle aux gobelins de ne pas s'aventurer à travers bois. Les deux frères rebroussent chemin à contre-cœur et rangent leurs dagues dans leurs bottes.

    « Tu as perdu tes boules Gud, grogne Gashzun, le plus vieux des frangins.

    — On allait se les faire, poursuit Zungash, son cadet.

    — Les esprits sylves vont s'en occuper. Regardez qui nous rejoint. Vous étiez où les mecs ? On a reçu une visite surprise à la taverne mais on leur a réglé leur compte. Il a juste fallu que je cours après ces deux abrutis qui ne voulaient pas les lâcher.

    — On a vu ça, répond l'humanoïde, amusé. On était au palais avec l'administrateur, reprend-il plus sérieusement. Et il nous a justement parler d'une prophétie selon laquelle les barbares allaient nous envahir.

    — Par Karak ! » jurent en chœur l'orc et les goblins. »

    Sian-ve et Pai rapportent l'intégralité de leur rencontre à leurs amis puis décident de créer deux groupes. Gashzun et Zungash repartent à Mondcarlin pour protéger la cité en cas de nouvelle attaque barbare. Gudrak les accompagnent à Riroc où les attend Rislen. Ils ont besoin de lui pour la suite du voyage, quand il faudra convaincre ses semblables de les laisser passer.

***

    Riroc est une cité miniature si on la compare à sa voisine, la grande Mondcarlin. Elle est composée, en tout est pour tout, d'une auberge-taverne, lieu incontournable de chaque village, d'un bureau, réservé au responsable des lieux, d'une bibliothèque, résidence secondaire de Rislen qui en est l'instigateur et le principal fournisseur, et de quelques habitations dont celle du voyageur, située à l’extrême est, au bord de la mer.

    L'androïde frappe de manière enthousiaste à la porte de la petite maison montée sur pilotis tandis que le lyar et l'orc se disputent pour savoir quelle cervoise est la meilleure.

    « Je te dis que c'est celle de Gor, soutient Gudrak. Il n'y a pas meilleurs brasseurs que les gobelins.

    — Certes. Mais, ici, ils cultivent le meilleur méteil de la région, et ça n'a rien à voir avec l'orge à deux sous utilisée pour ton ersatz de cervoise. Mais encore faut-il avoir du goût pour faire la différence ?

    — Vous vous trompez tous les deux, intervient une voix dans leur dos. Je vais vous faire goûter ce que les gens appellent bière dans l'autre monde et vous m'en direz des nouvelles. »

    C'est l'explorateur, une pile de livres à la main, avec son air enchanté habituel.

    « Veuillez m'excuser. Je rassemblais quelques ouvrages pour préparer mon prochain voyage au nord des montagnes interdites. Suivez-moi à l'intérieur, voulez-vous ? »

    Le groupe se faufile par la petite porte et malgré l’étroitesse de la demeure, chacun trouve une place et s'installe confortablement pendant que Rislen leur offre, à chacun, une bouteille en verre remplie de cette fameuse bière. Sian-ve s'assoit à la table sur laquelle est posé un étrange bâton. Pai s'allonge sous la seule fenêtre à la quête d'un peu de fraîcheur marine. Gudrak s'affale dans le lit, descend son breuvage d'une traite et ne tarde pas à ronfler comme un sonneur.

    « Alors, c'est ça que tu voulais me donner ? s'impatiente l'humanoïde, le doigt pointé sur l'objet devant lui.

    — Exactement, répond l'hôte en venant s'installer en face du robot. Il provient de ton monde. Là-bas, on appelle ça un sceptre. Malheureusement, même si j'ai vu un garde pulvériser le propriétaire de cette arme en lui lançant une espèce de lumière avec un même instrument, je ne sais pas du tout comment cela fonctionne. Mais, je suis certain que tu seras capable de le découvrir et que tu en feras bon usage pendant ta mission, qui j'en suis certain, sera parsemée de grands dangers.

    — Encore et toujours des mystères, grommelle le lyar. Sian-ve, réveille l'autre ivrogne et allez m'attendre à l'auberge. Je voudrais m'entretenir en privé avec notre cher ami. Il y a certaines choses, que ta naïveté ne pourrait comprendre, que je voudrais éclaircir.

    — Mais. J'avais plein de quest...

    — Ecoute tes aînés, le coupe Rislen, dont le ton est devenu plus sec et grave. Et tu sais, de toute façon, que je ne dirai rien de plus au sujet de ton passé. »

    Ce changement radical d'attitude surprend l'humanoïde, qui n'a jamais vu le voyageur aussi sérieux. Il réveille l'orc et les deux sortent de la maison pour rejoindre l’auberge. C'est bien plus tard que Pai les rejoint et faisant preuve d'une grande autorité, il ne leur laisse pas le temps de l'interroger.

    « Pas de questions ! Les soleils sont presque couchés et nous devons partir très tôt pour Nazgdrak. »

    Ses compagnons savent qu'il ne faut pas trop le titiller lorsqu'il est sérieux ainsi. Ils décident donc d'aller dormir.
Titre: Re : Doppelgänger sombre
Posté par: John Lucas le 19 Août 2020 à 11:45:16
Chapitre 6

Lothi

 Lothi bouillonne. Si seulement ce satané Empereur n'avait pas cette capacité à contrôler ses systèmes, il y a bien longtemps qu'il s'en serait débarrassé. Il se dirige vers le quartier militaire et malheur à celui qui croise son regard. Il n'attend qu'une petite étincelle pour attiser son feu intérieur et déverser toute sa rage sur le premier venu. À son grand dam, le voici arrivé sans qu'il n'eût croisé âme qui vive.

  Le bastion est un énorme bâtiment de pierre construit lors de la précédente ère. À l'intérieur, plusieurs salles d'entrainement composées de machines de dernière génération contrastent avec l'austérité de la façade. C'est ici que se forment les meilleures unités du système Jadtac. Prygalliens, Taelliens, Vaoyannes, tous sans distinction de race, se donnent corps et âmes pour évoluer au sein de l'armée locale et s'attirer les faveurs de l'Empereur.

  « Bon, lesquels d'entre vous sont les heureux élus ? »

  Quatre soldats s'avancent la tête haute et le torse bombé. Ils portent un uniforme bordeaux aux liserés dorés et des bottes noires. Chacun arbore un écusson signifiant leur appartenance à la milice personnelle de Maxarls. Sous celui-ci, un numéro indique leur niveau dans la hiérarchie, le un étant le bas de l'échelle et le dix, réservé à l'élite ; les nouveaux hommes de Lothi exhibent, avec fierté, leur numéro cinq. Parmi eux se trouvent un Taellien, ce que l'humanoïde prend pour de la provocation. Tout le monde est au fait de son aversion envers la planète d'origine de son créateur.

  « Bien entendu, il a fallu qu'il me mette un membre de cette sous-espèce dans les pattes, maugrée-t-il. Toi, là, reprend-il le doigt pointé vers celui qui est à l'origine de ce nouveau motif de désappointement. Viens un peu me montrer ce dont tu es capable.

  — Avec plaisir, tas de ferraille, lui répond le solide gaillard qui le surplombe d'une bonne tête. »

  La recrue s'avance et décoche un coup de poing rageur qui aurait décroché la mâchoire de n'importe quel homme. Seulement, le robot n'est pas n'importe quel homme et sa constitution lui permet d'encaisser sans broncher. On ne peut pas en dire de même pour le Taellien, mis K.O. par la riposte, aussi spontanée que dévastatrice, de Lothi.

  « Ramassez ce troufion, remettez-le vite sur pied, il a une bonne droite, il peut nous servir et rejoignez-moi à mon vaisseau d'ici une heure. »

  Les militaires relèvent leur camarade et l'amènent à l'infirmerie tandis que l'androïde se dirige vers le garage de l'armée pour y récupérer son vaisseau. Celui-ci a été remis en état durant sa courte période en cellule. Lorsqu'il accède à son véhicule, l'humanoïde se précipite dans la soute. Il est rassuré de voir que ZagiTri se trouve toujours là, enfermé dans un ersatz de chambre qui tient plutôt lieu de cellule. Il remonte au poste de commande et termine les préparatifs.

  Lorsque son équipage arrive, il est amusé de voir la main du Taellien bandée.

  « Bien, tout le monde est là. En route pour Glora !

***

 Les quatre soldats, cramponnés à leur siège, assistent pour la première fois à un célèbre atterrissage de Lothi, en tant que passagers. Il s'avère que c'est bien plus crispant d'y prendre part que de le voir. C'est cependant sans dégâts que le groupe se pose à proximité des mines et descend de la passerelle. Dainmar, accompagné de trois de ses hommes, les accueille d'un rire moqueur.

  « C'est donc ça le fameux pilotage du guerrier de métal, glousse le chef nain.

  — Si tu as eu vent de mes talents, tu n'es donc pas sans savoir que je n'hésite pas à punir quiconque me déplaît, le nabot, s'énerve l'androïde.

  — Je vois que ta réputation n'est pas surfaite, mais tu es ici chez moi et moi seul peut te mener à la galerie Dhelgor, où se trouve le passage que tu es censé emprunter. De plus, je ne pense pas que cela serait du goût de l'Empereur d'apprendre que tu m'as cherché des noises.

  — C'est ça, cache-toi derrière ce vieux fou. Mais il n'est pas ici, il me...

  — Il suffit ! Maintenant tu vas la fermer et m'écouter bien attentivement, gronde le nain, des flammes dans les yeux. Tu vois cette petite chose, reprend-il en secouant un petit boitier noir de sa main potelée. Une seule pression sur ce bouton et l'Empereur débarque sans délai. C'est lui qui m'a confié cet instrument, connaissant très bien ton caractère. Et c'est d'ailleurs pour cette raison que je vais vous accompagner dans l'autre monde. Je serai, en quelque sorte, ses yeux.

  — Hors de question, tu n'es pas de taille. À quoi me servirait une demi-portion ? »

  Dainmar fait mine d'appuyer sur l'interrupteur, un gros sourire aux lèvres, à peine visibles, perdues entre ses moustaches et sa barbe touffue.

  « Non, fais pas ça ! Arrête ! O.K., tu viens avec nous.

  — Tu vois quand tu veux, se moque le nain en remettant la télécommande dans sa poche. Laisse-moi juste le temps de prendre mon bon vieux Harìn et de donner mes ordres à mon second, et je vous mène au rocher téléporteur. Vous pouvez m'attendre à l'entrée de la mine, je ne serai pas long. »

  Lothi se retourne vers ses hommes et les foudroie du regard lorsqu'il voit que ceux-ci sont tout sourire devant son impuissance face à la menace de voir débarquer le seul être qu'il ne peut dominer. Ces derniers effacent très rapidement leurs rictus et prennent la direction des carrières de glorum, comme si de rien n'était.

  En dix minutes à peine, le nain est de retour, armée d'un énorme marteau. Il le brandit aussi que lui permet sa taille.

  « Je vous présente Harìn, mon plus fidèle lieutenant, dit-il. Je peux vous assurer qu'il en a fait des victimes. Et des bien plus coriaces que vous autres. Bref, suivez-moi de prêt, si ne voulez pas vous perdre. Seul un nain peut arpenter ces grottes sans s'égarer. »

  Le groupe s'aventure dans les mines, sans se laisser distancer par Dainmar.

***

 À mesure que la troupe s'enfonce dans le dédale de galeries, la température grimpe. Les officiers de l'Empereur, très peu habitués aux chaleurs, Pryga étant une planète relativement froide, suent à grosses gouttes. Cela ne s'arrange pas, lorsque des cris retentissent et qu'ils sont amenés à accélérer le pas.

  « Hâtez-vous, ordonna le nain, arme à la main. Les Taelliens doivent, à coup sûr, encore se rebeller. Je vais leur présenter mon vieil ami. »

  Il se met à courir, bifurquant à droite, à gauche. Les autres le suivent tant bien que mal. C'est qu'il est rapide pour un nain. Au moment d'obliquer vers le dernier couloir menant à la roche, il se heurte à une montagne de muscles.

  « Merde ! Des géants, hurle-t-il, le front veiné par la colère. Par ma barbe, tu vas goûter au courroux du grand Harìn ! »

  Le géant, de dos, n'a pas le temps de se retourner que Dainmar lui éclate un genou d'un coup rageur de son marteau. Malheureusement, il en faut bien plus pour terrasser un tel colosse et celui-ci, d'un geste rapide pour un être d'une telle taille, se retourne et balance son gourdin qui envoie valser son adversaire. Un bref instant, un sourire malsain s'élargie sur son visage, avant de se transformer en une grimace de douleur. Lothi qui avait suivi l'altercation vient de lui planter son poignard en plein cœur.

  Derrière l'androïde, le nain se relève avec difficulté, essuie le sang qui lui coule de la mâchoire et rugit :

  « Ne compte pas sur moi pour te remercier. Continuons, je doute qu'il soit venu seul livrer bataille. Il se balade toujours en bande de trois ou quatre. »

  Le groupe reprend sa route en direction du passage vers l'autre monde et surgit dans la galerie Dhelgor cependant que deux autres géants malmènent les gardes nains et les esclaves taelliens sans distinction. Le premier a les cheveux et la barbe longs et grisonnants tandis que le second porte une coupe courte et n'a aucun poil au menton.

  « Soldats, sont-ce là les fameuses armes paralysantes créées par l'Empereur en personne ? demande le nain, le doigt pointé sur un fusil pendant à la ceinture du militaire le plus proche de lui.

  — Je te le confirme, grogne Lothi.

 — Alors, dans ce cas, faites plein feu sur le plus petit des deux. Si on parvient à le capturer, son père nous obéira au doigt et à l’œil. Rien n'est plus important que la famille pour eux. Le robot, occupe-toi du paternel pendant ce temps-là. Qu'il ne nous démolisse pas avant qu'on ait pu agir.

  — Des ordres ? Et pourquoi pas les tuer tout de suite tous les deux ? Tu as bien vu comment j'ai liquidé le premier.

  — Me force pas à sortir mon petit boitier ! Et crois-moi c'est toujours très utile d'avoir un géant sous ses ordres. Il pourrait venir avec nous, tiens.

 — Hum, ma foi, tu n'es pas si bête. Et en plus, je vais pouvoir me défouler un peu.

  Lothi se lance alors dans un combat en un contre un et amène son adversaire quelques galeries plus loin. L'attention du géant détournée, les officiers actionnent leurs armes et les quatre dards éjectés ne mettent que très peu de temps à assommer leur cible, qui s'écroule, prise de légères convulsions. Les gardes nains en profitent pour l’enchaîner et remettre les esclaves au travail.

***

 L'humanoïde arbore un sourire sadique et une lumière étincelle dans ses yeux à chaque coup porté au géant. Qu'est-ce qu'il aime se battre et faire souffrir son opposant. Le colosse, le corps couvert d'estafilades, ne laisse aucune émotion transparaître sur son visage pourtant boursouflé par la correction infligée par le robot. Il ne fait qu'émettre des grognements de plus en plus féroces et balance son gourdin dans tous les sens, sans jamais toucher sa cible, beaucoup trop vive pour lui.

  « Bah alors, mon grand, l'asticote l'androïde. C'est tout ce que tu as à me proposer ? Je suis déçu, j'espérais un minimum de répondant. Bon, au diable, ce foutu nain, je vais t'achever ici et maintenant. »

  Lothi se jette sur son adversaire et d'un mouvement vif dirige son poignard vers le cœur de son adversaire lorsque du coin de l’œil il aperçoit Dainmar, une torche dans la main gauche et ce fichu boitier dans la main droite, le doigt posé sur le bouton. Il est suivi de la milice de Maxarls et un groupe de nain. Ces derniers poussent un wagon, initialement prévu pour remonter le glorum à la surface et temporairement utilisé pour contenir leur prisonnier.

  « Arrête ça tas de ferraille ! Sinon... gronde le chef nain. Et toi le géant, tu vas m'écouter avec attention si tu ne veux pas qu'on mette le feu à ce chariot. »

  Le sourire s'efface des lèvres de l'humanoïde. Il s'écarte de sa cible qui se laisse choir à genoux.

  « Non, pas mon Grax ! implore le géant, l'air abattu. Qu'avez-vous fait à mon fils ?

  — Qu'est-ce que j'avais dit ? Un vrai papa poule, dit le nain, les yeux remplis de fierté rivés sur Lothi, avant de s'adresser à nouveau à l'ennemi. Rassure-toi, il est juste sonné. Mais si tu ne veux pas qu'il lui arrive malheur, tu vas m'obéir.

  — Parole de Krax, je vous donnerais ma vie pour celle de mon fils.

  — Très bien. Je sais que vous êtes une race honorable. Tant que tu nous suivras et fera tout ce qu'on te demande, il n'arrivera rien à ton fils.

  — Honneur, parole, que de jolis mots, ironise l'androïde. Bon, quand tu auras fini de jour au grand manitou, le nain, on pourrait peut-être y aller. À moins que tu aies changé d'avis et que tu veuille rester ici en cas de nouvelle attaque.

  — C'est bon, on y va. Mes hommes ont toujours réussi à défendre les mines, ils n'ont pas besoin de moi. »

  Le groupe s'approche de la roche portail. Personne ne semble décider à passer le premier.

  « Krax, c'est bien ça ? Tu vois ce rocher ? Tu vas passer à travers puis revenir nous dire si c'est sans danger. » ordonne Dainmar.

  Le géant, interloqué, s'avance à petits pas, tend la main à travers la paroi, puis la deuxième et enfin franchit le passage d'un seul bond. Quelques secondes plus tard, sa tête dépasse de la pierre et d'un hochement, invite le reste du groupe à le suivre.

  Lothi se lance le premier, plein d'assurance. Puis vient le tour du nain. Et enfin les soldats se précipitent également à travers le bloc.
Titre: Re : Doppelgänger sombre
Posté par: John Lucas le 26 Août 2020 à 16:07:08
Chapitre 7

Sian-ve

 Sian-ve, assis sur un rocher, observe, l'air pensif, le merveilleux spectacle que lui offre le levé du second soleil sur les eaux turquoise de la grande mer du sud. Il est resté éveillé toute la nuit à ruminer sur le peu de choses que Rislen lui a révélé. Il lui en a trop dit ou pas assez. Le bruit des vagues couvre l'arrivée, dans son dos, de son vieil ami.

 « Je ne savais pas que tu pouvais déprimer. Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

 — Oh, Pai. Je ne t'avais pas entendu, répond l'humanoïde avec un léger sursaut. Je repense juste à ce que m'a dit Rislen. J'étais si excité d'en apprendre plus sur mes origines et finalement, je n'y comprends rien. Tout ce que j'ai appris, c'est que je viens d'un autre univers.

 — Pourquoi faire une fixation sur ton passé. L'essentiel, c'est ton présent, ici, avec nous.

 — Je ne sais pas. J'ai l'impression qu'il faut que j'en sache plus. Que c'est ma destinée.

 — Ah, non. Je t'arrête tout de suite. Rien de tout ça n'existe. Prophétie, destinée, ce ne sont que des mots en l'air. Rien n'est écrit à l'avance. Chacun décide de son futur. »

 Le robot se lève de sa pierre et vient se planter devant la lyar, l'air grave.

 « Pai. Prends Gudrak avec toi et rends toi à l'avant-poste orc. Là-bas, faites tout ce que vous pouvez pour les convaincre de vous prêter un bateau pour vous rendre sur le continent sud. De mon côté, je vais voir Rislen et je ne le lâcherai pas tant qu'il ne m'aura pas amené dans ce fameux univers.

 — Je doute qu'il accepte. Aussi persuasif que tu puisses être, Rislen est l'être le plus têtu que je connaisse. Et loin devant toi, crois-moi. Allons plutôt chercher l'orc ensemble et poursuivons notre chemin sans nous séparer. Nous avons besoin de toi pour cette mission. Et n'oublie pas, c'est toi qui m'as entrainé là-dedans. En plus... »

 L'androïde n'écoute pas son compagnon et longe la mer vers la maison du voyageur. Pai, les pics de la croupe dressés, rugit et se lance à sa suite. Les deux camarades arrivent très vite et retrouve Gudrak, accoudé à la rambarde des escaliers.

 « Quand j'ai vu que vous étiez déjà parti, je me suis dit que je vous trouverai ici », dit l'orc, fier de sa réflexion.

 Sian-ve, d'habitude si enthousiaste de retrouver l'orc, l'ignore et semble agité. Il entre dans la petite maison sans frapper à la porte et y être invité par son propriétaire. Ses amis, choqués par son attitude qui contraste avec son respect habituel, le rejoignent. L'humanoïde écarquille les yeux. L'habitation est vide.

 « Si tu m'avais laissé finir, je t'aurais averti que Rislen est parti hier soir pour Mondcarlin, suite à notre discussion, sermonne le lyar.

 — Aaaaahhhhhh ! Au secours ! Aidez-moi ! hurle une voix féminine mais grave. »

 Gudrak réagit le premier.

 « Vous avez entendu ça les gars ? »

 Sans même prendre la peine de répondre, le robot attrape le sceptre, oublié la veille, fonce à l'extérieur, bousculant l'orc au passage. Ce dernier se rattrape de justesse à la porte et demande :

 « Mais qu'est-ce qu'il lui prend aujourd'hui ?

 — Si seulement, je le savais. Allez, viens, allons vite voir ce qu'il se passe. »

***

 Pai et Gudrak se hâtent de sortir afin de ne pas se laisser distancer par Sian-ve, qui ne court pas mais marche d'un pas très décidé. À une centaine de mètres, face à la taverne, le groupe aperçoit une bande de barbares, qui entourent une créature qu'ils ne parviennent à identifier de leur position. Les assaillants sont très grands et leurs muscles saillants et écorchés sont bondés de veines qui semblent prêtes à éclater. Ils ne sont vêtus que d'un pagne en peau de cerflier.

 Arrivés à quelques pas de l'échauffourée, le robot et ses compagnons, un peu en retrait, invectivent les agresseurs. Ceux-ci s'écartent de leur victime et viennent se planter devant l'humanoïde, arrivé le premier.

 « De quoi je me mêle, tas de ferraille, gronde le plus grand des barbares, sûrement leur chef.

 — Et si vous vous en preniez à quelqu'un qui rend les coups, pour voir, encourage l'androïde, le sceptre pointé en direction de ses opposants, prêt à en découdre. »

 Celui face à lui fait un signe de la main à ses trois camarades, derrière lui. Ces derniers tirent leurs épées de leurs fourreaux et se ruent sur Sian-ve. Le robot part un premier coup de lame de son sceptre et décroche un coup de poing de sa main libre à son adversaire qui essaie de le prendre par la gauche, le mettant K.O. net. Les deux autres reculent d'un pas, un peu surpris, chuchotent et jettent un regard en direction de leur cible avant de lancer une attaque commune rapide. La lame du premier touche l'épaule de l'androïde sur laquelle elle ricoche et vient entailler le bras du second sur quelques centimètres.

 « Argh, par Crom, fait gaffe, se plaint-il en essuyant le sang qui ruisselle sur son coude.

 — C'est pas de ma ... »

 Sian-ve, de son bâton, éclate le nez de son vis-à-vis tourné vers son partenaire. Sans leur laisser le temps de réagir, il assomme celui au bras blessé d'une bonne droite au menton.

 Pai et Gudrak, agenouillés auprès de la victime, recroquevillée sur elle-même, qui s'avère être une ogresse, assistent à la correction que leur ami est en train d'infliger à ses satanés barbares. Dans leur dos, le chef des ennemis, qui s'est glissé là de manière fort discrète pour un être de sa corpulence, lève son épée, prêt à l'abattre sur l'orc. Un éclair vient alors le projeter contre le mur de la taverne et lui fait perdre connaissance. Les deux compagnons, abasourdis, regardent avec de grand yeux Sian-ve, le sceptre tendu, une légère fumée sortant de la pointe. Son regard témoigne de sa surprise qui est au moins aussi grande que celle de ces camarades.

 « C'était quoi, ça, β-16 ? » demande l'orc.

 Le lyar est incapable d'ouvrir la bouche. Les barbares, leur esprit retrouvé, ramassent leur chef et s'éloignent de la ville.

 « Aucune idée. Mais c'est efficace. Un brun dangereux mais terriblement efficace. Comment va-t-elle ?

 — Elle est terrorisée. Amenons-la à l'intérieur. Peut-être qu'un bon bout de viande et une bonne cervoise la remettra d'aplomb. En tout cas, les ogres adorent ça, en principe.

 — Et pour eux ? demande Gudrak d'un signe de la tête vers les fuyards.

 — ils ont eu leur compte, on ne les reverra pas. » répond Pai, plein de sagesse.

 Le groupe relèvent, non sans difficulté l'ogresse et entre dans la taverne.

***

 L'ogresse, assise au comptoir en compagnie de Gudrak accepte la chope que le tavernier lui tend mais repousse l'assiette de viande. Pai entraine Sian-ve à l'écart.

 « Tu es redevenu toi-même ou tu vas encore faire un truc débile ? le rabroue-t-il.

 — Désolé, ce sont les cachoteries de Rislen qui me font délirer.

 — Ça ira pour cette fois. Mais tâche de m'écouter un peu dorénavant. Tu nous accompagnes chez les orcs ?

 — Bien entendu ! Allons voir cette ogresse. »

 Les deux amis réconciliés se dirigent vers le comptoir où l'orc pouffe, de la mousse tout autour de la bouche.

 « Hé, les gars. Vous allez rire, cette demoiselle est végétarienne.

 — Vous voyez, vous aussi, vous vous moquez de moi, dit l'ogresse d'une voix tremblante.

 — Ne fais pas attention à ce gros balourd, intervient le lyar. Alors, comme ça tu ne manges pas de viande. Avoue que c'est étonnant pour quelqu'un de ta race.

 — Effectivement. Ça me vaut d'ailleurs tout le dédain de mes semblables. Je suis la seule dans ce cas dans mon clan. Pour ne rien arranger, j'ai peur de mon ombre alors que tous les autres sont de solides guerriers. C'est pour cette raison que j'ai décidé de m'enfuir de mon village. J'avais entendu parler ce cette charmante petite cité où personne ne juge personne. Malheureusement, alors qu'il me restait à peine quelques lieues à parcourir, je me suis faite attaquer par ces barbares. Heureusement, votre ami argenté ma sauvée.

 — C'est bien tombé, j'avais besoin de me défouler, dit l'humanoïde, d'un ton humble. Qu'est-ce qu'ils te voulaient ?

 — Je n'en ai aucune idée. Je les ai juste entendu dire qu'ils ne s'étaient jamais tapés d'ogresse. Mais je n'ai pas compris ce que ça voulait dire.

 — Hum. Oublie ces imbéciles. Tavernier, remets-lui une cervoise. Sian, Gud, venez un peu par là. »

 Les trois compagnons se posent à une table. Pai interroge l'orc :

 — Les orcs ont toujours peur des ogres ?

 — On a peur de personne. » proteste Gudrak dont les crocs relèvent ses lèvres supérieures en une grimace de haine.

 Le lyar le regarde avec insistance.

 — Et si tu mets ton égo de côté ?

 — Bon, ok, peut-être un peu.

 — D'accord. On va donc emmener mademoiselle végétarienne avec nous. Sa simple présence nous permettra de bluffer quant à une alliance avec ses semblables. Cela devrait suffire à finir de convaincre tes frères.

 Le fauve, se lève et se dirige vers l'ogresse. Elle a un peu repris contenance mais est toujours prise de légers tremblements. Elle en est à sa quatrième cervoise et ses joues ont pris une légère teinte rosée attestant de son enivrement.

 — Quel est ton nom, la miss ?

 — Zehell.

 — Enchantée Zehell. Moi, c'est Pai. Le lourdaud, c'est Gudrak. Et le tas de ferraille, c'est Sian-ve. On doit se rendre chez les orcs. Tu es la bienvenue si tu le souhaites. De cette manière, nous pourrons te protéger et t'apprendre à être moins peureuse et utiliser tes qualités innées de guerrière.

 — Vraiment, vous me protégerez ? Dans ce cas, je suis partante pour vous accompagner, qu'importe votre destination.

 — Très bien. Les gars, on y va. On a assez perdu de temps.

 Le groupe, muni d'un nouveau membre, sort de la taverne et repend la route vers le sud.
Titre: Re : Doppelgänger sombre
Posté par: John Lucas le 11 Septembre 2020 à 11:04:48
Chapitre 8

Lothi

 Le passage dans l'autre monde est instantané et sans douleur ou quelque effet indésirable. Ce n'est ni plus ni moins comme passer par une porte. Enfin, pas pour tout le monde. En effet, le soldat taellien s'isole dans un coin et régurgite son dernier repas, ce qui provoque l'hilarité générale et une satisfaction malsaine de la part de Lothi.

 « Quand je vous dis que c'est une sous-race... On a le mal des transports troufion ?

 — Je t'emmerde tas de ferraille ! Beuargh.

 — Assez ! intervient Dainmar. Ressaisis-toi soldat et rejoins-nous vite dehors, sans quoi on part sans toi. »

 Le groupe, amputé du malade, sort de la grotte et découvre une vaste forêt d'arbres tous plus grands les uns que les autres. Leurs feuillages sont si denses que la lumière de jour peine à éclairer le sol, jonché de plantes et de fleurs de toutes les couleurs. Leurs senteurs multiples titillent les narines des humains qui n'ont jamais observé un tel spectacle. Il n'existe plus aucun espace de verdure de cette envergure dans leur monde, envahit par le béton des hauts gratte-ciels. Les piaillements des oiseaux dans un immense séquoia attirent l'attention du nain.

 « Regardez-moi ce branchu, dit-il. Il est aussi impressionnant que la majestueuse tour de l'Empereur.

 — On s'en fout, grommela l'humanoïde. On n'est pas ici pour admirer le paysage. Et je ne t'imaginais pas en amoureux de la nature. Si quelqu'un sait par où nous diriger, c'est le moment de le dire.

 — Fewuam Maxarls nous a laissé pour consigne de nous diriger vers l'ouest. On devrait tomber sur une cité en à peine deux heures de marche. »

 L'androïde se tourne vers la sortie de la grotte, les yeux remplis de haine.

 « Pourquoi faut-il qu'il ait donné ses ordres à ce moins que rien. Frotte-toi donc la bouche misérable, tu en as encore plein les moustaches. »

 Le Prygalien dégaine son fusil paralyseur, las de toute ses attaques du robot qu'il compte bien calmer à coup de milliers de volts. Ses camarades interviennent pour l'en empêcher. Le plus costaud pose une main ferme sur l'arme et force son acolyte à la baisser, la mine renfrognée.

 « La mission avant tout, soldat, l'invective le plus petit d'un ton très autoritaire.

 — La mission avant tout. »

 Lothi, amusée par cette scène devient d'un coup très sérieux et pivote de manière vivace en direction de fougères dont on décèle encore un léger mouvement.

 « Que se passe-t-il, robot ? demande Dainmar.

 — J'ai l'impression qu'on nous observe. Regarde cette plante, ses feuilles bougent encore.

 — Surement un animal ou le vent. Comment quelqu'un pourrait savoir que nous sommes ici ?

 — Tu as peut-être raison. Mais restons sur nos gardes. On n'est jamais trop prudent.

 — Pour une fois, je suis d'accord. »

 La troupe reprend son chemin en direction de l'ouest. La végétation se fait de moins en moins drue et ils commencent à apercevoir les deux soleils.

 « Halte là ! » ordonne une voix dans leur dos.

 Ils se retournent tous d'un même geste mais il n'y a personne. Enfin presque. L'humanoïde discerne une espèce d'émanation qui se déplace de branche en branche tel un écureuil volant.

 « Pourquoi ne pas désactiver ta technologie de camouflage et te dévoiler à nous ?

 — Technologie ? Qu'est-ce là donc ? C'est grâce à ma magie que je peux me rendre invisible à vos yeux. Et je vois bien à votre attitude qu'il n'est pas dans mon intérêt de me montrer. Je ne vous le demanderai pas deux fois, repartez d'où vous venez, vous n'êtes pas les bienvenus ici.

 — D'où on vient ? s'étonne le nain.

 — Tu pensais peut-être que personne de ce côté ne connaissait ce passage entre deux mondes ? Pauvre ignorant. »

 L'esprit part dans un rire et est bientôt accompagné par de nombreux autres gloussements provenant d'un peu partout autour d'eux. Les soldats reculent d'un pas, se resserrent et sortent leurs fusils d'une main hésitante car ils voient mal sur quoi ils pourraient tirer. Un poignard vole alors et vient se planter dans un arbre. La sève se met à couler, les feuilles tombent et pourrissent, et un bruit horrible résonne dans la forêt. Tout le monde se couvre les oreilles à part l'androïde, un énorme sourire aux lèvres. Il s'avance vers le tronc, décroche son poignard et un corps apparaît et s'affale au sol, sans vie. Le petit être, tout aussi vert que l'environnement, n'est pas plus grand qu'un enfant prygalien mais est aussi ridé qu'un vieux taellien. Le robot se baisse et essuie son poignard avec la chemise de sa victime avant de le ranger dans son étui. Des courants d'air fusent de toute part et toutes les présences qu'il ressent s'éloignent et finissent par s'estomper.

 « Qui est l'ignorant maintenant ? Reprenons notre route, messieurs. Je pense que nous ne serons plus dérangés, nous pouvons sortir de cette forêt en toute tranquillité.

 — Tu es vraiment impitoyable, dit Dainmar, mi-terrifié, mi-admiratif. »

 Le reste du chemin vers la lisière est, en effet, d'un calme absolu. Lothi marche en tête accompagné du nain. Les soldats, en retrait, discutent entre eux des aptitudes de leur leader et de la peur qu'il leur inspire.

 À leurs premiers pas en plaine, il leur faut un certain temps pour s'adapter à cette luminosité intense et soudaine provoquée par les deux soleils. Au loin, l'humanoïde aperçoit, à flanc de montagne, un énorme palais.

 « Ça doit être ça leur cité. Au passage, ce palais siérait à merveille à notre grandissime Empereur, dit-il d'un ton moqueur.

 — Je peux lui en toucher deux mots si tu veux, lui dit le petit barbu, son boitier bien en évidence dans sa main.

 — Je te jure que je te le ferais bouffer ! Allez, on y va ! »

 Le groupe effectue une marche de deux heures, comme l'avais dit Maxarls, et arrive aux portes est de Mondcarlin. La belle et grande cité ne les impressionne guère. Ce n'est qu'une petite bourgade de rien du tout en comparaison des grandes villes de Pryga.

 Dainmar arrête le premier venu. Celui-ci le dévisage et le balaye d'un regard intrigué.

 « La kermesse est terminée, messires. Il n'est plus nécessaire de se déguiser ainsi.

 — Ce sont nos habits de tous les jours. Nous venons de très loin. Peut-être est-ce là la raison de votre étonnement. »

 Le nain est parfaitement calme et courtois. Dans son dos, il en est tout autrement de Lothi qui jaillit et empoigne le passant par le col.

 « Où se trouve votre Empereur ?

 — Empereur ? Qu'est-ce là ? répond le pauvre d'une voix tremblante.

 — Votre chef, celui qui dirige cette planète ?

 — Planète ? Je suis désolé mais je ne vous comprends pas. Peut-être voulez-vous parler de notre administrateur ? Son palais de trouve au nord-ouest de la cité. Vous avez dû le voir depuis le chemin qui vous a mené ici.

 — Effectivement. Merci bien. Nous n'avons plus besoin de tes services, maintenant. »

 Comme pour ponctuer sa phrase, l'androïde plante son poignard dans le cœur de sa victime puis l'envoie valser contre un bloc de granit sur lequel un sculpteur était concentré sur son art. Ce dernier laisse tomber ses outils et s'échappe à toutes jambes en direction du centre.

 « Tu étais vraiment obliger de le tuer ? Maintenant, ce froussard va sonner l'alarme et on va se retrouver avec une armée sur le dos.

 — Ça sera l'occasion de s'amuser un peu. Et vu la gueule de leur village, je doute qu'il y ait beaucoup de combattant. »

 Arrive alors une poignée de soldats armés de sabres ainsi que Gashzun.

 « Veuillez décliner vos identités et déposer vos ... Argh ! »

 Le garde s'écroule, le poignard du robot planté dans la gorge. Ses camarades reculent d'un pas cependant que le gobelin murmure à l'oreille de l'un d'eux.

 « On dirait β-16. Enfin Sian-ve, je veux dire. On ne sera pas de taille à l'affronter s'il est aussi coriace. Le mieux est d'aller chercher du renfort. Avec tes deux acolytes, va donc voir mon frère à la taverne. Qu'il aille à Riroc prévenir les autres et ensuite, allez mettre Meslaf à l'abri.

 — Je doute fort qu'il nous laisse partir.

 — T'occupes pas de ça. J'ai une petite idée, avec un peu de chance, cela fonctionnera.

 Le soldat opine du chef et entraîne le reste de la mini-troupe dans sa retraite. Gashzun prend bien soit de se mettre entre eux et ses opposants. L'armée prygalienne s’apprête à les pourchasser mais Lothi les stoppe d'un geste du bras.

 « Laissez-les ! Qu'ils amènent du renfort, dit-il avant de reprendre à l'attention du gobelin : tu n'as tout de même pas l'attention de nous affronter seul ?

 — Et pourquoi pas ?

 — Non, j'ai de meilleurs plans pour toi. Tu sembles avoir de l'importance et j'ai des questions à te poser. »

 Gashzun voit alors l'humanoïde fondre sur lui, aussi vite que l'aurait fait Sian-ve et ne peut esquiver le coup de tranche sur la nuque qu'il lui assène avec précision. Sa vision s’obscurcit et il tombe dans les bras du robot, assommé.
Titre: Re : Doppelgänger sombre - En cours
Posté par: John Lucas le 16 Septembre 2020 à 15:43:40
Chapitre 9

Sian-ve

 Sian-ve et ses compagnons ne souhaitent surtout pas perdre de temps. C'est donc d'un pas vif qu'ils traversent la forêt Thelthane et empruntent le chemin le plus court vers le sud malgré sa mauvaise renommée. L'ogresse se tend un peu plus à chaque pas sur le sentier désert de la vallée des diablotins. Selon elle, les diablotins seraient de petits animaux aux dents acérées, réputés pour leurs attaques meurtrières en horde, sur quiconque ose s'aventurer sur leur territoire. Les histoires racontent même que les victimes sont méconnaissables et jamais entières si tant est qu'elles sont retrouvées un jour.

  « Vous êtes certains que c'est sans danger ? demande-t-elle la voix tremblante.

  — Ce n'est pas la petite bête qui va manger la grosse, se moque Gudrak.

  — Je peux t'assurer que tu ne crains rien, les histoires sur ces bestioles ne sont que des fables inventées pour faire peur aux enfants et les empêcher de s'éloigner des cités sans être accompagnés. »

  Pai se veut convainquant et rassurant. Zehell approuve d'un signe de tête et décide de faire lui confiance. C'est néanmoins la peur au ventre qu'elle continue de suivre ses nouveaux amis. Tout au long du voyage, elle ne peut d'ailleurs pas s'empêcher de jeter des coups d’œil affolés un peu partout. À plusieurs reprises, elle est même certaine de voir des yeux briller dans les fourrées bordant la route. Le lyar, d'un simple regard, réussi, à chaque fois, à l'apaiser, comme un père l'aurait fait avec son enfant.

  Après une journée entière à crapahuter, sans jamais s'arrêter plus de quelques instants, afin de se désaltérer et manger un peu de viande séchée, Sian-ve et les siens se rapprochent enfin des montagnes qui se dressent maintenant très nettement devant eux. Elles sont plus petites que celles du nord et par chance, à cette période, elles ne sont pas encore entièrement enneigées. Leur traversée ne devrait prendre guère plus d'une journée et ceci, sans vraiment se hâter. L’ascension se passe sans encombre mais le ciel est de plus en plus sombre. L'orc, en sueur, profite de leur arrivée sur un plateau pour s'affaler sur un rocher, exténué.

  « Pfiou, j'ai bien cru que vous ne vous arrêteriez jamais, dit Gudrak, le souffle court.

  — Désolé Gud, je sais que les orcs et la marche ne font pas bon ménage, mais ce n'est pas une balade touristique, répond Pai, d'un ton grave.

  — Je sais bien. C'est bien pour ça que je n'ai rien dit jusqu'ici. Mais là, je suis vraiment trop mort.

  — Mort, tu le seras peut-être bientôt si cette fameuse prophétie est réelle, intervient Sian-ve. Je suis allé voir un peu plus loin, il y a une grotte. On va s'y abriter pour la nuit. Il serait bien trop dangereux de faire la descente dans cette pénombre.

  — Bien parlé β-16. »

  L'orc, toute fatigue oubliée, se lève d'un bond et se précipite dans la caverne indiquée par l'humanoïde avant que le lyar ne puisse répondre. Il est très vite imité par l'ogresse. Elle est soulagée de ne pas avoir à marcher dans l'obscurité avec la lune comme seule source de lumière. Sans compter sur toutes les bêtes qui rôdent la nuit dans les montagnes. Le robot et son meilleur ami se regardent, d'abord quelque peu surpris de l'attitude de leurs compagnons, puis éclatent de rire avant d'aller les rejoindre.

***

 L'androïde se tient debout à l'entrée de la grotte, il examine avec attention le sceptre que lui a remis Rislen. Il se demande encore ce qu'il s'est passé lors de son combat contre les barbares. Il a beau chercher, il ne trouve aucun mécanisme qui aurait pu provoquer cette ... étincelle ? Qu'était-ce au juste d'ailleurs ? Il serait bien pratique de savoir se servir de cette arme correctement s'il ne voulait pas blesser ses alliés par inadvertance. Un bruissement dans son dos l'interpelle. Il se retourne et observe ses amis. Pai et Gudrak dorment d'un sommeil aussi profond que celui de Zehell est agité. Les péripéties de la journée doivent lui donner de légers cauchemars.

  Sian-ve, rassuré, s'allonge à l'extérieur et admire les étoiles, se demandant s'il existe des civilisations là-haut. Un nouveau bruit, plus prononcé cette fois, le sort de sa contemplation. Cela provient d'un peu plus bas et ressemble au souffle roque d'une bête. Il attrape son bâton et s'avance d'un pas prudent. Le râle est de plus en plus perceptible et il peut presque sentir la présence de cette chose qui rôde à quelques pas à peine. Il est désormais assez proche pour voir que ce n'est pas un animal. Il lève son bras prêt à frapper son assaillant mais ce dernier s'écroule d'épuisement à ses pieds. Quelle surprise lorsqu'il le retourne et reconnait Zungash, dont les vêtements sont en lambeaux et rougit par le sang coagulé.

  « Zungash ! Tu vas bien ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

  — T'en fais pas, ce ne sont que des égratignures. Je suis juste occis.

  — Mais tout de même, ce sang, tes habits...

  — Une horde de diablotins. Coriaces ces petites bêtes.

  — Vous voyez que ce n'était pas une légende, intervient l'ogresse, accompagnée du lyar et de l'orc, alertés par le bruit.

  — Si je n'avais pas dit ça, tu aurais fait demi-tour, répond Pai d'un ton sec. Mais plus important, Zun, si tu nous as rejoints aussi vite, en prenant le risque de voyager de nuit, c'est que quelque chose de grave se trame. Il y a eu une attaque de barbares à Mondcarlin ?

  — Pas des barbares. D'après les gardes, ils n'avaient jamais vu ce genre d'individus. Tout était différent chez eux : leurs tenues, leurs apparences, leur façon de parler. Vous pensez qu'ils pourraient venir de l'autre univers dont a parlé Rislen ?

  — Hum. Ça s'annonce de plus en plus ardu et urgent cette mission.

  — Et ce n'est pas tout, reprend le gobelin. Ils ont aussi dit que l'un d'entre eux ressemblait énormément à β-16.

  — On y va, Pai. »

  L'humanoïde se précipite dans la caverne afin d'y regrouper ses affaires, bientôt rejoint par ses compagnons. L'orc aide Zungash à s'installer sur sa paillasse cependant que l'ogresse se recroqueville dans un coin au fond de la grotte. Le lyar vient s'asseoir à côté de Sian-ve et l'observe sans mot dire. Le robot cesse alors ce qu'il fait et vient se planter juste devant son ami, si bien que celui-ci est obligé de lever la tête.

  « Je connais ce regard. Tu vas me dire de me calmer et de réfléchir. » dit-il avant de prendre place en tailleur face à son aîné.

  Il avance la main pour caresser la tête de son vis-à-vis et récolte une petite flammèche crachée au visage.

  « Tu m'as pris pour un matou ? grogne Pai. Bon, maintenant que tu es redescendu, que penses-tu de la situation ?

  — Zungash n'est pas en état de reprendre la route. Pas plus que Gudrak d'ailleurs. Et se séparer serait trop dangereux. Le mieux est de terminer la nuit ici, le temps pour eux de reprendre des forces. Demain matin, j'irai nous chasser du gibier, ça sera plus revigorant que la viande séchée. Et seulement là, nous pourrons repartir pour Mondcarlin en contournant la vallée des diablotins. Je doute que Zungash et Zehell est envie d'y repasser.

  — Tu vois quand tu veux. »

  Le lyar bondit sur ses quatre pattes, se met à renifler et tourne en rond à la recherche de cette odeur de sève qui lui a titillé les narines. Une vive lumière l'aveugle et un petit être vert apparaît devant lui. Il se met à rugir, les naseaux fumants prêts à cracher le feu.

  « Veuillez excuser mon intrusion, messires. Je suis un esprit sylve. Je suis désolé mais je dois faire vite, je ne peux malheureusement pas me matérialiser longtemps lorsque je suis loin de ma forêt. »

  Le nouveau venu, en aucun cas choqué de l'attitude de Pai, tressaillit à l'approche de Sian-ve.

  « Pardonnez-moi cette impolitesse. C'est que vous lui ressemblez tellement.

  — Vous voulez dire que vous aussi vous avez rencontré ce ... robot identique à moi-même.

  — Oui. Il a tué un de mes enfants, reprend l'esprit, les larmes aux yeux. Je disais donc, le temps est compté, donc écoutez-moi avec attention. Ils sont sept et sont arrivés par la grotte Rog-lehd dans la forêt Thelthane. Ils ont ensuite pris la direction de Mondcarlin. Leur leader semble impitoyable et ses compagnons possèdent des armes dont nous ne savons rien. Je doute que vous soyez de taille. Je sais que vous êtes à la recherche de la pierre d’espérance. Cependant votre administrateur ignore qu'il faut deux clés pour ouvrir le coffre qui la contient. Nous autres, esprits sylves, avons toujours pris soin de garder cela secret, mais je pense que l'heure est grave et qu'il est temps de le dévoiler. En réalité, nous les avons confiées aux sorciers orc et gobelin. Personne ne soupçonnerait ces êtres qui ont été défaits lors de la grande bataille il y a plusieurs années.

  — Et vous n'avez pas eu peur qu'on les utilise pour renverser les humains ? intervient Gudrak.

  — Notre magie leur en empêche. Vite, mon pouvoir s'affaiblit et je me sens repartir pour ma forêt. Attendez le levé du jour et continuez votre chemin vers le village orc. Là-bas, scandez mon nom et j’apparaîtrai, le bois au sud me donnera assez de force pour rester parmi vous.

  — Et quel est-il ? demande le lyar alors que l'esprit est devenu presque invisible. »

  Aucune réponse. L'esprit est reparti. Puis un vent empli de magie entre dans la caverne apportant avec lui les dernières paroles du sylve : Grielaa.
Titre: Re : Doppelgänger sombre - En cours
Posté par: John Lucas le 23 Septembre 2020 à 14:27:25
Chapitre 10

Lothi

 Lothi, accompagné de ses sbires, a trouvé refuge dans la taverne de Mondcarlin. Dainmar et Krax sont attablés avec une chope de cervoise. Le géant dévisage, d'un regard rempli de haine, le nain qui s'amuse de cette situation.

  « Tu vois, mon grand, ce n'est pas le gabarit qui fait tout. Tu pourrais m'écraser d'une seule main et pourtant tu manges dans la mienne.

  — Parole de Krax, tu me le paieras, un jour.

  — Ah oui ? En attendant, profite de ma générosité et bois ce breuvage qui, ma foi, ne vaut pas une bonne bière mais est tout de même bien goûteux. »

  Le nain se lève et se désintéresse du géant pour aller retrouver l'humanoïde. Celui-ci termine tout juste de ligoter son prisonnier, toujours inconscient, à l'aide de solides cordes, réquisitionnées au tavernier qui s'en servait pour pendre son gibier avant de le cuire.

  « Où sont passés les soldats ? demande Dainmar.

  — Ils surveillent l'entrée. Je n'ai pas envie d'être dérangé pendant que je lui soutire le plus d'informations possibles. Ils en profitent également pour faire leur rapport à Maxarls, mais j'ai comme l'impression que les transpondeurs n’émettent pas dans ce monde. D'ailleurs, j'y pense, ton joujou ne fonctionne peut-être pas non plus.

  — Tu veux essayer ? répond le nain, confiant. Tiens, regarde, le téméraire se réveille.

  — Bah alors le dormeur ? Pas très solide pour quelqu'un qui veut affronter un groupe à lui tout seul.

  — Ta gueule, tas de ferraille, beugle Gashzun.

  — Je vais faire comme si je n'avais rien entendu pour cette fois. En revanche, j'ai très bien capté tes murmures de tout à l'heure. Alors, comme ça, il y a un être similaire à moi-même dans ce monde ?

  — Va te faire voir, je ne te dirais rien »

  Le sourire de l'androïde s'élargit en une grimace de haine cependant qu'il sort son poignard fétiche de son étui et vient le poser sur la gorge du gobelin, d'où quelques gouttes commence à perler.

  « Tu ne sembles pas bien réaliser la situation, je crois. Tu vas répondre à mes questions si tu ne veux pas que je te vide de ton sang petit à petit et te laisse agoniser le plus longtemps possible. D'abord, où est ce Sian-ve qui me ressemble tant ?

  — De toute façon tu vas me tuer.

  — Certes. Mais tu peux choisir de mourir vite et sans douleur.

  — Je ne sais pas où il est, de toute façon. Tout ce que je sais, c'est qu'il te fera la peau si vous vous rencontrez. Rien, ni personne ne peut le blesser.

  — On verra, on verra. Et tu n'as pas entendu parler d'une pierre d’espérance, je présume ? »

  Gashzun crache un mélange de billes et de sang au visage de Lothi, puis retrousse ses lèvres dévoilant ses dents en sang dans un rictus de colère.

  « Voilà ma réponse, elle te plait ? »

  L'humanoïde, dans un de ses excès de rage qui font sa réputation, poignarde à plusieurs reprises le corps de sa victime et le jette en bas de la chaise pour le ruer de coups de pieds.

  « Je pense qu'il a son compte, robot. C'est ça que tu appelles laisser agoniser le plus longtemps possible ? pouffe Dainmar.

  — Il semblerait que je ne puisse pas me contrôler. J'aurais peut-être dû garder une puce de sagesse ou deux pense-t-il. Bon, assez perdu de temps avec ce vaurien, allons au palais rendre visite à cet ... administrateur, comme ils disent. »

***

 Tandis que Krax fait demi-tour, sur ordre du soldat Taellien, pour aller aider Dainmar à gravir la côte qui mène au palais, Lothi et la milice de l'Empereur arrive aux portes de celui-ci. Un humain les y attend. Il n'est plus tout à fait dans la fleur de l'âge mais reste cependant bien bâti. Il porte une longue robe blanche à liserés dorés dont le bas s'ouvre sur des chausses de la même couleur et ornées de petits arabesques noirs. Malgré le temps plutôt clément, il a rabattu sur sa tête le capuchon prolongeant son vêtement. Il se tient dans un rayon de soleil, ce qui lui donne une belle prestance. Il accueille le groupe d'un large sourire éclatant dans une révérence bien trop exagérée.

  « Qu'allégresse et quiétude fassent votre journée chers voyageurs. Mes gardes m'ont informé que vous étiez à ma recherche. Eh bien me voilà. Je serais ravi de vous offrir de quoi vous désaltérer dans mon humble demeure pendant que vous me contez ce qui vous amène à Mondcarlin.

  — Et bien, quel accueil ! dit l'humanoïde.

  — Il se trouve que j'ai eu vent de votre entrée... hum... disons... fracassante, dans ma cité. Et pour tout vous dire, je tiens beaucoup à ma petite vie tranquille. C'est pourquoi je suis prêt à vous aider du mieux que je le pourrais.

  — Hum... Ça sent le piège, robot, intervient le nain, tout juste arrivé et sur les rotules. »

  L'androïde examine avec une grande attention l'être qui se trouve devant lui. L'assurance et le manque complet de peur dans le regard ou l'attitude de ce dernier le trouble. Il est au courant de la cruauté du robot mais cela ne semble pas le perturber plus que ça. De plus, il ressent une espèce de pression qui l'empêche d'attaquer ce drôle d'individu et de plutôt s'en faire un allié.

  « Ne soit pas impoli, le nain. Profitons de son hospitalité et on verra ce qu'on en fait après. »

  Lothi ne laisse pas le temps au nain de répondre et pénètre dans l'immense bâtisse. Il est invité à prendre place dans le grand salon et s'installe, sans le savoir, à la place que Sian-ve occupait quelques jours plus tôt.

  Une fois tout le monde installé et à l'aise, Meslaf leur fait apporter du vin doux et s'installe dans son fauteuil au coin du feu.

  « Alors, messires, que désirez-vous savoir ?

  — Où se trouve la pierre d’espérance ? demande l'humanoïde, visiblement pressé d'en finir.

  — Cela, je ne peux vous le dire, car je suis moi-même à sa recherche. J'ai d'ailleurs envoyé mes plus braves guerriers pour la retrouver.

  — Vous avez au moins une idée ou quelque indice quant à sa position ? Je suppose que vous ne les avez pas envoyés sillonner le monde entier. »

  L’administrateur attrape le livre posé sur l'accoudoir de son siège.

  « En effet. Ce fichu caillou serait, selon ce vieux grimoire, en possession d'un esprit sylve dans un bois, au sud de Nazgdrak, le village orc.

  — Et il se trouve où ce village ?

  — Sur une île, à l'extrême sud de ce contient. »

  Lothi se lève et s'approche à pas lents de Meslaf. Il sort son poignard de son étui et le fait sauter de main en main. À sa grande surprise, l'administrateur reste stoïque.

  « Je ne vous effraie pas ?

  — J'ai banni ce genre d'émotions négatives de ma vie depuis bien longtemps. Si vous voulez me tuer, qu'il en soit ainsi.

  — Hum... Tu me plais bien, toi. Je t'épargne, mais s'il s'avère que tu m'as menti, je reviendrai et je serai moins clément. »

  Il range sa lame et se dirige vers la sortie.

  « Vous partez déjà ? lui demande Meslaf. C'est marrant ce que vous lui ressemblez et pourtant, vous êtes aussi très différents. »

 D'un geste de la main, l'androïde invite ses compagnons à le suivre et fait mine de ne pas prêter attention à ce qu'il vient d'entendre.

***

 Le retour au centre de la cité se fait dans un silence que seuls la douce brise et le chant des oiseaux viennent perturber. Lothi n'a de cesse de penser à cet étrange personnage qui l'a en quelque sorte dompté. Pourquoi n'a-t-il pas peur et surtout, qu'est-ce qui a empêché le robot de le tuer comme il l'aurait fait habituellement ? De plus, cette lueur dans son regard, pleine d'assurance, ne lui est pas inconnue. Et c'est sans compter sur cette histoire de Sian-ve qui lui ressemble tant. Il aimerait bien le rencontrer, tiens. Ça lui ferait sûrement un adversaire à sa hauteur.

  « Hey, le robot. Quelque chose te chagrine ? Tu n'as pas l'air dans ton assiette, demande Dainmar.

  — Non. Rien, grince l'intéressé. Soldats ! Vu que vos petits jouets n'émettent pas ici, vous allez retourner sur Pryga faire un rapport à Maxarls sur ce que nous a raconté ce type.

  — Nous avons ordre de ne pas te lâcher, intervient le plus costaud de la milice.

  — Et vous avez ordre de faire votre rapport et aussi de m'obéir, non ?

  — Affirmatif !

  — Dans ce cas, envoie ce maudit Taellien, ça m'en débarrassera au moins pendant un moment. Et que n'importe lequel d'entre vous aille avec lui, il serait capable de se perdre, ce bon à rien. »

  Le garde donne les consignes à ses collègues et choisit d'accompagner lui-même le Taellien. Ce dernier est tout sourire à l'idée de quitter Lothi.

  « Messieurs, en route pour le Sud, reprend l'humanoïde. Allons rendre visite à ses fameux orcs, peu importe ce qu'ils sont. Et peut-être, tomberons-nous sur ces fameux braves guerriers. »

  Sur ces paroles, ses yeux étincelèrent d'excitation. Son objectif a changé de manière radicale. Au diable ce satané caillou, il doit retrouver ce robot qui, il en est certain, à quelque chose à voir avec lui. Encore un coup de ce professeur Zagi. Même mort, il arrive encore à l'ennuyer.
Titre: Re : Doppelgänger sombre - En cours
Posté par: John Lucas le 30 Septembre 2020 à 17:32:16
Chapitre 11

Sian-ve

 Aux premières lueurs du jour, Sian-ve se met en chasse et attrape sans difficulté quelques lapins des montagnes. Il revient à la grotte et après les avoir dépecés et vidés, il les met à cuire, plantés sur un bâton, au-dessus du feu qu'il a allumé la veille au soir avant de se coucher.

 L'odeur de gibier grillé réveille Pai qui rejoint l'androïde. Il se lèche déjà les babines quant à l'idée d'avaler autre chose que de la viande séchée. L'humanoïde a juste le temps d'embrocher une part à chacun sur de petites branches et tout le monde vient s'asseoir près des flammes pour manger sa portion, dans un silence de cathédrale.

 Le repas terminé, chacun remballe ses affaires et le groupe se remet en route, toujours sans un mot. La descente se passe en toute tranquillité. Le robot et le lyar en tête s'arrêtent parfois pour attendre leurs camarades. Ils n'effectuent qu'une seule pause avant d'arriver dans les grandes plaines menant à la mer du sud.

 Un bruit fait dresser les oreilles de Pai.

 « Tu as entendu ça ?

 — Oui, oui. Tiens-toi sur tes gardes, j'aime pas trop ça » répond Sian-ve, les mains serrées autour de son sceptre.

 Les deux acolytes se retournent pour faire signe à leurs compagnons de presser le pas mais il est déjà trop tard et ceux-ci sont encerclés par de nombreux orcs. Le plus grand et musclé de la horde brandit un immense gourdin et s'avance vers le lyar et l'androïde.

 « Que faites-vous sur notre territoire, mécréants ?

 — Nous souhaitons nous entretenir avec votre chef, dit Pai sans se démonter face à l'imposante carrure de l'orc.

 — Et en quel honneur devrais-je accepter ?

 — Tulgar, mon frère, je me porte garant pour eux. Le monde en dépend. » intervient Gudrak.

 Le mastodonte se retourne, les lèvres retroussées dévoilant d'horribles crocs, et se dirige vers celui qui a osé l'importuner.

 « Mon frère ? Tu oses m'appeler ainsi alors que tu nous as lâchement abandonné pour aller vivre avec les humains.

 — Je t'en prie, de l'eau a coulé sous les ponts depuis la guerre d'il y a 25 ans.

 — Traître !! Emportez-le et tuez ses amis. »

 Un orc de taille moyenne dégaine une épée courte et s’apprête à taillader l'ogresse. Celle-ci, prise de panique, se laisse choir sur les genoux, les mains devant son visage en pleurs.

 « Grielaa !! » crie-t-elle.

 Dans un éclair de lumière, le petit être vert apparaît. Les orcs lâchent aussitôt leurs armes et mettent un genou à terre.

 « Relevez-vous, très chers. Quel est donc cet accueil ?! Bref. Ces personnes désirent voir votre chef et vous allez les y conduire. Et moi, je vous accompagne afin d'être certaine que vous ne les noyez pas.

 — Bien, Mère Esprit, répond Tulgar, en sueur.

 — Et bien, quel étrange spectacle auquel venons-nous d'assister, hein β-16 ? » murmure Pai.

 L'humanoïde reste sans voix, admiratif devant ce petit être qui domine ainsi une horde d'orcs de sa simple présence. Grielaa est aux côtés de Zehell et lui pose une main sur la joue. L'ogresse reprend alors confiance en elle et se relève, un sourire ayant remplacé les larmes.

 « Là, c'est mieux ainsi, dit l'esprit. Maintenant, en route. Ou plutôt, en mer.

 — En mer ? bredouille Sian-ve.

 — Pardonnez-le, môssieur a peur de l'eau, ricane le lyar.

 — Tu as vu comme je coule ? La seule fois où j'ai voulu me baigner, j'ai failli me noyer Tu n'aurais pas peur à ma place, peut-être ?

 — Pas d’inquiétude. La mer devrait être parfaitement calme aujourd'hui, tente de rassurer Grielaa.

 Les orcs préparent avec minutie un bateau, ou plutôt un rafiot, vu son état de délabrement assez avancé. Ils jurent que c'est là leur meilleur et qu'avec celui-ci, la traversée ne durera guère plus de deux heures, ce qui fait frémir un peu plus l'androïde. Il s'imagine mal tenir autant de temps si proche d'une éventuelle noyade. Tous embarquent et sont priés de prendre les rames pour aider les quelques orcs qui les accompagnent à pagayer. La grand-voile parsemée de petits trous n'est plus aussi efficace et à besoin d'un coup de main.

 Le courant et le vent leur sont favorables et leur progression est assez rapide. Toutefois, les rafales se font de plus en plus violentes, le ciel s'obscurcit et le tonnerre commence à gronder non loin. Sian-ve est recroquevillé au milieu de l'embarcation sous les yeux étonnés des passagers à l'exception de Pai. Il s'accroche de toutes ses forces à son banc et crie soudain de tout son soul.

 « On n'y arrivera jamais, la tempête arrive. »

 Personne n'ose lui répondre. Le lyar vient se blottir contre lui, espérant ainsi le rassurer. Les autres commencent également à pâlir à mesure que l'orage s'intensifie. La pluie fouette désormais la voile avec fracas et le bateau est balloté comme le serait une brindille dans une cascade, si bien qu'à chaque vague il n'est pas loin de se retourner et envoyer ses occupants dans les eaux agitées. L'esprit profite de son pouvoir pour disparaitre cependant que les orcs rient à gorge déployée.

 « Il s'est bien foutu de nous ce sylve, peste Pai. Et maintenant, il est où ? Reparti dans sa forêt comme un lâche.

 — Terre en vue, hurle un orc pour se faire entendre de tous.

 — Et voilà, la petite promenade de santé se termine, glousse un autre.

 — Ils sont tous aussi cinglés ? grommelle le lyar, très agacé, à l'intention de Gudrak.

 — Tu n'imagines même pas, lui répond celui-ci.

 — Et dire que je pensais irrécupérable, tu es un saint en réalité. »

 C'est ainsi que les compagnons arrivent sur les berges de Nazgdrak, Sian-ve en tête, sous le regard peiné de son ami à quatre pattes. Dans ce village d'apparence austère, chaque bâtiment est orné de piques et de crânes d'animaux. Il n'y a aucun chemin tracé, longues herbes et gravas se battent pour avoir la faveur des lieux. L'odeur va de pair avec l'allure repoussante des habitants, cela ressemble à des effluves de viande pourrie. Bien que son flaire n'est plus ce qu'il a été, Pai est le plus incommodé et sa colère n'en ai que plus accentuée.

 Un orc bien plus imposant que Tulgar vient à leur rencontre, accompagné du petit esprit sylve qui se cache derrière lui pour éviter le regard assassin que lui jette le lyar. La montagne qui se dresse devant eux n'a que seule arme ses poings et ses crocs acérés qui dépassent de sa mâchoire proéminente. Son visage est traversé d'une longue cicatrice recouverte de peinture, comme pour la masquer. Son aspect pourrait inspirer la crainte, il ne dégage pourtant aucune animosité.

 « Bienvenue ! dit-il d'une voix rauque. Je suis Kiar, chef de cette tribu. Grielaa m'a expliqué un peu la situation. Nous ferons tout ce que nous pourrons pour vous venir en aide. J'ai déjà envoyé mon grand sorcier récupérer cette fameuse clé. Il est le seul à savoir où elle se trouve. En attendant, venez, vous en mettre plein la panse avec nous. »

 Gudrak, s'avance et s'incline devant celui qu'il reconnait encore comme chef malgré des années loin de la horde.

 « Bonjour chef-père. Heureux de voir qu'au moins un membre de ma famille peut faire preuve d'une certaine intelligence.

 — Fils ! N'en veux pas à ton frère, quoiqu'il ait fait. Il n'a toujours pas accepté ton départ. »

 Kiar, d'un geste de la main, fait signe à son enfant de ne pas répondre puis se met en marche, l'esprit toujours à ses basques. Le groupe le suit jusqu'au centre du village où la horde s'est réunie autour d'un énorme feu. On leur sert de grosses portions de viande grillée qui, elle, ne sent pas la charogne et des chopes d'hydromel. Chacun profite de ce moment agréable. Pai questionne Gudrak dont il ne savait pas qu'il était le fils du chef des orcs. Sian-ve change les pansements de Zungash. Le sorcier orc fait alors son apparition. Il est très maigre pour quelqu'un de son espèce et son vieil âge se lit sur les plis de son visage. Il a dans la main une pierre topaze bleu ovale et lisse. Il la tend à Grielaa.

 « Merci sorcier. Messires, voici la première clé. Je vous la confie et prenez en grand soin. Comme elle appartient désormais aux orcs, c'est à toi Gudrak que je la remets.

 — Quel honneur.

 — Fils ! dit Kiar. J'ai moi aussi quelque chose pour toi. »

 Sur ces paroles, une vingtaine d'orc équipés pour le combat se rassemblent au côté de leur chef.

 — Ce sont mes meilleurs soldats. Ils sont à toi ainsi que mon navire de guerre. Grielaa m'a dit que vous deviez vous rendre chez les gobelins. Il vous sera plus rapide de passer par la mer. Cela vous évitera, en outre, de repasser par les montagnes.

 — Père...

 — Ce n'est pas tout. Je voulais aussi te dire que je suis fier de toi. Tu as eu le cran de me défier et de prendre une grave décision contre mon avis. Et regarde-toi, tu as des amis et tu pars sauver le monde. Oh. J'ai failli oublier. Va remettre cette missive à ton frère et attends qu'il en ait pris connaissance avant de le quitter. Et sache que s'il t'en veut autant, c'est parce qu'au fond, il t'aime.

 — Bien ! Merci Père. »

 Gudrak s'empare du parchemin tendu par Kiar et d'un geste de la tête ordonne à sa nouvelle armée de le suivre. Ses compagnons se joignent à lui et tous ensemble, ils découvrent le fameux navire de guerre des orcs. Il est immense, noir et entouré de nombreux piques à l'instar des habitations. Ses trois énormes voiles doivent faire de lui le plus rapide des bateaux que Pai a vu de sa vie. Sian-ve se sent rassuré en montant à bord, rien ne pourra le renverser se dit-il. Le capitaine ordonne de remonter l'ancre et voici le navire qui s'engage dans les eaux devenues plus calmes.
Titre: Re : Doppelgänger sombre - En cours
Posté par: John Lucas le 07 Octobre 2020 à 21:00:15
Chapitre 12

Lothi

 Le reste de la milice prygalienne fait le ménage à travers la vallée des diablotins. Grâce à leurs fusils paralysants qui s'avèrent mortels pour les petits animaux, ils exterminent des dizaines et des dizaines de ces créatures qui les attaquent par vagues telle une mer déchainée. Pour eux, ce ne sont que des espèces de vulgaires rats géants et cannibales. Lothi et Dainmar se débarrassent des quelques-uns qui réussissent à se frayer un chemin jusqu'à eux.

 Le groupe continue son périple vers le sud et franchit sans délai les montagnes au sommet desquelles ils prennent une courte pause. Une pause justement bien trop courte au goût du nain, mis hors d'haleine par ces nombreuses heures de marche.

 « Reposons-nous encore un peu » suggère-t-il.

 Il s'assoit sur un rocher et enlève ses lourdes bottes.

 « Tu te reposeras quand tu seras mort, lui répond l'androïde, d'un ton dédaigneux.

 — Je ne suis pas un tas de ferraille infatigable, moi. Les longues distances m'épuisent. Nous les nains, nous sommes des sprinteurs, redoutables sur les courtes distances !

 — Fais ce que tu veux ! Moi, j'y vais.

 — Krax ! Reste avec moi. Soldat, partez avec lui. »

 Le groupe se divise et cependant que le nain s'allonge sur un lit de feuilles au confort douteux, l'humanoïde presse le pas pour descendre la montagne. Les kilomètres défilent et le voilà déjà qui foule l'herbe fraîche des grandes plaines du sud. Il aperçoit au loin la mer bleu turquoise. Alors ce serait à ça que ressemblaient les océans avant que la pollution les assèche et les noircissent ? Un froissement dans les fourrées le sort de sa contemplation. En moins de temps qu'il faut pour le dire, les deux soldats sont encerclés et désarmés par de grands êtres de couleur verdâtre et puissamment bâtis. De leurs mâchoires dépassent des dents aussi pointues que des poignards. L'un d'eux, celui au physique le plus impressionnant et à la face patibulaire, s'avance vers Lothi, muni de son énorme gourdin. Pour le robot, cette arme n'est autre qu'un tronc d'arbre, ce qui l'amuse beaucoup.

 « Alors c'est ça un orc. Impressionnant, je dois bien l'avouer. Et que comptes-tu faire avec ton cure-dent géant ?

 — Cure-dent ? grogne Tulgar. Je crois que je vais bien m'amuser avec toi, homme de métal. Et cette fois, Grielaa ne viendra pas nous interrompre. D'ailleurs, pourquoi et comment es-tu revenu ici tout seul ? Je n'ai vu aucun bateau jeter l'ancre au port depuis que vous êtes partis.

 — Tu dois me confondre avec ce Sian-ve qui me ressemble tant. Alors comme ça il est passé par ici, a pris la mer et n'est pas encore revenu.

 — GROAAR ! »

 Tulgar se rue sur l'androïde et balance son gourdin avec une rage folle. Ses attaques sont pleines de violence mais ses mouvements trop amples et pas assez vifs sont lus avec facilité par l'humanoïde qui s'amuse à entailler l'orc à chacune de ses charges qu'il accompagne de hurlements de plus en plus féroces.

 Quelques orcs se pressent tout autour de Lothi dans le but de resserrer l'étau autour de lui mais cela n'est pas du goût de leur chef, essoufflé par ses assauts.

 « Reculez ! C'est entre lui et moi, vocifère-t-il. La honte s’abattrait sur moi et sur vous s'il me fallait votre aide pour le vaincre. Perso, je tiens à mon honneur. Pas vous ?

 — À quoi cela te servira-t-il une fois mort ? » ricane le robot.

 Tulgar fonce droit sur son adversaire et réussit enfin à le toucher au flanc à la suite d'une feinte à la tête. Il n'en fallait pas tant pour mettre l'androïde hors de lui. Celui-ci se relève, accélère ses estocs et bientôt le mastodonte s'écroule à genoux et pose ses mains dans les flaques que son propre sang a formées au sol.

 La horde, ahurie de voire leur plus brave et fort guerrier ainsi malmené, relâche son attention et les deux prisonniers en profitent pour récupérer leurs armes et les mettre en joue alors que Dainmar et Krax les rejoignent au pas de course.

 « Alors le nain, on arrive après la bataille ? » ironise Lothi sans lâcher sa proie du regard.

 Tout le monde se regarde un peu en chien de faïence lorsqu'un éclair vient alors percuter un des soldats prygallien au niveau de la poitrine. Celui-ci est projeté sur une centaine de mettre et son corps retombe sans vie dans un buisson. Personne n'a vu le navire orc s'arrimer au port et en surgir les guerriers qu'il contenait. Sian-ve, son sceptre fumant tendu vers ses opposants, accompagné de Pai, mène la charge. Ils sont suivis de la vingtaine d'orcs qui ont embarqué avec eux. Dainmar, les yeux injectés de sang, saisit Harìn et le fait tournoyer au-dessus de sa tête. Il est prêt à charger et fait signe au géant de le suivre, mais celui-ci ne bouge pas d'un poil.

 « Suis-moi, imbécile ou tu ne reverras jamais ton fils.

 — Je ne peux pas bouger. Je suis paralysé. »

 Un second visage affublé d'un large sourire apparaît sur celui de Krax. C'est Grielaa. L'esprit sylve a pris possession du corps de son adversaire. C'est là un pouvoir de son peuple. Ils sont capables de contrôler le corps d'êtres disposant d'un esprit faible. Cependant, celui-ci lui résiste et il ne peut que le maintenir stoïque.

 Le nain commence à suer à grosse gouttes et ses membres se mettent à trembler. La situation leur échappe et sans la puissance du géant, ils sont mal embarqués. Il se dirige vers Lothi qui n'en a que faire. Celui-ci est hypnotisé par ce robot qui est une copie quasi exacte de lui-même. Fichu Zagi. Il s'élance dans sa direction bien décidé à en découdre et bientôt les deux humanoïdes s'affrontent. L'un porte des coups de poignard avec une dextérité et une vélocité incroyables. L'autre part les attaques de son bâton de manière tout aussi impressionnante. Ils semblent de force égale et le sourire sadique de Lothi en dit long sur le plaisir qu'il éprouve dans ce combat.

 « Ainsi c'est donc vrai, il existe un autre moi, dit Sian-ve, circonspect, dans un moment d'accalmie.

 — Ne m'insulte pas. Tu n'es rien comparé à moi. Zagi t'a certainement créé à partir de mes puces de sagesse. Tu n'es donc qu'un sous-moi si on peut dire.

 — Zagi ? C'est bien le nom que Rislen a utilisé pour parler de mon créateur.

 — Tout comme ses autres créations, tu n'es qu'un échec. Je suis et resterai sa seule réussite.

 — Nous avons le même créateur, nous pourrions certainement nous entendre. Pourquoi tant de haine ?

 — Tais-toi et meurt ! »

 Lothi sort le fusil paralysant qu'il a récupéré sur le soldat abattu et attaché en bandoulière. Sian-ve ne doit son salut qu'à l'intervention du lyar qui jaillit pour mordre le bras de leur adversaire et ainsi dévier le tir qui explose un rocher non loin du robot. Dans la lutte, Pai a réussi à faire tomber son adversaire et lui crache une énorme flamme qui aurait cramé tout un troupeau de cerfliers. C'est sans compter sur la constitution de Lothi, qui est insensible au feu, tout comme Sian-ve.

 Le lyar vient offrir à son ami le fusil qu'il a arraché à son propriétaire. Dans le même temps, Dainmar rejoint son partenaire et l'aide à se relever. Il en récolte une droite en pleine mâchoire.

 « Lâche-moi, le nain. Je ne t'ai rien demandé.

 — Par ma barbe, saleté de robot, tu me le paieras. Mais en attendant, déguerpissons. Ils sont trop nombreux et nous ne sommes plus que trois. Ils ont eu le géant aussi. Cet abruti s'est transformé en statue.

 — Fuir ? Jamais ! Je préfère encore mourir.

 — Tu ne voudrais pas que j'appelle Maxarls et subir son courroux face à ton incapacité à obéir et à réussir la mission qu'il t'a confiée ? Là, effectivement, tu préférerais la mort.

 — Ça va. Tu me les casses avec ton Empereur. Je te suis. »

 Le nain et l'humanoïde battent en retraite suivi du soldat prygallien survivant. Le géant est toujours cloué à sa place sans parvenir à mouvoir ne serait-ce qu'un orteil. Ils retraversent les montagnes et la vallée des diablotins aussi vite qu'ils le peuvent. Le garde a du mal à suivre, dû aux nombreuses blessures infligées par les orcs. Il se retrouve alors seul en arrière et c'est le moment qu'ont choisi les petites créatures carnivores pour l'attaquer et le mettre en charpie, sans même que ses compagnons ne s'en aperçoivent.

 Lothi et Dainmar arrivent dans la forêt de Thelthane et retrouvent vite la grotte Rog-lehd. C'est là qu'ils se rendent enfin compte que le soldat n'est plus avec eux.

 « Où est passé le troufion ? demande l'humanoïde.

 — Aucune idée. Je pensais qu'il nous suivait.

 — Tant pis pour lui. On y va. »

 Sans attendre, l'androïde traverse le passage vers son monde, bientôt imité par le nain, qui jette un dernier regard à la grotte dans l'espoir de voir arriver le retardataire, en vain.
Titre: Re : Doppelgänger sombre - En cours
Posté par: John Lucas le 19 Octobre 2020 à 11:18:15
Chapitre 13

Sian-ve

 La horde exulte. Ils ont mis en déroute leurs adversaires et en sont fiers. Les cris de guerre résonnent dans les grandes plaines et chassent les quelques animaux curieux qui s'étaient approchés pour assister aux combats. Gudrak, moins euphorique, accourt au côté de son frère, bientôt rejoint par Sian-ve, Pai et Zungash. Ils ne sont pas trop de quatre pour empêcher le mastodonte de se relever et d'élargir ses plaies. Celui-ci accepte finalement de s'allonger cependant que son cadet demande du tissu propre à ses compagnons et nettoie les blessures qui s'avèrent être moins profondes qu'il le pensait.

 « Tu t'es bien battu, mon frère, dit Gudrak d'un ton rempli de fierté.

 — Tu parles, je ne l'ai touché qu'une fois et tu as vu mon état, grogne Tulgar, dépité.

 — Ce ne sont que des égratignures ça, non ? Tu as connu bien pire durant la guerre. Un bon cataplasme et dans quelques jours, tu seras sur pieds. »

 L’aîné tourne la tête signifiant la fin de leur discussion. Gudrak qui n'a jamais vu son frère se morfondre ainsi, achève ses soins puis s'écarte pour rejoindre ses amis. Un peu plus loin, Grielaa est expulsé du géant. L'esprit sylve a épuisé tout son pouvoir et le contrôle a été rompu. Krax en profite pour tenter une évasion mais l'androïde, muni de son sceptre et le lyar, les nasaux fumants, lui barrent la route de manière prompt.

 « Laissez-moi passer, je vous en prie. Je n'ai rien contre vous.

 — Que faisais-tu avec eux dans ce cas ? demande Pai.

 — Ils retiennent mon fils en otage. Je dois absolument y retourner sinon ils vont le tuer.

 — Tu ne m'as pourtant pas l'air faible, intervient Sian-ve.

 — Le robot est trop fort. Vous avez bien vu.

 — C'est pas faux, hein β-16 ?

 — Effectivement, il est au moins aussi fort que moi. Mais quel était le but de votre visite ici ?

 — Je n'ai pas tout compris mais apparemment ils cherchent une pierre magique pour leur Empereur.

 — Malheur, ils sont au courant... se désole Grielaa. Laissez-le partir, je n'ai senti aucune once de méchanceté lorsque je l'ai possédé. »

 Les deux comparses s'écartent et observent le géant s'éloigner à toutes jambes. Il est plutôt rapide pour sa corpulence observe Sian-ve pour lui-même. Il aurait pu être utile dans leur quête.

 L'obscurité commence à tomber et tout le monde se regroupe sous la grande tente du poste d'avant-garde. Tulgar a déjà retrouvé de la vitalité et invite son frère et ses amis à boire l'hydromel de la victoire et à passer la nuit dans le camp avant de reprendre la mer.

 « Hé, Gud ! Pourquoi être repassé par ici ? Je te dois une fière chandelle, en tout cas. »

 Gudrak ouvre des grands yeux tant il est étonné de recevoir ce qui ressemble à des remerciements de la part de son frère et se rappelle qu'il est venu lui remettre la missive de leur père.

 « Père voulait que je te donne ceci. Et je suis bien content d'être arrivé à temps. »

 Tulgar lit le parchemin et se met à pouffer.

 « Il semblerait qu'on va devoir se supporter encore un moment. Père m'ordonne de t'accompagner. En tant que plus grand soldat orc, dit-il.

 — Il a raison. Ton aide sera précieuse. »

 L'immense orc met une énorme tape sur l'épaule de son cadet, s'éloigne vers la sortie et sans se retourner, lâche ces quelques mots.

 « Au fait, si j'étais si en colère contre toi, c'est qu'en fait j'étais jaloux de ne pas avoir eu autant de cran. »

 Gudrak regarde son frère sortir avec un large sourire. Il est très heureux que les choses aillent mieux entre eux. Il rejoint ses amis et ensemble, ils boivent quelques coupes d'hydromel avant d'aller se coucher.

***

 L'aube point et le réveil est fort difficile pour certains. L'hydromel des orcs est plus fort que n'importe quel autre. Pai et Zungash le découvrent à leur dépend alors que Gudrak qui s'est bien gardé d'en boire, est déjà prêt. Tulgar entre dans la grande tente centrale. Il s'est équipé d'un plastron et de jambières. Il souhaite laver son honneur à la suite de sa défaite de la veille et ne fera plus l'erreur de sous-estimer son adversaire.

 « Tu as là des amis bien faiblards, mon frère, se moque-t-il avec un rire rauque.

 — Le faible t'a sauvé les miches hier, grogne le lyar.

 — Et ils n'ont pas d'humour, en plus... Sans vouloir vous donner d'ordre, il serait temps de prendre la mer. Le voyage pour se rendre à Gor est assez long et si j'ai bien compris, vous êtes plutôt pressés. »

 L'orc sort, accompagné de son frère, bien décidé à rattraper le temps perdu entre eux.

 Une heure plus tard, tout le monde est réuni sur le pont du navire, à l'exception de Sian-ve.

 « Il doit sûrement encore faire une petite crise de panique à l'idée d'aller sur l'eau, dit Pai.

 — Mais qu'est-ce que tu racontes papy, ça fait une plombe que je vous attends. Ne vous voyant pas arriver, j'ai fait le tour du propriétaire. Les orcs sont prévoyants, il y a là-dessous de quoi nourrir un village pour un mois. Et je ne vous parle pas de la réserve d'hydromel.

 — Non, t'as raison, ne parles pas d'hydromel. »

 Le lyar, le poil hérissé et les moustaches frisées, va s'allonger en boule à l'avant du bateau.

 « Réveille-moi quand nous serons arrivés, β-16.

 — Il va dormir quatre jours ? s'étonne Tulgar.

 — Les lyars peuvent hiberner sur commande », explique l'androïde.

 Le voyage est agréable, la météo est clémente et la mer parfaitement calme. Sian-ve se repaît des histoires des orcs dont il boit les paroles et les prend pour vérité malgré la mise en garde de Gudrak. Ce dernier passe la plupart de son temps à discuter avec son frère de plus en plus admiratif. Zungash, lui, ne dessaoule pas de la traversée. Il est bien trop friand de l'hydromel des orcs et n'a pas trop hâte d'arriver chez ses semblables. Quant à Zehell, les orcs essaient tant bien que mal de lui donner plus de courage.

***

 Une magnifique cité sort de la brume matinale à l'horizon. Le navire va bientôt accoster à Gor. Le petit village gobelin a bien évolué et est devenu une grande ville, depuis le départ de Gashzun et Zungash. Ce dernier ne reconnait rien lorsque le groupe accoste au port et aimerait que son frère voie ça. Tous les bâtiments sont aussi luxueux que le palais de l'administrateur Meslaf et toutes les routes ont été pavées avec soin.

 Un groupe de gobelins les attend sur les quais pour les conduire à leur chef. Ils disposent de chariots tirés par des oiseaux dodus à trois pattes et aux ailes coupées qui les entraînent à vive allure jusqu'à la taverne. Si celle-ci n'a plus du tout la même allure, elle est toujours tenue par l'oncle de Zungash qui le dévisage à son passage.

 « Je commence à comprendre ce que tu as pu ressentir à Nazgdrak, Gud. J'espère qu'on ne va pas trop s'attarder ici, je n'ai pas envie de rendre des comptes, dit le gobelin.

 — Je te souhaite que cela s'arrange comme pour moi avec Tulgar » répond l'orc.

 Les deux camarades sont interrompus par l'entrée du chef gobelin, tiré à quatre épingles. Il est vêtu d'une belle chemise grise, d'un gilet sans manche noir et d'un pantalon en cuir marron de cerflier. Ses poignets sont cerclés de bracelets scintillants.

 « Depuis quand les gobelins sont si riches et coquets ? demande Pai au tavernier.

 — À la suite des guerres, il a bien fallu reconstruire le village. Les gobelins sont devenus des pillards et Orbruk s'est avéré très efficace. Depuis qu'il a été nommé chef, il aime exhiber ses richesses, gage de sa puissance.

 — Hum, je comprends mieux. »

 Une lumière vive ébloui la pièce et Grielaa fait son apparition. Il a dans les mains une pierre identique à celle reçue chez les orcs, à l'exception que celle-ci est rouge.

 « Bonjour, aventuriers. J'ai pris les devants et je suis allé chez le sorcier récupérer ceci. Ce vieil acariâtre déteste les non-gobelins et il refuse de vous rencontrer. Tiens Zungash, pour les mêmes raisons que Gudrak, c'est à toi que je la confie.

 — Merci, c'est un honneur.

 — Super, nous avons les deux pierres, dit Sian-ve, tout excité. Dépêchons-nous de repartir.

 — Attendez, intervient Grielaa dont les joues s'empourprent. J'ai omis un petit détail lorsque je vous ai parlé de ces clés. Le coffre qu'elles ouvrent ne se trouve pas dans le bois au sud de Nazgdrak. Il se situe en réalité dans la grotte Rog-ledh au sein de ma très chère forêt Thelthane.

 — Encore cette foutue forêt, grommelle Pai. Elle ne m'inspire pas du tout.

 — Tu te fait trop de soucis, essaie de le calmer l'androïde.

 — Et toi tu mérites bien ton surnom, β-16. »

 La bande se mit d'accord pour se reposer sur la terre ferme jusqu'au lendemain puis de reprendre le navire pour se rendre sur le continent principal et poursuivre leur route à pied. Si tout se passe bien, ils seront dans la grotte dans six ou sept levés de soleils.
Titre: Re : Doppelgänger sombre - En cours
Posté par: John Lucas le 21 Octobre 2020 à 10:15:30
Chapitre 14

Lothi

 L'androïde presse le pas dans les mines de Glora mais ne fait que tourner en rond. Ces galeries sont un vrai labyrinthe lorsqu'on ne les arpente pas tous les jours. Il tape du poing contre les parois à chaque virage, vocifère insulte sur insulte et empoigne les esclaves taelliens pour leur demander le chemin, or ceux-ci ne sont jamais remontés à la surface depuis qu'ils sont prisonniers. De rage, il les envoie valser contre les murs puis se résolu enfin à attendre le nain, amusé par la situation, et le laisser le guider vers la sortie. En à peine quelques minutes, les voici sortis à l'air libre où ils retrouvent les deux soldats envoyés au rapport auprès de l'Empereur. La vue du Taellien, une chope à la main et aux joues rubicondes, fait remonter Lothi en pression. Il s'avance, prêt à rosser ce couard qui a osé lui désobéir et rester festoyer avec les nains plutôt que de prévenir leur souverain de leurs découvertes.

 « Sombre idiot, n'avais-tu pas un message à transmettre ? »

 Le robot lance son poing avec vélocité. À l'instant où celui-ci s'apprête à enfoncer le nez dans le visage du garde impérial, l'humanoïde se retrouve plaqué au sol.

 « Je ne t'ai pas prêté mon armée pour que tu la démolisses, gronde une voix dans son dos.

 — Maxarls... Grrr »

 Lothi sent la puissance de la gravité croitre et ne parvient pas à tourner la tête vers son agresseur dont les yeux sont emplis d'une lueur de haine.

 « Tu me renvois deux soldats et tu reviens sans les deux autres. Comme d'habitude tu n'en fais qu'a ta tête. J'espère qu'au moins tu as trouvé cette fameuse pierre d'espérance.

 — Non, mon emp..., intervient Dainmar.

 — Silence nain, le coupa l'empereur, furibond. Ne t'avais-je pas demandé de m'avertir en cas de problème ?

 — C'est que... euh... J'ai estimé qu'il agissait pour le bien de la mission.

 — Maintenant, Lothi, donne-moi une bonne raison de ne pas te mettre en pièce ici et maintenant.

 — Ceux de l'autre monde montent toute une armée pour rechercher ce fichu caillou. Parmi eux, il se trouve un robot identique à moi-même. C'est d'ailleurs mon créateur qui l'a conçu, avec mes restes, je présume. Nous avons eu un bref affrontement et je peux vous assurer qu'il est presque aussi fort que moi. Il ne faut surtout pas le sous-estimer. Donc, à part si vous vous rendez vous-même de l'autre côté, et à condition que votre technologie fonctionne également sur lui, vous savez très bien que je suis le seul capable de le vaincre.

 — Si je peux me permettre mon empereur, dit le nain du bout des lèvres, j'ai vu ce combattant à l'œuvre et je pense sincèrement que votre milice ne pourra rien contre lui. De plus, il possède un sceptre similaire à ceux de votre garde rapprochée, à l'exception que celui-ci ne fait pas que paralyser.

 — Hum, je vois. J'ai déjà eu affaire à cette arme. Elle appartient au chef de la rébellion Dakroonite. Je me demande bien comment elle est arrivée entre ses mains. Bref, je vais vous accorder une dernière chance. »

 L'empereur relâche son étreinte invisible sur Lothi puis contacte ses hommes restés à bord de son vaisseau et demande au responsable de la milice de lui envoyer ses quinze meilleurs combattants. D'un signe de la main, il ordonne à ses deux soldats de regagner l'aéronef. Il s'avance vers l'androïde et sors un petit objet rond de sa veste.

 « Prend ce holo-message et rends-toi sur Vaoya. Là-bas, montre-le à la cheftaine. Elle te confiera ses plus braves guerrières.

 — Des femmes ? s'interloque l'humanoïde.

 — Je peux t'assurer que tu n'as jamais vu aussi hargneux que ces espèces d'amazones, dit le nain. J'ai eu une fois affaire à l'une d'elle et voici ce que j'en ai récolté. »

 Dainmar soulève sa barbe et dévoile une belle cicatrice au niveau du cou.

 — Une femme qui met une raclée à un nain, quelle référence », se moque Lothi.

 Le nain empoigne son marteau, le sert très fort et le brandit. Maxarls le stoppe d'un seul regard.

 « Il ne mérite pas que tu salisses Harìn. Prends tes meilleurs hommes et accompagne-le. Normalement, mes hommes devraient être suffisants pour rendre la visite diplomatique mais on ne sait jamais comment réagissent ces sauvageonnes.

 — Entendu, mon Empereur.

 — Dans ce cas messieurs, je vous laisse. »

 Fewuam Maxarls disparait. Dainmar s'absente un instant et revient accompagné d'une douzaine de nains armés de marteaux ou de haches. Pendant ce temps, les soldats prygaliens, menés par leur commandant en chef, se sont présentés à Lothi, ravi de ne pas y voir de Taellien. Le nouveau groupe ainsi constitué emprunte un vaisseau de l'armée et se dirige vers la planète Vaoya.

***

 Malgré l’insistance du robot, le commandant prygalien, Harar, refuse que celui-ci pilote son propre engin. L'ensemble de l'équipage, tout heureux de pouvoir voyager en toute tranquillité et surtout d’atterrir sans encombre, le gratifie de sincères remerciements. Après un saut dans l'hyper-espace, l'aéronef survole une planète rocailleuse jaune, entourée de deux anneaux auprès desquels gravitent deux lunes. Avec une grande dextérité, le pilote pose l'appareil α-15 en douceur, au milieu d'une vaste prairie clairsemée de fleurs de toutes les couleurs. La passerelle est descendue et Lothi, accompagné de Dainmar, Harar et quelques soldats, foulent le sol chaud de Vaoya.

 Le petit groupe se met en route vers la ville qui leur fait face quand, des airs, surgit une centaine de drones qui leur projettent des aiguilles. Tout le monde s'effondre à l'exception de l'humanoïde qui est aussitôt entouré de toute une armée de femmes munies de lances électriques paralysantes. Trop occupé à voir ses hommes tombés un à un, il ne les a pas vu arrivées dans son dos.

 Les femmes se ressemblent beaucoup. Grande, blonde, yeux bleus et une belle musculature. Elles portent un uniforme kaki qui recouvre leur corps de la tête aux pieds et laisse juste apparaître leur sein gauche.

 « C'est comme ça que vous accueillez vos visiteurs ? grogna l'androïde.

 — Nous n’apprécions pas beaucoup les hommes sur cette planète. Nous préférons les capturer et les interroger ensuite, lui répond la plus jolie. Que faites-vous chez nous ?

 — C'est l'Empereur Maxarls qui nous envoie. Il m'a demandé de montrer ceci à votre cheftaine.

 — C'est moi-même. Mon nom est Dame Fortinha. Tâchez de vous en rappeler lorsqu'on vous demandera qui vous a botté le cul. »

 Le robot lui remis l'objet en question et jette un œil aux armes des Vaoyanne et comprend qu'elles sont similaires aux fusils de la milice impériale. Il juge préférable de ne pas jouer au plus malin. Le nain a peut-être raison en fin de compte, mieux vaut ne pas se frotter à ses sauvageonnes. La belle blonde enclenche le mécanisme et le holo-message fait apparaître une image de Fewuam Maxarls. Celui-ci explique que les rebellions taeliennes et dakroonites s'intensifient et qu'il a besoin d'aide pour trouver un artefact qui l'aidera à défendre Pryga d'une part mais aussi tout le système Jadtac, et par conséquent Vaoya. Il rappelle à Forti, comme il la nomme, qu'elle lui est redevable pour les raisons qu'elle connait et qu'il ne lui fera pas l'affront de nommer au cas où des oreilles mal intentionnées traîneraient, et que c'est au nom de leur amitié qu'il lui demande de rejoindre son armée, accompagnée de ses meilleures guerrières.

 Le message terminé, Dame Fortinha explose l'appareil au sol et le piétine de rage. Elle a les lèvres retroussées et est prête à bondir sur Lothi, impassible.

 « Que fait-on, ma Dame ? demande une jeune fille au visage tatoué.

 — Malheureusement, je n'ai pas le choix. Ce maudit Empereur est un fourbe sans scrupule.

 — Je ne vous le fait pas dire ! s'exclame l'humanoïde.

 — Toi, ta gueule. Ramasse ta bleusaille et tenez-vous prêt à décoller dans quinze minutes. Le temps pour moi de regrouper mes plus braves femmes. »

 Les vaoyannes s'éloignent cependant que l'androïde prend un plaisir malsain à réveiller ses hommes à grandes claques dans la tête.

 Une fois soldats à moitié anesthésiés et amazones des temps modernes à bord, le commandant fait décoller le vaisseau et programme le retour pour les mines Glora sur Pryga.

***

 L'aéronef se pose non loin de l'entrée des mines. Le nain est le premier à sortir Harìn à la main, prêt à aplatir d'éventuels ennemis, il a constaté une inhabituelle agitation lors de l'atterrissage. Un de ses hommes, un jeune soldat, sort des galeries, ensanglanté et le souffle court.

 « Que se passe-t-il là dessous ? demande Dainmar.

 — Le géant... Il est... revenu... C'est un massacre... Il a... Il a...

 — Il a quoi ? s'énerve le chef nain.

 — Il a délivré son fils et entraîné les Taelliens à se battre à leurs côtés.

 — Et merde ! »

 Dainmar s’engouffre dans le dédale et tombe vite nez à nez avec Krax qui malgré de nombreuses entailles sur tout le corps, décime l'armée naine, privée de ses meilleurs éléments. Le géant étonné ne peut éviter le coup de marteau que lui assène, avec haine, son adversaire et qui vient lui enfoncer un œil dans le crâne. Le nain profite de l'effet de surprise pour porter un second coup puis un troisième. Le mastodonte, épuisé par ses précédents affrontements s'écroule.

 « Vis mon fils ! » parvient-il à murmurer dans un dernier souffle.

 Dainmar, dans un état second, ne cesse de le frapper encore et encore. Une main métallique vient finalement lui arracher son arme et une deuxième l'envoie au tapis. Cela a le mérite de le sortir de sa frénésie mais il se fait la promesse de rendre la monnaie de sa pièce à ce maudit robot.

 Les valides aident les blessés à remonter à la surface. On dresse une grande tente dans laquelle on regroupe les corps sans vie des nains alors qu'on brûle le corps de Krax et des Taelliens qui ont été tués durant cette guérilla. Les esclaves survivants sont reconduits dans les mines pour reprendre leur labeur.

 « Et le géant prisonnier ? demande Dainmar à ses hommes.

 — Disparu. Un Taellien affirme qu'il a emprunté le passage de l'autre monde.

 — Et merde ! Avec un peu de chance, nous le retrouverons là-bas. Je lui réserve le même sort qu'à son père.

 — C'est bon le nain ? On peut y aller maintenant ? demande Lothi, sans ménagement, ni compassion.

 — Ouais, c'est bon, robot... Laisse-moi juste donner mes ordres et on y va. » bougonne le nain.

 Dainmar laisse ses consignes à ses hommes. Il veut un contingent armé autour de la roche transporteuse vingt-quatre heures sur vingt-quatre, pour prévenir un éventuel retour de ce satané Grax. Il est maintenant prêt à mener nains, androïde, Prygaliens et Vaoyannes dans les mines pour se rendre de l'autre côté.
Titre: Re : Doppelgänger sombre - En cours
Posté par: John Lucas le 28 Octobre 2020 à 13:17:37
Chapitre 15

Sian-ve

 Cinq jours sont passés depuis l'escale à Gor et la fatigue commence à se faire sentir dans les rangs, grossis par le renfort d'une dizaine de guerriers gobelins. Ils ont avancé à une bonne cadence et la cité Mondcarlin n'est plus qu'à une demi-journée de marche. Sian-ve et Pai décident de s'y reposer un moment, cela ne leur faisant pas faire un énorme détour. De plus, ils sont inquiets pour les habitants, notamment Gashzun et leur administrateur, qui ont de toute évidence eu affaire à l'autre humanoïde.

 À l'approche de la porte ouest, le groupe effectue une pause. D'habitude gardée, celle-ci est déserte. Ce manque d'activité et le silence ne disent rien qu'y vaille au lyar. Il fait signe à l'androïde de le suivre pour s'entretenir avec lui en privé.

 — Ça me parait trop calme. Je pense qu'on devrait partir en reconnaissance, juste tous les deux. J'ai peur que ton doppelgänger sombre ne soit revenu avec des renforts.

 — Doppelgänger sombre ?

 — Ton double maléfique, l'autre taré qui te ressemble quoi.

 — Hum, bonne idée. On connait bien la cité, on peut y pénétrer sans se faire remarquer.

 Ils retournent auprès de leurs camarades et les informent de leur intention. Zungash se lève d'un bon, il tient coûte que coûte à les accompagner.

 — Mon frère est peut-être en danger, hors de question que je reste planté ici à attendre, impuissant...

 — Nous devons être discret. Je suis désolé, Zun, mais ce n'est pas ta qualité première. Et plus nous serons, plus nous aurons de chance de nous faire repérer, dit Pai d'un ton calme mais ferme.

 Le robot vient poser sa main sur l'épaule du gobelin et l'enveloppe d'un regard plein d'assurance. Il n'a pas besoin de parler, son ami a compris qu'il devait patienter et leur faire confiance. Gudrak offre une coupe d'hydromel, emporté de son village, à Zungash. Il le connait bien et sait que l'alcool a le don de l'apaiser. À deux, ils se remémorent des souvenirs de Gashzun et regardent leurs camarades approcher de l'entrée de la cité.

 Sian-ve et son compagnon à quatre pattes bifurque sur la gauche et escalade le mur entourant Mondcarlin. À pas de loup, il progresse dans le village, se cachant derrière chaque bâtiment qu'ils croisent. C'est très étrange, il n'y a personne dans les rues, pas un garde, pas un habitant, ni même un quelconque ennemi. Ils arrivent à la taverne dans laquelle ils pénètrent par une porte dérobée à l'arrière. Celle-ci donne directement sur la cuisine, où les attend le propriétaire des lieux. L'homme, qui brandit une énorme louche, hurle et lance un assaut inespéré. Dans un geste réflexe, l'androïde fait sauter l'ersatz d'arme et assomme son assaillant d'un coup de poing.

 — β-16 ! Qu'est-ce que tu as fait ?

 — Oups, désolé, mauvais réflexe. Il m'a fait peur ce con, se défend l'humanoïde.

 — Ce pauvre barman ? Te faire peur ? À toi, Sian-ve, l'homme d'acier ? se moque Pai.

 Après quelques petites claques et trois seaux d'eau, le tavernier daigne reprendre connaissance. Il a d'abord un geste de recule, puis se relève d'un geste vif avant de se jeter dans les bras du robot.

 — Oh, Sian-ve, c'est toi. J'ai cru que c'était ton fou de double qui revenait.

 — Où est passé tout le monde ? demande le lyar.

 — Les habitant se sont cloîtrés chez eux et toute l'armée s'est regroupée au palais.

 — Et les ennemis ?

 — Ils ne sont pas restés longtemps. Ils ont interrogé Meslaf et sont partis comme si de rien n'était.

 — Désolé de te demander ça, des victimes ?

 Le barman ne répond pas et les entraînent dans la salle principale. Là, il leur indique une table sur laquelle repose un corps recouvert d'un tissu blanc, maculé du sang du malheureux reposant sous celui-ci. Sian-ve s'approche et après une hésitation, soulève l'étoffe. Un éclair de rage le parcourt à la vue de Gashzun. Pai ne peut retenir un long hurlement qui fait froid dans le dos de l'homme resté en retrait.

 — J'ai vu celui qui te ressemble le torturer avant de le tuer. Ce gobelin était un sacré gaillard, il n'a pas voulu lui révéler ce qu'il cherchait.

 L'androïde recouvre la tête de feu son ami et explose la table voisine.

 — Il me le paiera, promet-il.

 — Allez, viens. Nous devons prévenir les autres. Il va falloir être fort pour Zun.

 Les deux amis se rendent à la porte ouest et font signe au reste du groupe de les rejoindre. Une fois tout le monde rassemblé au centre de la cité, Pai rapporte ce qu'il a appris. Zungash s’effondre à l'annonce du décès de son frère et se précipite à la taverne. Gudrak, sans réfléchir, se hâte de le rejoindre. Il ne peut se résoudre à le laisser affronter ça tout seul.

 Pendant ce temps, le lyar et l'humanoïde quittent la cité et gagnent le palais de l'administrateur. Ils sont accueillis par des dizaines de soldats, dont certains dévisagent Sian-ve, comme s'il était responsable de ce qu'il se passait. L'armée est agitée et tout le monde courre de tous les côtés. Un membre de la milice personnel de Meslaf s'avance à leur rencontre, le souffle court.

 — Messires. Excusez mes subordonnés, mais quelques-uns ont eu affaire à l'homme de métal et ils sont persuadés qu'il est venu à cause de vous.

 Il accompagne ses paroles d'un hochement de tête en direction du robot.

 — Peu importe, répond l'androïde. Où est l’administrateur ? Nous devons nous entretenir avec lui.

 — Eh bien... Justement. Si nous sommes tous sur les nerfs, c'est que Warumax Meslaf a disparu.

 — Comment cela ? Vous faites bien parti de sa garde rapprochée ? Et vous n'avez rien vu ? questionne Pai.

 — Il nous a demandé de le laisser seul dans sa chambre. Il avait besoin de se reposer après la drôle de visite. J'ai posté mes deux meilleurs hommes devant sa porte et personne n'est sorti ou entré. Au bout de plusieurs heures, j'ai voulu aller voir s'il avait besoin de quelque chose et il s'était volatilisé.

 — Aucune autre issue ?

 — Aucune. Nous avons fouillé la pièce de fond en comble et je peux vous assurer qu'il n'y a aucun passage secret.

 — Étrange. Malheureusement, le temps nous est compté. Nous reviendrons le plus vite possible.

 Sian-ve et Pai rejoignent leurs camarades et leur apprennent la mystérieuse disparition de l'administrateur. Zungash et Gudrak sont également de retour. Le gobelin sert contre lui la dague fétiche de son défunt frère. Après concertation, la troupe est prête à se remettre en route, amputée de certains de ses membres. En effet, Zehell est trop terrifiée pour prendre part à cette aventure et souhaite aussi soutenir Zungash, trop endeuillé pour continuer. Le gobelin préfère rester à la cité pour noyer son chagrin à la taverne.

 Sian-ve et sa suite se remettent en marche et découvre le cadavre du malheureux tué par Lothi à la porte est. Personne n'a osé bouger le corps et les corbeaux ont commencé à en faire leur repas. Gudrak, les lèvres retroussées, les fait fuir à grand coups de gourdin dans le vide. Attristé par ce spectacle, il s'occupe d'enterrer la pauvre victime, ou du moins ce que les piafs en ont laissé.

 Après quelques heures de marche, le groupe s'enfonce au plus profond de la forêt Thelthane. C'est le moment que choisit Grielaa pour faire son apparition. L'esprit est plus rayonnant que jamais dans son milieu naturel. Il les conduit dans la grotte Rog-lehd qui s'avère être un vrai labyrinthe. Les galeries auraient été façonnées par la magie, il y a une éternité, selon lui. Les parois sont recouvertes de peintures rustiques, toutes de couleur rouge. Il parait que les Anciens, qui ont créé ces passages sous-terrain, dessinaient avec leur propre sang, leur apprend le petit être tout de vert vêtu.

 — Nous y sommes, dit Grielaa.

 Elle indique deux cavités creusées à même la roche à hauteur de regard. Enfin, de son regard, à savoir pas très haut. Gudrak entreprend de glisser sa pierre topaze bleu dans la première fente puis la rouge, que Zungash lui a transmis, dans la seconde. Tout le monde se regarde et s'attend à vivre quelque chose d'extraordinaire. Une minute. Deux minutes. Cinq minutes. Dix minutes. Rien ne se passe.

 — Hé, Gud. Tu ne dois pas être l'élu ! ricane Tulgar.

 — Tu crois que c'est le moment de te foutre de ma gueule ? grince Gudrak. Fais-le, toi, ô grand Tulgar.

 L'immense orc le prend au mot et s'avance à son tour. Il enlève les deux pierres et les remet en les inversant. Une minute. Deux minutes.

 — Ah ! Tu vois, gros mal...

 Gudrak n'a pas le temps de finir sa phrase, la roche se met à trembler et s'effriter. Le couloir par lequel ils sont venus se referme.

 — Il ne manquait plus que ça, maugrée Pai.

 — Attendez, intervient Sian-ve. Regardez, là.

 L'androïde désigne la paroi qui vient de bloquer la sortie. D'un coup de poing, il brise ce qui ressemble à une fenêtre. Du creux ainsi créé, il extirpe un coffret en bois marron aux contours dorés. Cependant qu'il le dépose au sol, le rocher obstruant le passage de désagrège. L'androïde soulève avec précaution le couvercle et découvre un parchemin enroulé.

 — Un parchemin ? s’interroge le lyar. Je croyais qu'on devait trouver un artefact ou un truc du genre...

 Sian-ve déroula le papier et l'exposa à la vue de tous. Il s'agit d'une carte sur laquelle est dessinée une croix.

 — Vous venez de découvrir le véritable emplacement de la pierre d’espérance, dit Grielaa. Il ne vous reste plus qu'à découvrir quel est ce lieu.

 Malheureusement, personne ne reconnait cet endroit.

 — Nous aurions bien besoin de Rislen, dit le robot.

 — Nous aurions surtout besoin que cet esprit, qui commence à me taper sur les nerfs, arrête avec ses petites surprises et énigmes à la con, grogne Pai.

 — Calme-toi. Riroc n'est pas loin. Nous y serons vite.

 — En espérant que le voyageur ne soit pas encore parti en vadrouille...

 Sur l'idée de l'androïde, le groupe s’apprête à se rendre dans la cité voisine.
Titre: Re : Doppelgänger sombre - En cours
Posté par: John Lucas le 04 Novembre 2020 à 11:44:37
Chapitre 16

Lothi

 Dainmar arpente le dédale de galeries aussi vite que ses petites jambes le lui permettent et très vite, le groupe se retrouve devant le passage vers l'autre monde. Le nain et l'androïde n'hésite pas une seule seconde avant de s'y engouffrer devant les yeux interloqués des soldats prygaliens et des guerrières vaoyannes qui découvrent cette roche magique. Les autres nains, en ayant déjà bien entendu parler, ne semblent guère surpris et suivent sans réfléchir leur chef.

 Fortinha et le responsable de la milice de l'Empereur échangent un regard interrogateur puis la femme fait signe à ses combattantes de la suivre à travers ce téléporteur en poussant un cri provocateur à l'égard du commandant. Celui-ci, vexé, s'empresse de la suivre, bientôt rejoint par ses hommes.

 Une fois de l'autre côté, l'armée se regroupe et alors que Lothi et Dainmar manquent à l'appel, plusieurs d'entre eux dégainent leurs armes. Phaser ou lance paralysante pour certains, hache ou marteau pour d'autres. Chacun se met à la recherche des deux disparus. Le chef prygalien profite de se retrouver seul avec Fortinha pour effacer ce qu'il a pris pour un affront.

 — Hey, la donzelle. Quand tout ça sera terminé, ça te dirait de te faire un vrai mâle ? Vous ne devez pas en voir souvent sur votre planète, vu comment vous les traitez. Il te faut quelqu'un capable de te dompter.

 — Hum... Comment t’appelles-tu, Don Juan ? répond Fortinha.

 — Alekop, ma beauté.

 Elle s'avance et se plaque contre le commandant qui, tout sourire au contact de la jolie blonde, fait glisser sa main le long de son corps aux courbes parfaites. Au moment où il s'apprête à caresser le sein nu de la guerrière, celle-ci lui place un poignard à lame courbée sous la gorge et ses lèvres s'élargissent dans un rictus glaçant.

 — Merci. J'aime connaitre le nom des personnes que je tue.

 Le prygalien lève les mains et recule de quelques pas. Jamais une femme ne l'avait autant effrayé. Heureusement que ses hommes n'étaient pas là, il aurait perdu toute crédibilité.

 Les deux reprirent leur chemin sans un mot et au détour d'un couloir, une main vient agripper le bras du soldat. Dainmar les invitent à se cacher derrière un rocher et à ne pas faire de bruit. Tout près, l'humanoïde observe un groupe d'individus qui discutent au sujet de la fameuse pierre d'espérance. Parmi eux, Alekop repère un robot identique à Lothi.

 — Alors c'est lui, le fameux androïde qui vous a mis en déroute la fois... Gwouarh...

 En ne se tournant qu'à moitié pour ne pas quitter la scène des yeux, Lothi attrape le bavard à la gorge.

 — On ne t'a jamais dit que tu parlais trop ? grogne-t-il.

 Rapidement, il lâche prise et se concentre à nouveau sur son double qui expose une carte à ses amis. Celle-ci indiquerait l’emplacement de la pierre.

 — Ah ah. Ils ont fait le boulot pour nous ces idiots.

 Il se retourne vers les trois autres et voit Fortinha et Dainmar pouffer alors que le malheureux soldat se masse le cou qui porte déjà les stigmates de l'étranglement.

 — Ce n'est pas le moment de rire, bande d'abrutis ! Vous deux, reprend l'humanoïde en s'adressant à la Vaoyanne et au Prygalien. Regroupez tout le monde. Nous allons donner l'assaut avant qu'ils aient la bonne idée de déguerpir avec ce parchemin. Toi le nain, suis-moi. On va leur barrer la route.

 Alors que Sian-ve et ses amis s’apprêtent à emprunter le chemin qui les a menés au coffre, Lothi surgit du couloir, son poignard à la main.

 — Comme on se retrouve, vieux frère. Je peux t'appeler comme ça ? Après tout, nous avons le même créateur, ironise-t-i.

 — Encore toi ! rugit Pai.

 Les deux androïdes s'observent. Le chef nain arrive à son tour, se positionne face au lyar et brandit son marteau. La tension est palpable, la bataille semble inévitable et personne n'ose bouger le premier. Les orcs et gobelins, lèvres baveuses retroussées de haine, empoignent gourdins, dagues et courtes épées. Gudrak, qui sent la rage bouillir en lui, s'élance en direction de Lothi en faisant tournoyer son arme au-dessus de sa tête, mais Tulgar le retient d'une main ferme.

 — Stop, Gud ! Laisse faire ton ami. Ça me fait mal de l'admettre mais, nous ne sommes pas de taille face à ce monstre.

 Gudrak souffle et reste à côté de son frère alors que Sian-ve sort son sceptre qu'il a attaché dans son dos.

 — Tu es prêt, Pai ? demande-t-il.

 Le lyar, en guise de réponse, bondit sur le nain qui le repousse tant bien que mal en lui mettant le manche de son arme dans la gueule qui s’apprêtait à se refermer sur son épaule. Dans le même temps, les deux robots se lancent dans un combat rapproché qui avantage le manieur de poignard. Sian-ve ne peut que repousser les assauts, se servant de son arme comme d'un vulgaire bâton. Sans distance entre eux, impossible de l'utiliser comme il se doit. Inquiet pour son vieil ami, débordé par l'arrivée de l'armée ennemie au complet, tout aussi nombreuse que la sienne mais bien mieux équipée, il ne voit pas arriver une droite de son opposant qui le fait vaciller et mettre un genou à terre. Son double en profite pour planter son poignard dans un interstice entre son épaule et son cou. Un crépitement se fait alors entendre et l'humanoïde perd le contrôle de son bras du côté où il a été touché. Lothi le contourne d'un pas vif et fait sauter une plaque de métal du son dos, dévoilant un amas de câbles et circuit qu'il s'empresse d'arracher.

 Pai inonde ses adversaires – Dainmar, trois nains et cinq soldats prygaliens – de flammes mais ceux-ci ne sont pas affectés par la chaleur du feu. Ils sont regroupés derrière un des militaires qui tient un objet déployant une espèce de paroi translucide qui absorbe les crachats du lyar. Gudrak et Tulgar qui se sont débarrassé de plusieurs gardes impériaux, viennent lui prêter main forte et tente de forcer cette barrière à l'aide de leurs immenses gourdins. Le prygalien faiblit sous les assauts mais ne rompt pas. Pai profite du renfort des orcs pour jeter un œil à son ami qui combat son doppelgänger sombre, comme il l'appelle. Son poil se hérisse et ses babines se retroussent dans un rictus de colère lorsqu'il voit celui-ci à terre sur le point de se faire mettre en pièces.

 — β-16 ! gronde-t-il.

 Il se précipite, tous crocs sortis, sur Lothi qui, surpris par l'arrivée du lyar, effectue une roulade en arrière pour esquiver l'attaque et ne peut porter le coup fatal à sa victime. Il s'est néanmoins saisi de la carte que possédait toujours son double lorsqu'il lui a débranché les circuits.

 — Que lui as-tu fait, ordure ?

 Alors que l'humanoïde allait répondre, un hurlement se fait entendre dans le tunnel menant à la bataille. Tous les regards se portent sur l'ouverture par laquelle Grax déboule à toute vitesse. Pris d'une frénésie, il envoi valdinguer les nains par deux ou trois ainsi que quelques soldats prygaliens, les balayant de son énorme gourdin. Puis il se rue sur Dainmar qu'il soulève d'une main. Celui-ci se débat de toutes ses forces mais la musculature impressionnante du géant l’empêche de se libérer. Grax lui porte alors un coup de boule qui lui explose le nez et les deux arcades, et le jette contre un mur, tête la première. La violence du choc broie la nuque du chef nain dans un craquement horrible. La vue de leur supérieur désarticulé comme un pantin et en sang effraie le peu de ses hommes encore en état de se battre. Ces derniers prennent la fuite, bientôt suivi par une partie de la milice de Maxarls. L'un d'eux passe à côté de Lothi qui lui plante le poignard dans le cœur.

 — Ça t'apprendra à fuir, poltron.

 Un peu plus loin, Vaoyannes, orc et gobelins se livrent une belle bataille. Les amazones, débordées en nombre, ne peuvent utiliser leurs longues lances comme elles le souhaitent. De plus, leurs opposants font preuves d'une agressivité et d'une puissance comme elles n'en ont jamais vues. Le combat est équilibré et les pertes faibles dans les deux camps. L'intervention du géant attire l'attention de tout le monde et Fortinha en profite pour regrouper ses troupes autour de Lothi et des quelques soldats prygaliens restants et désarmés. Face à eux, Grax s'est posté aux côtés de Pai, rejoint par les orcs et les gobelins. Gudrak et Tulgar s'occupent de confier Sian-ve aux soins de Grielaa qui s'était mis à l'abri de la bataille, ne parvenant à posséder quiconque, personne n'étant assez faible d'esprit pour cela.

 — Alors robot, que fait-on, maintenant ? demande la cheftaine vaoyanne.

 — Quoi ? Ne me dis pas que ces créatures hideuses vous font peur, répond Lothi.

 — Pas du tout, mais je suis lucide. Ils sont trop nombreux et l'arrivée du géant a quelque peu changé la donne.

 — Mouais, ce n'est pas faux. De toute façon, nous avons mis la main sur ce qui nous intéressait. D'après la nabot vert, ce plan indique l'emplacement de la fameuse pierre que l'Empereur recherche.

 Pai et Grax font quelques pas en avant, bien décidé à achever l'armée adverse mais Fortinha qui avait assez de recul utilise sa lance paralysante. Le géant s'interpose et encaisse la décharge comme il le peut pour protéger son nouvel allié.

 — On se replie ! ordonne la vaoyanne.

 Ses guerrières obéissent sans délai et entraînent avec elles les miettes de la milice impériale tandis que Lothi brandit le rouleau de parchemin d'un geste narquois.

 — Merci pour votre petit cadeau. Je vous assure que nous en ferons bon usage.

 — Merde ! La carte ! s'étrangle Gudrak.

 — Je suis certain qu'on sera amené à se revoir. D'ici là, essayez de remettre votre tas de ferraille sur pied, je me ferais un plaisir de le démonter une nouvelle fois. Mais, je doute très fort que vous y parveniez, vu le niveau de technologie de votre monde.

 Lothi, pris d'un fou rire malsain, emboîte le pas de Fortinha dans les couloirs de la grotte avant de parvenir à la roche magique qu'il s'empresse de traverser.
Titre: Re : Doppelgänger sombre - En cours
Posté par: John Lucas le 11 Novembre 2020 à 22:23:11
Chapitre 17

Sian-ve

 Tandis que Gudrak et Tulgar aident Grax à se relever tant bien que mal, Pai se lance à la poursuite de l'androïde ennemi avec un seul but : mettre en pièces cet enfoiré qui a blessé son meilleur ami. Malheureusement, il a perdu du temps à s'assurer que le géant qui l'a protégé du rayon paralysant aille bien, et arrive juste à temps pour voir Lothi traverser la roche comme s'il y avait une ouverture. Stupéfait, il se rapproche à pas lents et observe la paroi mystère. Verdict : aucun passage. Il renifle les abords et sent l'odeur de la femelle qui était avec le robot. Le parfum qui lui est inconnu lui titille les naseaux de manière pas désagréable. Il se demande d'ailleurs comment des personnes si féroces peuvent émettre de tels effluves. D'un coup de patte, il envoi valser un caillou en direction du bloc de granit. Comme il s'y attendait, le projectile ne rebondit pas et disparait au non-contact du mur. Après quelques secondes de réflexion au court desquelles il conclut qu'il doit s'agir d'un passage dérobé animé d'un quelconque enchantement, il décide de rejoindre ses compagnons. Emprunter ce passage seul serait du suicide, ses opposants l'attendent à coup sûr en embuscade de l'autre côté.

 Lorsqu'il est de retour dans la salle du coffret où sont resté ses alliés, le lyar rapporte ce qu'il vient d'observer mais ne souhaite pas s'attarder dessus pour le moment. Il se rend compte qu'emporté par sa folie, il a en quelque sorte abandonné Sian-ve. Il est urgent de trouver une solution pour le remettre sur pieds. La meilleure chose à faire, selon lui, est d'aller voir Rislen. Il est la personne la plus cultivée qu'il connaisse et avec ses nombreux voyages, notamment ceux dans le monde d'origine de l'androïde, il sera sans doute d'un meilleur secours que n'importe qui. Le groupe se met alors en route pour sortir de la grotte et rejoindre Riroc qui se trouve non loin de sortie de la forêt Thelthane. Pai se positionne à côté du géant.

 — Et toi, la montagne ! interpelle-t-il.

 — Oui, le fauve ?

 — Je n'ai pas eu le temps de te remercier. Tu nous as été d'une grande aide pour repousser ses cinglés. J'ai adoré la manière dont tu à envolé ces hommes avec ton gros bâton, là. Mais surtout, tu as encaissé cette attaque étrange qui m'aurait sans aucun doute envoyé au tapis. Alors, merci beaucoup, sincèrement.

 — À vrai dire, je n'ai pas réfléchi. J'ai pulvérisé les nains car ils ont tué mon père. Et après, je ne sais pas pourquoi je me suis mis devant vous. Un réflexe j'imagine.

 — La bonté ! intervient Grielaa. Tu es sûrement le fils de Krax, le géant que j'ai contrôlé lors de la bataille chez les orcs.

 — Vous avez connu mon père ? bredouille l'intéressé.

 — Je suis entré dans son esprit et j'y trouvé un cœur pur. Ça doit être de famille, je vois la même candeur en toi.

 — Il nous a supplié de le laisser partir pour aller te sauver, dit Pai. On dirait qu'il a réussi. Même si c'est au péril de sa vie, malheureusement. Que dirais-tu de te joindre à nous ? Nous aurions bien besoin de renfort.

 — Ma foi, je n'ai nulle part où aller. Et si je peux vous aider à empêcher ces malfrats de répondre le mal, j'y voit aucun inconvénient. C'est d'accord.

 — Dans ce cas, bienvenue parmi nous...

 — Grax !

 — Grax. Moi, c'est Pai. Mon ami blessé, c'est Sian-ve. Les autres auront le loisir de se présenter sur le chemin qui nous mènera à Riroc.

 Le géant suit ses nouveaux camarades à travers les couloirs en passant de l'un à l'autre pour apprendre le nom de chacun. Lorsqu'il sort de la grotte et arrive dans la forêt Thelthane, il est émerveillé par cette immense nature luxuriante. Émerveillé, il l'est encore tout le long du voyage, par ses paysages qui s'offrent à lui et qui le changent de son monde, terne et morne.

 Arrivés à la cité du voyageur, Pai et Gudrak, qui transportent Sian-ve à l'aide d'une civière improvisée avec des vêtements et du bois de la forêt gentiment mis à disposition par les Sylves, décident de se rendre seuls à la maison de Rislen. Quelle serait sa réaction s'il voyait une armée d'orcs et gobelins frapper à sa porte. Grax, justement pas très à l'aide avec ses créatures, insistent pour accompagner le lyar qui lui inspire beaucoup plus confiance. Les autres auront pour tâche de monter la garde à l'entrée de la cité. Prudence est mère de sureté.

 Gudrak toque à la petite porte sans délicatesse, la faisant ainsi trembler, et hurle :

 — Rislen ! Ouvre vite, on a besoin de toi. C'est β-16 !

 Très vite, Rislen vient ouvrir. Avec des gestes précipités, il aide ses deux visiteurs, rassurés de le voir présent, à entrer et installer l'androïde sur son lit. L'étroitesse de l'entrée empêche le géant de pénétrer dans la demeure, si bien que celui-ci se poste devant la fenêtre ouverte de la chambre.

 — Que s'est-il passé ? demande le voyageur dont les expressions sont cachées par son masque de fer.

 — Nous étions dans les grottes de Rog-Lehd, répond le lyar. Nous recherchions la fameuse pierre d'espérance pour Meslaf quand nous avons été attaqués par une armée venant probablement de cet autre monde dont tu as parlé. Ils ne ressemblaient en rien à des créatures de nos contrées et parmi eux, il y avait un être similaire à Sian-ve. Enfin, au moins d'apparence, car je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi démoniaque, tout comme je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi bon que β-16.

 — Et c'est ce robot qui l'a mis dans cet état ?

 — Oui. Il a profité d'un moment d'inattention de Sian-ve. Sinon, jamais il ne l'aurait vaincu. Tu peux faire quelque chose pour lui ?

 Rislen inspecte les pièces et émet des petits grognements de contrariété.

 — J'ai bien ramené quelques ouvrages de son univers qui parle de robotique, mais je n'y comprends pas grand-chose. De plus, nous n'avons pas cette technologie dans notre monde.

 — Et si je retournais par le passage que j'ai emprunté pour venir et que j'allais chercher un scientifique, ça vous aiderait ? intervient Grax.

 — Quel passage ? Cette espèce de roche dans laquelle j'ai vu l'autre fou se volatiliser ? demande Pai.

 — Exact. C'est une passerelle entre nos deux mondes. C'est comme ça qu'ils sont venus et moi aussi.

 — Tu ferais ça pour nous ?

 — Comme je vous ai dit, je n'en ai pas fini avec eux. Je voudrais libérer les malheureux qu'ils exploitent dans leurs mines. Mais seul, je ne ferai pas le poids. Je me dis que si je vous aide, vous pourrez aussi m'aider en retour.

 — Ah oui, ce n'est pas tout à fait désintéressé. Cependant, c'est pour une bonne cause. Et de toute façon, si tu me permets de sauver mon meilleur ami, je te suivrai où tu voudras.

 — C'est bien beau tout ça, dit Rislen, mais vous ne pensez pas que vous tomberez sur une armée en débarquant là-bas ? Je te pensais plus malin, Pai.

 — J'avoue que j'ai du mal à réfléchir quand je vois β-16 comme ça.

 — Avec mon artefact, je vais aller à la recherche d'un, comment vous avez dit, scientifique ?

 — C'est cela, répond Grax.

 Après quelques disparitions et apparitions pendant lesquelles il consulte des cartes incompréhensibles pour Pai et Gudrak, Rislen finit par ramener un homme avec lui. Il a les cheveux grisonnants et porte une longue blouse blanche qui n'arrive pas à cacher son gros ventre. Le scientifique est désorienté et effrayé par les différentes créatures qu'il voit autour de lui. Après une rapide explication de la situation, il a du mal à l'accepter car selon lui, il est impossible qu'il existe un multivers comme dans les livres ou films de science-fiction. De plus, comment des êtres aussi terrifiants peuvent-ils être bons ? Estimant pour finir que ses hôtes n'étaient pas belliqueux à son encontre et espérant que les aider le ferait rentrer chez lui plus vite, il entreprend d'examiner le corps dépiécé de l'androïde. Pai, Gudrak et Rislen l'observent avec attention, priant pour leur ami.

 — Je suis désolé messieurs. Je ne peux rien faire pour lui. D'abord, parce que je ne suis pas expert en robotique, mais aussi parce que votre ami renferme une technologie de point que je n'ai jamais vue de ma vie. Pourquoi ne pas demander à son créateur de le réparer ?

 — Le malheureux nous a quitté juste après l'avoir confectionné, dit le voyageur.

 — Navré de l'apprendre. Heu, je ne voudrais pas paraitre impoli, mais pourriez-vous me ramener chez moi, maintenant ?

 — Bien entendu.

 Rislen lui saisit le bras avant de disparaitre puis de réapparaitre quelques minutes plus tard accompagné d'un autre scientifique. Toutefois, le résultat est le même. La technologie de Sian-ve est trop avancée pour lui. Le voyageur ne laisse pas tomber et répète l'opération une dizaine de fois, toujours avec ce même constat.

 Pai et Gudrak qui ne disait plus un mot, s'étaient peu à peu renfermés sur eux même au fil des diagnostics défavorables des nombreuses personnes que Rislen avaient amenées. Pai, résigné, se lève et se dirige vers son hôte.

 — Arrête de t'épuiser. Je ne crois pas que nous trouverons quelqu'un qui soit capable de le sauver. Il faut se faire une idée : nous avons perdus notre plus fidèle compagnon et l'ennemi s'est saisi de la carte qui indique l'emplacement de ce fichu caillou magique. On est foutus.
Titre: Re : Doppelgänger sombre - En cours
Posté par: John Lucas le 18 Novembre 2020 à 14:21:43
Chapitre 18

Lothi

 C'est très excédé que l'androïde réapparaît dans les mines Glora où l'attendent une poignée de nains, armes brandies, prêts à attaquer. Ceux-ci très étonnés de ne pas voir leur chef à ses côtés, ni aucun de leurs semblables commencent à paniquer. Ils ont vu quelques-uns de leurs camarades revenir blessés un peu plus tôt et ils craignent le pire. Fébriles, ils attendent quelques instants devant la roche dans l'espoir d'y voir surgir Dainmar. Seuls quelques Vaoyannes et Prygaliens franchissent le passage avant qu'un soldat impérial ne déclare :

 — Ça ne sert plus à rien d'attendre, j'étais le dernier.

 — Votre chef est mort au combat, dit Fortinha. Il s'est bien battu mais le géant a eu raison de lui.

 Les nains présents mettent un genou à terre, têtes baissées et mains posées sur leurs armes plantées au sol. Leur chant résonne alors dans les galeries.

 — Ce n'est pas le moment de prier ou de pleurer vos morts, intervient Lothi. Dans chaque bataille, il y a des pertes. Maintenant, guidez-nous à la sortie de ce foutu labyrinthe. Je dois remettre cette carte à Maxarls le plus vite possible.

 Personne n'ose s'interposer face au robot et les nains cessent leur hommage aux défunts pour conduire le groupe vers la sortie.

 L'humanoïde embarque à bord de son vaisseau, accompagné des Vaoyannes et du reste de la milice. Il sait déjà qu'il va subir le courroux de l'Empereur pour lui ramener si peu d’hommes. Une fois encore, Harar a pris les commandes de l'appareil pour assurer le voyage jusqu'à la demeure de Maxarls.

 C'est toutefois à proximité du bastion que le commandant prygalien pose l'aéronef en douceur. L'androïde prend un air suspicieux et interroge le pilote.

 — Pourquoi t'es-tu posé ici ? On doit rejoindre Maxarls sur le champ.

 — C'est lui qui m'a dit de le rejoindre au centre d'entrainement une fois la mission terminée, répond Harar, imperturbable.

 — Ça sent l'embrouille.

 — Que comptes-tu faire ? Désobéir à ton Empereur ? Tu sais très bien qu'il te rattrapera quoiqu'il arrive et qu'il te le fera regretter.

 Lothi, la mine renfrognée, accepte de suivre le commandant jusqu'au bâtiment militaire à condition que celui-ci soit seul et désarmé. Requête acceptée par le Prygalien. Arrivée à l'entrée du bastion, l'humanoïde demande à l'homme d'entrer en premier et jette un œil par l'ouverture de la porte avant de s'introduire dans la pièce vide de vie. Il en est sûr, quelque chose cloche. Il sort son poignard qu'il met sous la gorge de Harar.

 — Où est-il ? demande le robot.

 — Juste ici, grondent plusieurs voix.

 Des soldats surgissent de tous les couloirs, armés de fusils paralysants. Le commandant profite de l'effet de surprise pour s'éloigner et rejoindre ses hommes.

 — Tu vas gentiment nous donner la carte et te rendre., dit-il. On t'a préparé une cellule des plus confortables.

 — Vous voulez jouer ?

 Lothi affiche un large sourire sarcastique, dégaine son arme de poing et abat un premier homme. Les autres combattants l'encerclent et usent de leur fusil mais le robot est trop vif et esquive les dards remplis d'électricité qui volent vers lui. Cependant, il ne parvient pas à s'approcher d'eux. C'est à ce moment qu'une explosion balaie la moitié de ses opposants et que des cris de guerre retentissent. Ce sont les Vaoyannes menées par Fortinha qui prennent les Prygaliens par surprise et n'en font qu'une bouchée.

 — Épargnez Harar ! hurle Lothi par-dessus le brouhaha des guerrières.

 Il s'approche du commandant retenu au sol par la cheftaine et lui plante son couteau dans la cuisse. Il le remue pour élargir la plaie qui saigne abondamment.

 — Je t'ai posé une question tout à l'heure. Si tu veux vivre, tu vas y répondre. Où est-il ?

 — Sur Taellia, pour une commémoration.

 — Merci soldat. Maintenant, adieu.

 L'humanoïde retire sa lame de la jambe et de son pistolet explose la tête du Prygalien.

 — Mes dames, je vous remercie. Désirez-vous m'accompagner ?

 — Avec plaisir, répond Fortinha. Nous avons également un compte à régler avec Maxarls.

 — C'est donc pour ça que vous m'avez aidé...


 Le vaisseau α-15 atterrit avec quelques secousses sur la planète Taellia. Cette fois, Lothi a pris soin de se poser non loin du centre-ville où se trouve le mur des Héros. La quasi-totalité de la population y est regroupée autour de l'Empereur afin de rendre hommage à ces héros, disparus au combat avec dignité en défendant Pryga, selon le beau discours de Maxarls, que l'androïde vient applaudir.

 — Magnifique ! Émouvant !

 Sans surprise, il se retrouve rapidement au sol subissant la pression de la gravité que la cible de ses railleries prend malin plaisir à manipuler. L'Empereur descend de l'estrade d'où il présidait la cérémonie et s'approche du robot, un large sourire aux lèvres, très vite remplacé par une grimace de douleur. Son regard se porte sur sa poitrine de laquelle dépasse une lame. Il la reconnait, c'est celle de Lothi. Mais comment ? Il est au cloué au sol. Il sent l'arme se retirer et il se retourne pour découvrir son meurtrier. Il s'agit en réalité d'une meurtrière.

 — Forti ? bredouille-t-il.

 Obnubilé par l'humanoïde, il a relâché sa vigilance. Jamais, il aurait pensé être trahi par son ex-maîtresse. La cheftaine pouvait lire la haine et surtout la surprise dans ses yeux.

 — On ne fait pas chanter une Vaoyanne, dit-elle pleine de fierté.

 L'androïde, libéré de l'emprise de Maxarls, se relève et récupère son poignard fétiche qu'il s'empresse de planter en plein cœur de sa victime, comme il aime tant le faire. Il jubile devant le corps qui s'écroule. Il est enfin débarrassé du seul être capable de le vaincre. Il fouille les vêtements de l'Empereur à la recherche de l'artefact qui permet de se téléporter à souhait, mais n'y trouve que des antisèches de son discours, ce qui est étrange car il ne s'en sépare jamais.

 — Que fait-on, maintenant ? demande Fortinha

 — Nous allons retourner sur Pryga pour célébrer mon couronnement.

 — Ton couronnement ?

 — J'ai toujours rêvé de prendre la place de Maxarls. Qui pourrait m'en empêcher, à présent qu'il est mort ?

 La cheftaine commence à regretter son alliance avec l'androïde. Certes, la disparition de son maître chanteur l'arrange, mais voir Lothi à la tête de la plus importante planète du système Jadtac l'inquiète. Elle garde néanmoins le silence et embarque avec lui direction Pryga. Là-bas, elle récupérera un vaisseau et reconduira ses guerrières sur leur planète.



 L'annonce de la mort de l'Empereur et l'autoproclamation de Lothi à son poste est accueillie dans la douleur par le peuple et dans la haine par la milice impériale. Quelques soldats essaient bien d'intervenir mais il s'avère que les partisans du robot, ou plutôt les non-partisans de Maxarls, sont plus nombreux qu'ils auraient pu imaginer. L'ancien dirigeant de Pryga était, en effet, tyrannique dans sa manière de régner. Un peu de changement ne pourrait pas faire de mal.

 L'androïde organise une grande fête pour apaiser les tensions. L'alcool y coule à flot et tous les représentants des planètes voisines sont conviés. Il profite de leur présence pour les informer de sa première décision officielle qui est de mettre fin à toutes formes de rébellion. Il obtient le soutien de son homologue dakroonite qui souhaite voir sa planète retrouver la paix.

 Plus tard dans la soirée, l'humanoïde s'éclipse et rend visite à ZagiTri dans la soute de son vaisseau. Sans trop savoir pourquoi, il se laisse aller à quelques confidences.

 — Quel imbécile ce Dakroonite ! Il s'imagine que je vais le débarrasser des rebelles et les laisser vivre paisiblement.

 — Pourquoi me parlez-vous de ça ? Et surtout, pourquoi me gardez-vous prisonnier ?

 — Quand je t'ai rencontré j'ai eu l'infime conviction que tu pourrais m'être utile. Et vois-tu, j'ai récupéré une carte indiquant l'emplacement d'une pierre visiblement très puissante. Malheureusement, je n'ai aucune idée de l'endroit représenté sur celle-ci. Mais quelque chose me dit que tu connais cet endroit. Je ne sais pas, une intuition.

 Lothi lui montre le parchemin et guette une quelconque réaction chez Zagitri qui reste stoïque.

 — Qu'aurais-je à gagner à vous aider ? Je doute fort que vous me libériez.

 — Ne m'oblige pas à te torturer.

 — À quoi va vous servir cet objet ?

 — Coloniser l'univers pardi. Dépêche-toi de me dire ce que tu sais, ma patience a des limites. Je n'ai pas envie de parcourir les différents systèmes à la recherche d'un lieu dont tu connais l'existence, j'en suis certain.

 — Po'Um, ça vous dit quelque chose ?

 — Jamais entendu parler.

 — C'est normal, c'est une planète non référencée. Elle n'est accessible qu'en passant par un portail qui se trouve sur Dakroon et que seul leur Empereur peut ouvrir grâce à un contrôle rétinien.

 — J'ai bien fait de ne pas te tuer. Je te remercie pour ces informations. Sur ce, je te laisse, j'ai un œil à aller arracher.

 Alors que le robot quitte son vaisseau, Fortinha sort de derrière des caisses. La discussion qu'elle vient d'entendre l'inquiète d'avantage. Il est temps pour elle et ses femmes de repartir pour Vaoya. Elle regroupe ses guerrières à bord du vaisseau de l'humanoïde et prend la direction de sa planète natale.

 Pendant le voyage, elle décide de discuter avec le Taellien de la soute à propos d'humanoïde. Ce qu'il en ressort est qu'il faut absolument l'arrêter dans sa folie. Le problème est comment faire. La meilleure idée qui lui vient est de retourner dans l'autre monde dont les combattants, et surtout le double de l'androïde, seraient peut-être en mesure de le vaincre.


 La lumière du soleil levant éclaire le cadavre de l'Empereur dakroonite qui gît dans son sang, un œil en moins. Ce dernier baigne dans un bocal de formol posé sur le bureau de Lothi, plongé dans ses pensées. L'arrivée de la milice, sa milice impériale le ramène à la réalité.

 — Empereur, votre vaisseau a été volé, annonce le nouveau commandant, Jetrel.

 — Quoi ?!

 — Les Vaoyannes ne sont plus là, ce sont sûrement elles qui l'ont pris.

 — Je vois. Fortinha m'a dit qu'elle désirait retourner au plus vite sur sa planète. Je n'imaginais pas qu'elle irait jusqu'à prendre mon aéronef. Disons que c'est sa récompense pour m'avoir aidé.

 L'androïde fait bonne figure devant ses hommes mais, si son appareil ne lui manquerait pas puisqu'il dispose maintenant de la flotte de feu-Maxarls, la disparition de ZagiTri l'ennuie beaucoup. Il en savait trop. Il réfléchit et repense alors à ce que lui a dit le professeur. Il y a un deuxième clone sur Dakroon. Il voudra sans doute aller le mettre en garde contre le robot. C'est là une raison supplémentaire de se rendre sur cette planète.

 — Jetrel, prépare-moi le Space Marduk ! Je pars pour Dakroon. Et vous aussi soldat ! Commandant, cette fois je ne te disputerai pas le pilotage de cet engin. Alors, sois à la hauteur.

 Une heure plus tard, le nouvel Empereur et sa garde rapprochée décollent à bord d'un énorme vaisseau de dernière génération, équipé du meilleur armement du système Jadtac. Un simple bond dans l'hyper-espace les conduit à leur destination. Ils survolent la planète en direction du camp rebelle où l'humanoïde espère bien trouver ZagiBi.

  Jetrel pose l'aéronef à proximité d'un ancien camp militaire et lorsque le groupe foule le sol, c'est tout une armée de rebelles qui vient les accueillir armés jusqu'aux dents.

 — Voyons messieurs. Nous ne sommes pas armés, dit Lothi, bras en l'air.

 Il a en effet demandé à ses hommes de laisser leurs fusils dans le vaisseau. Il est là pour une visite diplomatique et non pour faire un massacre.

 — Que voulez-vous ? demande un rebelle.

 — Je souhaiterai m'entretenir avec un certain ZagiBi.

 — Venez seul et laissez un de mes hommes vous fouiller.

 — D'accord, pas de problème, répond l'androïde exagérant le ton amical qu'il a pris.

 Après une fouille et quelques kilomètres de marche sous escorte, Lothi est introduit dans un bâtiment à moitié en ruines. Il y est présenté à une armoire à glace balafrée de partout. Il s'agit de Bark, le meneur de la rébellion. À ses côtés se tient un petit Taellien à la moustache broussailleuse. Aucun doute, c'est bien ZagiBi qui se tient devant lui. C'est alors que surgit de nulle part, à la manière de Maxarls, un être inconnu et qui ne ressemble à aucune espèce vivante de cet univers. Celui-ci agrippe le bras du professeur et disparaît de manière aussi soudaine qu'il est apparu.
Titre: Re : Doppelgänger sombre - En cours
Posté par: John Lucas le 18 Novembre 2020 à 14:22:21
Chapitre 19

Sian-ve

 Pai et Gudrak sont dépités de voir leur ami s'éteindre petit à petit. Les crépitements qui s'échappent de son corps métallique se font de plus en plus rares. Le lyar ne cesse d'arpenter la maison de long en large en marmonnant dans ses moustaches.

 — Non, on ne peut pas abandonner si facilement, dit Gudrak. Il doit y avoir une solution.

 Le géant, posté à la fenêtre, assiste impuissant à la scène quand il entend les cris sauvages des orcs et des gobelins au loin. Il se dit qu'il a bien fait de ne pas rester avec eux. Ceux-ci doivent se livrer à quelque joute, selon Gudrak. Ce sont des races combatives qui détestent attendre à ne rien faire. De sa position, Grax ne distingue pas très bien la cause de ce raffut. Intrigué et n'étant d'aucune utilisé ici, il décide finalement de se rendre sur les lieux afin d'en apprendre plus.

 Lorsque le géant revient, il est accompagné de Grielaa et de Fortinha. Il toque au montant de la fenêtre et à la vue de la femme, le lyar bondit par la fenêtre, les crocs prêts à déchirer. Une épaisse fumée s'échappe de ses naseaux. Nul doute qu'il est prêt à carboniser la Vaoyanne au premier geste suspect.

 — Comment oses-tu te présenter ici ?

 — Du calme, intervient l’esprit sylve qui s'interpose avec courage. Fortinha et les siennes sont revenues dans notre monde pour se rendre, sans violence. Les guerrières ont remis leurs armes aux orcs et aux gobelins, qui les ont à l’œil.

 — C'est pour ça qu'on a entendu ces cris, ajoute Grax. Ils exultaient.

 — Ça sent le piège à plein nez, grogne Pai. Elle doit avoir une arme cachée et est venue achever le travail de son maître. On ne peut pas lui faire confiance.

 La jolie blonde commence à se déshabiller en commençant par enlever son haut, dévoilant une généreuse poitrine, ce qui met mal à l'aise le géant qui s'empourpre comme un gamin.

 — Comme tu vois, je ne cache rien. Et ce robot de malheur n'est en aucun cas mon maître. Et c'est justement la raison de ma présence ici. Il faut absolument l'arrêter. Il est devenu complètement mégalo. Seuls vous en êtes capables. Surtout son double. Je les ai vus se battre, s'il n'avait pas été distrait, il l'aurait vaincu.

 — Ça va, recouvre-toi. Son double, comme tu dis, est en train de crevé par votre faute. Et nous ne possédons, ni la connaissance, ni la technologie, pour le sauver.

 Un petit homme à la moustache broussailleuse et à la chevelure hirsute fait quelques pas pour faire remarquer sa présence. Le lyar, aveuglé par sa rage envers Fortinha, ne l'a pas vu, d'autant plus qu'il était caché par le géant.

 — Si je puis me permettre, moi, je peux peut-être faire quelque chose pour lui. Je me présente...

 — Vous êtes son créateur, dit Rislen dans l'embrasure de la porte. Mais... Mais... Je vous ai vu mourir.

 — À mon grand regret, je ne suis que son clone. Pas totalement réussi, qui plus est. Mais soit ! Je me nomme ZagiTri. Enchanté !

 — Pai, nous tenons là notre chance. Vite tout le monde à l'intérieur, avant qu'il ne soit trop tard.

 Le Taellien s'approche de Sian-ve et muni des quelques outils, sortis de la sacoche qu'il a déposée sur le sol à côté du lit, s'affaire à ausculter l'androïde. Il démonte puis remonte plusieurs pièces. Il ponctue chaque action par un petit soufflement trahissant son agacement de se retrouver face à une technologie qu'il ne parvient pas à maîtriser dans son intégralité.

 Les autres l'observent avec une grande attention et aussi avec beaucoup d'impatience. Devant le silence du professeur, Pai échange quelques regards interrogateurs avec Rislen qui ne peut que hocher la tête pour dire que, lui non plus, ne comprend pas ce qu'il se passe.

 ZagiTri, après de longues minutes à manipuler les différents câbles et circuits du robot, range ses instruments et vient faire part de son diagnostic, qu'il annonce plutôt encourageant.

 — Mon original, en dépit de ses ratés, était tout de même un scientifique de génie. Votre ami contient une technologie vraiment extraordinaire. Je ne saisis pas tout mais une très grande partie.

 — Vous pouvez le réparer ? s'enquiert Pai.

 — Seul, je ne pense pas. Et je ne dispose pas des pièces nécessaires. Il faudrait que je retourne à mon labo mais j'ai bien peur que le temps nous fasse défaut.

 — Et si je vous y emmène en un instant ? intervient Rislen.

 — Comment serait-ce possible ?

 — Vous n'avez qu'à visualiser l'endroit que vous souhaitez visiter. C'est bon ?

 — Oui.

 Le voyageur agrippe le bras du professeur et les deux disparaissent.


 Zagitri n'en revient pas, il est dans son laboratoire alors qu'il était dans une maison d'un autre monde à peine quelques secondes plus tôt. Sa tête lui tourne un peu et il est pris de nausée. À peine a-t-il le temps de se ressaisir que Rislen est déjà sorti pour examiner les environs, son instinct d'explorateur ayant pris le dessus sur la situation Le professeur fouille dans son bric-à-brac et réunit un amas de câbles et circuits. Il récupère aussi un ordinateur quantique portable. Il met le tout dans un grand sac et sort rejoindre le voyageur.

 — Nous pouvons rentrer, annonce-t-il.

 Rislen revient auprès du Taellien et demande :

 — Quand vous avez dit que vous n'y arriveriez pas seul, vous pensiez à quelqu'un pour vous aider ?

 — Exact. Je ne suis pas le seul clone de Zagi. Nous sommes deux. Et je pense que nos compétences peuvent se compléter et nous permettre de sauver votre ami.

 — Et où se trouve-t-il, ce... hum voyons, l'original s'appelle Zagi et vous ZagiTri, je suppose qu'il s'appelle ZagiBi ?

 — Perspicace ! Il réside sur Dakroon. Malheureusement, je ne sais pas où exactement. Aux dernières nouvelles, il aidait le chef de la rébellion en lui construisant des armes.

 — Je suis déjà allé sur cette planète, pas très accueillante. Je vous ramène dans ma maison et je vais aller enquêter afin de le retrouver.

 Le voyageur attrape le scientifique et l'emmène dans un nouveau voyage inter-univers. Pai et Gudrak, qui attendaient leur réapparition avec impatience, sont surpris de voir Rislen partir à nouveau. ZagiTri leur explique la raison de cette attitude avant de se mettre au travail en attendant le retour du voyageur.


 Plusieurs dizaines de minutes passent et Rislen est enfin de retour avec un homme ressemblant en tout point à ZagiTri. Tout comme son double plus tôt, le passage d'un monde à l'autre le rend fébrile. C'est circonspect mais curieux qu'il observe l'assemblée dont le moral est à la hausse. Tandis que celui-ci retrouve l'autre petit moustachu, le voyageur s'éclipse une dernière fois avant de rapporter une grosse caisse de métal que ZagiBi s'empresse d'ouvrir. Il en sort de nombreux composants robotiques ainsi qu'une toute petite boîte en bois et un appareil qui, une fois assemblé, ressemblait à un microscope géant. Le deuxième clone est ébahi devant ce matériel et une lueur étincelle dans ses yeux.

 — Ce microscope et cet étui... Dis-moi que tu as réussi à maîtriser cette fameuse nanotechnologie sur laquelle tu travailles depuis des lustres.

 — Hum, hum. Non seulement nous allons réparer ce robot, mais nous allons aussi et surtout le rendre encore plus puissant et intelligent.

 — Je me disais bien que la rébellion devait avoir un secret pour tenir aussi longtemps face à l'Empereur Fewuam Maxarls.

 Lorsqu'il entend ce nom, les 3 trompes de Rislen s'agitent dans une légère ondulation.

 — Que se passe-t-il Rislen ? demande Pai.

 — Pas maintenant. Laissons ces clones travailler en paix.

 Les deux Taelliens branchent Sian-ve à l'ordinateur quantique puis le positionnent sous la machine. Sur l'écran, on peut voir l'intérieur de l'androïde de manière très zoomée. ZagiBi ouvre la petite boîte et à l'aide d'un robot miniature se saisit des pièces à l’intérieur qui s'avèrent être encore plus miniatures et qu'il ne distingue que grâce au microscope.

 Les autres occupants de la pièce observent la scène, médusés. Ils ne comprennent rien à ce qu'il se passe, mais l'attitude des professeurs leur semble rassurante et l'espoir renaît encore plus quand Sian-ve lève le bras en direction du lyar.

 — Pai... Que se passe-t-il ?

 — β-16 ! Tout doux. Ne bouge pas. Tu as été bien amoché par ton doppelgänger sombre. Ces scientifiques sont en train de te retaper. Ce sont les clones de ton créateur. Tout va bien se passer.

 — La carte ?

 Le lyar secoue la tête en signe de dénégation et l'humanoïde tourne la tête, n'osant affronter le regard de ses amis.

 — Ce n'est pas ta faute. Tu as eu peur pour moi et l'autre taré en a profité. Je te l'ai toujours dit, tu es trop bon et trop naïf, ajoute-t-il avec un petit rire.

 Il s’efforce de redonner le moral à son ami mais celui-ci se sent responsable et craint pour le sort de l'univers, des univers.

 — Quand vous serez sur pieds mon cher ami, commence ZagiTri.

 — Vous serez bien plus puissant que votre double, termine ZagiBi avec un sourire vers son propre double. Maintenant, soyez sage et laissez-nous travailler. La technologie que nous utilisons demande une extrême concentration et le plus grand calme.
Titre: Re : Doppelgänger sombre - En cours
Posté par: John Lucas le 02 Décembre 2020 à 14:52:21
Chapitre 20

Lothi

 Lothi fulmine. On vient de lui enlever coup sur coup les deux personnes qu'il estime les plus dangereuses pour lui dans tout l'univers. Même si les Taelliens sont d'apparence chétive, leur immense savoir pourrait lui mettre des bâtons dans les roues, surtout s'ils s'associent. De plus, il ne sait pas où se trouve ce portail qui mène Po'Um et comptait sur ZagiBi pour lui indiquer. De rage, il dégaine son poignard dissimulé et empoigne Bark, dans des mouvements si vifs que les rebelles dakroonites n'ont le temps de réagir.

 — Doucement, robot, dit le balafré. Même si tu me tue tu ne sortiras pas d'ici vivant.

 Il indique d'un geste du bras la rangée de combattants entrant dans le bâtiment et bloquant la sortie. Ils sont une trentaine et armés d'impressionnant blasters. L'androïde, sourire aux lèvres, presse un petit bouton au niveau de son épaule. Quelques secondes plus tard, une épaisse fumée envahit la pièce et ses adversaires se mettent à tousser, la gorge irritée par le gaz. Les premiers commencent à s'écrouler tandis que l'humanoïde, insensible, bondit d'homme en homme pour leur planter sa lame dans le cœur ou leur trancher la gorge. Tout se déroule très vite et bientôt, Lothi se retrouve seul à seul avec Bark, à demi-conscient, qu'il traîne hors du bâtiment.

 — De l'eau soldats ! ordonne-t-il. Pour ce brave guerrier.

 Il lui fait boire quelques gorgées qui soulagent son irritation et le menace à nouveau d'une arme ramassée sur un cadavre dakroonite.

 — Ai-je ton attention, maintenant ? Qui est cet être qui a enlevé le professeur ?

 — Aucune idée. Kof kof... Je ne l'ai jamais vu.

 — Tu en es bien certain ?

 Lothi enfonce l'arme dans la joue du chef rebelle, le doigt sur la gâchette.

 — Affirmatif. Vu son apparence, je m'en souviendrais.

 — Bien. Je te crois.

 L'androïde jette au sol son arme qui laisse une marque sur le visage de Bark, soulagé de ne plus être braqué.

 — Une dernière question avant de partir. Sais-tu où je peux trouver les triplés Zz ?

 — Ils ont leur repère dans les montagnes, au pied du mont Ildy. Tu ne vas pas me tuer ?

 Le robot lui sourit et fait volte-face. Lorsqu'il s’apprête à sortir, dans son dos, le Dakroonite ramasse le blaster mais n'a pas le temps de viser que le lame de Lothi vole et vient lui percer la poitrine. Il tombe à genoux, l'air hagard. Son bourreau vient récupérer son poignard qu'il prend malin plaisir à remuer dans la plaie, le regard plongé dans les yeux de sa victime et un rictus sarcastique aux coins des lèvres. Puis las de s'amuser, il tranche la gorge de Bark et le pousse au sol d'un coup de pied.

 Le dégoût se lit sur les visages des soldats Prygalliens mais aucun n'ose exprimer son opinion. Cette situation amuse beaucoup l'androïde qui savoure la crainte qu'il inspire au sein de sa propre armée. Il en a fini d'être sous le joug d'un Empereur tout aussi sadique que lui.

 — Jetrel !

 — Oui, mon Empereur.

 — Je ne suis pas encore habitué mais ça sonne plutôt bien, dit-il par-devers lui. Trouve nous des aéronefs légers ainsi que des vêtements chauds pour vous. Nous allons dans les montagnes.



 Après avoir traversé la grande plaine puis le désert glacé des terres du nord, à vie allure sur les aéro-scooters dénichés par son commandant, Lothi et son escorte arrivent enfin dans la vallée du mont Ildy qui s'élève devant eux, le sommet caché dans les nuages. Ils ne décèlent aucune trace de vie, uniquement le blanc de la neige qui enseveli à moitié toutes les habitations de l'unique village de la région.

 — Comment des espèces de lézards peuvent habiter un endroit si froid. Ne dit-on pas qu'ils hibernent l'hiver ? demande Jetrel.

 — Ils sont humain avant tout, répond l'androïde. Ils n'ont que l'apparence de reptiles. Et aussi leur faculté à régénérer un membre coupé, parait-il. J'aimerais bien voir ça d'ailleurs.

 Le chef de la milice remarque un point lumineux rouge, qui apparaît d'abord sur le front du robot, puis se ballade de soldat en soldat et, pour finir, s’arrête sur sa propre poitrine. L'humanoïde qui a aussi observé ce phénomène, se met à rire devant la mine effarée de son subordonné.

 — Un conseil, aucun mouvement brusque, lui dit-il avant de reprendre plus haut. C'est comme ça qu'on accueil un vieil ami, Zzi ?

 — Un vieil ami ?! résonne une voix féminine, au loin. Tu n'es l'ami de personne, boite de conserve.

 — Je suppose que tes frères sont planqués dans cette petite chapelle ? Ils ont toujours eu un faible pour les lieux de culte, tout athées qu'ils sont.

 Deux hommes identiques, de très haute taille, avec une tête semblable à celle d'un serpent, et au corps recouvert d'écailles, sortent du bâtiment que Lothi pointe du doigt, l'air sûr de lui.

 — Ah, ah, on ne te l'a fait pas, ricane un des deux.

 — Zza et Zzo, les mercenaires débiles. Comme ça me fait plaisir de vous voir.

 — Hé ! Qui tu traites de débile, débile ! s'énerve le deuxième homme-reptile.

 — Tais-toi ! C'est à cause de toi qu'il nous prend pour des débiles ! Débile !

 Les deux mercenaires sortent un phaser et se mettent en joue en continuant à s'invectiver tandis que leur sœur les rejoint. Elle s'approche de ses frères qui ne l'ont pas vu arriver, et leur envoie à chacun une claque derrière la tête.

 — Vous avez fini vous deux !

 — Pardon Zzi, répondent-ils en chœur.

 Les soldats prygalliens ne savent que penser de cette scénette.

 — C'est ça les fameux triplés mercenaires de Dakroon que tout le monde craint ? demande Jetrel à voix basse pour n'être entendu que de Lothi.

 L'androïde ne prend pas la peine de lui répondre et s'avance vers les nouveaux venus. Après quelques franches poignées de main, les quatre s'écartent pour discuter entre eux.

 — Je vais être direct. Je dois me rendre sur Po'Um et j'ai besoin de vous pour cela. Votre prix sera le mien.

 — Et qu'en pense l'Empereur ? demande Zza.

 — Ah oui, vous n'êtes pas au courant. Je suis l'Empereur !

 — Comment ça ?

 — J'ai tué Maxarls et ai pris sa place. Personne ne m'a contesté.

 — J'aimerais bien savoir comment tu as réussi cet exploit.

 — Je n'ai pas le temps de vous raconter. Vous savez où se trouve ce portail pour accéder à cette planète non référencée, je me trompe ?

 — Tu es bien renseigné. Mais ce portail est doté d'un contrôle rétinien de dernier cri. Impossible de le contourner.

 — Ne vous inquiétez pas pour ça. Je m'en suis occupé.

 Zzi déglutit, craignant d'avoir compris ce que Lothi voulait dire. Le sourire du robot et la lueur dans ses yeux vient confirmer ses soupçons. Elle fait signe à ses frères de se retirer avec elle quelques instants afin de tenir conciliabule puis reviennent vers l'humanoïde annoncer leur décision de le conduire sur Po'Um en échange d'un million de crédits universels.



 Les triplés, qui ont préféré utiliser leur aéronef, posent l'appareil non loin de la résidence de l'Empereur dakroonite. Pieds à terre, ils emmènent Lothi dans un immense hangar un peu plus au sud. Au milieu de celui-ci trône un cercle suspendu dans le vide, avec à côté une console de commandes. Le groupe s'approche des machines et Zzi indique le scanner rétinien. L'androïde sort d'une sacoche un petit bocal rempli de liquide dans lequel flotte un œil. Il ôte le couvercle et se saisit de l'organe qu'il présente à l'appareil de contrôle. Un laser parcourt l’œil de haut en bas puis un bip retentit. L'anneau se met alors à tourner sur lui-même de plus en plus vite avant de s'arrêter dévoilant un paysage inconnu en son centre.

 — Soldat, dit Lothi en désignant un de ses hommes. Saute là-dedans, puis revient faire ton rapport.

 Le prygallien, peu rassuré, s'avance d'un pas très lent quand Zzo vient l'attraper et l'envoyer dans le portail sans ménagement. Quelques minutes plus tard, il est de retour et rapporte ce qu'il a vu : des paysages pleins de végétation et aucun signe de vie.

 L'androïde ordonne à son armée de l'attendre dans le hangar et s'élance à son tour dans le cercle suivi des mercenaires. Il ne peut cacher sa surprise face à la ressemblance des lieux avec l'autre univers. De vastes étendus de nature agrémentés d'une petite forêt semblable à celle de Thelthane. Son instinct lui dit que l'artefact se trouve dans une grotte au milieu de celle-ci, tout comme l'endroit où se situait le parchemin dans l'autre monde. L'examen de ce dernier confirme son idée.

 La planète est minuscule, si bien qu'il est possible d'en faire le tour à pied en deux bonnes journées. C'est donc rapidement que le groupe trouve l'emplacement marqué d'une croix sur la carte et s'aventure dans la caverne. Celle-ci les mène en profondeur, dans une galerie où repose un coffre en argent. Inquiet, Lothi s'imagine tout à coup qu'il allait avoir besoin d'une clé pour l'ouvrir. Une fois assez proche, il est soulagé de constater l'absence de serrure et soulève le couvercle dévoilant une plaque de métal dans laquelle sont incrustés des puces et des circuits. L'androïde note aussi la présence de quatre fils pendants. Déçu de sa trouvaille, il laisse exploser sa colère.

 — C'est ça, sa pierre d’espérance ?! Il s'est bien foutu de ma gueule, cet enfoiré ! Et les clones de Zagi qui sont sûrement dans l'autre monde alors que je vais avoir besoin d'eux. C'est bien ma veine ! Messieurs...

 — Et mademoiselle, ajoute Zzi.

 — On s'en fou ! le coupe l'androïde, toujours hors de lui. Vous allez venir avec moi, je vais vous faire découvrir un autre univers. Et là-bas, vous allez pouvoir vous en donner à cœur joie, je vous le promets. Il y a tout un tas de faiblards à abattre. Je suis certain qu'on va retrouver de vieilles connaissances aussi. Sinon, comment ils auraient pu apprendre l'existence de ZagiBi.
Titre: Re : Doppelgänger sombre - En cours
Posté par: John Lucas le 09 Décembre 2020 à 20:38:45
Chapitre 21

Sian-ve

 Pendant que les scientifiques sont attelés à remettre Sian-ve sur pieds, Rislen invite ses compagnons à le suivre pour rejoindre Grax qui attend à l'extérieur de la maison avec Fortinha. Rassurés à la suite des propos optimistes des deux clones, Gudrak et Grielaa sont les premiers à sortir. Pai a plus de mal à laisser son ami seul avec deux étrangers.

 — Allez, viens Pai. Laissons-les travailler au calme, dit le voyageur. J'ai confiance en eux et nous ne pouvons en aucun cas les aider. Leur technologie nous dépasse que trop. Et il y a des choses que je voudrais éclaircir.

 — Tu as raison.

 Le lyar, après un dernier regard à l'androïde qui semble dormir en toute paisibilité et un hochement de tête commun et rempli de bienveillance de ZagiBi et ZagiTri, se résout à rejoindre tout le monde dehors. Les sourires sont revenus sur les visages tirés des aventuriers. L'orc accueille Pai d'une petite caresse sur la tête qui apaise celui-ci qui déteste pourtant qu'on le prenne pour un matou, comme il le dit souvent.

 — Excuse-moi, femme, marmonne le fauve. Si tu n'avais pas ramené ce drôle de petit bonhomme, β-16 était foutu. Merci.

 — J'aurais réagi de la même façon si mon ennemi s'était présenté à moi ainsi.

 — Je te reconnais bien là, Pai. Même si ça te coûte de te fendre en excuses, tu es quelqu'un d'honorable, dit Rislen. Fortinha, c'est ça ? Que pouvez-vous me dire sur cet Empereur Fewuam Maxarls ?

 — C'était l'Empereur de la planète Pryga dans le système Jadtac. C'était un cyborg qui avait la capacité de contrôler à sa guise les systèmes informatiques et par la même occasion Lothi, l'humanoïde qui ressemble à votre ami.

 — Pourquoi en parlez-vous au passé ?

 — Lorsque nous sommes repartis dans notre monde après que vous nous ayez repoussés, j'ai aidé Lothi à l'assassiner. J'avais moi aussi un passif avec ce tyran.

 — Avait-il un objet comme celui-ci qui lui permettait de se déplacer à sa guise ? demande le voyageur en désignant le mécanisme sur son caban.

 — Tout à fait ! s'exclame la Vaoyanne toute étonnée. Comment le savez-vous ?

 — Juste une supposition. Pourriez-vous m’épeler son nom ?

 — F-E-W-U-A-M M-A-X-A-R-L-S. Quelle importance ?

 — Je crois comprendre où tu veux en venir Rislen, intervient Pai. Tu m'avais dit que tu avais des doutes à propos de notre administrateur, mais jamais je n'aurais pensé qu'il serait impliqué ce point.

 — Quelqu'un peut m'expliquer ce qu'il se passe, dit Gudrak, perdu. Je ne suis qu'un pauvre orc sans cervelle.

 — Notre cher administrateur, reprend Rislen, se nomme Warumax Meslaf. W-A-R-U-M-A-X M-E-S-L-A-F.

 Une lueur étincelle dans les yeux de Grielaa et Fortinha qui ont tout de suite compris ce que Pai et Rislen venait de découvrir quelques minutes avant elles. Grax et Gudrak se regardent et haussent les épaules.

 — Ouais, et ben quoi ? demande l'orc, encore plus confus.

 — Fewuam Maxarls et Warumax Meslaf sont deux anagrammes.

 — Ça veut dire que les deux noms sont écrits avec les mêmes lettres dans un ordre différent, précise Pai devant l'air ahuri des deux balourds.

 — Pai, continue le voyageur. Nous devrions aller rendre visite à Meslaf pour tirer ça au clair.

 — Je viens avec vous ! lance Sian-ve debout dans l'embrasure de la porte.

 Pai se jette sur lui de joie, bientôt suivi de Gudrak. Rislen reste en retrait mais ne peut cacher sa joie et ses trompes ondulent dans tous les sens. L'androïde semble plus resplendissant et solide. Il ne s'est jamais aussi bien senti de sa vie.

 Après ces émouvantes retrouvailles, le voyageur propose à chacun de l'accompagner à Mondcarlin. Fortinha préfère ramener ses guerrières sur leur planète d'origine, ce conflit n'étant plus le leur. Grielaa se volatilise après avoir gentiment refusé, prétextant que son peuple est pacifiste. Grax accepte volontiers, il n'en a pas fini avec ceux qui ont tué son père. Les professeurs demandent pour rester dans la maison de Rislen, le temps que les choses se tassent. Requête accepté par ce dernier.

 Le groupe de cinq ainsi constitué part donc en direction de Mondcarlin. À la sortie de Riroc, ils mettent au courant les orcs et gobelins, à qui ils demandent de rester là pour veiller sur les scientifiques.



 Les vaoyannes accompagnent Sian-ve et ses camarades jusque dans la forêt Thelthane. Là, les guerrières pénètrent dans la grotte Rogh-lehd sous la surveillance des esprits sylves dont Pai sent la présence sans les voir. Elles regagnent ainsi leur monde tandis que les autres continuent leur chemin vers la grande cité où ils sont accueillis par la garde personnelle de Meslaf, désorganisée et très agitée. Certains des hommes sont même blessés et leurs frères d'arme pansent leurs plaies.

 — Que se passe-t-il ? demande Sian-ve. Pourquoi n'êtes-vous pas au palais ?

 — L'administrateur est devenu fou ! répond un des soldats, bien remonté. Il s'est acoquiné avec une ogresse. Nous avons essayé de le raisonner mais il a ordonné à l'enragée de se débarrasser de nous. Et c'est qu'elle est coriace ! Nous avons dû battre la retraite.

 L'androïde échange un regard interrogateur avec Pai et Gudrak.

 — Vous pensez que... Non ! Impossible que ça soit Zehell !

 — Allons voir par nous-même, suggère le lyar.

 — Faites attention à vous messires.

 Ils traversent la cité sans croiser âme qui vive. Tout le monde s'est réfugié chez soi, à la suite des événements récents. Arrivés à la demeure de Meslaf, ils sont surpris de trouver le lieu désert. Tandis qu'ils pénètrent dans le luxueux bâtiment, ils entendent des voix provenant du salon privé de l'administrateur. Ils reconnaissent celle du propriétaire des lieux mais pas celle assez gutturale tout en restant un peu féminine. L'ogresse, supposent-ils. Le groupe s'introduit alors dans la pièce, sur leur garde et prêt à en découdre s'il le faut.

 — Qu'allégresse et quiétude fassent votre journée mes chers concitoyens ! proclame-t-il les bras grand ouverts.

 — C'est bon, Meslaf, tu peux tomber le masque, lance Pai.

 L'administrateur, qui n'est pas surpris de leur arrivée, fait un signe de la main en direction de l'entrée dans leur dos. Quelle n'est pas leur surprise lorsqu'il se retourne et voit l'ogresse fermer et verrouiller la lourde porte.

 — Vous avez mis du temps à comprendre, reprend Meslaf. Je ne vous présente pas Zehell ? Il me semble que vous vous connaissez déjà. Ah ah ah.

 Le visage de l'ogresse semblait différent. Il était froid et fermé. Elle les dévisage avec un sourire sarcastique.

 — Une belle petite brochette d'idiots, se gausse-t-elle.

 — Quel lien vous uni à Fewuam Maxarls ? demande Rislen qui ne se laisse pas décontenancer.

 — Le plus simple est de vous montrer.

 Sous les yeux incrédules des compagnons de l'androïde, Warumax Meslaf prend soudain l'apparence de Fewuam Maxarls, puis se met à rire aux éclats.

 — Vous verriez vos têtes ! C'est sûr que dans ce monde, cela a de quoi étonner. Déjà que sur Pryga, ce n'est pas commun... Bref. Ce n'est rien d'autre que de la nanotechnologie. Je peux prendre l'apparence que je souhaite.

 Pour appuyer ses dires, il se transforme en Rislen. Ce dernier n'en revient pas. Finalement Maxarls reprend sa véritable identité, celle de l'Empereur de Pryga.

 — N'êtes-vous pas censé avoir été assassiné par le doppelgänger sombre de Sian-ve ? questionne Pai.

 — Lothi ? Laissez-moi rire. Il a juste tué un pauvre Taellien sur lequel j'ai usé de cette fameuse nanotechnologie. Moi, me faire avoir par une boite de conserve ?

 Ces mots étaient de trop pour Sian-ve qui bouillonnait depuis son entrée dans les lieux. Il se lança en direction de Meslaf ou qu'importe son nom quand celui-ci leva la main vers lui. Il est stoppé net et s'écroule au sol, écrasé par la pesanteur.

 — β-16 ! gronda le lyar.

 — Ne bouge pas le matou ! Sauf si tu veux que j'en finisse avec ton ami, ici et maintenant. Vois-tu, Sian-ve, reprit-il à l'attention de l'humanoïde, je suis ce qu'on appelle un cyborg et je suis doté d'une capacité très intéressante qui me permet de contrôler n'importe quel système informatique. À cet instant, j'ai détraqué ton système de gravitation. Je sais que tu ne comprends rien à ce que je te raconte donc retiens bien juste une chose : tu ne peux rien contre moi.

 — Ordure ! hurle Gudrak qui se jette à l'assaut.

 — Non, Gud, lui dit Pai, trop tard.

 Maxarls actionne alors son artefact et disparaît, un grand sourire aux lèvres, libérant par la même occasion Sian-ve de son entrave. Zehell ne peut masquer sa surprise. Rislen disparaît à son tour.

 — On dirait bien qu'il t'a abandonnée, madame l'ogresse pas du tout peureuse et innocente, dit le lyar.

 Les trois combattants que sont Sian-ve, Pai et Gudrak s'avancent alors vers Zehell qui décide de jouer la carte de la ruse.

 — Je suis vraiment désolée, dit-elle en pleurnichant. Il m'a forcée. Il a enlevé ma famille.

 — Écoute-la Pai, elle a agi sous la contrainte. Je t'avais dit que c'était impensable.

 — Mais ce n'est pas possible d'être aussi naïf. Ça ne t'a pas suffi de te faire démonter par ton double ?

 Le lyar été excédé par l'incrédulité de son ami.

 — Tu devrais prendre note de ce que raconte le vieux, robot.

 Zehell avait repris son attitude belliqueuse et sans se démonter, elle les attaque avec véhémence. Hélas pour elle, les nouvelles capacités de Sian-ve lui permettent de la neutraliser en un rien de temps sans subir aucun dommage. Les coups de dague n'ont même pas égratigné sa carcasse en métal alors que ces coups à lui ont assommé sans mal l'ogresse. L'androïde est le premier surpris et se promet de remercier les scientifiques comme il se doit.

 — Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demande-t-il.

 — On l’enchaîne et on la confie aux gardes qui la mettront en cellule. Quant à nous, direction l'autre monde. Nous avons une carte et encore mieux une pierre à retrouver. Nous avons toujours les clés en notre possession et quelque chose me dit qu'elles seront encore utiles.
Titre: Re : Doppelgänger sombre - En cours
Posté par: John Lucas le 16 Décembre 2020 à 19:28:56
Chapitre 22

Lothi

 Lothi se dirige vers le portail pour regagner Dakroon et se rend vite compte que les triplés ne le suivent pas. Lorsqu'il se retourne, il voit la mine renfrognée de Zzi qui murmure quelque chose à ses frères. Elle n'a pas dû apprécier le ton qu'il a employé avec lui. D'instinct, il porte la main à sa cuisse pour sortir son poignard mais il est coupé dans son élan par le retour du point lumineux qui parcourt son corps métallique. La mercenaire a été plus prompte que lui pour dégainer son arme et elle a la réputation d'être la meilleure snipeuse du système. L'humanoïde lève les mains en signe de tentative de conciliation.

 — Qu'est-ce que vous me faites, là ? Vous l'aurez votre million, grogne l'androïde.

 — Ha, ha. On s'en fout de ton pognon, avoue Zza. Balance-nous l'artefact !

 — Quoi ?! Mais qu'allez-vous en faire, ce n'est qu'un vulgaire circuit. Je doute que ça soit utile à des hommes-lézards.

 — Fais ce qu'on te dit ! Cela appartient à l'Empereur Maxarls.

 — Maxarls ? Mais tu débloques ou quoi ? T'as le sang qui surchauffe ?

 Le robot est perdu devant le changement d'attitude des mercenaires qui crache sur un million de crédits universels. Cela ne leur ressemble pas et surtout, pourquoi s'évertuent-ils à parler de l'Empereur. Il évalue la distance qui le sépare du passage. Cela se tente. Même blessé, une fois de l'autre côté, il pourrait les enfermer ici, à tout jamais. Il sourit à l'avance de se savoir débarrassé des plus redoutables chasseurs de la galaxie.

 — Rassure-moi, tu n'espères pas t'échapper, la conserve ? ricane la Dakroonite, l’œil dans le viseur.

 — Tu vas rester bien sagement où tu es, ajoute Zzo. Il ne va pas tarder. En attendant, obéis et envoie-nous ce bidule.

 — Qui ne vas pas tarder ? Le fantôme de l'Empereur que j'ai moi-même poignardé au cœur ?

 Les triplés se mettent à rire à gorge déployée, ce qui crée l'incompréhension la plus totale chez Lothi. Il se met alors à douter mais, non, c'est impossible. Puis, il sent une force s'exercer sur lui, comme lorsque Maxarls jouait avec son système gravitationnel. Non, ce n'est qu'une impression, rien de plus. La pression se fait de plus en plus forte et il se retrouve face contre terre lorsque des bottes noires apparaissent dans son champ de vision. L'étreinte se desserre assez pour qu'il puisse lever la tête et son regard, qui longe une longue robe blanche, s'arrête pour finir sur le visage de l'Empereur, tout sourire.

 — Nooon... Co-comment est-ce po-possible ? J'ai planté ma lame dans ton cœur...

 — Exact, tu as bien planté ta lame dans un cœur, répond Maxarls. Mais il appartenait à un pauvre Taellien.

 L'Empereur prit alors l'apparence d'un natif de Taellia sous les yeux médusés de l'androïde. Cela provoque l'amusement des mercenaires, visiblement au courant des aptitudes de leur maître qui reprend sa propre personnalité.

 — N'est-elle pas sensationnelle la nanotechnologie dakroonite ? s'exclame Zzo. Entre des mains expertes, elle permet bien des choses. Mais vois-tu, malgré tout son talent, notre Empereur connait certaine lim...

 — Tu parles trop, imbécile ! gronde Maxarls. Mais qu'importe. Ce très cher Lothi ne quittera pas cette planète. Enfin, pas en un seul morceau, ni en état de marche. Messieurs, mademoiselle, il est à vous. Ne me décevez pas.

 Maxarls relâche un peu son étreinte, ce qui permet à l'androïde de se mettre à genoux, puis le regarde droit dans les yeux.

 — J'espère que tu as profité de ton court règne.

 — Aaaaaaahhhhhhh ! Ordure ! Je te crèverai.

 L'Empereur disparaît alors, libérant ainsi le robot qui, avec une vivacité incroyable, dégaine son poignard qu'il lance sur Zzi. Celle-ci a tout juste le temps de se décaler d'un demi-pas, ce qui ne suffit pas à éviter la lame qui vient se planter dans son épaule. La douleur vive lui fait lâcher son arme et provoque la rage de ses frères qui se jettent sur Lothi. L'androïde plus vif que les hommes-lézard parvient à éviter les assauts de ses opposants qui se font de plus en plus précis et violents. Il veille à toujours garder un des deux frères entre lui et la tireuse d'élite qui s'est positionnée en haut d'une butte pour avoir une vue dégagée et attendre le bon moment pour achever sa cible.

 Les minutes passent et le combat reste indécis. L’humanoïde qui se défend comme un forcené et a réussi à tirer son arme de poing mais il ne parvient pas à s’en servir tant il est acculé par les coups de butoir des mercenaires. De-ci et de-là, il entend fuser des balles tirées par la femelle qui grogne à chaque raté. Personne n’avait résisté de cette façon à la snipeuse.

 Dans un mouvement de rotation, Lothi esquive le tranchant de l’épée de Zza et vient planter sa propre lame dans la poitrine de son adversaire qui, un large sourire aux lèvres, se saisit du bras de l’androïde et l’attire à lui et l’emprisonne dans une étreinte indéfectible.

 — Ha, ha. Dommage pour toi, nous autres, hommes-lézards, n’avons pas notre cœur à ce niveau, dit le Dakroonite, satisfait que sa ruse ait fonctionné.

 Zzo se présente alors dans le dos du robot et fait sauter la plaque principale de son corps métallique avant d’arracher tous les câbles et circuit qui lui passent sous la main. Lothi s’écroule alors au sol, crépitant, les yeux incrédules tournés vers les deux frères qui se congratulent et sont bientôt rejoint par leur sœur. La femelle sort une arme de plus petit calibre et entreprend de cribler la victime de balles.

 — Arrête ça, Zzi ! Intervient Zza. Pas besoin de s’acharner dessus comme ça.

 Il se baisse, approche son visage de celui de l’androïde et sa bouche se déforme en un rictus sardonique des plus terrifiants.

 — Je préfère m’en occuper personnellement ! hurle-t-il alors qu’il démembre le robot.

 Le bras d’acier vole alors dans les airs et s’ensuivent de nombreuses pièces métalliques.

 Lorsqu’il ne reste que la tête, Zzi et Zzo stoppent leur ainé dans sa folie destructrice et tout trois repartent par le portail qu’ils prennent soin de fermer derrière eux sous les ovations des soldats Prygaliens qui accueillent la nouvelle du retour de Maxarls et de la mise en pièce de Lothi avec la plus grande joie.



 Maxarls est de retour dans son quartier général et profite de la foule en liesse, agglomérée aux portes du bâtiment. Bien qu’il soit craint de son peuple, celui-ci est soulagé de ne plus être sous le joug de l’androïde.

 L’Empereur gagne son laboratoire secret et connecte l’artefact à tout un tas d’ordinateurs, eux-mêmes reliés à des robots aux formes d’animaux divers. Derrière eux, se trouvent d’autres machines, à forme humaine, ressemblant un peu à Lothi et Sian-ve.

 — Ma petite armée... Avec ceci, je vais enfin pouvoir tous vous contrôler en même temps et vous envoyer coloniser toutes les planètes de ce système. Une fois cela terminé, nous nous attaquerons aux systèmes voisins.

 Après quelques manipulations sur les différents appareils, Maxarls fronce les sourcils et une moue se dessine sur son visage. Il examine chaque écran et retape plusieurs commandes. Sa mine est de plus en plus déconfite et ses mains se mettent à trembler. La rage commence tout doucement à le submerger si bien qu’il envoi valser un de ses claviers.

 — Pourquoi ?! Pourquoi ?! répète-t-il sans cesse.

 Il tape du poing sur le bureau et sort en trombe de la pièce avant de se téléporter sur Dakroon où il rejoint les triplés. Ceux-ci ne le voient pas arriver et ne peuvent éviter le rayon paralysant du fusil de Maxarls. De constitution solide, les hommes-lézards sont sonnés mais réussissent à rester debout. Ils dévisagent le Prygalien, pour qui ils ont toujours eu du respect et ont toujours obéi à ses moindres besoins.

 — Qu’est-ce qui te prend ? parvient à demander Zzo.

 — Vous n’auriez pas oublié de me donner quelque chose par hasard ?

 — De quoi parles-tu ? C’est toi qui as récupéré la plaque dans les mains du robot.

 — Alors, explique-moi pourquoi elle ne fonctionne pas.

 — Je n’en sais rien, moi. Je ne suis pas expert en robotique, électronique, ou je ne sais quoi.

 — Qu’avez-vous fait de Lothi ? Je suis sûr qu’il a dissimulé une partie de l’artefact.

 — On l’a mis en pièce et on l’a laissé sur Po‘Um. On l’aurait vu s’il avait caché quelque chose.

 — Retournez le chercher et ramenez-le-moi à mon labo.

 Maxarls disparaît, plus enragé que jamais.

 Plusieurs minutes plus tard, l’effet paralysant s’estompe et les mercenaires sont enfin en mesure de se mouvoir de manière convenable. Il rebrousse chemin et retourne au portail afin de se rendre sur Po’Um.

 — Franchement, je ne sais pas lequel entre Maxarls et Lothi est le plus terrible. Certes l’androïde est ingérable mais cet Empereur n’hésite pas à s’en prendre à ses propres alliés de longue date. On n’est vraiment pas à l’abri même lorsqu’on est dans ses petits papiers. Au moins Lothi, lui, on sait qu’il déteste tout le monde et qu’il est impossible de lui faire confiance.

 Les triplés s’avancent vers la table de commande et présente l’œil de l’Empereur, qu’ils ont récupéré lorsqu’ils sont ressortis la fois précédente, au niveau du scanner rétinien. Rien ne se passe. Zzi entreprend de nettoyer l’œil dans le liquide du bocal – très certainement du formol – et soumet à nouveau l’organe au contrôle. Cette fois, l’anneau se met à tourner et le passage vers Po’Um s’ouvre.

 Lorsqu’ils arrivent sur la petite planète, Lothi se tient debout en un seul morceau mais semble un peu différent et bien moins sauvage qu’à l’accoutumée. Il est armé d’un sceptre et un drôle de petit dispositif repose sur sa poitrine.
Titre: Re : Doppelgänger sombre - En cours
Posté par: John Lucas le 23 Décembre 2020 à 12:28:55
Chapitre 23

Sian-ve

 Sian-ve, Pai, Gudrak et Grax sortent du palais sous la lumière déclinante du coucher des deux soleils. Quelques hommes armés, anciens membres de la garde personnelle de Meslaf, se sont rassemblés devant le bâtiment, prêts à en découdre avec leur souverain.

 — Calmez-vous, les gars ! dit le lyar d'un ton très ferme. L'administrateur est parti. Et très loin d'ici, si vous voulez mon avis. Par contre, vous pouvez enfermer celle-ci.

 Il désigne l'ogresse que Gudrak fait avancer en lui titillant les reins avec son épée courte.

 — Comment est-ce possible ? demande un des soldats. Et comment avez-vous maîtrisé cette folle-furieuse ?

 — Vous ne me croiriez pas. Et pour elle, vous pouvez féliciter β-16.

 Rislen apparait juste devant l'androïde. Ses trompes sont plus agitées que jamais et il se balance nerveusement d'une jambe-tentacule à une autre.

 — Que se passe-t-il Rislen ? demande le robot. On dirait que tu as vu l'enfer.

 — C'est presque ça. J'ai réussi à suivre cet imposteur sans me faire repérer. Il a rejoint une bande d'hommes-lézards aux mines patibulaires. Il y avait aussi ton double. Meslaf, ou plutôt Maxarls, a utilisé le truc dont il s'est servi sur toi pour l'immobiliser et lui prendre l'artefact. Il a ensuite disparu et laissé ses sbires mettre le robot en pièces.

 — Quoi ?! Il a été vaincu ? s'étonne Pai.

 — Ils sont trois, bien armés et bien coordonnés. Malgré cela, ils craignent leur Empereur et lui obéissent au doigt et à l'œil. Celui-ci est d'ailleurs revenu quelques instants après. Il était très contrarié. La pierre d'espérance, qui est en fait une pièce électronique ne semble pas fonctionner. Je suis certain que cela a quelque chose à voir avec les petites roches qui sont toujours en votre possession.

 — Il faut que je récupère cette artefact, intervient Sian-ve. On ne peut pas laisser ce malade trouver le moyen de le faire fonctionner. Je devrai peut-être...

 — Ne te mine pas avec ça, β-16. Personne ne t'en tiendra rigueur. Bien au contraire.

 Rislen déclipse le mécanisme attaché à son caban et le fixe à la poitrine de l'androïde.

 — Je te le confie. Tu n'as qu'à visualiser le lieu où tu désires aller, tu tournes ce bouton et hop, tu y seras en un clin d'œil. Cela marche aussi en pensant à une personne. Tu apparaîtras juste à côté d'elle.

 — Peut-on embarquer quelqu'un avec nous ?

 — Une seule personne. Qu'as-tu en tête ?

 Sian-ve actionne l'appareil et se volatilise sous les yeux inquiets de ses amis. Il a choisi de rejoindre son double. Il arrive sur une planète qui ressemble étrangement à son monde. À ses pieds, gît Lothi, démantelé et s'éteignant petit à petit. Il l'observe quelques instants, le regard triste, puis ramasse toutes les pièces qu'il apporte chez le voyageur à l'intention des clones de Zagi. Il leur demande de tout faire pour le sauver sans toutefois prendre de risque inconsidéré. Il repart ensuite sur Po'Um à la recherche des hommes-lézards qui ont mis son double en pièces. Il n'a aucune idée de pourquoi mais il tient à le venger. Un portail s'ouvre alors devant ses yeux et les mercenaires apparaissent. Ceux-ci le prennent d'abord pour Lothi avant de comprendre qu'ils font face à une autre création du fameux scientifique Zagi.

 Zza s'avance le premier, suivi de Zzo.

 — Alors comme ça, c'est vrai, dit l'ainé. Lothi n'est pas le seul humanoïde créé par ce savant fou.

 À l'évocation de l'androïde, il se met à la recherche de celui-ci mais n'en trouve aucun signe. Il s'approche un peu plus de son opposant et dégaine son épée.

 — Qu'as-tu fait de ton frère ? Comment es-tu arrivé ici ?

 — T'aimerais le savoir, répond Sian-ve. Je te dirais tout ce que tu veux si tu arrives à me vaincre.

 — Tu es bien confiant. Tu as pourtant vu l'état de l'autre. Et j'ai cru comprendre qu'il t'avait mis la raclée.

 — J'ai changé.

 Une lueur illumine les yeux de l'androïde lorsque celui-ci se met en position de combat, le sceptre pointé vers une butte derrière le mercenaire.

 — As-tu gagné assez de temps pour que le troisième larron se planque là-haut ?

 Il ponctue sa phrase d'une salve d'énergie crachée par son arme, qui explose le tas de terre et blesse Zzi, dont le fusil a été détruit par le choc du laser. Les deux frères explosent de rage et se ruent sur le robot et le noient sous une avalanche de coups. Les lames crissent sur le corps de Sian-ve sans y laisser un seul accroc. L'androïde profite des ouvertures que les hommes-lézards laissent à cause de leur colère qui les aveugle. Une droite par ici, un crochet par là. Le sang bleu commence à couler des gueules qui se font de plus en plus menaçante.

 Une balle vient ricocher sur la poitrine de l'humanoïde et se loge dans l'œil de Zzo qui hurle, tant de haine que de douleur. Les assauts reprennent de plus belle alors que Zzi a rejoint la bataille tout en maintenant une certaine distance pour allumer sa cible avec son revolver.

 Rien ne semble avoir d'effet sur Sian-ve. Que ce soient les projectiles ou les lames, aucune arme ne parvient à pénétrer le métal. De plus, sa grande vivacité et son talent pour le combat rapproché lui permettent d'amocher sévèrement ses adversaires qui commencent à fatiguer.

 — Bah alors, les gars ? C'est déjà fini ?

 — Pourquoi ? Pourquoi ? hurle Zza. Nos lames devraient te lacérer comme elles l'ont fait avec l'autre.

 Il regarda son frère et lui fit un signe de tête. Les deux lâchent leurs épées et sortent une seringue contenant un liquide orange.

 — Non pas ça ! les implore leur sœur. Vous allez y rester.

 — On y restera de toute façon. Autant l'emporter avec nous.

 Les deux mercenaires s'injectent le produit et prennent Zzi dans leur bras pour un dernier câlin. Celle-ci s'effondre en larmes alors que les hommes-lézards deviennent plus pâle. Leurs muscles se gonflent et leur apparence ressemble maintenant plus à celle d'un géant que d'un serpent.

 Avec une vitesse hors du commun, Zza attaque Sian-ve et lui envoie un énorme uppercut dans la mâchoire qui propulse le robot plusieurs mètres plus loin. Zzo le rejoint et à deux, ils assènent une série de coups de poing et de pied dont l'androïde part avec une grande peine une partie et encaisse les autres.

 Les mercenaires halètent de plus en plus et se mettent à cracher du sang entre chaque assaut. Leur rapidité et leur puissance incroyable soudainement acquise commencent à diminuer. L'efficacité de la mixture est temporaire et cela ne suffit pas pour venir à bout de l'humanoïde qui reprend petit à petit le dessus.

 Zzi, toujours en pleurs et à genoux ne parvient pas à trouver la force de se mêler à la bataille et assiste impuissante à la première défait de ses frères qui s'écroulent suite à un demi-cercle du sceptre de Sian-ve qui vient leur balayer les jambes.

 — Toi, la femelle ! Ramasse ces déchets et va prévenir ton Empereur que son tour arrive.

    L'androïde actionne le mécanisme sur sa poitrine et disparait.

 ZagiBi et ZagiTri sursautent à nouveau quand Sian-ve apparait juste à côté d'eux.

 — Tu ne peux pas passer par la porte comme tout le monde, disent-ils d'une même voix.

 — Désolé, mais ce truc ne fonctionne pas comme ça. Alors ? Vous avez réussi à le sauver ?

 — Nous le maintenons en vie grâce à ces machines, mais ses processeurs et ses cartes mères sont trop endommagées. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'il s'éteigne.

 — Mon... Mon... frè-frère, bredouille Lothi.

 — Ne m'appelle pas comme ça.

 — C'est pourtant ce que nous sommes.

 — Ça ne t'as pas empêché de me mettre en pièce.

 — Je sais... Mais je me rends compte maintenant que j'ai eu tort. Mes puces doivent être bien endommagées pour que je dise ça. Ou alors ces deux-là m'ont implanté un semblant de conscience.

 Les deux scientifiques confirment d'un geste de la tête.

 — C'est exact, intervient ZagiBi. On a fait ça pour s'assurer que tu ne nous attaquerais pas si nous réussissions à te remettre sur pieds.

 — Foutus professeurs... Sian-ve. C'est ça ? Tu dois stopper Maxarls. Pour ça, je t'offre mon corps. Ces pâles copies de notre créateur peuvent sûrement récupérer des pièces qui te renforceront et surtout t'équiper d'une espèce de protection contre le contrôle de l'Empereur. Tu as encore les clés ?

 — Ce sont mes amis qui les gardent.

 — J'ai vu l'artefact et je suis certain que Maxarls n'a pas réussi à s'en servir. Il forme un tout avec les deux petites pierres. Tu dois le récupérer et les assembler. Ainsi, tu pourras vaincre ce taré.

 — Très bien. Merci... Mon frère.

 Les yeux de Lothi s'embuèrent et son système se mit en veille. Les clones font comprendre à Sian-ve que c'est terminé et s'empressent de démonter le robot.

 Pendant ce temps, Sian-ve entreprend de faite des allers-retours pour ramener chacun de ses compagnons dans la maison de Rislen. Une fois tout le monde présent, les scientifiques opèrent une nouvelle fois l'androïde pour lui implanter des pièces qu'ils ont récupéré sur Lothi et installer un système de pare feu, censé le protéger contre l'aptitude de l'Empereur. Après deux heures d'opération, tout est prêt.

 — β-16, dit Pai. Tu peux emporter une personne avec toi. Je veux que tu m'emmènes.

 — Désolé Pai, j'irais seul. C'est trop dangereux. Je ne veux pas qu'il arrive quoique ce soit à un de mes amis. Et plus spécialement toi. En plus, tu n'es plus tout jeune, je suis certain que le voyage ne te serait pas favorable.

 — Ce n'est pas le moment de plaisanter. Je viens, point barre.

 Sian-ve sourit au lyar et au reste de ses compagnons. Puis d'un mouvement vif, il actionne le mécanisme à sa poitrine et disparait, ce qui provoque un rugissement de Pai qui fait tremble toute la maison.
Titre: Re : Doppelgänger sombre - En cours
Posté par: John Lucas le 26 Décembre 2020 à 21:46:26
Chapitre 24

Sian-ve

 L'androïde apparait dans le laboratoire de l'Empereur. Une vingtaine de soldats braquent leurs blasters sur lui, les doigts sur les gâchettes prêts à propulser les dards qui libéreront chacun cent milles volts. Du coin de l'œil, il examine l'installation informatique et distingue un circuit qu'il devine être le fameux artefact dont lui a parlé Lothi avant de s'éteindre.

 — Ainsi, tu es venu, dit Maxarls. Comme tu peux le voir, je m'y attendais un peu. Pourtant, ces foutus lézards ont bien mis en pièces l'autre robot. Il n'a pas pu te rejoindre dans ton monde pour s'allier à toi. Je doute fort qu'il aurait fait ça de toute façon. Ce mécanisme... Je vois, c'est Rislen. J'étais certain qu'il soupçonnait quelque chose. Toujours à fouiner celui-là. J'aurais dû m'en débarrasser il y a des années.

 Maxarls se transforme en Meslaf, sous les yeux effarés de ses hommes.

 — Tu préfères peut-être me voir sous cette forme, reprend-il. Tu dois penser que je suis quelqu'un d'horrible, sans scrupules, mais je t'assure que si je fais ça, c'est vraiment pour défendre Mondcarlin des barbares. Ce monde-ci ne compte pas pour moi. Il n'y a que notre bonne cité qui a de l'importance.

 — Tu vas me prendre pour un con encore longtemps ? Donnes-moi vite la pierre d'espérance si tu tiens à la vie.

 — Oh oh ! On croirait entendre Lothi.

 — C'est normal, il fait désormais parti de moi.

 L'Empereur fronce les sourcils, dévoilant un mélange de surprise et d'agacement sur son visage. Il ne comprend pas très bien ce que veut dire l'androïde. Sian-ve est assez fier de voir son ennemi ainsi, preuve qu'il n'est pas infaillible.

 — Je ne le répéterai qu'une seule fois. Donnez-moi l'artefact !

 La voix de l'humanoïde est devenue grave et autoritaire, si bien que les soldats font feu, tous en même temps. Meslaf reprend l'apparence de Maxarls et part dans un fou-rire qui fait froid dans le dos de sa milice.

 — On fait moins le malin, la conserve. Ah ah ah.

 Avec des gestes lents, Sian-ve retire un par un les dards qui se sont collés à son corps par électricité statique sans y pénétrer. Les militaires rechargent leur fusil et tire à nouveau sur leur cible. Les projectiles sont toujours sans effet sur l'humanoïde. Le sourire sur le visage de l'Empereur s'est transformé en une grimace de rage.

 — Qu'est-ce que vous foutez ? Mettez-moi ce fichu robot en pièces.

 Il récupère l'artefact et déclenche son propre mécanisme pour disparaitre, abandonnant ses hommes aux mains de l'androïde. Ces derniers dégainent leurs armes de poings et allument littéralement leur opposant. Mais quelle n'est pas leur surprise quand ils voient les balles rebondirent sur l'acier et pour certaines venir se figer dans leur gilet pare-balles.

 Sian-ve s'avance alors plein d'assurance, le poignard de Lothi dans la main. Il l'a récupéré juste avant de se téléporter sur Pryga. Un des soldats appelle des renforts à la radio pendant que ses acolytes se font anéantir. L'androïde est vif et précis dans ses enchainements et les soldats s'écroulent un à un dans des cris de douleurs atroces. Cependant, le robot s'assure de les mettre hors d'état de nuire sans pour autant les blesser mortellement.

 La porte du laboratoire s'ouvre et une cinquantaine de militaires prygaliens font leur apparition en rugissant. Cela redonne du courage aux quelques hommes encore aptes au combat. L'humanoïde ne se laisse pas impressionner et accélère ses assauts mais parvient difficilement à toucher ses adversaires maintenant trop nombreux.

 — Tu as beau être une machine de guerre, tu ne pourras pas venir à bout d'une armée à toi tout seul, lance celui au talkie-walkie.

 Le visage du militaire s'assombrit lorsqu'un vortex déchire le vide devant lui. La bataille s'arrête et tous les regards se portent sur l'ouverture. De celle-ci, surgit Pai, Gudrak et Grax. Ce dernier, à peine arrivé, se lance dans la mêlée et balaye les hommes de son lourd gourdin, par deux ou trois à la fois. Tout le monde peut entendre les os se briser sous la violence des coups. À ses côtés, le lyar bondit à la gorge de l'homme à la radio pour s'assurer que d'autres militaires ne débarquent pas. Gudrak laisse aussi éclater sa rage et joue de sa lame courte avec dextérité pour mettre à genoux les malheureux qui se trouvent sur son chemin.

 — Comment avez-vous fait ça ? demande Sian-ve.

 — Les scientifiques ont réussi à ouvrir ce portail. Ce laboratoire est en fait celui de ton créateur. On ne s'attendait toutefois pas à tomber sur une telle scène. Où est l'autre fou ?

 — Il a profité de ses hommes pour s'éclipser.

 — Va β-16 ! intervient Gudrak. On s'occupe de ces sous-merdes.

 — Tu as entendu, ajoute Pai. Va nous débarrasser de ce despote.

 — Merci les amis.

 L'androïde active son mécanisme et disparait, laissant ses compagnons mettre la raclée du lustre à l'armée de Maxarls. Ceux-ci, une fois leur besogne terminée, repartent par le vortex comme si de rien n'était.



 De disparitions en apparitions, l'Empereur essaie de semer Sian-ve qui n'a de cesse de réapparaître devant lui.

 — Mais comment fais-tu cela ? Et comment connais-tu tous ces endroits ?

 — Il semblerait que ton petit joujou soit moins puissant que le mien. Il me suffit de penser à toi pour te retrouver et me téléporter à tes côtés.

 — Quoi ?! Impossible !

 — Et pourtant.

 Maxarls décide alors d'affronter l'androïde une bonne fois pour toute. Première étape, l'immobiliser. Il tente de se connecter aux systèmes du robot afin d'accéder à son contrôleur de gravité mais il n'y parvient pas. Il tente l'opération à plusieurs reprises, toujours en vain.

 Sian-ve face à l'agacement visible sur le visage de son opposant ne peut réprimer un petit rire moqueur qui ressemble plus à du Lothi qu'à ses propres attitudes. Les puces et circuits venant de son semblable l'affectent plus qu'il ne le pensait.

 — Que se passe-t-il Meslaf ? Ou Maxarls ? Ou peut-être as-tu en réalité un autre nom et une autre apparence ?

 — Je suis Fewuam Maxarls ! gronde l'Empereur. Je ne sais pas comment tu fais pour me résister mais je te jure que je vais te démanteler, robot de pacotille.

 — La fameuse nanotechnologie dont tu étais si fier, jubile l'androïde.

 Le Prygalien se jette sur l'humanoïde et montre une étonnante vélocité et une belle dextérité avec son pistolet à protons aussi munie d'une lame courte. Les rayons lasers qu'il propulse laissent de grosses marques noires sur le corps de Sian-ve duquel de légers crépitements commencent à se faire entendre. Chaque coup de lame parvient à pénétrer ébrécher l'acier.

 L'androïde est sur le reculoir tant il est surpris par les mouvements de l'Empereur mais réussit petit à petit à prendre sa mesure et à esquiver les attaques. À la suite d'une feinte d'un coup de tranchant au niveau de l'épaule, il laisse tomber le poignard qu'il rattrape dans son autre main pour frapper d'estoc au niveau de l'abdomen de son vis-à-vis. Celui-ci vacille avant de se rétablir et de planter son arme entre deux plaques de métal au niveau de l'épaule de Sian-ve, exactement au même endroit que Lothi quelques jours plus tôt.

 Les deux ennemis reculent et marquent un temps d'arrêt pour s'observer. Le robot en profite pour changer d'arme et se saisir de son sceptre. Maxarls disparait et réapparait muni d'un énorme fusil dont il fait usage sans attendre. Le rayon touche sa cible et Sian-ve s'écroule dans d'horribles bruits d'étincelles. L'Empereur sûr de sa victoire balance l'artefact sur le robot dans un geste de mépris.

 — Ah ! Enfin, tu ploies devant moi. Je dois avouer que tu m'auras donné du mal. J'avais préparé ce phaser spécialement pour Lothi car j'avais peur qu'il trouve un jour un moyen de contrer mon contrôle sur lui. Je suis bien heureux de voir qu'il est très efficace. Et tu vois, je n'ai même pas besoin de cet artefact qui ne fonctionne même pas.

 L'humanoïde se saisit avec beaucoup de mal de la plaque électronique et relie les pierres topaze aux quatre câbles.

 — Qu'est-ce que tu essaie de faire avec tes cailloux ?

 Sian-ve fait sauter une plaque d'acier de sa poitrine et y branche le montage qu'il vient de réaliser. Son corps s'entoure d'un champ de force qui fait paniquer Maxarls qui vide son chargeur sur le robot. Les rayons sont absorbés par ce bouclier invisible.

 — Ne me sous-estime pas, rugit Sian-ve.

 L'androïde parvient tant bien que mal à se relever. Il est obligé de s'appuyer sur son bâton pour ne pas s'effondrer à nouveau. Maxarls éjecte une cartouche fumante de son arme afin de la remplacer. Pour cela, il a quitté son adversaire quelques secondes du regard. C'est quelques secondes de trop. Lorsqu'il relève la tête le robot n'est plus là et bientôt une douleur explose dans son dos. Il baisse la tête et voit le sceptre, qu'il reconnait enfin comme étant celui de l'ancien Empereur dakroonite, sortir de sa poitrine noyée dans une coulée de sang et de chair.

 — J'aurais aimé éviter d'en arriver là car je ne suis pas un assassin comme toi. Mais tu ne me laisses pas le choix. Tu es puissant et si je ne te tue pas c'est toi qui me tueras.

 L'Empereur se retourne avec lenteur, l'arme toujours dans le cœur et prend l'apparence de Warumax Meslaf.

 — Encore une tentative désespérée de m'amadouer ? demande Sian-ve.

 Son ennemi ne lui répond pas et se change en paysan Taellien puis en mercenaire mi-homme, mi-lézard. Il passe par une multitude de personnalités avant de tomber raide mort aux pieds du robot qui s'écroule à son tour. Dans un sursaut d'énergie, il réussit à activer son mécanisme et disparait.
Titre: Re : Doppelgänger sombre - En cours
Posté par: John Lucas le 02 Janvier 2021 à 19:56:58
Chapitre 25

Sian-ve

 Lorsqu'il rouvre les yeux, Sian-ve se trouve allongé dans le lit de Rislen. Encore... À ses côtés se trouvent Pai dont la joie est plus que lisible sur ses traits, et les deux clones de Zagi. Alors que l'androïde essaie de se relever, il est retenu par un lot de câbles branchés à un tas de machines. Les scientifiques s'empressent de le recoucher avec douceur.

 — Décidément, vous nous en donnez du boulot dit ZagiBi. Vous étiez encore dans un sale état quand vous êtes apparu ici par miracle. Une plaque de métal était manquante et à l'intérieur, vos composants étaient carbonisés.

 — Et vous m'avez sauvé une nouvelle fois. Merci. Je me sens mieux que jamais.

 — Hum... Pas tout à fait, intervient ZagiTri. Quand vous avez surgit de nulle part, vous étiez entouré d'un champ de force qui nous empêchait de vous toucher. Et on pouvait voir les deux pierres briller dans votre corps.

 — Oui, je me souviens. Meslaf a commis l'erreur de me jeter l'artefact qui ne fonctionnait pas après m'avoir touché avec rayon énorme qui a bien failli me tuer. Des câbles pendaient, j'ai eu l'idée d'y mettre les cailloux et de le brancher à mon noyau principal. Et là, plus aucun de ses tirs ne m'a atteint.

 — C'était donc cela la pierre d'espérance ? demande Pai.

 — Il faut croire. Mais comment avez-vous fait pour me réparer ?

 — À vrai dire, nous n'avons pas fait grand-chose, répond ZagiTri. L'aura qui vous entourait s'est concentré dans votre corps et en quelques instants, vos puces et circuits étaient comme neuves. En revanche, toutes vos batteries étaient à zéro. C'est pour cela que vous êtes branché. Elles seront pleines demain matin.

 — Je crois que tu as mérité un peu de repos, β-16.

 Le robot acquiesce et met son système en veille alors que les scientifiques restent à son chevet. Le lyar rejoint le reste de ses compagnons à l'auberge pour y passer la nuit.



 Le lendemain matin, tout le monde se regroupe sur la place. Gudrak assène une grosse claque sur l'épaule de Sian-ve, ce qu'il regrette aussitôt, tant la douleur qui envahit sa main est intense. Le géant explose d'un rire bien gras devant cette scène qui se propage au sein de la troupe.

 — Que c'est bon de rire, dit Sian-ve. Que vas-tu faire maintenant, Grax ?

 — Je vais repartir sur Pryga et essayer de faire changer les choses.

 — Alors, prends ceci. Ça t'aidera beaucoup, j'en suis sûr.

 L'androïde sort un objet métallique de sa besace qu'il tend au géant.

 — Qu'est-ce ?

 — Cela peut t'emporter où tu le souhaites. Il suffit de visualiser le lieu.

 — Mon amulette ! intervient Rislen.

 — Non, mon ami. Il s'agit de celle de Meslaf. Enfin Maxarls. Voici la tienne, je te la rends. Tu en auras plus besoin que moi, j'en suis certain.

 Une vive lumière éblouit les compagnons et lorsqu'ils ouvrent les yeux, Grielaa se tient devant eux accompagnée d'une dizaines d'autres esprits sylves, tous très joyeux.

 — Bravo ! dit-elle. Vous l'avez fait ! Vous avez rétabli l'équilibre sur les deux mondes dont la menace était en fait une seule et unique personne.

 — Quelque chose me dit que vous étiez au courant depuis le début, intervient Pai.

 — Mais non, voyons.

 Le sourire sur le visage de l'esprit en dit long mais le lyar comprend qu'elle ne répondra pas à ses questions. Quels êtres mystérieux ces sylves.

 — Nous avons pris le loisir d'avertir la garde administrative de Mondcarlin de la situation, continue-t-elle. Ils vous attendent pour festoyer et surtout pour élire un nouveau souverain.

 — Et vous étiez obligés de venir à autant pour cela ? ricane Pai.

 — Ils tenaient à voir le héros en chair et en os. Enfin, façon de parler. Et c'était leur manière à eux de vous dire que vous êtes les bienvenus dans la forêt de Thelthane. Sur ce, messieurs, nous vous remercions encore et nous souhaitons tout le bonheur du monde.

 Les esprits disparaissent un à un et laissent des images rémanentes là où ils étaient encore quelques secondes auparavant.

 — J'ai été ravi de pouvoir vous aider, confie Grax.

 — Ton père aurait été fier de toi, j'en suis certain, l'encourage le lyar. Vu que tu as ce truc-là, tu pourras venir nous rendre visite quand tu veux.

 — Sans problème. Alors à bientôt, les amis.

 Sian-ve, Pai, Gudrak et Rislen répondent en cœur et regarde le géant disparaitre. Ils se regardent en silence, se sourient puis se mettent en route pour Mondcarlin.



 Des feux d'artifices sont tirés lorsque les quatre amis arrivent à la cité, en ébullition. Les plus beaux tissus recouvrent les bâtiments et de nombreuses banderoles à la gloire de Sian-ve sont déployées au-dessus de la fontaine de la grand-place. Les atrocités commises quelques jours plus tôt ont été mises de côté pour organiser la plus grande et belle fête possible.

 Zungash vient accueillir le groupe et tombe dans les bras de Gudrak.

 — Comment vas-tu Zun ? demande ce dernier.

 — Je m'accroche. Pas le choix. Et Gash n'aurait pas voulu que je m'apitoie.

 La bande maintenant réunie au complet se rend sans attendre à la taverne pour déguster une bonne mousse. À peine quelques gorgées avalées que l'ancienne garde Meslaf pénètre dans le bâtiment. Leur chef s'approche de la table de Sian-ve et ses amis et leur remet un parchemin dont se saisit Gudrak.

 — Qu'est-ce que c'est ? demande-t-il.

 — Donne-moi ça Gud, tu sais bien que tu ne sais pas lire, se moque l'androïde.

 — Ah ah, très drôle. Ce n'est pas parce que tu es un héros que je ne peux pas te mettre la fessée.

 Il tend toutefois le papier au robot qui s'empresse de le lire.

 — Bah, quoi, β-16 ? interroge Pai. Tu en fait une tête.

 Sian-ve confie la missive à Rislen qui en prend connaissance à son tour et qui émet un hoquet de surprise et d'amusement.

 — Bon, vous allez me dire ce qu'il se passe ou je vais devoir vous cramer.

 Le lyar se dresse sur ses quatre pattes et fait fumer ses naseaux.

 — Sian-ve a été élu nouvel administrateur de la cité Mondcarlin, dit Rislen.

 — T'es sérieux, là ?

 — C'est exact, intervient le garde. Qui d'autre pour gouverner que notre héros ? Acceptez-vous cette décision ?

 L'androïde fait signe au lyar de le suivre et les deux s'entretiennent. À leur retour, c'est le robot qui prend la parole de manière très solennel.

 — Moi, Sian-ve, accepte avec plaisir de prendre l'administration de la cité qui m'a accueillie et vu grandir comme un de ses membres à part entière. Je n'aurais qu'une seule demande. Je veux que Pai soit nommé premier conseiller.

 Le garde se tourne vers Rislen, actuel premier conseiller qui hoche la tête en signe d'approbation.

 — Puisque cela ne dérange pas messire, je n'y vois aucun inconvénient.

 L'humanoïde pose la main sur l'épaule du voyageur dans un geste amical puis lui sourit.

 — En fait, je voulais dire en plus de Rislen.

 — C'est que... bredouille le garde. Je ne sais pas. Nous n'avons jamais eu deux conseillers.

 — Et bien les temps changent, intervient Pai.

 — Soit ! Ainsi soit-il ! Nous feriez-vous l'honneur d'officialiser cette nouvelle sur l'estrade de la grand-place ?

 La garde escorte l'androïde et le lyar sous les applaudissements de la foule et une pluie de confettis de toutes les couleurs. Les enfants courent entre les passants et chantent à tue-tête des comptines sur héros de métal qui les as délivrés d'un être maléfique.

 — Ça n'a pas tardé pour qu'on invente des chansons en ton honneur, dit Pai.

 — Par contre, j'ai l'impression qu'ils en font un peu trop, répond Sian-ve.

 Les deux camarades se mettent à rire, bientôt suivi par Gudrak et Zungash quand le garde réclame le silence à l'assistance.

 — Au nom de tout Mondcarlin et en tant que responsable de la garde, je nomme Sian-ve, notre héros, notre sauveur, administrateur de notre grande cité.

 Une nouvelle salve de feux d'artifices est tirée sous les hourras du public en folie et la fête reprend de plus belle tandis que les compagnons retournent à la taverne abuser de bonnes cervoises. Zungash est le premier à sombrer sur son tabouret, affalé à moitié sur Gudrak qui ne tarde pas à le rejoindre dans les limbes du sommeil.

 — Regarde-moi ces deux-là, Pai. On se croirait revenu des jours en arrière. Avant...

 — À la différence qu'il manque Gash.

 — Il sera toujours présent dans nos cœurs.

 — Dois-je te rappeler que tu n'en as pas ?

 — Oh, ça va. Tu m'as compris. Tu vois, les mêmes blagues, les mêmes ivrognes.

 Les deux se mettent à rire à gorge déployée. Puis l'androïde se met à chercher quelque chose du regard dans la taverne. Ou plutôt quelqu'un.

 — Où est passé Rislen, je ne l'ai pas vu partir ? s'étonne le robot.

 — Tu sais comment il est. Ce n'est pas dans ses habitudes de faire la fête ainsi et encore moins de dire au revoir.

 — Tu as raison. Il a dû encore partir dans une contrée inconnue à la découverte de je ne sais quoi. Pour avoir voyagé grâce à son amulette, je comprends un peu mieux maintenant ce qu'il ressent quand il visite de nouveaux lieux. Tu aurais dû voir l'endroit où j'ai trouvé mon doppelgänger sombre, c'était vraiment magnifique.

 Les amis passent le reste de la nuit à discuter avant de regagner chacun son chez soi aux premières lueurs du jour.
Titre: Re : Doppelgänger sombre - Terminé
Posté par: John Lucas le 02 Janvier 2021 à 19:59:43
Épilogue

Sian-ve

 Les années ont passé et Mondcarlin a retrouvé paix et prospérité. Aucun barbare n'a été aperçu dans la région depuis le changement de souverain. Les résidents de la cité les plus réticents ont dû se résoudre à admettre que la fameuse prophétie annoncée par Meslaf n'était rien d'autre que mensonges et manipulations.

 À la suite de sa nomination, Sian-ve a conclu des traités de paix avec les orcs et les gobelins qui sont à nouveaux les bienvenus à Mondcarlin. Sa garde rapprochée, imposée par Pai, est même désormais interraciale.

 Après concertation avec Rislen et Grax qui a pris le pouvoir sur Pryga et unifié les planètes du système Jadtac sous un même régime, le passage entre les deux mondes a été scellé de chaque côté, laissant seuls le géant et le voyageur libre de se rendre d'un univers à l'autre.

 ZagiBi et ZagiTri sont repartis sur Taellia, leur planète d'origine, où ils travaillent sur la nanotechnologie, en association avec des scientifiques Dakroon, tandis que Grielaa et les autres esprits sylves ne se sont plus manifestés.

 Gudrak et Zungash ont repris leur vie d'avant, à savoir passer la majeure partie de leur journée à la taverne à s'enfiler cervoise sur cervoise. La seule différence notable est que Gashzun n'est plus là pour les accompagner. En revanche, Tulgar leur rend régulièrement visite pour la plus grande joie de son frère.



 Aujourd'hui est un jour un peu particulier. Cela fait un an que Pai a succombé à la vieillesse, son espèce ayant une espérance de vie assez courte. Pour l'occasion, L'androïde a convié tous ses proches pour une commémoration en son honneur. Ils sont tous regroupés autour de la stèle à son nom dans le cimetière des combattants. Grax a fait le voyage, et à l'aide de Rislen, ils ont ramené les clones de Zagi.

 — Mon ami, nous sommes tous ici réunis pour te rendre à nouveau hommage. Tu as tellement fait pour notre cité que toutes les louanges qu'on pourrait te faire ne seraient jamais suffisantes. Pourtant, c'est très important pour moi. Je ne pensais pas dire ça un jour, mais ton sale caractère me manque tellement.

 Rislen pose une main pleine de compassion sur l'épaule du robot, submergé par l'émotion. Chacun dépose une fleur au pied de la pierre tombale et laisse Sian-ve se recueillir seul.



 Quelques instants plus tard, l'androïde rejoint ses camarades sur la grand-place de Mondcarlin, afin d'inaugurer une statue à l'effigie du lyar et de Gashzun. Cette-fois, c'est au tour de Zungash de se laisser submerger par l'émotion face à cette surprise que lui fait le robot.

 — Merci, β-16. C'est vraiment un grand honneur que tu lui fais, dit-il la gorge nouée.

 — C'est normal, Zun. Il t'a sauvé la vie et nous a permis de gagner du temps. C'était quelqu'un d'exceptionnel.

 — Je vous propose d'aller boire une bonne mousse pour nous remettre de nos émotions, propose Gudrak. Après tout, la taverne était certainement le lieu qu'ils fréquentait le plus.

 — C'est ma tournée ! annonce Sian-ve.

 Arrivés dans la bâtisse, Le serveur leur ramène des litres et des litres de cervoise et ce qui devait être une tournée se transforme très vite en un concours de boisson entre Gudrak et Grax que remporte sans difficulté le géant, encore totalement sobre après une trentaine de chopes. La soirée se prolonge toute la nuit et chacun y va de sa petite histoire.



 Aux premières lueurs des deux soleils, l'androïde se rend à nouveau sur la tombe de son vieil ami. Il reste là l'air pensif plusieurs dizaines de minutes, le regard fixé sur les gravures de la stèle : ici, repose Pai, le lyar au courage sans faille, grand héros de la cité Mondcarlin. Puis il sort de son mutisme pour se rappeler les bons moments qu'ils ont passé ensemble.

 — Je suis allé chasser, il y a quelques jours. C'était la première fois depuis que tu n'es plus là. Ce n'est vraiment plus pareil. Et même si ton flair n'était plus très affiné, tes ronchonnements faisaient sortir le gibier. Je te revois les naseaux fumants, me toisant et me menaçant de me carboniser lorsque je me moquais de ton âge avancé. Ce sont surtout ce genre de souvenirs qui me font très chers. Les bons moments aussi, bien évidemment, comme les soirées à la taverne où tu finissais la tête à l'envers avec Gud, Gash et Zun.

 Il se tait un moment et reprend, la voix tremblante :

 — Je n'y arrive plus Pai. Je n'ai plus goût à rien.

 — C'est tout à fait normal, dit une voix dans son dos.

 L'androïde se retourne et trouve Rislen, les trompes ondulantes, qui se tient à quelques mètres de lui. Il ne l'a pas entendu arriver.

 — Ah, Rislen...

 — Désolé. Je ne voulais pas te déranger. Je ne pensais pas qu'il y aurait quelqu'un. Tu ne te sens plus à ta place, c'est ça ?

 — Même au bout d'un an, tout le monde me regarde comme si je portais tous les malheurs du monde sur mes épaules. Et tout ici me fait penser à lui.

 — Je te comprends très bien, tu sais. Je vais te révéler un secret. Bien avant ton arrivée, j'étais marié et ma tendre épouse attendait un heureux événement. L'accouchement ne s'est pas bien passé du tout et j'ai perdu les deux êtres qui m'étaient le plus cher en ce monde. C'est peu de temps après que j'ai trouvé cette amulette. Depuis ce jour, je n'ai fait que voyager pour oublier. Au début, cela me faisait un bien fou de découvrir de nouvelles contrées et même un nouvel univers, puis petit à petit c'est devenu une passion.

 — Et ça t'a permis de faire ton deuil ?

 — Absolument ! Et c'est pourquoi j'aimerais te confier mon artefact pour que tu explores le monde à ton tour. Rester ici ne te fera que te ronger les sangs.

 — Mais, et toi ?

 — Oh, ne t'en fais pas pour moi. Je me fais vieux et j'ai besoin de repos. Il est grand temps que je me retire pour laisser place à la jeunesse.

 Rislen détache le mécanisme de son caban et le fixe à la poitrine de Sian-ve et les deux camarades se donne une accolade.

 — Merci, mon ami. Je promets de revenir régulièrement prendre de tes nouvelles.

 Alors que l'androïde porte la main à l'amulette, le voyageur, ou plutôt l'ancien voyageur, maintenant, l'arrête dans son geste.

 — Attends Sian-ve ! Tu comptes partir sans dire au revoir à tes amis ?

 — N'est-ce pas là une caractéristique des explorateurs ?

 — Non, non. Cela m'est très personnel. De plus, tu ne peux pas laisser la cité sans administrateur. Déjà que tu n'as pas renommé de premier conseiller après le décès de Pai...

 — Tu as raison... Comme toujours, n'est-ce pas ?

 Cette remarque a l'effet escompté par le robot sur son ami. Ses gros yeux globuleux noirs brillent et ses trompes ondulent plus vite et plus fort que jamais. Les deux compagnons saluent une dernière fois le lyar et rejoignent le reste du groupe qui se trouve encore à la taverne, en train de cuver. L'androïde leur donne rendez-vous sur la grand-place lorsque les deux soleils seront au zénith.



 Tous les amis sont regroupés devant la statue de Pai et Gashzun. La garde rapprochée de Sian-ve est présente, ainsi qu'une poignée d'habitants parmi lesquels circule une rumeur de plus en plus persistante : Sian-ve va passer la main à l'un des membres de sa milice.

 L'androïde réclame le silence et l'attention de tout le monde pour faire sa déclaration. Son ton sérieux et officiel semble confirmer les potins.

 — Mesdames, messieurs. Si je vous ai demandé de me rejoindre ici, c'est pour vous faire une grande annonce. De ce que j'ai compris, certains s'en doutent déjà. À compter de ce jour, je cède mon poste d'administrateur de notre belle cité de Mondcarlin.

    Des murmures se font entendre dans la foule. Gudrak et Zungash s'observent l'air surpris alors que Rislen, à leurs côtés, est tout sourire.

 — Ces années passées à la faire prospérer a été pour moi une période magnifique, reprend Sian-ve. Mais, comme vous avez certainement pu le remarquer, depuis que Pai n'est plus là, je ne suis plus le même. Pour cela, j'estime qu'il vaut mieux que je me retire et que quelqu'un de plus concerné me remplace.

 Le robot se tourne alors vers Rislen qui cherche à se cacher derrière l'orc à ses côtés. Grielaa apparait et le pousse vers l'estrade sur laquelle se trouve Sain-ve.

 — J'ai décidé de nommer mon très cher ami, Rislen au poste de souverain. Ayant déjà occupé le poste de premier conseiller du temps de Meslaf puis par intérim en substitution de Pai, j'estime qu'il est le mieux placé pour diriger Mondcarlin. Des objections ?

 — Pas d'objection, intervient l'esprit sylve. Au contraire, j'appuie ta décision. Le voyageur a plus de sagesse que tous les citoyens ici présents cumulés.

 — Moi aussi je suis d'accord, dit Gudrak.

 Zungash, le chef de la garde administrative, Grax et plusieurs citoyens se manifestent ensuite pour valider à leur tour la décision de Sian-ve.

 Pour finir, toute l'assemblée scande le nom de leur nouveau souverain qui ne peut qu'accepter la requête de son ami. Les deux se serrent la main puis l'androïde salut sa milice et ses amis avant d'actionner d'un geste vif le mécanisme qui le fait disparaitre.